Voilà enfin le chapitre 30. J'aime bien qu'il est un chiffre rond, il est en effet un tournant dans l'histoire.

J'espère n'avoir pas fait attendre toutes celles et tous ceux qui m'ont écrit et supplié de ne pas faire mourir Bella et Edward. J'avoue que cela aurait été tout de même dommage!

De toute ma FF, c'est mon préféré. A vous de juger s'il en est de même pour vous.

Aussi ai-je du mal à écrire la suite. Jusqu'ici, j'avais écrit dans un cahier et je ne faisais que recopier sur l'ordinateur. A partir de maintenant, il faut que je créée les deux ou trois qui restent pour finir cette FF. J'ai pleins d'idées en tête mais je suis un peu longue à les coucher sur le papier.

Soyez alors un peu patient pour la suite, svp! D'autant plus que Noël approche et que, comme tout le monde j'imagine, j'ai pleins de choses à préparer.

Sur ce, bonne lecture!

...

Chapitre 30 : Révélations

Je ne sentais maintenant plus rien. Tout était fini.

J'ouvris les yeux et je vis le visage d'Edward à quelques centimètres du mien. Comme la mort est curieuse ! Je n'avais jamais trop su quoi penser sur l'après-vie : restait-il une énergie, des souvenirs tenaces qui flotteraient dans un univers inconnu, notre âme qui errerait à jamais dans un paradis religieux. Mais j'avais toujours été certaine que nous ne pourrions pas garder nos corps puisque la seul vérité que nous autres, terriens, connaissions, c'est que nous pourrissons pour que d'autres prospèrent.

Or Edward était toujours là ! Inquiet, tendu, mais là !

Je parvins difficilement à décrocher mes yeux de son visage pour regarder autour de nous. Je vis Carlisle s'approcher, suivi du reste de la famille, dans une sorte de brume de lumière et de bruit. Les Quileutes s'étaient transformés en loup et formaient une barrière qui se voulait protectrice entre Chléon et moi.

Il me fallut quelques secondes pour comprendre. Parce que c'était impossible. Cela ne se pouvait pas. Chléon avait jeté son don sur nous, de toutes ses forces, de toute sa haine. Et pourtant, je réalisai enfin : nous étions toujours en vie !

Je me jetai sur Edward, lui palpai le cuir chevelu, les bras, le torse.

- Où as-tu mal ? Où es-tu blessé ? lui hurlai-je, les oreilles encore emplis d'un bruit assourdissant qui refusait de diminuer.

Je cherchai une blessure qui devait, inévitablement, être mortelle.

De la quiétude de notre mort certaine, j'étais revenue brutalement à la panique qu'il puisse partir sans moi vers le royaume d'Hadès. Il me regardait avec incompréhension, ses lèvres bougeaient au rythme de mots que je n'entendais pas.

Il devait agoniser, certainement. Et moi, pauvre idiote, je ne trouvai pas la plaie qui le faisait souffrir. Je continuai à lui demander sans cesse d'où il souffrait, que s'il n'était pas capable de parler, il devait me montrer où était la blessure.

Il finit par me saisir les poignées et me força à le regarder dans les yeux. Je voyais toujours ses lèvres bouger et je ne comprenais pas ce qu'il voulait.

- Bella ! Calme-toi ! entendis-je.

C'était moi qui refusais d'entendre. Edward me parlait depuis le début et paniquée, j'avais bloqué ses paroles pour me concentrer uniquement sur ses blessures.

Il avait raison : si je voulais tenter de le sauver, je devais le calmer. Je respirai profondément et tentai de recentrer mes pensées. Je respirai profondément avant de me décider à lui reposer encore une fois la question :

- Edward, explique-moi où tu as mal ?

- Je n'ai pas mal, Bella. Je ne suis pas blessé.

- Impossible ! fut le seul mot qui parvint à mes lèvres.

- Chléon a envoyé une pluie de flammes. Il a fait soudain très chaud. Mais elles ont été déviées par un mur. Tu m'as protégé, Bella. Je ne suis pas blessé.

- Impossible ! répétai-je, incrédule.

Je me retournai pour regarder mon frère. Il avait reculé de quelques mètres et se tenait le bras droit. Il avait mal !

J'avais fait mal à Chléon !

Il leva les yeux vers moi. Des yeux étonnés… effarés… surpris… brouillés ! Ce ne fut qu'un instant fugace mais j'étais bien certaine d'avoir perçu tous ses sentiments avant que son visage ne reprenne son impassibilité.

