Disclamer : Rien n'est à moi. Cette histoire est une traduction d'une fic de Children of the Shadows. Les personnages et le monde de Harry Potter sont, aux dernières nouvelles, la propriété de JK Rowling.

Chapitre II : Distinguer la réalité

Sirius fixait ses pieds, se demandant pourquoi ils étaient nus. Il se rappelait pourtant avoir mis ses chaussures ; se souvenait distinctement que ses chaussettes dépareillées lui avaient valu de se faire admonester par Lily. Malgré ça, il se retrouvait là, des brins d'herbes se faufilant entre ses orteils, chatouillant la voûte sensible de ses pieds. En comparaison, le banc sur lequel il était assis était dur et rugueux. Sirius se fit la remarque que s'il était aussi nu que ses pieds, sa peau aurait été piquetée de petites épines de bois acérées. Mais alors, il se serait réveillé, n'est-ce pas ? Son rêve aurait pris fin lorsqu'il aurait senti la douleur.

Pas si loin de ses pieds, de l'eau ondulait dans un clapotis apaisant. Il se demanda distraitement si c'était une rivière ou bien un lac, mais se retrouva incapable de vérifier. Peu importe à quel point il essayait de relever la tête, il parvenait tout au plus à lever les yeux jusqu'à apercevoir l'ombre diffuse de ses propres cils. C'était comme si quelqu'un le retenait par la nuque, le forçant à garder les yeux à terre. Sirius détestait ça ; il avait horreur être soumis. Mais contrairement à la dernière fois, il essaya de faire taire le sentiment de panique qui montait en lui et se répéta que c'était une illusion. Ce n'était qu'un rêve.

- J'ai toujours adoré le lac de Poudlard…

Sirius se tendit en sentant une présence se glisser à côté de lui sur le banc. Ils ne se touchaient pas mais Sirius pouvait sentir la proximité de leurs mains et le léger frottement de leurs cuisses. Ces sensations envoyèrent des frissons courir dans tout son corps et il enroula ses bras autour de lui, tentant de se contrôler du mieux qu'il pouvait.

- Je m'asseyais ici après les cours et je plongeais mes pieds dans l'eau jusqu'à ce que le soleil se couche et que ma peau soit toute fripée. Parfois, je sautais des repas entiers pour rester ici.

Et sur ces mots, Sirius se retrouva de nouveau à fixer ses pieds, immergés cette fois dans l'eau. Ç'aurait dû être froid, mais ça ne l'était pas. La température restait la même que quand ses pieds reposaient sur le sol. Tout ce que Sirius sentait étaient les vas-et-viens de l'eau qui s'infiltrait entre ses orteils. C'était en quelque sorte apaisant, mais pas assez pour étouffer l'appréhension qui montait en lui. Il allait mourir. Il le savait. Il n'y avait aucune autre explication à ces visions ou à la pression sur sa nuque qui le restreignait. Il allait mourir.

Un peu à l'écart de ses pieds, Sirius aperçut ce qui semblait être le commencement d'une formation de verre, morceau par morceau. Le verre s'élevait du fond des eaux, en apparence presque cristallin, et s'immisçait entre lui et « la présence. » La lumière était piégée entre chaque cristal, faisant virevolter une palette de couleurs avant de disparaître sans laisser de trace. Le verre atteignait presque les genoux de Sirius à présent.

- Tu n'es pas en train de mourir, dit la voix avec un accent de tristesse.

- Ne mens pas, répliqua Sirius, la voix rauque.

Il voulait relever la tête. Il voulait plonger son regard dans les yeux d'ambre et demander pourquoi. Pourquoi était-il ici ?

- Tu n'es pas en train de mourir, Sirius.

- Ne mens pas ! gronda celui-ci, serrant les poings. Ne me mens pas ! Pourquoi est-ce que je serais ici si je ne suis pas en train de mourir ? Pourquoi est-ce que tu es là, pourquoi est-ce que tu m'empêches même de lever la tête ?

