Voilà le chapitre suivant. Celui-ci et le suivant sont mes préférés dans cette histoire. J'ai eu beaucoup de plaisir à les écrire.
Je mentionne un livre écrit au moyen-âge à un illustre inconnu, le songe de Poliphile (hypnerotomachia Poliphi en latin! tout un programme!)
Si vous aimez les livres d'enquetes policieres historiques, je vous conseille l'excellent roman "La règle des quatre " de Calwell et Thomasson.
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Chapitre 23
L'avantage d'être vampire, c'est que nous ne ressentons jamais la fatigue. Moi qui jusqu'ici avait détesté ce côté de ma personnalité, j'avoue que je l'appréciai davantage chaque jour que je vivais avec Edward.
Nos baisers durèrent toute la nuit. Je dus lui dire cent fois que je l'aimais, il murmura mon prénom en retour de sa voix chaude et envoutante, ses doigts tièdes et voluptueux parcourant mon corps qui frémissait d'un plaisir nouveau.
J'aurai donné n'importe quoi pour que nous fassions l'amour cette nuit-là mais il parvenait toujours à détourner les mains de mon geste initial. Je finis par en rire. Aujourd'hui, je ne voulais pas me mettre en colère.
Le ciel bleu nuit vira doucement au gris clair et j'aperçus le soleil qui entamait sa longue progression vers le zénith.
- Il va falloir se préparer pour aller en cours, lui chuchotai-je dans l'oreille après ma dernière tentative infructueuse pour déboutonner sa chemise.
- Je te propose une grasse matinée.
- Si nous commençons, les journées d'école buissonnière risquent d'être nombreuses. Nos parents vont se faire taper sur les doigts.
Edward nota le « nos parents » avec un petit sourire satisfait. Il m'embrassa passionnément une dernière fois puis se leva pour s'habiller.
Je fis de même et nous descendîmes rejoindre le reste des enfants Cullen. Alice afficha un large sourire en me voyant. Je ne savais pas si elle avait vu un avenir différent pour Edward où elle avait entraperçu notre nuit mouvementée.
- Bella, s'exclama-t-elle. Tu t'habilles comme un sac à patates. Demain, nous allons faire les boutiques ensemble.
Je grognai mais ne dis pas non. Je n'avais pas envie de quitter Edward, ne serait-ce que quelques heures. Il se pencha vers moi et me murmura :
- Je pourrai venir te donner mon avis, si tu veux.
Je lui souris pour acquiescer.
Arrivés, en cours de biologie, nous vîmes le prof poussé une table roulante où trônaient une télévision antique et un magnétoscope. J'entendis un soupir de soulagement parmi les élèves. Aujourd'hui, il n'y aurait pas de cours, séance film. Le noir le plus complet s'établit et la lumière bleutée du téléviseur éclaira les visages du premier rang.
Je sentis Edward se rapprocher silencieusement de moi et caresser mon dos doucement. J'écartai ma bulle de protection pour l'y intégrer.
- Tu ne vas tout de même pas oser m'affaler sur la paillasse. Le prof risque d'être surpris.
J'entendis Edward pouffer doucement.
- Je croyais que tu n'aimais pas lire dans l'esprit des gens.
- Je t'ai dit aussi que je m'étais comportée comme une idiote jusqu'ici. Je suis capable de lire dans l'esprit de Jenkins pour découvrir le monstre qu'il est et je ne le fais pas avec toi alors que cela me plait. C'est stupide.
- J'aime ton revirement. Dois-je remercier Alice pour cela ?
- Qu'est-ce qui te fait croire qu'elle y est pour quelque chose ?
- Elle a passé près de trois heures hier à réciter en latin un texte du moyen-âge très porté sur les perversions sexuelles des humains. Je connais sa méthode pour que je m'écarte d'elle.
C'est moi cette fois-ci qui pouffa. Alice était non seulement très intelligente, elle savait le montrer avec beaucoup d'humour.
- Disons qu'elle a réussi à me montrer que je me trompais dans mes choix.
- Je n'en saurais pas plus, n'est ce pas ?
- Non, riais-je dans mon esprit. Maintenant c'est du passé, il n'y a pas à revenir dessus.
