Épisode 8 :

Jennifer ne s'attendait pas ce matin-là, à voir débarquer chez elle son ex mari. D'autant plus que Justin lui avait confié les enfants pour la matinée car il devait passer un contrôle chez le neurologue, et faire sa séance bi hebodomadaire de kiné. Son fils avait fermement insisté pour que son père ne soit pas tenu au courant de la naissance. Jennifer avait respecté son choix, il avait ses raisons.

Seulement Pittsburgh n'est pas une si grande ville. Les nouvelles y circulent plus vite que le vent du Nord. Surtout quand l'heureux papa est un artiste reconnu et que sa petite sœur... Ne sait pas tenir sa langue !

« Où est mon petit fils ? »

« Fais moins de bruits, les enfants dorment. » Jennifer tentait de calmer le père de Justin.

« Noah, c'est ça ? »

« Oui, Noah et... Iris »

L'homme ne releva pas, il était évident que la petite fille ne l'intéressait guère. Seul son héritier mâle semblait être l'objet de toutes ses attentions.

« Jennifer, qui s'occupe de mon petit fils ? » Demanda-t-il.

« Et bien, sa maman, et... Ses pères »

« SES pères ? C'est une plaisanterie ? Je ne veux pas que ce... Ce... Kinney approche de mon petit fils »

« Qu'est-ce qui te prend ? » répliqua Jennifer.

« Oh ça va, ne fais pas semblant de ne pas comprendre, ce type a perverti mon fils, il s'est attaqué à lui alors qu'il n'avait que 17 ans, c'est un détraqué, un pédophile, je ne veux pas qu'il pose la main sur Noah ! »

« Mais tu es en plein délire ! Tu te rends compte de ce que tu dis. Ça fait des années que tu te fous du sort de ton fils, que tu l'as insulté, tu lui as coupé les vivres, tu l'as renié, envoyé en prison et aujourd'hui, tu viens faire un scandale, des trémolos dans la voix, tu fais semblant de t'intéresser à son enfant ? Et ne t'inquiète pas pour Noah, Brian fera un bien meilleur père que toi. C'est pas difficile de faire mieux ! Laisse-le, laisse LES tranquilles, sors de chez moi, SORS ! »

Anna, n'était pas difficile à trouver, son cabinet de kiné était inscrit dans l'annuaire. Jennifer l'a prévint immédiatement de l'arrivée imminente du « Grand-père, ivre de colère, et prêt à en découdre »

Cela avait été une nuit où la lune, arborait funestement un halo laiteux autours de son globe...

« Signe que les ennuis vont arriver » Avait murmuré Anna...

« Vous êtes le père de Justin ? Monsieur Taylor ? » Anna avait tout de suite senti, qu'il valait mieux tenter la douceur, et le calme.

« En effet » Le ton n'était pas au dialogue, visiblement l'homme avait un message à faire passer.

« Je vous en prie, asseyez vous » Il resta debout.

« Je vais vous parler cash, je ne veux pas savoir vos petits arrangements avec mon fils, ni avec ce... Kinney, ce que je veux, c'est que mon petit-fils ne soit pas en contact avec cet... Cet homme ! »

« Écoutez Monsieur, vous n'êtes pas sans savoir que votre fils et Brian sont mariés légalement, ils sont tous les 2 les pères légaux de Noah et d'Iris. C'est la Loi. Et pour ce qui est de la moralité de Brian, je peux vous assurer que... »

L'homme se mit à ricaner funestement.

« Sa moralité ? Vous la connaissez bien sa moralité, hein ? Baiser un gosse de 17 ans, le laisser crever dans une marre de sang après avoir provoqué tout le monde avec son comportement obscène...

Ce type est une ordure, un malade qu'il faut enfermer, sa réputation n'est plus à faire. Et je vous promets que je vais tout faire, vous entendez ? TOUT ! Pour qu'il n'ait plus de droit, sur MON petit fils. »

« Monsieur, vous n'en avez pas le pouvoir » Répliqua fermement Anna qui commençait à sortir de sa réserve...

« Oh que si, et croyez moi, avec le dossier que je vais monter, on ne lui laissera même pas la garde d'un poisson rouge ! » Répondit l'homme, les yeux remplis de haine.

Anna se leva, elle en avait assez entendu comme ça. Elle voulait que cet homme parte, sorte de sa vie, de son espace. Elle tenta de le pousser vers la porte.

Il la saisit par le poignet.

« Et vous, quelle mère êtes-vous donc ? Se laisser engrosser par ce dégénéré, la fille est à lui c'est ça ? Vous me dégouttez, vous avez fait ça comment, hein ? » Le ton devenait gras, vulgaire, l'homme semblait avoir bu. Anna sentit la panique l'envahir, elle ne contrôlait plus sa peur...

