Hey hey! Désolée je comptais poster ce chapitre hier, mais mon imbécile d'ordinateur a BUGUE. Bref, ce chapitre est assez... Comment dire... Déprimant. Ca m'a presque donné envie de me jeter par la fenêtre quand je l'ai écrit... XD Mais bon, j'espère que vous aimerez...
Grell admira avec une grande fierté la pile de linge qu'il venait de repasser avec brio. Lorsque le morveux lui avait demandé de remplir une telle tâche, il ne pensait honnêtement pas réussir. C'était sans compter sur la marque qui liait le corps de Sebastian à Ciel : apparemment, dès que le Lord donnait un ordre, ce corps était obligé de faire ce qui lui été demandé, et puisque Ciel avait ordonné à Grell qu'il remplisse chacune de ses corvées à la perfection, le corps avait obéit. Et voilà que Grell – qui, rappelons-le, est habituellement incapable de faire bouillir de l'eau – s'était soudainement transformé en parfaite petite fée du logis. Dire qu'hier encore, il ne savait même pas plier convenablement un pantalon...
Huuum...Après avoir accompli un si bon travail, je peux bien m'amuser un peu... pensa-t-il en se rapprochant « innocemment » de la pile de linge appartenant à Sebby-Sebby.
Sur cette bonne pensée, il gloussa et caressa précautionneusement les vêtements propres et frais de son démon adoré. La pile de linge était pour ainsi dire entièrement constituée de chemises blanches et de vestes noires, ce qui était d'un ennui mortel. Grell cherchait quelque chose de bien plus intéressant que ça ! S'il voulait voir du noir, autant aller fouiller dans la garde-robe de Will ! (Chose qu'il avait déjà faite, en passant.).
Alors qu'il commençait à désespérer, son regard fut attiré par quelque chose de brillant, qui venait de la poche de l'une des vestes de Sebastian. Sans réfléchir d'avantage, le Shinigami plongea sa main dans la poche pour y retirer... une paire de lunettes. Ce qui l'avait donc attiré était le reflet du soleil sur les verres. Enfin, si on pouvait appeler ça des verres : les lunettes étaient brisées.
Le coeur de Grell ne fit qu'un bon lorsqu'il reconnu la monture rouge. Ce n'étaient pas n'importe quelles lunettes... C'étaient... les siennes ?
Le coeur battant toujours autant la chamade, Grell rapprocha les lunettes de ses yeux. Aucun doute, il avait bien entre les mains ses anciennes lunettes, celles que Sebastian avait cassées lorsqu'ils s'étaient battus lors de l'affaire de Jack l'éventreur.
Et Sebastian les avaient gardées ? Mais... pourquoi ?
-Sebastiiiiiaaaan !
Grell sursauta à l'entente de « son nom » et rangea précipitamment les lunettes là où il les avait trouvées. Aussitôt, les portes du living-room s'ouvrirent et Maylene fit son apparition. Grell ne put empêcher un petit sifflement méprisant lorsqu'il reconnut la femme de chambre. Il n'avait jamais tellement aimé Maylene : elle avait une fâcheuse tendance à tomber sans faire exprès sur SON Sebby.
Toujours en hurlant le nom de celui qu'elle prenait pour Sebastian, la jeune femme courut vers Grell, qui voyait le truc arriver à 300 km : Elle allait comme par hasard trébucher sur son lacet qui était comme par hasard défait et se rattraper comme par hasard à lui.
Tss. Pathétique. Même lui n'employait pas des méthodes de drague aussi simplettes.
Évidement, tout se déroula comme Grell l'avait prévu, excepté le fait qu'il se fit un plaisir de ne pas la rattraper. En fait, il la regarda même tomber au sol avec une certaine délectation.
-Et ben... s'exclama la soubrette étalée par terre. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Tu es tombée, lui expliqua Grell comme s'il s'adressait à une attardée mentale.
-Oui mais pou-pourquoi vous ne m'avez pas rattrapée ? Je suis quasiment tombée sur vous ! Finit-elle en s'empourprant.