Il poussa un soupir de renoncement.
- J'aurai préféré que ce soit Emmett qui vienne te remonter le moral. Lui au moins n'est pas capable de me cacher quelque chose.
Mon rire fut un peu trop bruyant et je fis semblant de tousser pour le cacher.
- J'aime quand tu es heureuse Bella, continua-t-il. Tu es tellement belle dans ces moments là.
Je rougis de plaisir. Heureusement que nous étions dans le noir, le reste de la classe m'aurait pas compris mon comportement. Je cachais tout de même mon visage dans mes mains, craignant que cela se devine. Edward se moqua doucement de moi.
Mon image en robe blanche devant l'autel apparut alors comme un flash. Je me crispai, devenant soudain blanche comme un linge. Edward stoppa immédiatement ses caresses. Je lus d'abord une interrogation puis se souvenant de ce qu'il avait entrevu inconsciemment, une immense peine.
- Je suis désolée, Edward, gémis-je. Ne m'en veux pas.
- Je ne peux pas t'en vouloir, Bella. Mais j'ai besoin de savoir. Tu repousses systématiquement cette conversation.
- Je sais. Mais là, il y a trop de monde. Lorsque nous serons seuls.
Je l'entendis soupirer :
- D'accord ! Ce soir alors !
Une appréhension se saisit. Une discussion où Edward et moi, nous n'avions pas le même point de vue, cela s'appelait une dispute. Et nous n'avions jamais été en opposition depuis Tulsa. Je ne voulais pas de cela.
Il me prit la main et la serra très fort. Il avait compris mes craintes et il tenta de me soulager. Nous reprîmes nos conversations silencieuses, ignorant le film qui finissait à l'écran.
Les cours suivants furent les mêmes. Je n'écoutai que d'une oreille discrète les cours des professeurs que je trouvais très redondants et je discutai avec Edward.
- Quel intérêt de redire dix fois la même chose, me plaignis-je. C'est ennuyeux.
- Les humains n'ont pas ta mémoire mon amour. Nous enregistrons tout, comme un appareil photographique, dès la première fois où nous le voyons. Le cerveau des humains a besoin d'être imprégné plusieurs fois avant de retenir un concept.
- Il n'empêche que c'est ennuyeux à mourir. Je ne sais pas comment tu as fait pour supporter tous ces cours depuis tant d'années. Heureusement que nous sommes ensemble pour bavarder.
- Je pars du principe que je fais pénitence pour tous mes pêchés commis en tant que vampire.
Au ton qu'il prit pour me dire ça, je compris que ce n'était pas une plaisanterie. Il m'avait déjà parlé de sa croyance en Dieu mais je n'avais pas alors compris que le concept était aussi ancré en lui.
- Crois-tu que nous sommes devenus vampire parce que nous avons péché ?
- Non, je ne me permettrais pas de penser cela de Carlisle ou de toi. A mes yeux, vous êtes ceux qui ont toujours tenté de dépasser votre nature et d'aider les humains.
Je rougis à nouveau, baissant les yeux vers la table pour que personne ne s'en rende compte.
- Tu m'accordes bien plus de qualités que je n'en ai, Edward. Je suis bien loin d'être une sainte.
- Tu es quelqu'un qui déborde d'empathie et qui a une capacité d'adaptation extraordinaire. Avoir vécu aussi longtemps que toi et être encore capable en quelques jours d'être une jeune adolescente moderne demande une force de caractère et une intelligence rare.
Je virai cramoisie cette fois-ci. Heureusement, nous étions au fond de la classe, aucun élève ne pouvait nous voir et le prof d'histoire était plongé dans une explication sur la crise économique de 1929.
- Il va falloir que tu m'expliques comment nous sommes passés de l'incapacité des humains à se concentrer aux déballages de mes pseudos qualités.
- Lire dans ton esprit est quelques chose de passionnant, Bella. Je n'y lis pas que des mots. J'y vois un amour immense pour tout le monde et surtout pour moi. Tu ne peux pas imaginer le contrôle que je dois avoir pour ne pas me jeter sur toi et t'embrasser depuis le cours de biologie.
- Tu veux que j'arrête d'entrer dans ton esprit ?
