Épisode 12 :

« Oh oh... Iris, Noah... On reste là ! » Implorait Brian, assis sur la banquette en skaï de la salle d'attente. Les jumeaux s'impatientaient, escaladaient le dossier, tentaient une extermination massive des magazines posés sur la table basse devant eux...

« Comme ils sont mignons ! » S'exclama une jeune femme. Brian esquissa un sourire crispé. Non, là, à ce moment précis, ils n'étaient pas ''Mignons'', ils étaient... Casse couilles.

« Mais qu'est-ce qu'il fout votre père ? » Maugréait-t-il.

« Oh, vous n'êtes pas le papa ? » Demanda la jeune femme.

« Si si... J'ai gagné à la loterie, 2 pour le prix d'un ! » Répondit-il.

« Mais... » Son interlocutrice avait l'air perplexe.

« Oh. En fait, j'ai mis en cloque leur père, ça a marché du tonnerre ! La nature est généreuse, non ? »

Décidément, la provocation était bien le sport favori de Brian. Il lassa là la pauvre fille interloquée, embarqua les jumeaux, un dans chaque bras.

« Arrêtez de gesticuler comme des asticots, ou je vous laisse au vilain policier, regardez comme il est laid. » Les enfants riaient, quoiqu'il puisse dire, ils riaient toujours.

Les petits marchaient d'un pas plus assuré à présent, et la vie quotidienne tournait au sport de haut niveau. Surveiller les chûtes, les objets dangereux, les multiples risques potentiels qui jalonnaient le loft High tech de Brian. Il n'était pas du tout préparé à ça, et le retour de Justin était attendu comme celui du Messie, Brian le reconnaissait, en son for intérieur... !

« Oh, mes bébés... » Justin accroupi en ouvrant les bras. les 2 petits trottinèrent jusqu'à lui.

« Mon Dieu, quels progrès en 2 semaines ! »

« À qui le dis-tu ! » S'exclama Brian, d'un air... Èpuisé.

« Bonjour toi » Justin s'accrocha à son cou pour un baiser doux et léger. Iris lui tirait la manche, réclamant elle aussi, un minimum d'attention tandis que Noah profitait du moment, pour tenter une évasion, vers le portique du passage de sécurité !

« Non de Dieu... Noah ! » Cria Brian en courant pour intercepter le fugitif !

« Alors, content de ton expo ? » La voiture roulait à présent vers le centre ville.

« J'ai vendu toutes mes toiles, même le triptyque ! 10 000 $ » S'exclama Justin.

« Ah. Tu l'as vendu ? » Le jeune homme tourna sa tête vers le conducteur.

« Brian ? Ohh, il fallait me le dire, je ne l'aurais pas exposée.. Tu l'aimais tant que ça ? »

« Pas grave... Tu en peindras un autre, encore plus... » Justin posa sa main sur sa cuisse...

Le loft... 23h... épuisé, Justin à peine sorti de la douche, profitait du calme, du silence de cette nuit, heureux de retrouver enfin leur lit. Brian s'approcha de lui, passa la main dans ses cheveux.

« Trop fatigué ? »

« Jamais ! » Répondit le jeune homme dans un sourire.

« Alors, Honey, je propose, une partie d'échecs ? Une relecture de Proust ? Une rétrospective de l'œuvre de Bergman au ciné club ? » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, Justin l'attirait déjà sur lui, dans un baiser intense. Les vêtements de Brian volèrent dans la chambre...

« Pa ! Pa ! »...

Et meeeeeeeeeeeeeerde !

« C'est ton fils, ça » Déclara Brian.

« Oui, mais il a dit « Pa », pas « Dad »... C'est toi qu'il appelle » Répliqua Justin dans un sourire de compassion. « Allez va-y »

« Hey... Fiston.. Règle numéro un, retiens bien ça... On en reparle dans 15 ans : ne jamais interférer dans la vie sexuelle de papa... Sinon, papa devient de très mauvaise humeur, papa ne donne pas d'argent de poche, papa ne filera pas ses clefs de voiture pour le bal de promo, et t'enverra même à l'école militaire. Tu m'écoutes ? Je sais, pour l'instant, c'est pas ton problème, mais ça va vite le devenir... Un de ces jours, tu vas te rendre compte qu'on peut s'amuser avec autre chose que des cubes en plastique fluo, et là, moi, je viendrai pas casser l'ambiance en braillant... Alors, s'il te plaît, au nom de la solidarité masculine, laisse papa s'amuser avec Daddy... »

Le petit garçon, avait posé la main sur le sein de Brian et commençais à le pincer, absorbé par le contact de ses doigts sur ce truc dur.