-Oui, j'ai vu ça ! S'exclama Grell dans un grand éclat de rire. Est-ce que tu as vu avec quelle rapidité je me suis écartée pour ne pas que tu t'écrases sur moi ? Mortel, non ?
-Vous m'avez esquivée ? Demanda-t-elle en devenant de plus en plus rouge.
-Ben oui, évidement. Je suis un diable de majordome, après tout. (Grell dû retenir un gloussement : ça faisait tellement longtemps qu'il voulait la placer, cette réplique là !)
Maylene gémit en se relevant péniblement. Elle épousta sa robe, redressa ses lunettes puis se planta devant Grell en rougissant.
-Alors... soupira Grell qui commençait à perdre patience. Qu'est-ce que tu me veux ? Je suis très occupée, tu sais ?
-Euh... Ah euh oui ! Le Jeune Maître veut vous voir.
-Rho, c'est pas vrai, qu'est-ce qu'il veut encore ce morveux ? Il peut pas être un peu autonome, non ? A treize ans pas savoir enfiler une paire de chaussettes, ça devient grave !
-Euh ben... je sais pas... Je...
-Ca va, c'était une question rhétorique, j'ai pas besoin que tu me répondes, épargne moi le son de ton insupportable voix.. coupa sèchement Grell.
Maylene se tut immédiatement, et malgré le fait que ses yeux soient cachés par ses lunettes, Grell devina qu'ils commençaient à s'embuer de larmes. Cette pensée le mit de bonne humeur.
C'est alors qu'il eut une idée... Après tout, même s'il savait qu'elle n'avait aucune chance, Maylene était tout de même très éprise de Sebastian... Grell la voyait donc comme une rivale potentielle... Or, il était dans le corps de Sebastian...L'occasion rêvée pour se débarrasser à jamais de la concurrence... Oui... Il allait faire en sorte que cette pimbêche ne s'approche plus JAMAIS de Sebas-Chan.
-Maylene ? Dit-il avec son sourire sadique habituel.
-Ah ! Euh, ou-oui ?
-Je voulais juste te dire que de tous les employés au manoir, et bien c'est toi que j'aime le moins.
Le visage de la soubrette se décomposa alors que Grell jubilait intérieurement.
-Seba.. Sebastian...
-Oui... Tu es inutile, idiote, tu m'obliges chaque jour à nettoyer le manoir de fond en comble... de plus, il est clair que tu éprouves des sentiments pour moi, et franchement ça me répugne... Huhu.. Tu penses vraiment avoir une chance avec moi ~ ?
Cette fois-ci, les larmes coulaient abondamment sur les joues de la petite femme de chambre.
-N- non... dit-elle entre deux sanglots. Je...je s-suis ré-réaliste... M-mais vous n'étiez-n'étiez pas ob- obligé de me l-le di-ire aussi mé-méchamment !
Grell gloussa de plus belle.
-Hu hu hu... Mais n'est-ce pas mon côté méchant qui t'attire le plus chez moi ?
-Je...
-SEBASTIAN ! COMBIEN DE TEMPS ENCORE JE DOIS T'ATTENDRE ?
Grell et Maylene se retournèrent vers l'entrée du living-room, dans laquelle se tenait un Ciel bien énervé. Le jeune Lord se figea lorsqu'il vit la mine déconfite de sa femme de chambre. Il cracha son habituel « Tch » avant de se diriger à grand pas vers la jeune femme qui pleurait comme une madeleine.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Lui demanda-t-il sèchement.
-R-rien Jeu-jeune Maître, pleura-t-elle.
Grell soupira en plaçant ses mains derrière sa tête d'un air agacé. Etait-elle obligée d'en faire des tonnes ? Sebastian se montrait méchant avec lui au moins six fois par jour, et malgré tout l'amour qu'il portait au démon, il n'en faisait pas tout un drame à chaque fois. (Du moins, pas réellement, parce qu'il aimait tout de même beaucoup faire semblant de pleurer.)