- Personne ne t'en empêche excepté toi-même, répondit la voix d'un ton sévère. C'est ta peur qui te force à garder la tête baissée, tout comme c'est elle qui crée cette barrière entre nous. La seule raison pour laquelle elle est transparente est parce que ta curiosité interfère. Tu veux me voir.

Un sentiment de frustration monta en lui.

- Pourquoi es-tu ici ? Si ce n'est pas pour me tuer, alors pourquoi es-tu ici ?

- Je voulais te voir.

- Pourquoi ?

- Parce que je t'aime.

Sirius se mordit la lèvre, observant la frontière de verre qui s'était formée entre eux se rétracter petit à petit comme si quelqu'un défaisait simplement les pièces d'un puzzle. Il essaya de relever la tête, mais elle était toujours maintenue avec force. Il ne pouvait pas bouger, alors il resta là, à fixer les pieds plongés dans l'eau à côté des siens. Ils étaient pâles, tellement qu'ils semblaient fait uniquement de lumière.

- Quel est ton nom ?

- Moony, répondit la voix.

Sirius y perçut un sourire.

- Tu peux m'appeler Moony.

La pression derrière sa nuque se desserra et Sirius sut alors qu'il pouvait lever les yeux. Cependant, il garda la tête baissée, se demandant s'il devrait. Il en avait vraiment, vraiment envie mais il savait aussi que s'il le faisait, les choses changeraient. Il ne savait pas dans quel sens ni pourquoi, mais il savait que sa peur n'était pas sans fondements et il croyait en son instinct. Il se replia sur lui-même dans une position défensive, le front posé contre ses genoux et ses bras serrés autour de son corps. Il avait toujours aussi peur. Il ne se souvenait pas avoir jamais été aussi lâche.

Une main chaude se posa sur son dos et sans plus attendre, il releva d'un seul coup la tête. Il allait finalement pouvoir mettre un visage sur cette voix qui le hant-


- Aïe ! Qu'est-ce que tu fous, Lily ? Sirius frotta ses joues douloureuses et lança un regard assassin à Lily Potter.

Elle se tenait à côté de lui, les mains sur les hanches. La proéminence de son ventre atteignait des sommets à présent, même si elle n'en était qu'à son septième mois. De sa position sur le banc d'attente, Sirius ne pouvait pas voir grand chose de ce qui se trouvait derrière de son ventre ; rien excepté sa tignasse rousse, ses joues sillonnées de tâches de rousseur, son nez en trompette et ses yeux verts étincelants.

Elle avait l'air inquiète.

- Ça fait dix minutes que je t'appelle ! Est-ce que ça va ?

Sirius cligna des yeux et les frotta d'un geste fatigué. Il n'avait même pas réalisé qu'il avait somnolé et comme après chaque réveil, il se sentait encore plus épuisé qu'avant. Malgré tout, il afficha un sourire rassurant pour ne pas inquiéter Lily davantage.

- Désolé, je n'ai pas très bien dormi la nuit dernière.

Ses paupières se fermaient sans qu'il n'en eut conscience et il dut se battre pour garder les yeux ouverts. Un sentiment de déception s'infiltra lentement en lui, mais dans les méandres de son esprit brumeux, il ne pouvait se rappeler pourquoi. Il se souvenait seulement que son rêve avait été interrompu.

Il savait aussi qu'il n'avait jamais ressenti une telle perte.

- Sirius…

Lily dégagea les mèches de cheveux qui lui couvraient les yeux et posa sa main sur son front pour vérifier qu'il n'avait pas de fièvre.

- Je suis vraiment inquiète à ton sujet.

Sirius repoussa sa main, remettant ses cheveux en place et recouvrant ses yeux.

- Ne sois pas ridicule, je vais bien.

Il essaya de lui sourire mais il était tellement fatigué qu'il n'arrivait même pas à relever le coin de ses lèvres. Il voulait un lit. Non, il avait seulement besoin d'une excuse pour pouvoir refermer les yeux.

- Qu'ont donné les résultats ? demanda-t-il, et même pour lui, ses mots semblaient marmonnés et distants.

- Rien, soupira Lily, s'asseyant à côté de lui et le laissant poser sa tête sur son épaule.

Il se sentait déjà sombrer dans le sommeil.

