Ca y est ! C'est fini !
Et voilà le dernier chapitre d'une longue histoire qui aura duré plus d'une année.
C'est bizarre de finir cette histoire, et j'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à l'écrire. Je n'en suis pas totalement satisfaite. Mais il faut bien tourner la page.
Je remercie tous ceux qui ont lu ma FF et tous ceux qui ont écrit des commentaires.
Chapitre 34
Ma tête était restée presque durant tout le vol sur l'épaule d'Edward. Les yeux fermés, je repensai à tout ce qui nous avait menés à cet instant précis de notre vie.
Il y a un an encore, je ne connaissais rien à internet. Et voilà que, la semaine dernière, en deux clics, j'avais acheté deux billets en partance pour Seattle direction Rome puis Tarente.
Je n'avais même jusqu'ici jamais pris l'avion. Lorsque je m'étais rendu sur le nouveau monde, c'était à bord d'un galion espagnol.
Ce n'était pas désagréable mais pour autant, ne pas sentir mes pieds sur le sol ne me plaisait pas.
Nous étions fin juin. Edward avait immédiatement accepté de m'accompagner dans ce voyage et les préparatifs avaient été rapides. Mais, pour ne pas éveiller les soupçons à Forks et nous permettre d'y revenir rapidement si l'envie nous prenait, nous avions préféré attendre la fin de l'année scolaire pour partir en voyage.
J'avais montré à Edward où je voulais me rendre. Au sud de Tarente, près de la mer Adriatique, se trouvait une côte semi-rocheuse où avait vécu, il y a des milliers d'années, la tribu qui m'avait vue naître.
Depuis la mort de Chléon, j'avais eu envie d'y retourner. Maintenant qu'il n'y avait plus aucun danger pour moi, dire un dernier adieu à ce qu'avait été ma vie autrefois me taraudait.
Je ne savais pas trop si c'était une manière de tourner définitivement la page ou celle de me rendre compte que, malgré toutes les épreuves que j'avais pu avoir au cours de mon existence, j'avais su rester moi.
Nous avions beaucoup parlé de ce voyage avec Edward. Au début sceptique, il avait vite compris que c'était pour moi une sorte de pèlerinage qui me tenait à cœur. Et il avait fini par m'encourager à m'y rendre le plus vite possible.
Je ne savais pas combien de temps nous allions y rester. Aucune obligation ne nous retenait maintenant à Forks si ce n'était celle de revoir le reste de la famille Cullen.
Emmett et Rosalie avaient également choisi de faire un voyage de quelques mois, en Afrique du Sud, maintenant qu'ils avaient réussi – haut la main et pour la vingt-deuxième fois – leur diplôme de fin d'étude. Ils attendraient ainsi que nous ayons tous fini le lycée avant de déménager – sans doute vers le nord, à proximité du Canada – où nous irions peut-être à l'université.
Edward n'était pas très chaud pour continuer un cursus scolaire. Il avait plutôt envie d'une petite retraite à deux. Comme moi, il n'avait jamais connu auparavant le bonheur de vivre l'amour avec quelqu'un et il désirait profiter de cela loin de toute agitation humaine.
L'idée me plaisait bien, je l'avoue. Ces longues heures à rester assis à écouter le discours insipide d'un professeur m'exaspéraient de plus en plus. Et je n'étais pas vraiment sûre que l'université soit plus excitante.
Dans quelques années, peut-être, lorsque nous aurions pris quelques habitudes de vie, je me demanderai alors ce que je voudrais faire en plus de vivre avec Edward.
Le vol dura près de neuf heures et il nous fallut deux heures supplémentaires pour rallier Tarente où nous louâmes une voiture.
Je fus surprise par la chaleur qui nous tomba dessous à la descente de l'avion. J'avais oublié combien le soleil pouvait être brulant à cette période de l'année en Italie, comment l'air pouvait être sec et la couleur des paysages tellement lumineuses qu'elle vous éblouissait.
Décidément les poètes ont raison : le soleil ne brille pas pareil pour tout le monde.