-Il s'est forcément passé quelque chose, fit remarquer Ciel avec énervement. Les gens ne pleurent pas pour rien...(il se retourna vers Sebastian) Qu'est-ce que tu lui a dit ou fait ?
Grell décida d'imiter de nouveau le comportement de Sebastian – il se fichait d'être dans son rôle face aux servants, mais Ciel était bien trop perspicace – et sourit à « son Jeune Maître. »
-Rien qui ne mérite de se mettre dans un tel état, Monsieur.
Apparemment, c'en fut trop pour la pauvre Maylene : elle balbutia un petit « désolée Jeune Maître » puis s'enfuit en courant, sous le regard perplexe de Ciel et amusé de Grell.
Qu'elle s'estime heureuse que je ne l'ai pas tuée, se dit-il. C'est tout ce qu'elle mérite.
Ciel plaça sa main sur son front en soupirant de lassitude. Grell, extirpé de ses pensées morbides, réorienta son attention vers le garçon.
-Au fait, Jeune Maître, vous vouliez me parler ?
-Hm ? Ah, oui, je... Attend une seconde, qu'est-ce que c'est que ce truc qui dépasse de la poche de ton pantalon ?
Grell sursauta en hurlant « RIEN DU TOUT ! » trop précipitamment.
Ciel ne fut nullement impressionné. Il tira sur le « truc qui dépassait de la poche », et ce malgré les tentatives de Grell pour l'en empêcher.
-C'est... fit Ciel en observant avec incrédulité le bout de tissu qu'il tenait dans les mains. Un caleçon ? Sebastian, qu'est-ce que tu fais avec un caleçon dans ta poche ?
Grell se dandina sur ses pieds en regardant le sol, gêné.
-C'est à moi, monsieur.
-Je l'espère bien que c'est à toi, mais ça ne répond pas à ma question !
Grell se mordit la lèvre. Lorsqu'il repassait les sous vêtements de Sebastian, la fangirl qu'il était n'avait pas pu résisté à l'envie de substituer l'un de ses caleçons dans le but de le mettre dans sa collection de « choses ayant appartenu à Sebby-Sebby. ». Mais il ne pouvait tout de même pas dire ça à Ciel, non ?
-Sebastian ! S'emporta-t-il, exaspéré par le comportement de « son majordome ». C'est un ordre, répond à ma question !
Grell sentit de nouveau la marque lui brûler la paume de sa main, ainsi que les mots sortir d'eux même de sa bouche.
-... Grell, murmura-t-il en se mordant la lèvre jusqu'au sang, dans l'espoir de réfréner le flot de paroles.
Ciel arqua un sourcil.
-Quoi « Grell » ? ... ... Oh, ne me dis pas que ce caleçon est pour lui ?
Grell n'eut d'autre choix que de hocher la tête, en tentant de conserver l'expression professionnelle de Sebastian alors qu'il avait en vérité envie de partir en courant.
Ciel, après un soupir agacé, regarda attentivement le plafond.
-Bon, où est-il ? Demanda le jeune garçon, en continuant d'observer minutieusement chaque coin de la pièce. Apparemment, tu n'arrives pas à te comporter de manière normale quand il est dans les parages... Je vais lui ordonner de partir, quoique je ne comprend vraiment pas pourquoi tu ne t'en débarrasses pas toi même, s'il te gêne tant que ça... Tu es réellement étrange, aujourd'hui.
-Ce n'est pas la peine, Jeune Maître, répondit Grell du tac-au-tac (si Ciel lui ordonnait de lui dire où se cachait Grell, il serait obligé de lui répondre qu'il était là, sous ses yeux...Et il serait démasqué.) Il est évident que je peux m'occuper de son cas moi même, finit-il e souriant.
-Alors, pourquoi ne le fais-tu pas ?
Grell haussa les épaules.
-Il ne me dérange pas tant que ça.
Ciel le dévisagea, sceptique, et le Shinigami pouvait presque entendre le cerveau du jeune garçon carburer à 100 à l'heure. Il était clair qu'il commençait à se douter de quelque chose. La panique gagna réellement Grell lorsque Ciel se mit à lui faire l'un de ses sourires calculateurs.
