Hello ! Voici unnouveau chapitre, beaucoup plus long cette fois, et avec plus de Sebastian que de Grell (promis, le prochain chapitre sera plus centré sur Grell ^^). Apparition de Eric, Alan, Ron, et une invitée surprise ~ Enjoy !
Sebastian rassembla tous les dossiers qu'il venait de remplir et leur lança un dernier regard satisfait avant d'en faire une pile bien nette qu'il plaça soigneusement sur un coin de « son » bureau. Ce n'était pas tellement le fait d'avoir fait le travail de Grell qui le mettait de bonne humeur, mais plutôt le fait d'avoir réussit à faire quelque chose convenablement. En effet, depuis qu'il était dans le corps du Shinigami, il avait l'impression de tout avoir fait de travers, et cette incapacité à jouer le rôle de Grell allait complètement à l'encontre de sa perfection, ce qui était inadmissible. Donc, le fait d'avoir remplit ses documents avec brio lui donnait l'impression qu'il était de nouveau... lui.
Il s'apprêta à s'attaquer à une nouvelle pile de dossiers – décidément, Grell ne faisait jamais rien ou quoi ? - quand une sensation inattendue le prit au bas ventre. Bien qu'il n'ai jamais ressentit cela auparavant, il comprit qu'il avait tout simplement besoin d'aller aux toilettes.
Il soupira. En tant que démon, son corps n'avait pas ce genre de besoin, et devoir s'interrompre dans son travail pour quelque chose qui lui paraissait si futile le dérangeait. Comment les humains – et, en l'occurrence, les Shinigamis – faisaient pour supporter cela plusieurs fois par jours ? Cette sensation, bien qu'indolore, n'était pas, mais pas agréable du tout !
Il se leva donc de sa chaise en pestant et se dirigea vers les toilettes qu'il avait repérées quelques heures plus tôt, lorsque l'ami de Grell l'avait accompagné à son bureau.
Et là, il fut face à un terrible dilemme.
...
Grell avait-il l'habitude d'aller dans les toilettes des hommes... ou celles des femmes ?
...
Sebastian Michaelis. Le grand, l'immense, l'unique, l'épique, Sebastian Michaelis. Coincé non seulement dans le corps de Grell - je suis le gars le plus insupportable de l'univers – Sutcliff, mais également devant la porte des toilettes.
Là, c'est sûr, sa fierté venait d'en prendre un sacré coup.
Il décida de prendre la décision la plus logique et la moins bizarre, c'est-à-dire les toilettes pour hommes. Un groupe de trois Shinigamis mâles étaient en train de se laver les main en discutant et se figèrent lorsqu'ils croisèrent les yeux verts de celui qu'ils prenaient pour Grell.
-Sut-Sutcliff ! Bredouilla le premier, un grand et beau brun aux yeux électriques. Arrête, laisse nous tranquille !
Sebastian fronça un sourcil. La réaction du Shinigami était tout de même inattendue.
-Ouais, tu nous poursuis même jusque dans les toilettes, maintenant ? Répliqua le deuxième Shinigami sur la défensive.
-Pas du tout, rétorqua Sebastian en prenant l'air offusqué de Grell lorsqu'il n'était pas satisfait de quelque chose, je voulais juste aller aux toilettes, c'est tout !
-Arrête de mentir ! S'exclama le troisième qui avait l'air assez terrorisé. Tu vas jamais aux toilettes des hommes ! Je te préviens, si tu me sautes encore dessus, je porte plainte pour harcèlement sexuel !
-Laisse tomber, Harry, fit le deuxième d'un ton fataliste, Spears est de son côté de toutes manières.
Celui qui s'appelait « Harry » plissa les sourcils, aussi dégoûté que résigné, tandis que le premier s'avança lentement vers Sebastian.
-Ecoute, Sutcliff, je me fiche que tu aies fait de la lèche - au sens propre du terme - au patron, si tu nous approche encore, je te tue avec ma Death Scythe, c'est clair ? Cela ne serait pas une grosse perte de toutes façons... (il fit un sourire cruel) tout le monde te déteste.
En temps normal, Sebastian n'en aurait eut absolument rien à faire qu'un Shinigami lui avoue que tout le monde le détestait. Il ne cherchait pas à se faire apprécier de toutes manières. Cependant... le corps de Grell, lui, semblait réagir aux paroles blessantes du brun, et à l'instant même où ces dernières franchirent ses oreilles, Sebastian fut frappé par une fulgurante vague de tristesse. Une grosse boule remonta dans sa gorge, tandis que les larmes embuaient progressivement sa vue.
Il n'y comprenait rien. Il n'avait pourtant aucune envie de pleurer ! Serait-il possible que le corps de Grell obéisse à sa propre volonté ? Comme si toutes les émotions du Shinigami étaient ancrées dans son corps, prêtes à surgir, et ce même si l'occupant du corps ne se sentait pas directement atteint ?
Sebastian leva les yeux vers les trois hommes qui ricanaient. Il savait au moins une chose : ni lui, ni le corps de Grell, n'avaient envie que ces imbéciles le voient pleurer. Aussi s'éclipsa-t-il rapidement des toilettes des hommes et attendit tranquillement dans le couloir que « son corps » se calme.