« Lâchez-moi et foutez le camp, vous êtes le pire salopard que je n'ai jamais rencontré, vous ne méritez ni votre fils, ni votre petit-fils... » La gifle monumentale, d'une rare violence, atteint la jeune femme à la joue droite. Elle fut projetée en arrière, la base de son crâne heurtant violemment l'angle de son bureau de verre.

Anna entendait un léger bourdonnement, comme si un essaim d'abeille tournait dans son bureau... Puis elle pensa « La lune et son halo... Les ennuis... » Et ferma les yeux.

« Hello, les petits monstres. Ils ont étés sages ? » Justin retirait sa veste, en demandant un café à sa mère.

« Justin, ton père est passé tout à l'heure. »

« Et ? » Répondit le jeune homme qui essayait de feindre l'indifférence.

« Et... Je crois qu'il est parti voir Anna. Je l'ai prévenue. »

« Putain de merde... » Justin empoigna son portable.

« Anna... Réponds... Réponds bordel... » Puis, il appela Brian.

« J'arrive, bouge pas »

Un patient qui attendait en vain qu'on lui ouvre la porte du hall. Un cabinet désert, la porte du bureau ouverte...

« Anna, Anna, réponds-moi, Anna » Le cri déchirant que poussa Brian était effrayant de douleur...

« Justin appelle les secours, et Horvat. »

Brian assis devant le corps inerte n'osait plus bouger.

Justin, pétrifié, prostré, était incapable de prononcer un mot. Il reprit ses esprits au bout de quelques minutes.

Le ballet des sirènes, les questions auxquelles on répond machinalement sans toutes les comprendre, l'envie de fermer les yeux, de dormir, de ne plus jamais se réveiller, le tourbillon des papiers à signer, de tous ces gens si gentils, dont on ne capte pas les mots...

2 hommes perdus, 2 enfants orphelins. Une vie brisée... Un astre oracle de mort... La Lune...

Horvat, et sa douceur bourrue, avait fait asseoir Justin, lui avait servi un thé bouillant.

« Je suis passé chez ma mère, récupérer les enfants. Elle m'a dit que mon père était sans doute parti chez Anna. »

« Justin, tu te rends compte de ce que tu dis ? »

« Oui... »

Horvat avait convoqué tout d'abord Jennifer, qui n'avait pas menti sur l'aspect « agité et confus » de son ex mari, ni de son désir de tout mettre en œuvre pour arracher Noah des bras de Brian.

Il avait donc décidé d'une arrestation pour procéder à un interrogatoire, de Monsieur Taylor.

Celui-ci n'opposa pas de résistance mais il apparu immédiatement à Horvat, que quelque chose clochait.

Tout d'abord, il avait été trop prompt à sortir un alibi pour justifier de son emploi du temps à l'heure de la mort d'Anna. Et puis, son apparence calme, détachée, ne cadrait pas avec le personnage, visiblement, cet homme se contrôlait ! Sans aucune preuve, ni empreintes exploitables, l'homme fut relâché.

Brian ne voulait pas se séparer de ses enfants. Emmet avait proposé de les prendre en charge, en vain. Il restait là, allongé, sur le canapé, Noah et Iris au creux de chaque bras. Il leur murmurait des choses, des mots qui parlaient de maman. C'était à crever le cœur. Et Justin tentait de rester debout.

« Je vais les coucher, Brian, tu devrais aller t'allonger »

Brian hagard, laissa Justin et Emmet, emporter les enfants.

« Justin chéri, tu veux que je restes cette nuit ? » Emmet, tentait de maîtriser son émotion, ce drame atroce le bouleversait, mais comme toujours dans des circonstances tragiques, il se montrait efficace, et d'une précieuse aide.

« Oui, s'il te plaît, ce serait mieux, merci Emmet »

« Je t'en prie, mon cœur, pas de mercis. Va te reposer avec ton homme, je gère le reste, la journée sera longue demain »

La journée fut longue en effet. Faire accepter l'autopsie à Brian avait été difficile moralement, le faire manger, boire chaud, se reposer, apaiser son extrême douleur...

« Tu sais, tant que l'enterrement ne sera pas passé... » Emmet parlait à voix basse à Justin, qui donnais le biberon à Iris, tandis que lui même finissait de changer Noah.

Emmet avait raison , pour l'instant, le deuil ne pouvait pas commencer.

Brian avait demandé de rester seul un moment avec Anna, avant que la « boucherie », comme il disait, ne commence. Ce n'était normalement pas autorisé mais Horvat avait arrangé ça.