- Les résultats sont normaux. Il n'y absolument rien qui cloche.

Elle renifla et Sirius réalisa avec une pointe de surprise qu'elle pleurait.

- Désolée, dit-elle avec un petit rire gêné, essuyant ses yeux. Saletés d'hormones. Tiens, prends ça. De la Pimentine.

Elle lui tendit une petit fiole remplie d'un liquide grisâtre. Sirius l'avala d'une seule gorgée puis s'essuya la bouche. Une petite partie de lui se réjouissait des larmes d'inquiétude de Lily, mais il était principalement gêné. Ils avaient parcouru un bout de chemin depuis l'école, lorsque Sirius l'accusait encore de lui voler James pour en faire un ennuyeux citoyen bien respectueux des lois. Elle aimait Sirius à présent plus que ne l'avait jamais fait sa propre famille.

- Tu ne devrais pas t'inquiéter, lui assura Sirius en lui rendant sa fiole avec la sensation rafraîchissante d'être finalement bien réveillé.

Ses yeux le piquaient toujours malgré tout.

- J'ai seulement besoin d'un peu de sommeil et tout ira bien. Je dois faire quelque chose de travers. J'achèterai un nouveau matelas ou quelque chose dans le genre demain, je te le promets.

Elle ne répondit qu'un son de gorge, non pas parce qu'elle ne savait pas quoi dire mais parce qu'elle essayait désespérément de contrôler une autre vague de larmes qui menaçait de déborder au coin de ses yeux. Elle déglutit un grand coup, ses lèvres émettant un bruit sec lorsqu'elle les ouvrit pour parler.

- Reste à la maison ce soir, Sirius. Je préparerai la chambre d'ami pour toi.

- Lily…

- Ce n'était pas une demande, Sirius, coupa Lily sévèrement. Si quelque chose devait arriver, j'aurais au moins le soulagement de nous savoir à côté. Je croyais que tu te laissais juste aller, mais ça devient pire d'heure en heure. Même James s'inquiète.

Lily pris ses deux mains et les serra dans les siennes.

- J'ai parlé à James par cheminée et je lui ai demandé de poser un jour de maladie pour toi. Pas de mais ! gronda-t-elle en voyant Sirius ouvrir la bouche pour protester. La Pimentine durera le temps de rentrer à la maison et de manger un peu. Ensuite, tu iras dormir. J'ai fini de travailler, donc je serai là si tu as besoin de quoi que ce soit.

- Lily, tu sais, je n'ai pas…

- Tais-toi, Black, admonesta-t-elle, bien que sa voix manquât de conviction.

Elle le releva de force et le conduit au deuxième étage sans plus écouter ses protestations jusqu'à ce qu'ils atterrissent à la résidence des Potter par le réseau des cheminées. A peine arrivés, elle le poussa dans la salle de bain, le pressant pour qu'il se lave alors que lui en était encore à tousser, entièrement couvert de suie. Il n'était pas question de contredire Lily, en cela qu'elle soit enceinte ou non. Sirius se résigna alors à obéir à chacun de ses caprices, remerciant tous les dieux de ne pas être hétéro et par dessus tout, de ne pas être James Potter. Il mit consciencieusement les habits de James, hésitant un moment face à la chemise trop courte qui lui arrivait au-dessus du nombril et qui le faisait ressembler à une star porno bon marché. Il ne se plaint pas lorsque Lily entassa de la nourriture dans son assiette comme si elle essayait de recréer le Mont Everest. Il ne dit pas un mot non plus quand elle insista pour qu'ils regardent une émission bidon à la télé en leur servant un thé qui avait étrangement un léger arrière-goût amer.

- James et moi ne serons pas à la maison ce soir, l'informa Lily. Nous reviendrons d'ici quelques heures mais si tu as besoin de quoi que ce soit, envoie-nous un Patronus. Rien d'autre.

