J'ai eu une fièvre d'écriture aigüe. En trois jours, j'ai écrit neuf pages sur word, un vrai miracle pour moi!

Ne vous attendez pas à un rythme aussi soutenu dorénavant, je n'ai pas la plume facile.

En attendant, bonne lecture!

Chapitre 31

Chléon tenta de s'enfuir mais la vampire et la loup-garou firent un bond vertigineux pour lui sauter ensemble dessus. Mon frère asséna un coup de pied à l'énorme louve qui râpa sur son flanc droit sur plusieurs mètres dans un gémissement qui me fit frémir. Mais la vampire profita de ce que Chléon était occupé pour lui arracher le bras droit en riposte. Le craquement fut suivit d'un long hurlement.

Chléon resta interloqué. Chléon pouvait être blessé. Chléon pouvait avoir mal. Même lui pensait la chose impossible. La vampire le fixa de ses yeux noirs, vide de toute humanité et lui fit un sourire mauvais. Il avait trouvé aussi méchant que lui.

Le cri de douleur se transforma en cri de rage. Il vociféra des phrases injurieuses dont je ne compris pas la moitié. Peu m'importait ! Il n'était plus temps des palabres. Il était temps qu'il meure.

Je vis la louve, qui s'était remise, se jeter sur lui, les crocs ouverts sur sa jambe qui l'avait blessé, et lui arracher les chairs avec un plaisir délectable. J'aurai du être effrayée par tant de violence. J'aurai du être heureuse, ou tout du moins soulagée de voir mon frère vaincu et sur le point d'être anéanti. Mais je restai immobile, statufiée comme je l'avais été plusieurs milliers d'années auparavant.

Et à chaque coup que mes deux parties lui assénaient, chaque morceau qu'elles lui retiraient, une part de mon passé semblait disparaître avec.

Finis le clan et ses règles stupides des femmes soumises aux hommes.

Finies les humiliations, les violences et les meurtrissures. Je savais aujourd'hui que non seulement, j'étais plus forte que Chléon mais surtout, j'allai pouvoir enfin être moi.

Le combat ne dura guère plus d'un quart d'heure. Mon frère était décidément tombé bien bas. Il était maintenant un tas de morceaux disséminés sur quelques mètres carrés, et, près de la louve, sa tête arrachée du torse gisait comme une pierre brisée.

La louve vint se placer derrière la vampire. Cette dernière leva le bras et ensemble tous les morceaux prirent feu.

L'odeur acre de la mort me vint aux narines et je réalisai alors.

Chléon était mort.

Je titubai légèrement, un peu saoule par l'odeur et surtout désorientée : trop d'évènements, trop de surprises.

Mon esprit était vide. J'étais incapable de penser quoi que ce soit. Je me tournai vers le reste de la clairière. La bataille était déjà bien engagée. Elle avait du commencer en même temps que mon attaque avec Chléon. Il était évident pour n'importe quel spectateur extérieur que les Quileutes et les Cullen avaient l'avantage.

Les loups-garous s'en donnaient à cœur joie. Ils sautaient sur tous les nouveau-nés vampires. Ceux-ci étaient complètement déboussolés, effrayés par ses énormes loups qu'ils n'avaient jamais rencontré et combattu auparavant.

Emmett n'était pas le dernier à participer au combat. Hurlant tel un guerrier viking dans la bataille, il se servait de sa force herculéenne pour arracher la tête ou plaquer tout ce qui s'approchait un peu trop près de lui ou de Rosalie. Celle-ci n'était pas de reste, aux côtés de Jasper. Esmée et Carlisle combattaient ensembles. Seule Alice semblait plus en retrait, perdue dans ses visions et donnant ses indications.

Et là, j'entendis Edward.

Il m'appelait.

Je tournai la tête un peu plus à droite. Je le vis envoyer un vampire contre un rocher et foncer vers moi.

Il était en vie, j'étais en vie. Tous mes amis étaient en vie.

Une bouffée de bonheur m'envahit.

Je me sentis à nouveau entière, … et harassée.

Je fis un pas en direction d'Edward mais mes jambes se dérobèrent sous moi et je m'écroulai, inconsciente.