Lorsqu'enfin il s'aperçut que les larmes ne coulaient plus de ses yeux et que sa gorge semblait se dénouer, Sebastian décida d'en profiter pour mettre de l'ordre dans ses pensées. Cette petite vague d'émotion l'avait un peu chamboulé, lui pour qui la tristesse était complètement étrangère. Plus encore, il avait vraiment pensé qu'elle était également étrangère à Grell. Grell, toujours heureux de vivre, insouciant, perpétuellement de bonne humeur... Qui aurait pu croire que le Shinigami refermait tant de douleur en lui ?
C'était pourtant compréhensible... Après tout, tout le monde avait besoin d'amour – tout le monde sauf les démons, bien sûr – et il était évident que Grell n'était pas franchement aimé... Les femmes le méprisaient, les hommes le fuyaient... Que lui restait-il ?
Sebastian comprenait mieux son caractère enjôleur. C'était tout simplement dû à un manque d'affection. Alors pour ne pas sombrer dans la déprime, Grell se raccrochait avec passion à toute personne qui ne manifestait aucune haine ou mépris envers lui... Voilà pourquoi il collait autant William et Sebastian... Il avait compris que, bien que les deux hommes passaient leur temps à le rejeter, aucun d'eux ne le détestait ( William, malgré les apparences, l'appréciait, et Sebastian n'était qu'ennuyé, rien de plus, par Grell. )
Ainsi la bonne humeur de Grell n'était qu'une façade qui masquait sa peine. Sebastian, une fois de plus, dû reconnaître les talents que possédaient le Shinigami pour la comédie. Il avait vraiment réussit à berner tout le monde... Là encore, s'il n'avait pas lui même sentit tout le poids des sentiments que renfermait ce corps, il ne l'aurait pas cru.
Il prit une profonde inspiration en ricanant. Depuis quand se préoccupait-il des sentiments des autres, et surtout ceux de Grell ? Comme s'il en avait quelque chose à faire que le Faucheur rouge ne soit pas aussi heureux qu'il en avait l'air. La seule chose qui comptait à ses yeux était son travail de majordome, et par extension, l'âme de Ciel. Sa vie en tant que Sebastian Michaelis ne se résumait qu'à lui et à son jeune maître. Toutes les autres personnes qui l'entouraient – Finny, Maylene, Bard, Lau, Undertaker, William.. Grell – n'étaient que des acteurs mineurs de cette vie, des détails insignifiant sur lesquels il n'avait aucune intention de s'attarder.
C'était ce corps, le corps de Grell, qui le poussait à ressentir des émotions indignes d'un démon, et de remettre en question la position qu'occupaient les autres personnes que Ciel dans sa vie. Un corps aux besoins humains, si différent de celui de Sebastian.
Il chassa ses pensées de son esprit. Plus il se questionnerait sur ce qu'il ressentait, plus il deviendrait humain. Un horrible frisson le parcourut alors... Que se passerait-il s'il restait trop longtemps dans le corps de Grell ? Ses sentiments réussiraient-ils à déteindre sur lui au point qu'il... devienne comme lui ? Sebastian secoua la tête. Hors de question, il ne se laisserait JAMAIS devenir comme Grell. Cette idée est totalement absurde.
Il se leva, « son corps » lui rappelant soudainement qu'il avait toujours envie d'aller aux toilettes. Il essuya alors le contour de ses yeux toujours humides et se dirigea vers les toilettes pour dames.
Son entrée fit taire deux filles qui bavardaient tranquillement devant la glace suspendue au dessus des lavabos. Elle toisèrent « Grell » du regard, analysant sa tenue et son apparence avec dédain, comme le faisaient souvent les filles entre elles. Sebastian essaya de ne pas succomber à l'envie de trucider les deux Shinigamis. Ce n'était pas sa propre envie, après tout, mais encore une fois celle du corps de Grell qui apparemment ne supportait pas d'être observé de la sorte. Il s'enferma alors dans l'une des cabines et au moment même où il verrouilla la porte, les deux filles reprirent leur discussion, oubliant que la petite porte qui les séparaient de Sebastian n'était pas très épaisse.
-C'est qui encore celle-là ? Fit sèchement l'une des filles.
-Ah ouais, c'est vrai que tu es nouvelle. C'est Grell Sutcliff.
-Elle est... Bizarre, non ? T'as vu ses cheveux ? Et son manteau ? Je pensais qu'on avait le droit que de porter des couleurs sobres...
-En théorie, oui. Mais la rumeur dit qu'elle a couché avec le patron, histoire d'avoir quelques avantages...
-Avec Mr Spears ? Sérieux ?
Sebastian, bien qu'ayant finit ce qu'il avait à faire, décida de ne pas sortir de la cabine tout de suite. Peut-être en apprendra-t-il un peu plus sur Grell, et sa relation avec Spears, ce qui pourrait lui être utile.