Sirius renifla de dégoût mais n'ajouta rien. Il ne voulait pas se disputer, mais la haine dans ses yeux n'échappa pas à Lily

- J'aimerais que tu nous rejoignes, dit-elle avec mélancolie, ses yeux verts brillants lorsqu'elle les tourna vers lui. Nous aidons des gens, Sirius. Nous faisons une différence. Ça pourrait te donner une chance de…

- Je fais ma part au ministère, merci, répondit-il froidement.

Il avala le reste de son thé d'une traite avec une légère grimace lorsque le liquide lui brûla la gorge au passage. L'Ordre : Sirius préférait mourir plutôt que de les rejoindre. Ils n'aidaient personne, ne formaient aucune résistance. Ils n'étaient que de simples petits insectes qui fonçaient vers les ennuis ; des pions utiles à Dumbledore dans le jeu stratégique qu'il jouait contre Voldemort. Un jeu qu'ils n'essayaient même pas de comprendre. Tel était le pouvoir de Dumbledore : il tuait avec bonté. Le pétillement de ses yeux bleus était tout ce dont il avait besoin pour enrôler des gens naïfs comme James et Lily, pour leur faire croire que tout ce qu'il disait était vrai. Sirius avait failli tomber dans le panneau une fois, mais il ne referait pas la même erreur. Plus jamais.

- Il y a beaucoup de choses que le ministère ignore.

- Il y a aussi beaucoup de choses que l'Ordre ne sait pas, rétorqua Sirius en secouant la tête.

Il se sentait tout étourdi. Il y avait encore un peu de temps avant que les effets de la Pimentine ne s'estompent, alors il pourquoi se sentait-il fatigué tout à coup ?

- Beaucoup de choses vous sont cachées pendant que vous mettez volontairement vos vies en danger. Et pas seulement les vôtres, mais aussi celle de mon filleul.

Il cligna des yeux, essayant de rester concentré sur son visage rougissant. Il ne la laissa pas se défendre et continua presque immédiatement.

- Où était l'Ordre lorsque les Potter se sont fait tuer dans leur propre maison ? Où était-il quand Regulus avait besoin d'aide quand il cherchait désespérément à s'enfuir ? Il était en mission pour l'Ordre, alors où étaient-ils ? Et pour les Prewett. Tu penses peut-être que Molly souhaitait vraiment perdre ses frères pendant cette bataille dans le parc ?

- Les Prewett sont morts en se battant pour ce en quoi ils croyaient, de même pour ton frère, répondit Lily froidement. Nous ne sommes pas des Dieux, Sirius. Nous ne prétendons pas tout savoir, mais nous essayons d'aider. Regulus était…

Sirius voulait en dire plus tellement plus. Il voulait lui parler de Regulus, de la façon dont chacun des aspects de sa vie avait été manipulé ; d'abord par leurs parents, puis par Voldemort, et enfin Dumbledore. Cet idiot, idiot de Regulus, qui pleurait toujours à la moindre petite chose lorsqu'il était petit. Avait-il vraiment cru qu'il pourrait sauver le monde, être un héros ? Il avait seulement dix-sept ans quand Dumbledore l'avait envoyé pour une mission avec pour seule issue la mort et son corps flottant parmi les Inferius. Regulus n'avait pas voulu mourir. Regulus n'aurait jamais voulu mourir. Comme Sirius, il avait seulement voulu être libre…


A la seconde où il sentit un souffle contre sa joue, il sut qu'il n'était plus avec Lily. Il savait, et pourtant il gardait les yeux clos, un sentiment d'anticipation montant en lui et se répandant dans son corps comme de la fumée qui s'échapperait d'un feu ardent. La perspective d'être capable de voir plus que ces yeux d'ambre, plus que cette lumière pâle à laquelle il s'était si facilement habitué le faisait trembler. Une main fine s'enroula autour de la sienne, interrompant ses tremblements, mais jetant le chaos dans ses sentiments. Il ne savait que penser, alors à la place, il se concentra sur les mains qui serraient les siennes : sur les doigts tenant les siens et qui, calleux, traçaient de lents cercles sur le dos de sa main. Ces doigts avaient l'air si fragile – comme si, à l'image d'une patte d'oiseau, ils n'étaient que peau sur os – mais ils étaient pourtant large, à n'en pas douter ceux d'un homme. Il était dur de croire qu'il y avait à peine quelques jours de ça, une vitre se dressait entre eux. À présent, en sentant la chaleur de cette main dans la sienne et son poids réconfortant, Sirius pensait que ç'avait été, en effet, exactement ça – rien qu'une fine barrière de peur.