Impossible ! Pensais-je à nouveau. Parce que sinon, cela remettait en cause toutes mes certitudes. Parce que sinon, cela effaçait tous les souvenirs que je pouvais avoir de lui. Parce que sinon, cela ne voulait dire qu'une seule chose…

Et là, j'eus une révélation ! Je n'avais plus en face de moi Chléon, le grand frère si fort et si puissant. Il était devenu l'ombre de lui-même, une loque tout juste capable de tenir debout après l'estocade qu'il avait lancé.

Tous les subterfuges dont il avait usé jusqu'ici n'en étaient pas en fait. S'il n'avait pas dit à son armée que nous l'attendions dans cette clairière, c'était que lui-même ne le savait pas. S'il cherchait tant de réponses dans mes yeux, c'est parce qu'il était incapable lire dans mon esprit. S'il s'était amusé au jeu des devinettes pour trouver Edward, c'était parce qu'il était incapable lire dans le leur également.

Une nouvelle évidence s'imposa alors à moi : Je suis plus forte que lui !

Edward s'était levé pour se mettre à mes côtés. Les Cullen et les Quileutes s'étaient regroupés autour de nous.

Déjà Chléon avait repris contenance. Il s'était redressé et me regardait d'un air dominant. Sa supériorité n'était qu'une mascarade, maintenant, je le savais.

Je suis plus forte que lui.

Les nouveau-nés s'étaient dangereusement rapprochés de nous. Leur instabilité allait bientôt nous éclater en pleine figure, malgré la peur manifeste que leur inspirait leur maître. Nous devions agir vite.

J'ouvris mon esprit pour englober tous ceux de mes amis. Il n'y avait plus de danger.

- Je suis forte que lui, répétai-je. Chléon ne peut pas nous entendre. Pour une raison que j'ignore, ses capacités ont fortement baissé.

- En es-tu sûre ?, demanda Edward, inquiet.

- Certaine. Cela explique pourquoi Alice parvenait à lire le futur et pourquoi tu apercevais quelques bribes de ses pensées. Je ne peux lire dans son esprit. Il doit utiliser les quelques forces qui lui restent pour m'interdire cela. Car il sait que ce serait fatal pour son plan. Mais je sais maintenant que je suis plus forte de lui. Et il est à moi.

- Que comptes-tu faire ? me demanda Carlisle. Tu as toujours dit que personne ne pouvait vous vaincre.

- En effet ! affirmai-je. Mais aujourd'hui, je n'en suis plus aussi sure. Je ne pourrais peut-être pas le tuer, mais je pourrais peut-être faire en sorte qu'il ne nuise plus. Je m'occupe de lui et vous vous chargez des autres.

Je me détachai d'eux et avançai vers Chléon. Jasper donnait des ordres pour que chacun prenne place pour la bataille. Alice avait des visions sur des attaques et les indiquait au fur et à mesure. Les Quilleutes semblaient d'accord pour faire confiance aux suggestions des deux vampires.

Tout était à notre avantage !

Et j'allai vaincre Chléon !

- Alors petite sœur, s'écria-t-il. Ma démonstration t'a-t'elle convaincue ? Croyais-tu vraiment que j'allai m'abaisser à tuer un vulgaire petit vampire. Je préfère laisser cela à mon armée.

- En effet, elle m'a convaincue, lançai-je – Chléon trouva curieux une réplique aussi assurée d e ma part et fronça les sourcils.- Mais j'aimerai savoir ce que tu comptes faire maintenant !

- Maintenant ! Mais nous allons recréer un clan, comme auparavant. Quel bon temps alors ! Nous étions les plus forts, te souviens-tu, Bella ! Tous les gens de notre village nous vénéraient, nous étions craints de tous. Nous étions les maîtres et nous avions le Pouvoir.

- Le passé doit rester au passé, Chléon, le contrai-je. Tu auras beau t'évertuer à tenter de le crée, ce ne sera qu'une illusion. Le monde a changé, les hommes ont évolué. Ils ne croient plus au surnaturel. Crois-tu vraiment que tout seul, tu pourras y changer quelque chose ?

- Mais nous sommes deux, Bella. Un couple et une future descendance qui aura nos pouvoirs et pourra nous épauler. Et puis il y a la potion. Tu en connais le secret. Tu peux la refaire. Avec elle, les humains auront à nouveau peur.

J'eus la nausée.

- C'est donc pour cela que tu me cherches depuis tant d'années, Chléon, crachai-je de mépris, horrifiée par les perspectives d'avenir. Pour une plante !

Il me regarda, plus hésitant. Mais, encore une fois, il prit le parti de ne pas relever mon changement d'attitude.