-Tant mieux, dit-il d'un ton ironique. S'il ne te dérange pas, c'est le principal... Moi je m'en fiche.
-Ah..Euh...
-Bref, quoiqu'il en soit, poursuivit Ciel toujours en souriant, j'ai une mission à te soumettre...
Grell craignait le pire.
-Je vous écoute, Monsieur.
Le rictus de Ciel s'accentua.
-La Reine m'a envoyé une lettre : apparemment, une Anglaise du nom de Merry Andleburg aurait dérobé plusieurs oeuvres d'arts dans divers muséums à travers l'Europe. D'après Scotland Yard, elle entreposerait les oeuvres dans un bâtiment secret.
-Oh, et vous voulez que je trouve ce bâtiment ?
-Non, dit-il en ricanant. La Reine a été très claire : Scotland Yard se chargera de trouver le bâtiment. Ce qu'elle veut, c'est que l'on apprenne l'emplacement de cet entrepôt et qu'on le lui communique. Pour ce faire... (son regard se fit plus cruel ) Tu vas aller soustraire quelques informations à la complice de Andleburg, une jeune femme nommée Alice Rutford. (il sortit une enveloppe) J'ai ici son adresse et sa photo.
Grell se détendit. La mission allait s'avérer plus facile que ce qu'il avait redouté... Il lui suffirait de trouver cette Alice Machin, de la torturer et de rentrer gentiment au manoir.
Facile et amusant, voilà comment il aimait son travail.
-Très bien, Monsieur, dit-il en s'inclinant. Je m'y met de suite.
-Attend, le Reine m'a donné une autre indication...
-Heing ? Fit Grell, surpris.
Ciel hocha la tête d'un air important. Son rictus, si cela était possible, s'accentua d'avantage. Ses yeux étaient plus calculateurs que jamais.
-Miss Rutford ne doit pas être blessée, ni même menacée. La Reine pense en effet qu'elle n'est qu'une victime, et que Andleburg la fait chanter.
-Quoi ? Mais comment voulez-vous que je lui soutire des information sans la blesser ou la menacer ?
Ciel ricana de nouveau.
-Emploi la manière douce, Sebastian.. Enfin, si on peut appeler ça doux... D'après les cris dérangeants de la bonne soeur de l'autre fois, tu n'as pas l'air d'y aller de main morte..
La bonne soeur de l'autre fois ?
...
...
OH LE SALE MORVEUX ! Il ne voulait quand même pas que..
-Monsieur ! S'écria Grell, effrayé. Je... Je ne peux pas faire ça !
-Ah, et pourquoi ça, Sebastian ? Je pensais que les démons ne prêtaient aucune importance au sexe, que ce n'était qu'un moyen comme un autre d'obtenir des informations ?
Grell ferma les yeux. Il comprenait... Ciel voulait le tester. Le sale mioche avait sûrement compris qui il était... Et malgré son âge, il savait parfaitement que s'il y avait une chose que Grell ne ferait pas pour tout les french-kiss du monde, c'est bien de faire ça avec une femme.
-Tu peux toujours refuser, tu sais... Fit Ciel d'un ton innocent.
Non... Refuser viendrait à avouer qui il était.
-Très...très bien, Jeune Maître... souffla-t-il en tremblant.
-Comment ? S'exclama Ciel en écarquillant les yeux. Tu acceptes ?
Grell prit une profonde inspiration afin de reprendre le contrôle de lui même.
-Bien sûr, répondit-il en souriant. Refuser une mission n'est pas digne du majordome de la maison Phantomhi-
-Mais c'est impossible ! S'écria le jeune Lord en secouant Grell par le col. Tu ne peux pas avoir accepté ça ! Ou alors tu n'es pas...
Grell sourit de manière Sebastienne et retira délicatement les mains de Ciel de son col.
-Jeune Maître... Vous m'avez l'air perturbé ?
-Je... Je me serais trompé...murmura-t-il – plus pour lui même - en reprenant sa respiration.