« Oh oh, jeune homme ! Doucement, qu'est-ce-que c'est que ces manières ? Ça, c'est Daddy qui s'en occupe, pas toi ! » Brian fronçait les sourcils en éloignant la main de son fils de son torse.

« Justin, ton fils est précoce ! »

« Hey, Noah, qu'est ce qu'il y a ? » Justin avait enfilé un pantalon, pris son fils dans ses bras.

« Dad dad... »

« Alors, juste un lait tiède, avec de la fleur d'oranger, et on dort.. » La voix douce du jeune homme calmait l'enfant, qui à présent, suivait la manœuvre de la préparation dans les bras de son père.

Brian observait la scène, une image furtive, comme un flash traversa son esprit. Un groupe crachant sa haine le soir de la veillée après l'attentat, le bruit de la batte de base ball sur le crâne de Justin... Anna inerte sur le sol froid de son cabinet... Il ferma les yeux...

« Tout de même, vous devriez penser à déménager, le loft n'est pas adapté à de jeunes enfants »

Michael, entama sa litanie préférée, au Liberty dinner.

« C'est vrai, il n'ont même pas de chambre, ce n'est pas sain ! »

« Comment ça, ce n'est pas sain ? Je ne fume plus , je n'organise plus de partouze, c'est quoi le problème, Mickey ? Tu veux que j'achète un pavillon de banlieue, avec des jolis petits rideaux à fleurs, et des géraniums de jardinières ? »

Brian mordait le lobe de l'oreille de Justin, qui tentait de se retenir de rire. Cette conversation récurrente avec Michael depuis des mois, tournait toujours à l'affrontement de 2 conceptions radicalement différentes de la vie.

Michael, toujours dans son trip ''bonne bourgeoisie de banlieue'', tentait de convaincre son ami de ''rentrer dans le rang''.

Justin reconnaissait qu'il fut un temps où il avait été attiré par cette idée. Mais aujourd'hui, marié, père de 2 jeunes enfants, il remerciait Brian d'avoir maintenu ce vent de folie et de liberté, qui faisait tout le charme de la vie avec lui. Jouer à Ken et Barbie ne l'ntéressait plus. Il voulait son homme, peu importait où, ni comment. Et puis, lui aussi, était très attaché au loft, tant de souvenirs, leur première nuit, les longues semaines passées à veiller Brian malade... Tout cela faisait parti de leur vie.

C'est vrai, les enfants n'avaient pas de chambre, on avait aménagé un angle de l'open space, avec leurs 2 lits à barreau, installé un immense paravent désign, un grand tapis de jeu qu'on roulait dans un coin quand ils dormaient. Le loft de Brian avait gardé cet aspect ''garçonnière'' qui plaisait tant à Justin. Leur amour en avait imprégné les murs.

La conversation s'arrêta quand les plats commandés arrivèrent. Brian embrassait Justin à perdre le souffle.

« Et puis enfin ça suffit... Vous n'avez pas 15 ans. Vous donner en spectacle ainsi c'est... »

« C'est quoi mon petit Mickey ? Dégoutant ? Dis donc, ça fait combien de temps que tu n'as pas baisé avec Herr Professor ? »

« Pourquoi tu dis ça ? » Rétorqua Michael, renfrogné.

« Parce que, mon petit Mickey, tu m'as tout l'air d'être une ménagère frustrée, ou alors, si tu n'aimes plus ça, n'en dégoûte pas les autres » Poursuivit Brian en passant sa main sous le T shirt de Justin...

« Hey, les amoureux, retenez-vous 5 minutes, voilà vos œufs brouillés » S'exclama Debbie en posant les assiettes.

Un peu plus tard, alors que Michael était resté seul au comptoir et sirotait son café, sa mère s'approcha de lui.

« C'est quoi ton problème avec Brian ? »

« Rien ! Mais... »

« Mais quoi Michael ? Ne me dis pas qu'au bout de toutes ces années, tu es encore jaloux. »

Son fils baissait la tête silencieux..

« Si ? C'est ça ? Oh, Michael, mon chéri, enfin voyons. Tu es marié toi aussi à présent, tu es heureux, Hunter est rentré à la maison, Ben est adorable. Pourquoi Brian te préoccupe tant ? Laisse-le vivre sa vie comme il l'entend. Brian reste Brian, il rend Sunshine très heureux, je trouve que c'est un très bon père, ils ont traversé tant d'épreuves ensemble, ils méritent ce qu'ils vivent, leur amour irradie. Tu devrais te réjouir, au lieu de jouer les pères la pudeur. Ça ne te va pas du tout. »

« Brian se comporte toujours comme un ado. » Répondit celui-ci.