-Ben je sais pas, c'est qu'une rumeur, poursuivit-elle. C'est vrai que Mr Spears n'est pas trop du genre à se laisser aussi facilement avoir, mais le fait est qu'il lui cède pas mal de trucs, et qu'elle passe son temps à flirter avec lui. (elle marqua une pause) Enfin, tu me diras, elle flirt avec tout ce qui est du genre masculin, alors...
L'autre fille éclata de rire.
-Pathétique, dit-elle. Je parie qu'elle se fait plus jeter qu'autre chose.
-Apparemment, oui. Personne n'a l'air de trop l'aimer, vu le nombre de rumeurs qui circule sur elle...
-Ah oui ? Y'en a d'autres ?
-Des tas ! Par exemple... Il paraîtrait qu'elle est enceinte d'un démon...
Sebastian frissonna rein qu'à l'entente de cette stupide rumeur. Qu'est-ce que Grell était allé raconter ?
-D'un DEMON ? Mais... enfin... C'est contre nature ! Un Shinigami et un démon... Ierk... Rien que d'y penser...
-Ce n'est qu'une rumeur. Y paraîtrait aussi que c'est un mec...
-Quoi ? Mais ces deux rumeurs sont complètement contradictoires ! Comment peut-elle être et enceinte, et un mec ? C'est n'importe quoi !
-Mais je sais pas, moi, s'énerva-t-elle. Je te dis ce que j'ai entendu, c'est tout ! Après, t'as qu'à aller lui demander !
-Euh... Tu crois vraiment que je peux ?
Elle soupira.
-Je serais toi, je tenterais pas. Paraîtrait qu'elle nourrit une haine sans précédant pour les femmes. Elle en aurait tué pas mal, il y a quelques mois. Rien qu'à voir la manière dont elle nous regarde...Toujours d'une manière si hautaine...
-Ouais, en gros, elle croit qu'elle est mieux que nous. ... Attend, elle a tué des gens qu'étaient pas sur la Death List ?
-Punaise, t'es sourde ! Je te dis que ce ne sont que des rumeurs ! Après je sais pas si c'est vrai ! Mais je pense que Spears l'aurait virée si elle avait vraiment tué des gens, non ?
-Sauf si il a couché avec elle, conclut-elle d'un ton pervers.
Sebastian en avait assez entendu. Il ouvrit la porte avec fracas, ce qui fit sursauter les deux pimbêches. Il leur adressa l'un de ses sourires commercial, histoire de leur faire un peu peur ( puisque Grell avait l'habitude de ne jamais adresser un sourire aux femmes, il se douta que cela les rendraient confuses.)
Les deux Shinigamis le dévisagèrent, surprises, et Sebastian se délecta de leur gêne. Il était clair qu'elles commençaient à se demander si celui qu'elles prenaient pour Grell les avait entendues.
-Vous avez des conversations très intéressantes, fit aimablement Sebastian.
La Shinigami qui était, d'après ce que Sebastian avait entendu, nouvelle, gloussa, tendit que l'autre zieutait la sortie avec envie.
-Ben, t'as l'air sympa, en fait ! Fit la « glousseuse . Jenny, qu'est-ce que tu racontais ? Elle est pas du tout hautaine !
-Merci du compliment, répondit Sebastian. Mais tu devrais apprendre à ne pas écouter ce que dit « Jenny », de toute évidence, elle n'est pas très informée en ce qui me concerne.
Jenny déglutit en agrippant le bras de son amie.
-Viens, Delphine, on y va.
-Non, attend, répondit « Delphine » en se dégageant de la prise de Jenny. Grell, c'est ça ? (Sebastian hocha la tête) Grell, tu nous as entendues, pas vrai ? Alors, elles sont vraies ces rumeurs ?
-Allez, Delphine, on s'en va ! Insista Jenny.
Le sourire de Sebastian s'accentua tandis que son regard s'assombrit. Il alla se mettre devant la porte, empêchant ainsi Jenny de s'enfuir.
-Pousse toi, Sutcliff !
-Mais non, voyons. Cela serais très impoli de ma part de ne pas répondre à vos questions...
-Dégage ! Je ne veux rien à voir avec toi !
-Ah bon ? Répondit Sebastian en penchant la tête. Tu ne veux pas savoir le vrai du faux ? Pourtant, tu as l'air de t'intéresser à moi, vu le nombre de rumeurs que tu colportes...
Jenny grogna et sortit sa Death Scythe – une Faux noire standard.
-Comme si on pouvait s'intéresser à toi... ricana-t-elle, et Sebastian ressentit une nouvelle vague de tristesse. Maintenant pousse-toi, ou je vais devoir t'y forcer.
-Jenny, arrête ! Protesta Delphine, mais son amie ne l'écouta pas et projeta sa Death Scythe sur Sebastian de toute sa force. Ce dernier évita le coup sans effort, et fut même plutôt étonné de constater à quel point le corps de Grell était vif et puissant ( le Shinigami était pourtant d'une corpulence assez frêle.). Il profita de la position de faiblesse de son adversaire pour la plaquer contre le mur, la rendant incapable de tout mouvement, sous les protestations agaçantes de Delphine.
-Arr-Arrête ! Cria Jenny, apeurée. Qu'est-ce que tu vas me faire ?