- Surtout pas ! Je n'ai jamais été aussi heureux, Bella. Avant toi, ma vie était une plaine morne. Tu y as mis des couleurs et des sons chantants. Elle était sans goût et tu y as apporté des odeurs et des saveurs dont j'ignorais tout.
J'avais du mal à entendre cela. J'avais l'impression d'y voir ma propre vie. Mon cœur battait tellement que j'étais persuadée qu'on pouvait l'entendre jusqu'à l'autre bout de la pièce. J'étais affreusement gênée mais je n'arrivai pas à le calmer. Edward m'observait avec des yeux débordants de désir. J'y plongeai mon regard dedans. Le temps et l'espace semèrent se figer, plus rien ne comptait à par lui. Je baignai dans ses prunelles dorées, incapable de réfléchir.
Il finit par se lever et se pencha vers moi.
- Le cours est fini. Viens !
Sa voix me réveilla de mon rêve. Il me prit la main et me tira. Il me fit sortir du lycée, traversa le parking et pénétra dans la forêt sans dire un mot. Là seulement, il se retourna vers moi et m'embrassa fougueusement. Je restai stupéfaite par sa réaction mais je répondis à son baiser. Il finit par décoller ses lèvres mais resta coller à moi.
- Tu ne peux pas me montrer ce que tu ressens pour moie t me demander de rester de marbre, me susurra-t-il de sa voix chaude.
- Je ne te demande rien, ironisai-je.
Mais Edward ne riait pas. Il regardait fixement mon visage, ses traits contractés.
- J'ai besoin de savoir, Bella. Pourquoi ne veux-tu pas m'épouser ?
Un frisson me parcourut lorsqu'il prononça le dernier mot. Je voulus reculer mais il resserra son étreinte autour de ma taille. Cette fois-ci, il n'accepterait aucune excuse pour que je me défile.
- Je croyais que tu étais seulement contre, continua-t-il mais quand je t'ai vu en robe de mariée tout à l'heure, c'est de la frayeur que j'ai lu dans ton esprit, Bella. Une immense frayeur. De quoi as-tu peur ? J'ai besoin de savoir… As-tu peur de moi ?
- Non ! m'exclamai-je immédiatement.
Je soupirai.
- Tu vas être en colère, lui dis-je.
- Jamais ! Jamais contre toi. Je te le promets. Explique-moi. J'ai besoin de savoir ce que tu penses.
- J'ai… le… bafouillai-je.
Je fermai les yeux pour rassemble mes pensées.
- Edward…, rappelle-toi ce que je vous ai raconté sur mon passé…
- Oui, me dit-il pour m'encourager à continuer.
- J'ai déjà été uni à quelqu'un, soufflai-je, si doucement que je me demandais s'il m'avait entendu.
Mais je sus rapidement que c'était le cas. Son étreinte se transforma en crispation, ses doigts se resserrèrent, emprisonnant mon t-shirt. Je n'osai pas regarder ses yeux. J'avais peur d'y voir la colère que je redoutais tant.
- Je ne suis pas Chléon, maugréa-t-il.
Je sentis une fureur contenue dans sa voix.
- Je le sais Edward. Mais moi, c'est la seule chose que je connaisse. Et c'est quelque chose que je ne veux pas.
- Mais le mariage, ce n'est pas ca, continua-t-il plus calmement. Le mariage, c'est vivre à deux, partager la même existence, être heureux ensemble. Je ne pourrai jamais te faire du mal, je ne t'obligerai jamais à quoi que ce soit qui puisse te mettre en danger.
Ses mots m'avaient apaisé. Il ne m'avait pas hurlé dessus, il n'avait pas déversé sa rage sur moi. Il parlait maintenant de manière plus fluide. Je levai les yeux vers son visage. Sa colère avait laissé place à une peine aussi profonde qu'un gouffre. Mon cœur parut éclater en un millier de morceaux. Quel monstre étais-je pour lui faire aussi mal !
- Mais ca, je le vis déjà avec toi tous les jours, Edward.
Edward soupira, déçu de ne pas arriver à me faire comprendre ses convictions.
- Le mariage est une étape.