J'avais vécu toute mon existence dans une éclipse totale. L'aube s'était enfin levée voilà une année et me voici maintenant au zénith de ma vie avec la certitude que l'astre solaire n'était pas prêt de se coucher pour moi.
Nous voyageâmes dans un silence détendu. Les vitres fumées de la voiture de location empêchaient la peau d'Edward de devenir scintillante. Il semblait fixer le pare-brise alors qu'il conduisait alors que moi, je dévorais le paysage pour tenter d'y retrouver quelques souvenirs de mon passé.
Mais rien de bien précis ne me parvint : un sentiment de connaître les lieux tout au plus. A Tarente, nous trouvâmes un hôtel où nous nous enfermâmes jusqu'à ce que la nuit vienne, quelques heures plus tard.
- Je t'empêche de rester dehors, maugréa-t-il. Tu peux y aller toute seule, si tu veux.
- Non !tranchai-je sans hésitation. Je tiens à ce que tu sois là. C'est important pour moi.
- Si au moins, nous étions venus en hiver. Les nuits sont plus longues.
- Hélas, il faut croire qu'on ne choisit la période où on décide de tuer son frère, ironisai-je amèrement.
- Tu regrettes d'avoir tuer Chléon, me demanda-t-il alors qu'il me prit dans les bras pour me rassurer.
- Non ! Mais je n'ai pas apprécié le plaisir que j'ai eu à le faire… Je ne suis pas comme ça, murmurai-je finalement.
- Je sais, Bella !
Nous partîmes vers la côte ionienne dès que le crépuscule tomba. Les rochers étaient toujours là, les petites plages de sables. Mais la végétation avait changé, plus rase, plus sèche. D'une certaine façon, cela me rassura : la plante ne pouvait certainement plus existée dans ce milieu là.
Nous roulâmes durant ceux cent bons kilomètres avant que j'indique à Edward de s'arrêter sur un petit parking.
Nous marchâmes un long moment le long de la rive, entre les rochers et les touffes de plantes rases. L'air était encore doux à cette heure tardive où le soleil avait complètement disparu derrière les collines de calcaire.
Edward accepta sans rechigner la vitesse humaine de mon allure et notre balade dura trois bonnes heures. Je tentai de me remémorer la découpe d'une plage, la forme d'un rocher, l'odeur de la mer.
Rien !
Je finis par m'asseoir sur une pierre plate. Edward s'assit à côté de moi et me prit dans ses bras. Il me berça doucement tandis que je regardai le léger ressac des vagues sur le sable.
Je me rendis compte que les larmes coulaient toutes seules sur mes joues.
De mon passé, il ne restait rien.
A par moi !
La semaine suivante fut identique au premier jour. Nous rentrions au soleil levant. Je dormais un peu, fatiguée par la marche et la chaleur.
Nous avions demandé un ordinateur avec une connexion internet à l'hôtel et Edward en profitait, pendant ce temps, pour écrire au reste des Cullens.
Alice et Jasper étaient partis chez les Dénali en Alaska pour tenter de renouer avec les trois femmes. Elles semblaient un peu honteuses de toute cette histoire avec moi et Tanya avait fini par admettre qu'Edward n'était plus sur le marché des célibataires.
Rosalie et Emmet s'amusaient comme des fous en Afrique du Sud. Attraper des rhinocéros ou des hippopotames semblaient aussi amusants que des ours.
Carlisle et Esmée se retrouvaient donc seuls en amoureux et, bien que la jeune mère aimait s'occuper de ses enfants, savourer ses instants à deux était agréable.
A mon réveil, je commandais souvent à manger. La nourriture italienne me plaisait beaucoup : les pâtes au basilic, à l'encre de seiche (ce qui faisait bien rire Edward lorsque je lui montrais ma langue noire), les fraises,…
Nous repartions dès le crépuscule pour nous balader aux alentours de Tarente.
J'avais fini par ne plus pleurer dès le second soir. Je tentais toujours de trouver une trace, quelque chose à me raccrocher. En vain !