Etre libre est une notion étrange. Lorsque j'imaginai ma liberté, autrefois, dix mille idées m'avaient traversé l'esprit. Je m'étais fait une liste de désirs plus extravagants les uns que les autres que j'accomplirai alors.

Mais maintenant, j'étais vide. Aucune idée, aucune pensée, je vivais dans une sorte de sommeil sans rêve.

Je crois que le problème venait que je n'avais jamais vécu. Dans mon village, j'avais du oublier mon caractère, mes envies pour ne pas être punie. Dans ma fuite, j'avais du continuer à m'oublier pour ne pas être retrouver.

Comment savoir ce que l'on veut quand on ignore qui on est ?

C'est sur cette vérité que je m'éveillai ce matin là. Enfin, je crois qu'il s'agissait d'un matin. Je me retrouvai devant la grande baie vitrée de la maison des Cullen. Un fin rayon de lumière réchauffait mon visage.

Et ma première pensée fut que j'étais bien !

Aucune sensation de malaise, aucune impression de ne pas être à ma place, empêtrée dans des émotions que je ne contrôlais pas.

Juste bien !

Et j'aimais ça !

Je discernai un peu plus du réel. La baie vitrée correspondait à la chambre d'Edward. Je voyais le jardin devant la petite rivière qui nous séparait de la forêt. L'herbe me semblait plus grasse, les fleurs plus nombreuses.

Quelque chose avait changé ! Je respirai un grand coup. L'air était plus doux.

Un peu à droite du jardin, deux grands yeux inquiets et tristes me fixaient. Pourquoi Esmée s'inquiétait-elle ? N'étais-je pas bien ici, assise en tailleur, dans la chambre d'Edward à admirer la nature réveillée ?

Je perçus un frôlement et deux bras m'entourèrent. Une douce chaleur m'envahit. Je fermai les yeux, m'affaissai légèrement contre ce corps qui j'aimais tant et je souris au bonheur.

J'aimais ça !

Je rouvris les yeux. Esmée m'observai toujours soucieuse. Ses pensées étaient confuses. Elle se posait beaucoup de questions à propos de moi, d'Edward, de notre relation. Et surtout, je lisais beaucoup de tristesse.

Un doute me prit alors. Je n'avais pas vraiment de souvenirs de la fin de la bataille. Je me crispai. Les mains d'Edward me serrèrent un peu plus pour que je ne m'éloigne pas de lui.

- Bella, murmura-t-il pour me réconforter.

- Tout le monde va bien ? demandai-je alors, anxieuse.

Je le sentis sursauter. Il y eut un moment blanc avant que je ne sente son souffle sur ma peau et qu'il m'étreigne plus fort encore.

- Oui, maintenant, tout le monde va bien, soupira-t-il, visiblement soulagé.

Esmée me sourit avant de rentrer un peu trop précipitamment. Le rez-de-chaussée s'agita, comme si tout le monde se réveillait. J'étais perplexe.

- Maintenant ? demandai-je, confuse.

- J'ai eu très peur, Bella.

- Peur de quoi ? l'incitai-je à continuer.

- Lorsque tu es redevenue… entière, dirons-nous, tu t'es effondrée. Nous nous sommes vite débarrassés des derniers nouveau-nés et nous avons accouru. Carlisle t'a auscultée. Mais il n'a rien trouvé. Il en a conclu que tu avais subi trop de stress et que tu allais très vite t'en remettre. Nous t'avons ramenée ici. Mais le temps a passé et tu ne te réveillais pas. Un matin, tu es venue t'asseoir devant la vitre. J'ai cru qu'enfin, tu allais mieux. Mais tu ne répondais pas à nos questions, les yeux continuellement dans le vague. Carlisle a commencé à croire que les efforts que tu avais du faire, le fait de t'être scinder en trois, avaient affecté tes capacités mentales.

Je souris à la remarque. Voilà qui aurait été pathétique : devenir folle alors que je pouvais maintenant vivre librement.

Son récit m'avait stupéfait. Je ne m'en souvenais absolument pas. Comme lorsque j'avais pris cette fameuse potion, j'étais devenue soudainement amnésique.