- Mais quelle plante ! Te souviens-tu lorsque nous l'avons pris, le jour de notre mariage ? La seule fois de notre vie. Cette règle d'attendre notre union était d'ailleurs une ineptie ! Te souviens-tu, de ce liquide qui coulait dans nos veines ? Cette certitude d'être le plus fort, le plus puissant. Ce jour-là, durant quelques instants, j'ai été Dieu.

Et il ferma les yeux, un sourire rêveur aux lèvres. Il parvint à se grandir, à redresser la tête, la posture fière, le torse bombé, alors à cet instant – grande frayeur – je revis le frère qui me terrorisait plusieurs milliers d'années auparavant.

La colère me saisit : cela ne devait jamais revenir. Jamais je ne devais permettre qu'à nouveau les hommes, les vampires, les lycaons et moi soyons sous sa coupe.

Je le laissais à son silence. Il s'en remit d'ailleurs très vite et me fixa, à nouveau, furieux.

- Ses humains sont des incapables, continua-t-il. J'ai essayé toutes leurs potions, leurs poudres et leurs aiguilles. Foutaises, tout juste bon à enivrer quelques instants ces imbéciles. Mais pour moi, rien !

- Et regarde ce que tu es devenu, Chléon ! Un drogué !

- Tu n'as pas à me parler comme ça ! hurla-t-il.

La tentative de colère était ridicule. Je l'observai, ses poings fermés et son regard mauvais. Il n'avait pas compris que les rôles étaient désormais inversés. Son corps n'était peut-être pas le seul à avoir diminué sous la prise répétitive des drogues.

- Les immortels ne peuvent pas vieillir, continuai-je en tournant autour de lui pour qu'il ne soit plus en face des Cullens et des Quileutes et qu'il ne s'aperçoive pas de leur changement de position. Tels que nous sommes le jour de notre transformation, nous restons. Et toi ? Regarde-toi. Tu n'es plus rien. Personne n'était en mesure de te vaincre. Toi seul y es parvenu.

- Tais-toi, femme ! Hurla-t-il. Aurais-tu oublié ta position dans notre clan ?

- Notre clan n'existe plus depuis que nous l'avons anéanti. J'ai avancé Chléon. Peut-être pas autant qu'il l'aurait fallu, peut-être pas autant si je n'avais pas eu peur de te retrouver sur mon chemin. Mais j'ai laissé derrière moi la plante et toutes ces fichus règles. Je veux vivre comme bon me semble et avec qui je désire. Et ce n'est pas toi !

- Tu es ma femme, tu me dois obéissance !

Il tenta de m'impressionner en me projetant en arrière. Mais je parai le coup une nouvelle fois, avec une facilité qui me déconcerta et je la lui renvoyai. Il recula de quelques pas.

- Je ne te dois rien du tout, crachai-je. Tu m'as déjà tellement pris. Toutes ces années où je me suis interdite de vivre, de faire des rencontres, des mais, de faire ce que je voulais, d'être ce que je voulais. Et tu exiges maintenant que tout recommence comme avant ! Que je redevienne l'esclave que j'ai été pour toi et pour tous les autres hommes du clan. Que nous ayons des enfants qui finiront comme Aadricia.

- Aadricia était un être nuisible, maugréa Chléon.

- C'était ma sœur, hurlai-je, hors de moi. Et je l'ai tué par la faute de cette maudite plante.

J'entendis Chléon ricaner.

- Tu as les souvenirs bien flous, Bella. Tu n'as jamais été capable de tuer qui que ce soit d'humain. Ce qui est ton principal défaut d'ailleurs.

Je fronçai les sourcils et le regardai, perplexe.

- Je ne comprends pas, lui avouai-je. Ce jour-là, nous avons massacré tout le village.

- Nous ! C'est vraiment ce dont tu te souviens.

Il avait repris de l'assurance devant mon hésitation. Il s'avança à nouveau vers moi, cet éclat de méchanceté dans le regard.

- Je te le dis et te le répète Bella. Tu n'as jamais été capable de tuer quelqu'un. Ton côté humain te dessert. Moi, je m'en suis débarrassé depuis longtemps, avant même que nous soyons devenus immortels. Souviens-toi, ce jour-là, notre père et le sorcier avaient décidé de marier tous les surhumains le même parce qu'ils pensaient puérilement que nous étions un clan à l'intérieur du clan, un groupe uni. Quelle bêtise ! Peut-être seraient-ils encore en vie s'ils n'avaient pas commis cette erreur ! Nous avons donc tous pris de la potion ensemble. Actio et moi somme devenus définitivement des vampires et les autres des loups-garous. Et toi,… toi,…tu es restée pathétiquement une humaine. Tu étais là, immobile, pendant que tous les quatre, nous avons exterminé tous les membres de notre clan, les loups-garous parce qu'ils n'étaient plus capables de se contrôler et nous parce que nous avions besoin de sang.