« Et ? En quoi ça te dérange ? Ça ne l'empêche pas de prendre ses responsabilités, d'élever ses enfants et de combler son petit ange. Alors, accepte ça, et vite, Michael, sinon, tu vas le perdre ! »

Michael n'y pouvait rien. La vérité c'est que depuis toujours, il rêvait d'être Brian et qu'il ne l'était pas. Le départ de Jenny Rebecca pour le Canada avec les filles, avait été douloureux. La naissance des jumeaux de Brian avait provoqué chez lui, un regain de jalousie qu'il maîtrisait avec difficulté.

La petite bande en extase devant ces 2 merveilles, Emmet qui jouait à super Nanie, tout cela ne faisait qu'accentuer la cruauté de l'absence. Et puis... Et puis, Brian et Justin, roucoulant comme au premier jour, se roulant des pelles au bout de tant d'années, ça le rendait aigri. Aigri parce que son couple à lui avait pris une vitesse de croisière calme, sereine, sans surprises, routinière, et qu'il s'avouait en secret, que si effectivement il avait aspiré à cette vie au début, aujourd'hui, quelque chose qui ressemblait à l'ennui, commençait à envahir sa jolie petite maison aux bow Windows bleus. Il aurait voulu que Brian rentre dans le rang, soit lui aussi vaincu par le poids de la routine, devienne sage, ça l'aurait rassuré. Mais Brian embarquait à l'improviste Justin pour des séjours à Ibiza, des virées en bolide, des expériences excitantes dans des endroits troubles, dont Michael ignorait les secrets. Brian réussissait ce petit miracle de faire de la vie avec Sunshine, une aventure imprévisible, et terriblement bandante. Michael enviait Justin...

Jennifer avait encaissé le verdict du procès de son ex mari avec amertume... 8 ans de prison, l'accident avait été retenu.

« Mort sans intention de la donner » Si tout allait bien, il sortirait d'ici 4 ans. L'homophobie n'avait pas été évoquée comme circonstance aggravante. Anna n'étant pas lesbienne, l'avocat avait plaidé l'accident au cours d'une dispute. Mais si l'homosexualité des pères n'avait pas été retenue comme mobile de cette altercation, en revanche, elle avait fortement indisposé les jurés qui avaient alors trouvé des circonstances atténuantes au meurtrier de la jeune femme. Après le simulacre de procès de Chris Hobbs, ce nouvel affront était la goutte d'eau.

Elle regardait les enfants jouer dans le jardin, à 2 pas des cendres de leur mère. Le rosier était en fleurs exhalant un parfum doux. Noah, sidérante petite réplique de Justin, sa bouche ourlée, sa peau lumineuse et sa blondeur d'ange, la façon minutieuse qu'il avait de ranger ses gros legos, son air d'enfant rêveur... Iris, au charisme enjôleur caractère fortement affirmé, intrépide, curieuse de tout. Tous 2 affichaient le regard lagon d'Anna, cette façon de se gratter le bout du nez avec le dos de leur phalange quand quelque chose les intriguait.

« Mes pauvres chéris, comment pourrons-nous vous dire, ce qui est arrivé à votre maman, ce qu'est votre grand père ? » Elle prit chacun par une main les jumeaux, et les entraîna vers la cuisine.

« On va faire des muffins ! A la vanille ! »

« Chéri, ton père a demandé un parloir pour toi, et pour Moly » Avança Jennifer timidement.

« Je sais, j'ai reçu la lettre de son avocat. Qu'il aille se faire foutre ! »

« C'est sûrement ce qui va lui arriver au pénitencier » Ajouta Brian avant de s'excuser auprès de Jennifer.

« Ne t'excuse pas, Brian, pas après ce qu'il vous a fait. Qu'il aille au diable, je ne sais pas ce qu'il attend de Justin, mais effectivement. Qu'il aille se faire foutre » Répondit-elle dans une rage à peine contenue.

« Et puis après tout, non. Je vais l'accepter, ce parloir, il veut me voir ? Ok, il va me voir. »

Brian tenait Justin dans ses bras, torse contre dos, position familière qu'il aimait prendre quand il fallait contrôler les émotions de Sunshine.

« Tu n'as pas à t'imposer ça, mon ange. » Dit-il.

« Si... Pour Anna, pour les enfants, pour toi... »

Chez Debbie... 19h...