Quelle étrange réaction ! Je tentai de me rappeler ce qui m'était advenu juste avant. Mes souvenirs étaient enveloppés d'un voile qui en atténuait la violence et les sentiments. J'avais vu mon frère déchiqueté par une vampire et une loup-garou dont j'avais du mal à réaliser qu'elles étaient moi. Je l'avais vu ensuite prendre feu et disparaître à tout jamais.

J'avais vu Emmett et Jasper décapités des nouveau-nés, Rosalie se jeter sur un femme et lui arracher un bras, Les loups-garous broyés avec leurs crocs les chairs encore rougies des êtres tout justes devenus vampires. La scène était abominable, l'odeur acre m'avait pris à la gorge. Et pourtant, je ne ressentais rien en m'en remémorant.

Tout cela semblait si loin. Et en effet, d'après le résumé d'Edward, c'était loin.

- Mais quel jour sommes-nous ? demandai-je alors.

- Nous sommes le lundi 3 juin.

Quatre semaines ! J'étais restée inerte durant un mois. Alors que je pouvais maintenant faire tout ce dont je désirai, tout ce dont j'avais envie…

En fait, je n'avais aucune idée de ce que j'avais envie pour moi. Mais je savais que j'avais encore trois choses à accomplir.

- Y a-t-il encore le collège demain ? continuai-je.

- Ca n'a pas d'importance, Bella. Carlisle nous a déclaré atteint de mononucléose. Nous pouvons rater le collège jusqu'aux vacances d'été.

Je me retournai vers lui. Il semblait encore soucieux, le regard cherchant un quelconque signe de fatigue chez moi. Je lui fis un petit sourire et posa ma main sur sa joue. Son contact m'avait manqué. Il pencha vers moi et posa sa tête sur mon épaule. Nous restâmes un long moment ainsi à savourer le moment.

Et j'aimais ça.

- Rends-moi un service, Bella, me murmura-t-il.

- Propose toujours, hésitai-je.

- Je connais tes réticences mais je serai plus tranquille si tu acceptais que Carlisle vienne t'ausculter.

Déjà j'entendais les pensées du docteur qui attendait notre appel. Je me dis que c'était l'occasion d'organiser ce que je voulais faire.

- Que dirais-tu d'un compromis ?, lui proposai-je avec un brin d'humour.

Il s'écarta et me fixa avant de sourire à son tour.

- Quel compromis ?

- J'accepte que Carlisle vienne et en échange,…, et bien nous retournons au collège dès demain.

Son sourire s'effaça et il me regarda, surpris.

- Tu plaisantes ?

- Non ! Pourquoi veux-tu que je plaisante ?

- Je croyais que le collège t'ennuyait, que Mike et Jessica t'horripilaient.

- Il faut savoir passer outre certains désagréments pour parvenir à ses fins, contrai-je.

- Quelle fin ? me demanda-t-il, soudain intrigué.

- Patience ! Patience ! susurrai-je. Alors acceptes-tu le compromis ?

Il n'insista pas et acquiesça avant de sortir. Carlisle apparut quelques instants plus tard. Je m'étais à nouveau retourner pour admirer les couleurs estivales par la baie. Je le vis poser une tablette de chocolat sur la table de chevet à ma gauche. Je souris à ce rituel qui s'était instauré entre nous deux.

Carlisle n'était décidément pas un chef de clan comme les autres. C'était un père, protecteur envers sa famille.

Et j'aimais faire partie de cette famille.

Je me rappelai alors ce que Chléon lui avait craché à la figure. Je n'avais pas riposté alors. J'ignorai que je le pouvais.

- Tu sais que je ne t'ai jamais comparé à mon père, Carlisle, lui affirmai-je en me retournant lentement vers lui.

Il réfléchit quelques secondes en m'observant. Ses lèvres s'étirèrent légèrement.

- Oui, je le sais, Bella.

Je soupirai de satisfaction. Mes yeux descendirent vers sa mallette médicale.

- Et tu sais que je ne suis absolument pas folle, continuai-je, ironique.

Il pouffa de rire. Il posa alors sur le lit la petite valise et s'éloigna d'elle. J'avais accepté de le voir, pas d'être auscultée.

- En effet, je m'en rends compte, affirma-t-il. Mais, …, tu as changé.