- Tu n'es pas en train de mourir, chuchota la voix, si près que Sirius ressentait un fourmillement sur sa joue qui ressemblait à la sensation de lèvres qui s'y poseraient. Tu ne vas pas mourir, je te le promets…

Sirius laissa échapper un léger rire.

- Je te crois.

Et sur ces paroles, il ouvrit les yeux et son cœur rata un battement.

- Moony…

Le nom était presque comique, associé à l'homme en face de lui. Il était, en l'absence de meilleur mot, sublime. Non, c'était faux. Il était sublime aux yeux de Sirius. Il n'avait pas l'air si différent de la lueur pâle qu'il apercevait dans ses précédents rêves ; sa peau était si blanche qu'on avait l'impression qu'elle irradiait, comme iridescente. On pouvait distinguer, derrière des mèches de cheveux en désordre, des yeux si larges que c'en était presque dérangeant. Les fines lèvres rosées s'ouvrirent dans une fascination éhontée lorsque Sirius leva finalement la main pour le toucher.

C'était réel, réalisa Sirius en laissant un doigt parcourir l'arrête zigzagante du nez de Moony. On aurait dit qu'il avait souffert de multiples cassures et n'avait pas été soigné correctement.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il, laissant sa main retomber sur le lit.

Il prétendit ne pas remarquer le mouvement de Moony qui, tout en venant s'asseoir sur le lit, se rapprocha de lui. Sa cuisse touchait maintenant la hanche de Sirius.

- Dans la maison de mes parents, à Somerset.

Sirius s'assit immédiatement en tirant à lui les draps vert foncé. Il se sentait tout à coup coupable comme s'il était en danger d'être surpris avec un copain. Il regarda autour de lui, apercevant les murs blancs et l'ameublement, restreint au strict minimum. Il n'y avait rien dans la pièce indiquant qu'une personne vivait ici. A l'exception du lit, il n'y avait qu'une petite bibliothèque sur laquelle trônait une poignée de livres avec une petite armoire intégrée.

- Ils sont ici ?

Moony gloussa.

- Non.

- Oh, lâcha Sirius. Désolé.

- Ils sont en vie dans le monde réel.

Sirius fronça des sourcils.

- Mais je croyais… que tout ça était vrai.

Moony secoua la tête et expliqua avec un sourire complaisant.

- C'est seulement l'endroit où je voudrais être.

- Et pourquoi est-ce que tu n'y es pas ? demanda Sirius, sentant sa curiosité surpasser sa gêne.

Puisque tout ça n'était pas réel, alors pourquoi s'encombrer des convenances ?

- Tu m'as dit que tu n'avais nulle part où aller, mais si tes parents sont en vie, alors tu as une maison. Pourquoi est-ce que tu n'y retourne pas ? Pourquoi venir vers moi ?

Moony eut un rire amer.

- Parce que ça serait plus douloureux encore de les voir eux plutôt que toi.

- Tu parles toujours par énigmes ? lâcha Sirius.

Il se hasarda à jeter un coup d'œil vers la fenêtre et remarqua qu'il n'y avait rien au dehors. Aucun paysage : pas de pelouse, pas de ciel, pas même la lumière du soleil ne filtrait ; on ne distinguait qu'un gouffre obscur et profond. Moony ne s'était probablement pas souvenu de cet aspect de la maison, réalisa-t-il, et c'était sûrement pour ça qu'il n'y avait rien. Cette simple idée avait quelque chose de dérangeant.