- Mais…mais…Aadricia, balbutiai-je.

- Une rivale, continua Chléon avec un ton dédaigneux. Cette gamine allait être capable un jour de procréer et de former avec Actio ou tout autre vampire un autre clan égal au nôtre en puissance.

- Tu l'as tuée ! m'exclamai-je, comprenant soudain.

- Je nous ai débarrassés d'un risque potentiel. Chose que tu as toujours été incapable d'évaluer. Tu t'es entichée d'une famine qui, plus tard, aurait forcément été une ennemie. Pourquoi attendre l'inéluctable alors qu'il était si simple de la supprimer dès le départ ?

- C'était une enfant, criai-je.

- C'était une future femme, humaine, vampire et lycaon, comme toi, capable d'enfanter une progéniture dont les capacités étaient inconnues mais certainement impressionnantes. Tu te laisses trop influencer par tes sentiments. C'est pour cela que tu ne peux pas tuer un humain et c'est pour cela qu'il faut que je sois à tes côtés pour te guider.

Il tenta de caresser mes cheveux mais je le repoussai à nouveau. Il recula mais garda son sourire mauvais.

- Allons Bella ! Ne te fais pas plus méchante que tu n'es. Nous savons tous les deux que tu vois toujours en moi l'humain que j'étais quand nous étions enfants. Tu ne peux pas me tuer, contrairement aux autres vampires. Ta conscience te l'interdit. Quoi qu'il se passe maintenant, quel que soit le dénouement de cette bataille, j'en sortirai vivant. Alors cesse de lutter et viens avec moi. C'est la seule solution pour que tes amis restent en vie.

La colère !

La fureur !

Je ne savais pas s'il pouvait existe un mot assez puissant pour traduite tous les sentiments de haine qui déferlait dans mes veines.

Des milliers d'années à me culpabiliser, à avoir honte d'avoir donné la mort à ma sœur ! Alors que jamais je n'avais été coupable !

Lui seul l'avait été !

Lui seul l'était encore !

Lui seul le serait à nouveau !

Et c'était pour cette raison qu'il devait disparaître. Je devais trouver un moyen de l'éliminer, de me débarrasser momentanément de ma conscience qui m'interdisait de tuer un humain. Car je savais que sur ce point, il n'avait pas tord. Je l'avais connu mortel, encore aujourd'hui, dans ce corps meurtri par les piqures et les drogues, je voyais l'homme qu'il avait été avant de voir le vampire. Même s'il m'avait battu, même si je en m'avais toujours traité que par le mépris et la domination, je n'étais pas capable de lui donner la mort.

Je devais trouver un moyen. Je fermai les yeux, me recentrai sur moi-même, cherchant dans mes souvenirs le don, la capacité qui pourrait me permettre d'être le vampire et le lycaon sans être l'humaine. Je sentis à cet instant une fissure en moi, comme un verre qui se briserait en trois morceaux bien distincts. Ce n'était pas douloureux mais c'était désagréable, comme si l'image de mon corps s'était soudain modifiée.

J'ouvris les yeux et je vis alors la chose la plus improbable qui puisse m'arriver.

A ma droite se tenait une vampire toute de noir vêtue, la peau blanche comme l'ivoire, les cheveux ébènes et les yeux plus sombres que l'enfer. Elle me regarda longuement, fronça un instant les sourcils, sans doute aussi étonnée que moi de nous voir ainsi séparée avant de me lancer un sourire de satisfaction.

A ma gauche, une énorme louve au pelage aussi blanche que de la neige me fixait également de ses grands yeux métalliques. Elle était si grande qu'elle devait baisser la tête pour m'adresser son sourire.

J'avais réussi ! J'avais trouvé une manière de me vaincre moi-même de mes doutes et de mes hésitations. Chléon avait réussi à s'autodétruire en s'injectant du poison à répétition. J'avais réussi à me grandir en me séparant en mes trois entités distinctes.

Nous tournâmes ensemble nos têtes vers Chléon. Il fit deux pas en arrière, les yeux exorbités, la bouche ouverte et formant un rictus d'étonnement et de terreur.

- Impossible, l'entendis-je murmurer.

- J'ai appris ces derniers mois que rien n'est jamais impossible quand on le désire vraiment et qu'on s'en donne la peine, Chléon. Tu as raison, lançai-je d'une voix froide en fixant ce fantôme du passé qui avait compris maintenant quelle fin lui était destinée. Moi, humaine, je ne suis pas capable de te tuer. Alors je laisse cela à mes deux autres moi. Il est temps, mon frère, que je devienne veuve.