Sa voix devint plus suspicieuse.

- Changé ?

- C'est difficile à expliquer, éluda-t-il, m'observant comme s'il était en train de découvrir quelque chose de nouveau.

Je jetai un coup d'œil vers la vitre qui me renvoyait un faible reflet de moi-même. J'avais des habits neufs- je me demandai furtivement qui avait bien pu me vêtir – mais pour le reste, j'étais restée la même.

Peut-être un peu plus fière, un peu plus sure de moi.

- Bien des choses sont difficiles à expliquer, murmurai-je en fronçant les sourcils. Dis-moi, qu'as-tu pensé de cette bataille ?

- Voilà une question qui mériterait des heures de discutions. Nous en avons beaucoup parlé depuis.

J'eus une petite pique de jalousie à ses mots. J'aurai aimé participer à cela.

- J'avoue que je n'espérai pas une fin aussi heureuse pour nous, poursuivit-il. Je savais que tu étais bien plus forte que tu ne le pensais mais rien ne permettait de savoir si tu pouvais défier Chléon ou pas. D'ailleurs, nous étions à peu près tous d'accord là-dessus.

- Tu m'as donc menti dans la clairière, soulignai-je.

- Il fallait bien que quelqu'un est confiance en toi, puisque c'était un sentiment qui t'était inconnu, contra-t-il. – J'haussai les épaules comme une gamine exaspérée. – Nous avions espoir que la présence d'Edward te redonne l'envie de te battre. Mais nous avions prévu que malheureusement, il pourrait y avoir des pertes…

Je continuai la conversation vers le sujet qui m'intéressait. Je ne voulais plus repenser à toutes ces incertitudes qui m'avaient miné durant des heures.

- Chléon avait changé. Je ne pensai pas alors que cela puisse être possible. Les vampires sont immuables. As-tu déjà rencontré un phénomène comme celui-là !

Carlisle vint se placer à côté de moi, devant la vitre et admira à son tour le paysage.

- Tu penses que les drogues qu'il a prises durant des siècles ont participé à sa diminution physique et intellectuelle ? me demanda-t-il.

- Pas toi ! m'exclamai-je.

- Non ! Je crois que ce n'est pas une cause mais une des nombreuses conséquences qui l'ont mené à sa perte…

- Développe, veux-tu ? exigeai-je.

Il me fixa à nouveau, puis sourit et continua !

- Je ne crois pas que le Chléon que tu as combattu est tant changé par rapport au Chléon de tes souvenirs.

- Je sais qu'il était différent, m'insurgeai-je, vexée qu'il juge mes souvenirs inadéquats.

- Il est différent par rapport à toi. Vous étiez tous les deux des êtres singuliers. Ma théorie est que, contrairement à ce que tu penses, vous êtes capables d'évoluer face aux expériences que vous vivez…

- Evoluer ? répétai-je, incrédule.

- Un jour, tu nous as dit que tu étais capable d'avoir toutes les capacités des vampires. Mais que sais-tu vraiment de tes dons, Bella ?

Je ne répondis pas.

- Savais-tu que tu étais capable de te séparer en tes trois entités ?

- Non ! avouai-je.

- Tu l'as fait parce c'était la seule solution à ce moment là de ta vie. Tu t'es adaptée aux circonstances…

- J'ai évolué, concluais-je, encore indécise. Mais Chléon ?

- Chléon vivait dans son passé, accroché aux souvenirs de son clan. Son plus grand souhait était que surtout, rien ne change, rien n'évolue. Et je pense que plus ou moins consciemment, il s'est refusé à s'adapter.

- Donc je l'aurai trouvé différent non pas parce qu'il avait changé mais parce moi, j'ai changé.

- Ce n'est qu'une théorie, affirma-t-il, une pointe d'ironie dans la voix.

Nous restâmes silencieux quelques instants. Mes pensées s'évadaient vers toutes mes expériences passées. Oui, depuis que je vivais avec les Cullen, j'avais certainement changé. Ils m'avaient incité à accepter la vie en communauté, à imposer mes choix, mes points de vue, à accepter d'avoir confiance et d'être aimer. Mais auparavant ?

- Je n'ai pas l'impression d'avoir été une adepte forcenée aux expériences nouvelles, avouai-je.