-Tu devrais le savoir, répondit Sebastian en souriant sarcastiquement. Je suis une tueuse de femmes, après tout.
Les yeux de Jenny s'écarquillèrent de frayeur.
-Tu.. Tu vas quand même pas me tuer ? Pense à ce qu'on te feras ! Tu vas être rétrogradée au rang de simple humain !
-Allons, ne dis pas de bêtise. Après tout, il suffira que je... « couche avec le patron » pour être graciée, c'est bien connu. Et puis, j'aurai toujours mon démon pour me réconforter...
-Ca va, ça va, ça va, j'ai compris, je n'écouterai plus la moindre rumeur à ton sujet, et je n'en colporterai plus non plus, c'est promis !
-Bien... Fit Sebastian en souriant. C'est tout ce que je voulais entendre. (il la relâcha). Comme quoi, tu peux parfois être capable de dire des choses sensées...
Sur ce, il ouvrit la porte et invita les deux filles à sortir.
-Mesdemoiselles, après vous... Étant un homme, je ne peux pas me permettre de ne pas être galant envers des ladies... A moins que je ne sois enceinte, et dans ce cas, c'est vous qui devriez vous montrer serviable envers moi.
Il accentua bien chaque mot de manière ironique, et les deux Shinigamis ne se firent pas prier pour sortir. Sebastian attendit qu'elles se soient éloignées puis laissa tomber son sourire hypocrite. Ce qu'il venait d'entendre n'avait vraiment rien d'amusant. Grell était-il conscient de ce qui se disait derrière son dos ? Cela le blessait-il ? Ou au contraire, avait-il tellement besoin d'attirer l'attention que cela lui faisait plaisir que l'on parle de lui ?
Il soupira. Le Shinigami était vraiment plus complexe qu'il ne l'aurait cru. Lui qui pensait qu'il n'aurait qu'à sourire de manière enjôleuse et de glousser de temps en temps pour se faire passer pour lui, il s'était trompé... Il avait agit de manière « Sebastienne » avec Jenny et Delphine, et non de manière « Grellienne ». Qu'aurait-il fait à sa place ? Aurait-il fait semblant de ne rien entendre ?
Perdu dans ses pensées, il ne s'était même pas rendu compte qu'il était déjà arrivé à « son bureau ». Il s'assit et décida de se remettre au travail, histoire de se changer les idées.
-Sebastian ?
-Oui, jeune maître ?
-C'est... quoi, ça, exactement ?
-Euh...
Grell se mordit la lèvre alors que Ciel analysait avec un certain dégoût la tasse de thé qui se tenait devant lui. Grell ne savait déjà pas faire du thé lorsqu'il était au service de Madam Red, et cela ne s'était pas amélioré avec le temps. Il n'était pas très doué pour la pâtisserie non plus, mais il avait réussit à s'en tirer en allant acheter une part de gâteau au chocolat dans la meilleure boulangerie du coin, et le jeune Lord n'y avait vu que du feu... Mais en ce qui concerne le thé...
-Ce thé est imbuvable, Sebastian ! Tu n'as pas honte de me servir ça ! Mais qu'est-ce qui t'arrive, aujourd'hui ?
-Ben.. Comme je vous l'ai dit toute à l'heure, je suis en manque d'âme et-
-Ca suffit, arrête de me raconter des bêtises ! S'énerva le garçon, et Grell ne put s'empêcher de sursauter. Tu n'es pas toi même, depuis ce matin. Regarde, tu n'es pas capable de me faire un thé correct, et en plus, on dirait que tu as peur de moi ! Laisse moi te dire que cette moue désolée ne te va pas du tout !
Grell baissa les yeux, énervé contre lui même. Depuis quand n'arrivait-il pas à tenir un rôle ? Il soupira... On ne pouvait tout simplement pas changer sa nature. Il pouvait faire semblant... semblant d'être un majordome maladroit et suicidaire... semblant d'être un démon puissant et charismatique...il pouvait même faire semblant d'être heureux et de ne pas écouter ce qui se disait derrière son dos au bureau, mais il ne pouvait pas réfréner sa vraie nature. Il ne pouvait pas s'empêcher de faire la moue lorsque son supérieur (en l'occurrence, Ciel) le grondait, et il pouvait encore moins devenir en l'espace d'une matinée un professionnel des tâches ménagères.
-Sebastian, trancha Ciel en s'approchant de « son majordome » et relevant son cache-oeil. Je t'ordonne de me dire ce qu'il se passe.
A peine ses mots eurent-il franchi les lèvres de Ciel que la main gauche de Grell commença à le brûler. Il se rappela que c'était précisément l'emplacement de la marque de Sebastian, qui le liait au jeune Lord. Cette douleur envahit son corps entier, et son instinct lui dit qu'il ne pourrait se libérer de cette souffrance que s'il obéissait aux ordre de « son maître ». Mais il ne pouvait pas lui dire la vérité... Sinon, le morveux allait tout de suite filer chez Lau et lui demander d'inverser les effets de l'encens, or Grell voulait encore profiter du corps de Sebby ! Pourtant il était obligé. Il était obligé de parler, ses lèvres s'ouvraient presque d'elles même. Sebastian endurait vraiment tout ça chaque fois que le mioche révélait son oeil droit ? Pourtant ça n'avait pas l'air de lui faire mal..