La troisième nuit, Edward me laissa quelques heures le temps de trouver quelques animaux sauvages pour se nourrir. La chasse était maigre, aussi dut-il le faire chaque soir à partir de là. Je crois aussi que c'était une excuse pour me laisser un peu toute seule réfléchir à mon passé et mon avenir.
Avec la mort de Chléon et les éclaircissements de cette fameuse journée où toute ma tribu avait péri, je commençais à réaliser que plus rien ne me rattachait à mon passé.
Aujourd'hui, je devais apprendre à faire table rase et repartir avec d'autres objectifs.
J'avais déjà aidé Victoria et sa jeune sœur à sortir des griffes de son père, j'avais embarqué Edward dans mon voyage en Italie.
Que ferai-je plus tard ?
Rester avec les Cullens ! Cela allait de soi. Je me demandais si, à mon tour, je pourrais considérer Carlisle et Esmée comme mon père et ma mère. Je faisais partie de la famille, soit, mais je me percevais plutôt comme une belle-fille.
Au bout d'une petite semaine, nous tombâmes sur des fouilles archéologiques, un peu plus l'ouest de Tarente.
L'endroit avait été soigneusement délimité à l'aide de barrières et de rubalises rouges et blanches. Des éclairages illuminaient plusieurs endroits et une dizaine de personnages travaillaient à gratter la terre et à transporter des pierres.
Nous discutâmes avec un des archéologues qui avait la langue bien pendue – et les yeux un peu baladeurs, ce qui déplaisait fortement à Edward. Les fouilles avaient permis de découvrir un village datant du cinquième siècle avant Jesus-Christ.
Cette époque là était agitée pour le sud de l'Italie, en proie à des guerres incessantes avec les athéniens et les siciliens. Le village semblait été construit tout près du mien. Les maisons étaient construites en pierre, alors que le mien était en bois. Les poteries ressemblaient beaucoup à celles que j'avais connues autrefois.
Mais aucune mention d'un autre village. Il avait disparu de l'histoire aussi vite que ses habitants étaient morts.
Les nuits qui suivirent, nous marchâmes aux alentours du site archéologique. Avoir trouvé des restes d'un village qui n'avait que quelques centaines d'années d'écart avec le mien m'avait tout de même donné un peu d'espoir.
Je finis par trouver ce que je voulais le mardi qui suivit.
C'était une grande pierre plate de calcaire blanc de dix mètres carrés de diamètre qui effleurait à peine la surface. De la mousse et les plantes rampantes en avaient envahi quasiment toute la surface et c'était pour cela que j'avais eu tant de mal à la retrouver.
Je commençais par enlever les plantes les plus faciles, je dégageais les quelques cailloux qui étaient dessus.
Puis à l'aide d'une pierre, je grattai la mousse. Je retrouvai alors la ligne qui formait un cercle parfait, profonde de deux ou trois millimètres.
Je mis deux bonnes heures à dégager la roche comme je le voulais. Je finis par m'asseoir au centre du centre, grand de cinq ou six mètres de diamètre.
Je levai la tête : Edward me regardait curieusement, se demandant bien ce qui me prenait.
- C'est un cercle de cérémonie, lui expliquai-je simplement. C'était celui de ma tribu. La seule chose qui reste.
Je restai assis toute la nuit là. Mille pensées me traversèrent l'esprit sans vraiment que j'arrive à me concentrer dessus. Et lorsque l'aurore commença à poindre, ce fut Edward qui me prévint qu'il fallait que nous rentrions.
Je m'effondrai sur mon lit et m'endormis aussitôt. Mon sommeil fut peuplé de rêves étranges. Je revis mon mariage, les vampires et les loup-garous se jeter sur tous les habitants de la tribu. Chléon m'apportait le corps inerte de ma sœur pour le déposer à mes pieds.
Puis le corps se transformait en celui de Chléon, découpé en plusieurs morceaux et il prenait feu et disparaissait.