Il regardait fixement le visage de la jeune femme qui semblait maintenant dormir. Il ne pouvait plus la protéger, plus la toucher, plus sentir son souffle dans son cou quand elle s'accrochait à ses bras. Elle ne pouvait plus sourire quand elle se grattait l'arête du nez avec son doigt ou qu'elle balançait ses sandales du bout de ses orteils. C'était fini. Il revoyait cette toute petite fille frêle, débarquant chez les Kinney avec sa valise, s'asseyant sur une chaise et regardant l'assistance de ses grands yeux vert émeraude ! Ces mêmes yeux qui l'avaient choisi, lui. En silence, quand ils s'étaient posés sur cet ado de 14 ans , qui venait en quelques secondes, de recevoir en plein cœur, la flèche de cupidon.

Jusqu'à ce soir de printemps, où il avait croisé un autre ange blond nommé Justin, sous un réverbère de Liberty avenue... Brian n'avait jamais aimé personne d'autre qu'Anna... Aujourd'hui, il ne lui restait plus que ses 2 enfants aux yeux verts, qui à leur tour, le choisissaient chaque matin, en se réveillant, et le seul des 2 anges, qui lui restait encore : sunshine !

Le rapport d'autopsie sur le bureau, Horvat hochait la tête. Visiblement, la mort était due au choc cervical. Elle était survenue quasi immédiatement, probablement sans souffrance. Le rapport notait également, un léger hématome sur la joue droite. Un coup, probablement, qui avait dû provoquer la chute ! Il s'agissait donc bien, au pire, d'un meurtre, au mieux, d'une altercation qui aurait mal tourné.

« Quel joue ? » Demanda Justin, assis en face d'Horvat dans la cuisine de Debbie.

« La droite ? Pourquoi ? »

« Si c'est la droite, la personne qui a frappé est... Gauchère ? Non ? » Répliqua le jeune homme en serrant les mâchoires.

« Mon... Père est gaucher ! » Horvat n'eut pas besoin d'autre explication. Il fit envoyer une voiture sur le champ, au magasin de Monsieur Taylor.

Le faire craquer fut une question de temps, et de... Psychologie... Quelques heures de GAV, et Horvat qui avait pris soin de caresser dans le sens du poil, l'homophobie évidente qui ne demandait qu'à exploser. Et le père de Justin avoua... L'inavouable.

Son père, son propre père avait tué la mère de leurs enfants. Sa haine avait été capable de ce geste. Justin était anéanti, à la douleur d'avoir perdu Anna, venait s'ajouter cette autre, plus insidieuse encore, d'être en partie responsable de ce drame !

Brian n'avait pas réagi à cette nouvelle, plongé dans son mutisme, il ne vivait que pour respirer la peau de ses enfants, rien ne semblait l'atteindre. Justin aurait préféré de la colère, de la rage, tout plutôt que ce silence. Il fallu des trésors de patience et de douceur, pour que Brian, prenne une décision. Le reste, fut géré par Emmet.

Le funérarium de Pittsburgh hébergeait une paisible chapelle, dans laquelle l'assistance se recueillait, le Pope procédait à la bénédiction rituelle. Les visages dévastés de douleur de Debbie, Horvat, Ted, Emmet, Ben, Michael, Daphné, faisaient chorale autours du couple silencieux. Justin et Brian, doigts enlacés, têtes penchées, laissaient couler leurs larmes.

On avait laissé Hunter chez Jennifer, pour s'occuper des bébés. Leur place n'était pas dans un crématorium ! Mel et Lindsay avaient envoyé un magnifique rosier blanc...

La veille, Brian avait déclaré « Anna n'ira pas dans un trou ! Elle détestait le noir... » L'urne choisie était vert pale, de la couleur de ses yeux. Avec une croix orthodoxe gravée à l'or dessus.

On avait eu un peu de mal à détacher les mains de Brian, pour lui faire reposer l'urne sur l'étagère.

Jennifer avait préparé un buffet, simple mais copieux. Les convives discutaient doucement.

Iris et Noah assis dans leurs relax, faisaient face à leur père. Celui-ci changea brusquement de visage, et esquissa un sourire. Devant lui, les bébés le fixaient de leurs grands yeux verts, et simultanément, se frottaient l'arête de leurs petits nez avec leur doigts... Anna ! Anna était là. Ce petit signe qu'elle lui envoyait de là haut, le remplit d'une chaleur qu'il avait cru perdre à jamais. Alors, il se leva, s'approcha d'eux, leur fit un clin d'œil en leur caressant doucement la joue.

Justin s'approcha de lui, se pencha pour embrasser ses lèvres froides. La vie était devant eux... Gazouillante, innocente et confiante. Pour eux, il faudrait être forts, et debout.