-Sebastian ! Répond moi tout de suite, c'est un ordre !
Non... Il ne devait pas répondre... Grell se mordit les lèvres de toutes ces forces, mais le pouvoir de la marque était trop puissant. S'il ne voulait pas que Ciel découvre la vérité, il devrait ruser et choisir judicieusement ses mots afin de ne pas mentir tout en en disant le moins possible. Et cela n'allait pas être facile (Grell n'était pas connu pour sa subtilité.)
-Pardonnez moi, Jeune Maître, finit-il par dire en tentant de prendre une expression à la Sebastian. Comme vous l'avez dit, je ne suis pas moi même depuis ce matin. C'est... à cause de Grell.
Ciel leva les yeux aux ciel.
-C'est pas vrai, qu'est-ce qu'il a encore fait, celui-là ?
-Rien, en vérité. (ce n'était pas un mensonge, puisque c'était Lau qui avait pratiqué l'échange, non Grell.) Seulement, je me sens comme... habité par elle. Pardon, lui.
Ciel ricana.
-Tch. Ne va pas me dire que tu as fini par succomber à ses avances..
Grell fronça les sourcils. Que Sebastian puisse l'aimer en retour était donc une idée si stupide ?
-Non. Je pense ne pas mentir en disant que je n'ai pas succombé aux charmes de Grell (ce qui était vrai, puisqu'il était Grell.)
-Hm. Donc tu veux dire que tu sens sa présence ?
-Oui.
-Comme s'il était là, sous ce toit ?
-Oui.
Le garçon soupira en posant sa main sur son front.
-Il ne manque plus que ça... fit-il, plus pour lui même. Si Grell commence même à t'espionner à l'intérieur du manoir... Enfin, et c'est pour ça que tu te comportes aussi bizarrement ? Pour que Grell se rende compte que tu n'es pas si parfait que ça et qu'il te laisse tomber ? C'est idiot !
-Comme je vous l'ai dit, Jeune Maître, mon comportement est dû au fait que je suis habité par Grell.
Ciel émit de nouveau un « Tch » en retournant à sa part de gâteau. Grell, lui, était très content de sa performance. Si le morveux ne poussait pas les choses plus, il allait réussir à s'en tirer.
Il attendit alors patiemment que le garçon finisse de goûter sans ajouter mot.
-Rapporte ça à la cuisine, dit sèchement Ciel en lui tendant son plateau. Et je t'ordonne de remplir tes fonctions à la perfection, peu importe que tu veuilles baisser dans l'estime d'un quelconque Shinigami détraqué, est-ce clair ?
Grell faillit rétorquer qu'il n'était pas « détraqué », juste avant de se rappeler que ce n'est sûrement pas ce que Sebastian ferait. Il posa donc un genoux à terre en s'inclinant devant le garçon avec réticence.
-Yes, my Lord.
-Greeell ! C'est l'heure de mang- Uh ?
Sebastian releva la tête de son travail afin de faire face au Shinigami blond qui l'avait accompagné toute à l'heure.
-Gr.. Grell ? Bredouilla -t-il. Tu... Travailles ?
Sebastian se maudit intérieurement. Encore une fois, sa nature perfectionniste l'avait poussé à faire correctement son travail, et n'avait pas pensé une seconde que Grell venait seulement au bureau pour le principe, et qu'il passait généralement son temps à rêvasser.
-Pff ! Fit-il en imitant Grell. Moi ? Travailler ? Dis pas n'importe quoi, j'étais en train de remplir des grilles de mots fléchés...
-Tu remplies des grilles de mots fléchés ? Répéta le blond en haussant un sourcil.
-Ah, tu ignores tant de choses sur moi ~ et tu prétends être mon ami ? Rétorqua Sebastian sur un ton tragique, tout en se demandant se que Grell faisait pour passer le temps. (il avait dit « mots fléchés » sans réfléchir, c'était la première chose qui lui était venue à l'esprit.)
-Mouais... Bon, et bien tu finiras ce que tu es en train de faire plus tard, j'ai super faim, et Éric et Alan nous attendent au réfectoire.
Sebastian hocha la tête en envoyant (à contre coeur) valser les documents qu'il avait mis tant de temps à remplir et suivit l'ami de Grell. Lui même avait expérimenté pour la première fois la sensation de faim humaine, très différente de celle des démons, et avait hâte de manger quelque chose pour faire cesser ces affreux gargouillements.
Les deux Shinigamis descendirent donc les étages qui les séparaient de la cantine. Sebastian plaça quelques imbécillités ici et là, en se plaignant de son travail et accessoirement de « Will », et critiquant la tenue d'une fille qui avait salué son camarade. Il commençait plus à moins à prendre le truc ! Même s'il ne tirait aucun plaisir à se comporter comme Grell, il le faisait de plus en plus naturellement. Et puis, il devait admettre que lâcher prise et ne pas faire sans arrêt attention à ce qu'il disait – être insouciant, en somme – n'était pas si déplaisant.