- C'est un changement. Et moi, je ne veux rien changer dans notre relation.
Ses sourcils se froncèrent.
- Moi il y a une chose que je voudrai changer, Bella. Je te l'ai dit. Je pense que je susi ici pour pardonner mes fautes.
- Tu n'as rien fait de mal, Edward.
- Laisse-moi continuer, Bella. J'ai commis de nombreuses fautes, j'en suis conscient. Mais avec toi, je ne veux pas en commettre. Le mariage, c'est te présenter à lui, lui dire que je t'aime et que tu es toute ma vie. Je veux y mettre les règles.
Je fus stupéfaite par la conviction de ses paroles.
- Tu cherches à me protéger de ton Dieu, murmurai-je, incrédule.
- J'essaye de protéger ton âme de mes pêchés, rajouta-t-il.
Je m'esclaffai. Edward me lâcha immédiatement et une sourde colère s'afficha sur ses traits.
- Te moques-tu de moi ? grogna-t-il.
- Non, Edward. Certainement pas, m'expliquai-je. Je suis juste surprise. Je m'attendais à toutes les explications possibles et inimaginables mais certainement pas à celle-là. Il a fallu que je tombe sur le seul vampire qui a une conscience religieuse.
Son visage passa de la colère au scepticisme. Je me rapprochais à nouveau de lui et mis mes mains dans les siennes. Son contact, même dans ce simple geste, me procurait toujours autant de frissons.
- Mon âme, répétai-je pour moi-même. Si on considère que je suis un vampire comme toi et tout ceux de notre espère, alors mon âme est aussi perdue que la votre. D'autant plus que nous pouvons additionner tous les mensonges que j'ai du dire, les vols, les blasphèmes sans compter le quart de mon clan que j'ai certainement assassiné.
- Tu n'es pas un vampire comme les autres. Tu es encore humaine. Ton cœur bat, ton sang circule dans tes veines, tu manges et tu peux dormir. Tes émotions et ta façon de réfléchir sont plus proches de celles des humains que des vampires. Tu as une âme comme eux, et sans aucune la plus belle âme que j'ai pu rencontrer.
Il me fit rougir pour bien me faire comprendre qu'il avait rais et que cela ne méritait aucune contradiction.
- Tu n'es même pas sûre d'avoir tuée tous ces gens, tu ne t'en souviens pas. Tu étais sous l'emprise d'une drogue, tu n'étais pas consciente de ce que tu faisais.
- L'acte reste le même.
- Ce n'est pas vrai et tu le sais parfaitement. Ton clan t'a obligé à boire cette mixture, tu ne pouvais plus te contrôler. Tu ne peux pas être jugée pour ces crimes, si bien sur c'est toi qui les a commis, ce que nous ne saurons jamais. Le mensonge et le vol restent des actes minimes au regard de tous les bienfaits que tu as produits.
Je ris à nouveau, secouant la tête.
- Tu as l'art de démonter les arguments, tu ferais un bon avocat.
Un sourire illumina son regard. Il sentait que mes résistances cédaient.
- Tu me proposes le paradis, lui murmurai-je. Mais le paradis sans toi, ce serait l'enfer.
- Avec un peu de chance, nous irons au purgatoire ensemble.
Le ton était plus joyeux, presque taquin. Il me prit à nouveau dans ses bras, mon visage enfoui dans son torse, ses lèvres embrassant mes cheveux. Je respirai son odeur, je goutai la tiédeur de sa peau. Il m'étreignit tendrement. Je soupirai d'aise.
- Alors, puis-je espérer un oui, se hasarda-t-il.
- Tu ne lâcheras pas le sujet, m'indignai-je.
- Non ! Tes arguments ne sont pas valables. Je veux te faire découvrir autre chose que ce que tu as connu.
- Alors, disons que je vais y réfléchir.
Son visage se pencha vers le mien. Il irradiait de bonheur. Je le trouvai encore plus beau, si cela était possible. Ses yeux pétillaient, victorieux.
- Ce n'est plus un non, murmura-t-il.
- En effet ! acquiesçai-je. Alice a raison. Je ne peux rien te refuser. Tu es un vrai montre.
Il m'embrassa à nouveau.