- Mes parents ne se souviennent pas de moi, dit Moony avec un haussement d'épaule, tentant de paraître nonchalant bien que ses yeux d'ambre brillaient plus que d'habitude. Ma mère est une moldue, alors j'ai eu peur pour leur sécurité. Lorsque j'ai eu dix-huit ans, je les ai drogués, je me suis introduit dans leur chambre la nuit et ai effacé tous les souvenirs qu'ils avaient de moi. Ça m'a pris des heures pour en reconstruire de nouveaux. Je n'avais droit à aucune erreur et je ne pouvais laisser aucun vide. J'avais quelques… relations au Ministère qui m'ont aidé à changer leur nom et leurs dossiers. Je les ai ensuite fait déménager dans une nouvelle maison, pour une nouvelle vie.

Moony pressa la paume de ses mains contre ses yeux puis regarda à travers la fenêtre. Ses yeux s'agrandirent en réalisant l'obscurité qui régnait dehors. Sirius ne put que regarder avec émerveillement les ténèbres s'évanouir progressivement pour laisser place à un jardin et à une autre maison proche de la leur.

- On est dans la maison que j'ai choisie pour eux, continua-t-il en se détournant de la fenêtre comme si rien ne sortant de l'ordinaire ne s'était produit. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher ; j'ai choisi une maison avec une chambre supplémentaire, que j'aurais pu utiliser en revenant.

Sirius déglutit, comprenant tout à coup pourquoi cette chambre était aussi vide. N'y restaient que les affaires que Moony pouvait se permettre de laisser derrière lui, dans l'espoir qu'il ne serait pas complètement oublié. Soudain, Sirius se retrouva debout pour se diriger vers les étagères, désireux d'en savoir plus cherchant à apprendre quel genre de personne était Moony et les livres qu'il lisait.

- J'étais si stupide, l'entendit-il murmurer. Je pensais que la guerre serait bientôt terminée. Je rêvais du jour où je reviendrais à la maison, j'imaginais qu'ils me reconnaîtraient tout de même comme leur fils malgré leurs souvenirs effacés.

Sirius ne savait pas quoi dire. Il n'avait jamais été très doué pour réconforter les gens. Alors il resta planté là, le dos tourné face à Moony, prétendant lire les titres de chaque livre avec une grande concentration : Le Guide d'Hitchhiker, Les Bêtes Magiques, L'Arc-en-ciel de la gravité, The Shining, Loups-Garous et Sorciers

- Mes parents, dit Sirius nerveusement en pourléchant ses lèvres sèches, étaient racistes et intolérants. Ils étaient insupportables, alors quand j'ai eu seize ans, je me…

- Suis enfuit, termina Moony.

Sirius tourna la tête, surpris.

- Je sais…

Comment, voulait demander Sirius. Mais avant qu'il n'ait pu dire un mot, Moony éclata d'une violente quinte de toux. Son corps fin se convulsa sous sa force et il s'accrocha aux draps à la recherche d'un appui, ses yeux serrés si forts que des larmes s'en échappèrent. Sirius observa avec horreur des gouttelettes de sang, rouges comme des éclats de rubis, tacher les draps. Mais ce n'était pas le sang qui l'effrayait ; c'était les ténèbres. La noirceur s'étendait sur le corps de Moony comme la petite vérole : de légères taches qui sillonnaient ses mains et s'étendaient jusqu'à son visage. C'était comme la fenêtre recouverte par le voile de noirceur, seulement cette fois, c'était Moony qui se retrouvait englouti par les orifices noirs qui recouvraient sa peau.

Sirius sentit la bile lui monter à la gorge.

La barrière entre eux se reformait et des perles cristallines apparaissant aux pieds de Sirius à un rythme précipité. Il recula jusqu'à se cogner violemment le dos contre la bibliothèque. Plusieurs livres tombèrent sur le sol et l'un deux rebondit sur le mur de verre qui s'élevait à présent au niveau de son menton. Le mur se formait maintenant en cercles concentriques, comme s'il adoptait la forme de son visage. Pendant ce temps, Moony avait ouvert les yeux malgré sa toux. L'espace entre eux s'était refermé et Sirius ne le voyait plus qu'à travers la vitre comme de vagues éclats de couleur ponctuels sur un tableau noir. Ses yeux étaient la seule partie de son corps qui restait intacte, et ils avaient l'air terrifiés. Moony disait quelque chose, mais Sirius ne pouvait l'entendre au travers du bourdonnement de ses oreilles. Il ne pouvait pas voir au-delà des éclaboussures de sang de l'autre côté qui, d'une façon ou d'une autre, s'étaient transformées en larges flaques rouges et qui, tout doucement, accaparaient sa vision.