Lorsqu'ils entrèrent dans le réfectoire, les regards s'orientèrent aussitôt sur lui. Le corps de Grell réagit de nouveau en frissonnant, gêné par tous ces regards méprisants.
-Tu viens, fit le blond en le tirant par la manche.
Sebastian acquiesça en souriant.
-Grell.. murmura-t-il en gardant le regard fixé sur la table vers laquelle ils se dirigeaient. Ne prête pas attention aux autres, okay ? S'ils sont assez stupides pour croire à toutes ces rumeurs, c'est tant pis pour eux.
Sebastian tenta d'analyser l'expression de son interlocuteur. Il avait l'air de vraiment apprécier Grell, et ses propos étaient assez ambigus... Grell et lui étaient-ils simples amis ?
-Tu veux dire que tu resteras toujours mon ami ? Demanda Sebastian d'une voix si mièvre que cela lui donna la nausée.
Le blond cligna des yeux.
-Bien sûr ! Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
-Tu ne voudrais pas... Hum... être plus que mon ami, demanda-t-il en battant des cils (et en réprimant une envie de vomir.)
Il hésita quelques instants puis éclata de rire.
-Hahaha ! Grell, t'es trop forte ! Tu sais bien que je ne sortirai jamais avec toi, tu es mon amie ! Et puis.. enfin... tu vois... Je ne suis pas... intéressé par...
Il se mordit la lèvre en se passant la main dans ses cheveux en pétard, gêné. Sebastian comprit parfaitement ce qu'il voulait dire : Je ne suis pas intéressé par les hommes. C'est donc bien ce qu'il pensait. Il s'adressait à Grell comme à une femme simplement pour lui faire plaisir... Il n'osait même pas lui faire remarquer qu'il était de sexe masculin, de peur de le mettre en colère. L'amitié était vraiment quelque chose d'idiot.
-Ne t'en fais pas, finit par dire Sebastian en balayant l'air de sa main, je plaisantais !
-Oui, j'avais compris ! Répondit-il en faisant semblant d'être offusqué.
Ils continuèrent leur discussion - que Sebastian aurait qualifiée de fort ennuyeuse- puis allèrent s'asseoir à une table déjà occupée par deux hommes et une femme.
-Ron ! S'écria l'un des deux hommes – un grand avec des cheveux blonds foncés entièrement ramenés sur le côté droit de son crâne. Tu en as mis du temps ! Enfin, c'est pas comme si Grell allait nous faire l'honneur de se dépêcher, pour une fois, finit-il amèrement en toisant « Grell ».
-C'est bon, Éric, répliqua sèchement Ronald, arrête de toujours t'en prendre à elle...
Éric fit un petit « Tss » méprisant.
-Il faut vraiment que tu l'excuses, Grell, fit l'autre homme – plutôt petit avec des cheveux châtains et un air épuisé – Éric est insupportable lorsqu'il a le ventre creux.
-Je sais, je sais, répondit Sebastian, Il n'empêche que ce n'est pas une manière de traiter une Lady, ajouta-t-il pour faire bonne figure.
Éric leva aussitôt les yeux aux ciel en se levant de sa chaise.
-Alan, dit-il en s'adressant à son ami, je vais chercher nos plateau-repas, okay ?
Ledit Alan répondit par un petit « n'oublie pas de me prendre de la vinaigrette pour la salade », et Sebastian se demanda ce qui pouvait pousser Éric – qui avait l'air très orgueilleux – à servir son ami.
-Et...au fait... dit Ron en lançant un regard intéressé à la jeune femme assise en face de Alan. Qui est cette charmante personne ?
-Oh, fit-elle, pardon de ne pas m'être présentée plus tôt. Je suis Vanessa Spears.
Ronald aussi bien que Sebastian tiquèrent à l'entente du nom de famille.
-Spears... répéta Ron. Oh, me dis pas que t'es de la même famille que Mr Spears...
-Et bien...si, dit-elle en faisant un sourire crispé.
Alan rit devant l'expression abasourdie de Ronald. Sebastian, bien que légèrement surpris, ne s'en préoccupa pas plus que ça. William avait bien le droit d'avoir de la famille. Le corps de Grell, en revanche... Jamais Sebastian n'avait ressenti une telle sensation de jalousie en lui. A tel point qu'il se vit forcé de prendre la parole :
-Est-ce que par hasard, dit-il en serrant les dents, incapable de contenir l'envie de meurtre de « son corps », tu serais la femme de Will ?
A ces mots, le jeune femme éclata de rire.
-Oh, mon Dieu, non ! Je suis sa petite soeur !
Sebastian sentit son corps se détendre. C'est fou ce que Grell pouvait avoir les nerfs à fleur de peau.
-Ah, je vois, dit-il en souriant. Alors, bienvenue à toi ! Je ne savais pas que Will avait une soeur...
-Moi non plus, avoua Ron.
-Si ça peut vous rassurer, ajouta Alan, Éric et moi venons de l'apprendre. Nous étions en train de vous attendre, quand Mr Spears est arrivé et nous a demandé de déjeuner avec elle.