Emmet épluchait une pêche, puis découpait les quartiers dans un bol en plastique bleu. Les jumeaux surveillaient l'opération en ouvrant la bouche à chaque fois qu'un quartier juteux tombait dans le récipient.

« 2 minutes, les gremlins, tata Emmet a bientôt fini. Debbie ? C'est normal qu'ils aient toujours faim comme ça ? »

« Emmet, ils ont 14 mois, ils prennent bien 2 centimètres par mois en ce moment, débordent d'énergie, apprennent la propreté, commencent à nous tenir la conversation. Tu crois quoi ? Que ça se fait en avalant des slim fast ? »

Emmet sourit aux enfants. Son petit fan club lui lançait des « Em, em, ma, ba ba … »

« Oh... Ils ont dit Emmet, vous avez entendu ? »

« Non Emmet, ils ont dit tata » Ricanait Brian en essayant de piquer un morceau de fruit dans le bol des petits, qui attaquaient à la cuillère avec avidité et maladresse.

« Au fait, j'ai revu Drew » Lacha Emmet.

« Drew Boyd ? Monsieur ''en plein dans le mille ?'' » Répondit Brian.

« ... »

« Et alors ? »

« Alors, il m'a invité à aller voir un de ses matchs samedi soir. »

« Tu vas y aller ? »

« Bien sûr qu'il va y aller, hein trésor ? » Intervint Debbie d'un air menaçant.

« Putain Emmet, tourne la page, on fait pas du neuf avec du vieux, ça va mal finir cette histoire. » Déclara Brian.

« L'écoute pas chéri, va-y, qu'est-ce-que ça te coûte ? » Lança la matrone.

Justin arrivait à temps, avant que les petits ne soient expédiés à l'étage, dans son ancienne chambre où Debbie avait aménagé une nursery de fortune.

« Ils sont baignés ? »

« Oui, baignés, et nourris, trésor. » Répondit Emmet dans un grand sourire.

Justin essuyait les bouches maculées de fruits.

« Dad... Boum, boum » Tentait d'expliquer Iris au jeune homme.

« Quoi boum ? Tu est tombée ? Tu es tombée aujourd'hui ? »

« Boum » Répétait la petite en montrant l'entrée ! Justin se retourna cherchant à comprendre ce que voulait lui dire Iris avec insistance et détermination ''Boum''. Son petit doigt tendu vers la porte.

Alors, il aperçut son sac à croquis, jeté dans la précipitation sur la sellette de l'entrée, et qui était tombé par terre, étalant ses fusains et crayons sur le sol.

« Oh... Merci mon cœur, je vais les ramasser... » Il embrassa la petite main tendue. Rien décidément n'échappait à Iris.

Les 2 hommes montèrent coucher les jumeaux.

Jumeaux... Tout le monde les avait instantanément appelés ainsi, même si biologiquement, ils n'étaient que demi frère et sœur. L'habitude était installée. Et si effectivement, il ne pouvait exister 2 enfants plus différents l'un de l'autre, un lien invisible les unissait d'une manière fulgurante. Leur façon de se tenir instinctivement la main, comme pour se rassurer, de se tendre des objets, de s'endormir l'un contre l'autre, ces 2 là étaient partis pour une très longue relation fusionnelle, cela sautait aux yeux de tous.

« I wish, I wish, my baby was born,

and sitting on, his papa's knees..

and me poor girl... »

Cette vieille chanson du sud avait le don d'hypnotiser les enfants. Justin n'eut pas le temps de la terminer, les yeux clos, ils étaient déjà ailleurs, dans leur monde.

« Guss te manque ? » Murmura Justin.

Brian avait posé ses mains sur les dos des enfants.

« Viens, on laisse la porte ouverte. » Ses yeux brillaient d'une sourde mélancolie.

Ben et Michael venaient d'arriver enfin, on pouvait passer à table.

« Hunter n'est pas là ? » Demanda Debbie.

« Non, il avait un exposé à préparer avec un copain »

« Ahhhh, les exposés... L'alibi tient toujours on dirait. Je me souviens d'un de mes exposés, Jack Paolini. Il avait un cul... Un cul ! » S'exclama Brian.

« Mieux que le mien ? » L'interpella Justin en allant chercher l'eau dans la cuisine.

Brian esquissa un large sourire se dévissant la tête pour regarder partir le jeune homme qui exagérait légèrement le chaloupé de ses hanches.

« Mon ange, aucun n'égale le tien... »

Michael leva les yeux au ciel...