Il ferma les yeux, le cœur battant à un rythme effréné, espérant que le rêve allait finir. Il voulait se réveiller. Il voulait se réveiller.


- Shhh, ne t'en fais pas. Ça va aller, mon chéri, laisse tout sortir.

Des mains tendres retenaient ses cheveux en arrière pendant qu'il vomissait dans une bassine. Sa gorge le brûla douloureusement lorsqu'il tenta de reprendre son souffle avant de se vider à nouveau de son déjeuner. Lily chuchotait sans discontinuer des mots apaisants à son oreille et frottait son dos en un geste circulaire.

- Ça va aller, Sirius. On est là.

- Tiens.

James s'agenouilla face à lui et lui tendit un verre d'eau après qu'il eut terminé. Lorsqu'il vit que la main de Sirius tremblait trop pour tenir le verre, James l'amena lui même à ses lèvres, gardant une main derrière sa tête pour le soutenir. Sirius avala l'eau à grandes goulées. Une fois qu'il eut fini, il appuya le verre froid contre son front, la respiration tremblante, rassuré par le contact. Des frissons courraient toujours le long de son corps, mais à présent, ceux-ci étaient plutôt causés par le la sensation glacée qui s'insinuait dans ses os à cause de sa sueur refroidie.

S'il vous plaît, pria Sirius avec ferveur, faites que ce soit la réalité. S'il vous plaît, s'il vous plaît, faites que ce soit la réalité. Je ne veux pas y retourner. Il regarda par la fenêtre et soupira de soulagement lorsqu'il vit les étoiles illuminer le ciel et la lune, ronde et brillante, lui rendre son regard. Demain allait être le jour de la pleine lune. Tout ça est réel. James et Lily sont réels.

Lily, prête à fondre en larmes et James, tout aussi secoué : ils étaient réels.

- Je croyais que tu lui avais donné la potion, Lily, murmura James en retirant la bassine. Il était supposé avoir un sommeil sans rêves, alors pourquoi...

Sirius déglutit. Ça ne voulait rien dire. Lily n'avait probablement pas mis la bonne dose, bien qu'elle fût une Guérisseuse expérimentée. La potion s'était sûrement dissipée entre temps et le rêve était revenu pour se venger. Tout ça était réel. James et Lily étaient réels. Ce monde était réel ; pas une invention ni le souvenir d'une maison qui ne lui appartenait pas. Il était réel.

- Sirius, tu es trempé, dit Lily d'une voix mal assurée, essayant de changer de sujet.

Celle-ci n'osait pas le regarder dans les yeux. James l'aida à se mettre debout sur ses jambes tremblantes et à regagner son lit.

- Enlève-moi ça, je vais te chercher des rechanges. Tu vas attraper froid si tu restes comme ça.

Il la laissa faire en la voyant tendre une main pour faire tomber sa chemise au le sol. Elle se rétracta aussitôt avec un hoquet.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Sirius, tu t'es blessé ? s'exclama-t-elle en touchant son dos de ses mains froides.

Sirius tressaillit de douleur lorsqu'elle appuya sur l'espace entre ses omoplates.

- Ça n'était pas là ce matin ! Sirius, quand est-ce que tu t'es fait ça ?

Sirius étira le cou pour regarder en arrière et aperçut les lignes horizontales qui s'étendaient le long de ses omoplates – des bleus violacés. Il y avait une autre ligne en parallèle sur le bas de son dos. Sirius fronça des sourcils.

- Je ne sais pas. Je ne me souviens pas de m'être fait mal. Je ne...

Il sentit à nouveau son estomac se contracter désagréablement au moment où une la vision de la bibliothèque traversa son esprit. Il s'était cogné violemment quand Moony avait commencé à...

Cette fois, Sirius ne vomit rien d'autre que de la bile et de l'eau.

Réel. C'était bel et bien réel...