-Vous vous rendez compte ! Mon propre frère ne veut même pas manger avec moi ! S'exclama-t-elle en riant.
-Enfin... Vous avez l'air...assez différents, bredouilla Ron, manifestement refroidit par le fait qu'il se tenait en compagnie de la soeur de son insupportable patron.
-Encore heureux, tu ne crois pas ? (elle imita l'air impassible et la voix de son frère) Vous allez me faire 18 heures de travail supplémentaire NON rémunéré. (Elle éclata de nouveau de rire) Franchement... je suis contente de ne pas être comme ça !
Sebastian observa la jeune femme avec plus d'attention. De longs cheveux noirs et ondulés, impeccablement coiffés, des lunettes blanches et féminines, un uniforme typique des Shinigamis-femmes... La seule chose qui la différenciait des autres Faucheurs était la couleurs de ses yeux : au lieu de tirer vers le jaune, ses yeux verts tiraient vers le bleu. Maintenant qu'il savait qu'elle était la soeur de Spears, Sebastian devait admettre qu'il y avait un petit air de ressemblance.
-Je suis Ronald Knox, dit joyeusement Ron en serrant la main de Vanessa – et en lui lançant un regard aguicheur par la même occasion.
-Enchantée, répondit-elle, mais je tiens à te signaler que je suis contre le fait de mélanger ma vie sentimentale et ma vie professionnelle, tu n'as donc aucune chance avec moi.
-Euh..ouais, ok... soupira timidement Ron tandis que Alan et Vanessa gloussaient gentiment.
Sebastian sentit que ce fut à son tour de se présenter. Il prit donc la main de Vanessa, s'agenouilla et lui fit un baise main digne d'un gentleman anglais.
-Je suis Seba-
Il s'arrêta, se rendant compte de la bêtise qu'il s'apprêtait à faire. Il était tellement habitué à se genre de présentation galante qu'il avait oublié que Grell ne faisait sûrement pas ce genre de choses...
-Grell, tu te sens bien ? S'écrièrent aussi bien Ron que Alan.
-Il y au problème ? Demanda Vanessa.
Sebastian se releva précipitamment.
-Non, non aucun problème ! Je voulais juste me présenter comme le faisait Sebas-Chan, histoire de rigoler un peu ~ Je suis Grell Sutcliff (il fit une pause, puis ajouta sans grande conviction) DEATH.
-Oh, c'est toi, Grell...
-Oui, pourquoi ( il prit un ton rêveur) Will t'a parlé de moi ?
Aussitôt, le regard de Vanessa passa d'enthousiaste à glacial. Plus personne ne pouvait nier qu'elle avait effectivement un lien de parenté avec Spears.
-C'est à cause de toi que je suis là, en vérité.
-C'est trop d'honneur, répondit-il sarcastiquement.
Vanessa sortit sa Death Scythe – la même que celle de William – et la brandit sous le nez de Sebastian.
-Ne joue pas au plus malin avec moi. Je ne suis pas mon frère, et je ne comprend même pas que des Shinigamis comme toi soient encore en vie. (elle rangea sa Faux) Ah.. Je vois maintenant pourquoi William a voulu que je mange avec vous... Il voulait que je te rencontre, que je sympathise et que je te pardonne... (elle rajusta ses lunettes) Franchement... Il croyait que ça allait marcher ?
-Euh, mais... balbutia Ron alors que Sebastian observait la jeune femme avec un large sourire ironique.
-Je pars. Désolée, Ron, Alan, ce n'est pas contre vous, et vous aviez franchement l'air sympa, mais je ne peux pas manger en compagnie de telle nuisance, finit-elle en lançant un regard polaire à « Grell ». Dites au revoir à Éric de ma part.
Sur-ce, elle se retourna une dernière fois vers Sebastian, toujours aussi amusé.
-On se voit ce soir, dit-elle froidement.
Puis elle rajusta une nouvelle fois ses lunettes et sortit du réfectoire.
-Et ben.. souffla Alan en la regardant partir. On dirait qu'elle ne t'aime pas beaucoup... Qu'est-ce que tu lui a fait ?
Sebastian haussa les épaules.
-Aucune idée. Comme ma présentation le laissait deviner, je ne l'ai jamais vue.
-Tu lui a forcément fait quelque chose, fit remarquer Ron. Elle a dit que Spears voulait qu'elle te pardonne... (il lui donna une petite tape amicale) allez, tu peux bien nous le dire, non ? Qu'est-ce que t'as fait encore ?
Sebastian soupira.
-Je te répète que je ne la connais pas.
Alan et Ron observèrent alors « Grell » en silence, tandis que Sebastian se demandait ce que Grell avait bien pu faire à cette femme qu'il n'avait pas l'air de connaître. Et puis, c'était la deuxième fois qu'un Spears lui disait « à ce soir ». Qu'allait-il se passer ce soir ?
-T'as vu, Al', j'ai pas oublié ta vinaigrette, s'exclama Éric en tendant son plateau à Alan. Eh ? Elle est passée où Vanessa ? Si on l'a perdue, son bâtard de frère va nous tuer !