Je me réveillai en sueur en milieu d'après-midi, Edward à mes côtés. Je voyais bien qu'il était inquiet.
- Ca va, lui dis-je simplement.
- Non. Ca ne va pas, Bella. Regarde dans quel état tu es ?
- Je crois que c'était nécessaire, expliquai-je. C'est fini maintenant.
Oui ! C'était définitivement fini !
Chléon était mort ! Ma tribu était morte ! Il fallait que je m'occupe des vivants !
Edward !
Nous retournâmes au même endroit dès le soir suivant. Edward n'était pas très chaud mais je ne lui avais pas vraiment laissé le choix. S'il ne voulait pas venir, j'y serai allée toute seule.
D'un autre côté, j'étais heureuse qu'il me suive car je n'aurai pas pu faire ce que j'avais prévu sans lui.
Je lui pris la main et l'entraînai au milieu du cercle de cérémonie. Je me sentis soudain effrayée. Edward me regardait bizarrement, ne comprenant pas ce que je voulais. Je ne pouvais pas lui en vouloir, je savais que je me comportais étrangement depuis que nous étions arrivés en Italie.
- Ceci est un cercle de cérémonie, lui expliquai-je pour commencer. C'est dans ce cercle que ma tribu effectuait les actes les plus importants pour la tribu et pour ses membres. C'est pour cela que je voulais que nous venions ici ce soir. Je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi…
- Tout ce que tu veux, murmura Edward qui paraissait toujours aussi perturbé.
Je plongeai ma main dans la poche de mon pantalon en toile légère et je sortis une petite boite rouge bordeaux.
Cette boite, je l'avais prise dans le tiroir du bureau dans la chambre d'Edward la veille de partir. Elle m'avait brulé les doigts durant toutes ses semaines. Je voulais attendre le bon moment, le moment où j'aurai surtout suffisamment de courage pour faire ce que je m'apprêtai à faire.
Je la lui tendis. Je vis ses yeux s'agrandir légèrement sous la surprise et il retint inconsciemment son souffle.
J'attendis quelques secondes je crois que nous avions besoin tous les deux d'une pause à ce moment là.
- Je voudrais que tu me poses à nouveau la question ? demandai-je.
Ma voix était rauque. J'eus du mal moi-même à la reconnaître.
Ses yeux se mirent à pétiller d'une lueur que je ne leur connaissais pas. Puis ils se ternirent à nouveau.
- Tu n'es pas obligé, me dit-il.
- Je sais, répondis-je, sûre de moi. Je ne le fais pas uniquement pour toi, je le fais parce que j'en ai envie.
Il marqua encore une pause. Puis il se décida à saisir la petite boite.
Nos doigts se frôlèrent à ce moment et je sentis un courant électrique. Je souris sous la sensation.
Edward prit une profonde respiration et ouvrit la petite boite. La bague était toujours là, au centre de son écrin, fine alliance d'or. Elle était magnifique. Et je me rendis compte que je ne la trouvais plus terrifiante.
- Bella, commença-t-il d'une voix chaude et veloutée. Cela fait presque un an que je te connais maintenant. Tu es toujours à dire que notre rencontre a changé ta vie et t'a changé toi. Mais tu ne t'es jamais rendu compte à quel point tu m'apportes aussi tellement. J'ai passé près d'un siècle à haïr ce que j'étais, à détester mon existence et vivre un ennui perpétuel. Tu m'apportes quelque chose que j'avais oublié depuis près de cent ans : ton humanité. Je crois que je pourrais encore vivre dix siècles et être toujours étonné par tes réactions et ta façon de voir la vie. Et j'aime cela. Je rêve de passer le reste de mon existence auprès de toi. Veux-tu m'épouser ?
Je crois que les larmes avaient recommencé à couler le long de mes joues. Mais cette fois-ci, c'était les larmes de joie.
Enfin je regardai vers le futur, sans chercher à me retourner.
Et je savais ce que je voulais.
- Oui, murmurai-je simplement.