- Sans doute pas, reconnut-il. Mais pour autant, tu n'étais pas contre. Tu as toujours voulu te détacher de ton passé et tu as donc accepté l'évolution. Chléon non ! Pire ! Il était obnubilé par lui. Son désir était de revenir en arrière, de revivre dans son clan, d'être à nouveau l'être supérieur, de retrouver les sensations de la potion… Je me demande si la transformation définitive n'a pas été le début de son déclin et le prémices de son fin.

- Comment ca ?

- J'ai déjà rencontré ce genre de cas. Des vampires qui ne supportent pas ce qu'ils sont devenus et qui sombrent dans une dépression qui les dépasse complètement. Beaucoup tentent, sans succès, de se suicider. Moi-même, je l'avoue… Bref ! Il faut une certaine force de caractère pour supporter ce que nous devenons.

- Chléon était très fort, confirmai-je.

- Il était soutenu par le clan qui lui vouait un culte proche de celui d'un Dieu, d'après ce que tu nous as expliqué. Les hommes étaient déjà supérieurs aux femmes. Et lui était encore au-dessus d'eux. Il était celui qui gagnait toutes les batailles, celui qui tuait le plus d'ennemi, celui…

Je lus dans son esprit ce qu'il n'osait dire tout haut.

- Celui qui allait se marier avec la femme la plus convoitée du clan.

Il m'adressa un sourire de compassion.

- Et puis, il n'y a plus eu personne. Plus de soutien, plus de vénération, plus de femme. Chléon n'avait pas de force de caractère. Sans les autres, il n'était rien. Mais il l'ignorait.

Je me souvins alors des yeux de Chléon qui goutaient à ma peur, à son visage fier quand je lui affirmai ma soumission dans la clairière de Forks. Chléon ne recherchait pas à être un chef, il voulait que nous l'affirmions comme tel.

- Ta théorie est … intéressante, suggérai-je.

- Mais ce n'est qu'une théorie, répétait-il.

Je lui souris à nouveau.

- Bien sur, m'amusai-je.

- Je crois que tu n'as pas besoin d'être ausculter. Tu te portes à merveille. Je vais pouvoir maintenant rassurer Edward et les autres. Et téléphoner au collège pour annoncer que vous revenez demain – il m'adressa un petit sourire narquois – et à Sam. Les Quileutes sont venus chaque jour prendre de tes nouvelles. Nous avons fini par nous apprécier.

- Finalement, toute ceci aura eu quelque chose de bon, concluais-je.

- C'est bon de te revoir, rajouta-t-il en faisant demi-tour.

Il alla chercher sa mallette et s'approcha de la porte.

- Carlisle ! l'interpelai-je.

Alors qu'il se tourna vers moi, je mis mes bras autour de son cou et le serra dans une étreinte amicale.

- Merci pour tout, Carlisle. Pour moi aussi, c'est bon de te revoir.

Il resta immobile, saisit par l'étrangeté du moment. Je fus moi-même surprise par la facilité avec laquelle je l'avais touché. Toutes ses années à être gênée par des gestes quelconques d'amabilité envers les hommes alors que c'était si simple !

Je m'écartai à nouveau. Si le moment n'était pas si émouvant, j'aurai certainement ri de l'expression médusée du docteur. Il lui fallut quelques secondes pour reprendre contenance. Il se racla la gorge.

- Bien !... Euh !... Je vais y aller, marmonna-t-il.

Je ris doucement et vis Edward prendre la place de son père dans la pièce. Il semblait également confus.

- Que s'est-il passé ? me questionna-t-il. Je n'ai jamais vu l'esprit de Carlisle aussi… embrouillé.

- C'est de ta faute, éludai-je. C'est toi qui as voulu qu'il m'ausculte. En tout cas, je suis décrétée apte au service. Alors demain, école pour tous les deux.

Je voulus lui donner un baiser furtif. Mais il me serra contre lui et prolongea le moment. Mes doigts caressèrent ses cheveux de bronze. Nos lèvres jouèrent quelques instants.

- Ca m'a manqué, murmura-t-il lorsque nous nous séparâmes.

En effet, ca m'avait manqué.

Et j'aimais ça.