-Éric ! S'offusqua Alan. Tu ne devrais pas insulter les gens, surtout pas ton supérieur.
Éric fit un nouveau « Tss ».
-Et pour répondre à ta question, dit Sebastian, Miss Spears est partie de son propre chef. Il semblerait que ma présence lui soit inconfortable.
-Hmf. Encore et toujours à cause de toi, Grell. Enfin, je la comprend. S'il y avait pas Alan et Ron, je ne t'adresserais même pas la parole.
Nouvelle vague de tristesse, plus violente cette fois-ci. Apparemment, cela faisait encore plus mal d'être rejeté par une personne que l'on prenait pour son ami.
Ron plaça amicalement sa main sur l'épaule de celui qu'il pensait être Grell et fusilla Eric du regard.
-Ca suffit, Éric ! Qu'est-ce que Grell t'a fait, hein ?
-Quoi ? Répondit Éric en fronçant le nez. Mais... C'est pas tellement ce qu'il m'a fait.. C'est... je sais pas... (il se tourna vers Sebastian) T'es trop bizarre !
-Oh, et c'est une raison pour ne pas m'aimer, bien sûr, rétorqua Sebastian qui sentait la colère monter dans le corps de Grell.
Sebastian décida qu'il allait défendre Grell. Ce n'était pas qu'il en avait quelque chose à faire, mais il trouvait ça amusant de se prêter à une petite joute verbale. Et puis, chaque occasion de remettre un Shinigami orgueilleux à sa place était bonne à saisir.
-Éric, ce n'est pas bon d'avoir des préjugés, fit remarquer Alan en mangeant sa salade.
-Je crois que ton ami à raison, reprit Sebastian en souriant. Ce ne sont que les personnes au cerveaux sous développé qui ont des préjugés – bien que cela ne soit pas ton cas, bien sûr.
Éric pâlit instantanément tandis que Ron ricanait dans son coin. Alan, lui plissa les sourcils d'un air désolé.
-Attends, rugit Alan en se levant de sa chaise. Toi, tu oses me dire que j'ai un cerveau sous développé ? Excuse moi, mais ce n'est pas moi qui ai porté des jupes pendant une semaine dans l'espoir de me transformer miraculeusement en femme !
Sebastian soupira. Décidément, les antécédents de Grell ne jouaient pas en sa faveur.
Bon, tant pis, je risque le tout pour le tout, se dit-il.
-Tu sais ce que je pense, Éric ? demanda calmement Sebastian. Je pense que tu n'aimes pas les personnes comme moi parce que tu as toi même honte de ce que tu es est.
Eric se stoppa. Manifestement, il ne s'était pas attendu à ce que "Grell" réponde.
-Quoi ? Cracha-t-il.
Sebastian, bien qu'il ne savait pas vraiment où il voulait en venir, poursuivit sa petite improvisation.
-Et oui... (il brandit un doigt accusateur sous le nez de Éric. ) Tu éprouves des sentiments pour un homme, or tu es l'exemple même de l'homme viril et macho. Et tes sentiments te font peur. Alors tu te venges sur une personne qui n'a pas honte d'aimer les hommes, et qui le clame même haut et fort – moi. (Sebastian se rapprocha de Éric avec un sourire typiquement « Grellien ») Eric, chéri... Serais-tu jaloux de moi, et du fait que je m'assume telle que je suis ~ ?
Là, Ron éclata de rire et les joues de Alan virèrent au rouge brique. Éric aplatit ses mains sur la table.
-Qu.. C'est absurde ! Hurla-t-il. Je ne suis pas amoureux de Alan ! je-
Silence.
-Huuumm... Gloussa Sebastian, fier d'imiter si bien Grell. Je ne crois pas avoir mentionné le nom de Alan...
Le rire de Ron s'accentua, et ce fut autour de Éric de rougir.
-E..Eric... est-ce que c'est vrai ? Tu...es amoureux de moi ? Demanda Timidement Alan.
-Je... Non...Euh... (il lança un regard assassin à Sebastian) T'es TROP bizarre ! Ton but dans la vie c'est que tout le monde soit aussi taré que toi, c'est ça ?
-Huhu... Je ne crois pas avoir besoin de faire quoique ce soit pour que tu sois comme moi...
Éric ne sut que répondre devant la magnifique répartie de Sebastian. Il poussa un rugissement de frustration, prit Alan par le bras et sortit du réfectoire en courant.
-BWAHAHAHAHA ! Oh, Grell, t'es vraiment MORTELLE ! Je savais pas que t'avais une aussi bonne répartie ! D'habitude quand Éric te lance des piques, tu te contentes de pleurnicher, mais là, c'était BRILLANT !
Sebastian sourit.
-Merci, Ronald. Et si nous allions nous chercher un plateau ?
Ron, tout en riant, acquiesça. Etre dans un corps presque humain n'était pas si mal, en fin de compte. Et Sebastian avait vraiment hâte de déjeûner. Pour la première fois de sa longue existence, il allait enfin pourvoir apprécier la nourriture humaine. Il était très curieux de connaître le goût des pâtisseries que son Jeune Maître aimait tant...