-Vous avez dit quelque chose ? Demanda Grell.
Bien fait pour toi, sale morveux, pensa-t-il avec amertume tout en souriant au garçon– il était vraiment en colère contre lui. Tu te croyais plus malin que moi, hein ? Pff... Si Sebby n'était pas là pour te protéger, je t'aurais tué depuis biiiiien longtemps...
Ciel releva la tête vers Grell.
-Non. Je n'ai rien dit. (il planta ses yeux bleus dans ceux de « Sebastian ».) Maintenant, va. Je t'ai assez vu.
Grell s'inclina de nouveau.
-Yes, My Lord.
C'était une magnifique journée qui était sur le point de s'achever. Le vent, doux et tiède, caressait gentiment les champs de fleurs, tandis que le coucher de soleil venait teinter le ciel d'un rouge aussi flamboyant que magnifique. Habituellement, Grell aurait pris le temps d'admirer cette vue, en s'allongeant sur le toit rougeoyant d'une maison, ou encore au milieu d'un parterre de coquelicots. Mais ce soir, il n'avait vraiment pas le coeur à ça.
Il avait pourtant passé l'une des plus belles journées de sa vie. Pour la première fois, les gens l'avaient traité avec admiration. Les regards méprisants étaient devenus des regards respectueux. Lorsqu'on se retournait pour l'observer, ce n'était ni avec dégoût, ni avec surprise, mais pour admirer sa beauté et sa prestance. On ne le trouvait plus vulgaire, mais classe et élégant.
Il était Sebastian Michaelis, tout simplement.
Mais... Il avait fallut que le morveux vienne tout gâcher en lui ordonnant l'impossible, en l'obligeant à faire une chose qu'il n'avait pas du tout envie de faire. Pourtant, il n'avait pas le choix. Il n'était pas encore prêt à redevenir lui-même. Il ne voulait pas redevenir lui-même. Il voulait encore profiter du bonheur que l'on ressentait lorsque l'on était considéré.
Il regarda le reflet de Sebastian se refléter dans une vitrine de magasin. Oh... La peine lui allait si bien, lui qui était toujours si maître de lui même.
Il ne voulait pas quitter ce visage. Dans ce corps, il lui suffisait de se regarder dans un miroir pour voir Sebastian, pour lui faire faire tout ce qu'il voulait... Lorsqu'il serait de nouveau lui, il n'était même pas sûr que le démon le laisse de nouveau s'approcher de lui... et être privé de la vue de Sebastian était plus que ce qu'il ne pouvait en supporter.
Il leva les yeux vers le ciel qui s'assombrissait de seconde en seconde. Le rouge et le noir avaient l'air de se confronter à un combat sans merci. Le rouge était tout aussi magnifique que le noir, et pourtant, c'est ce dernier qui l'emporterait.
C'était injuste.
Le rouge n'avait jamais le droit de rester dans le ciel plus que quelques minutes par jour, alors que le bleu et le noir, eux, persistaient, durant toute la journée pour l'un, et toute la nuit pour l'autre.
C'était eux que l'on voyait le plus. Eux que l'on observait.
Jamais le rouge.
On ne prenait même pas le temps d'admirer le rouge.
Le rouge n'avait le droit que de s'écraser devant le bleu au petit matin, et de se faire engloutir par le noir au crépuscule.
Tragique.
Grell ferma les yeux. Il voulait encore être le Noir. Le Noir était beau et puissant, tellement plus que le Rouge. Mais pour cela, il devait obéir aux ordre du Bleu.
Il battit des cils, chassant une larmes. Il ne voulait vraiment pas faire ça...
Chaque pas qu'il faisait et qui le rapprochait de sa future « amante » lui serrait un peu plus le coeur.
Quel sale morveux... Avait-il la moindre idée de ce qu'il était en train de lui infliger ? Non, sûrement pas. Ce n'était qu'un gamin, après tout. Il ne pouvait pas comprendre ce que tout ceci allait représenter pour Grell.
Lui qui, durant toutes ces années, que ce soit durant sa vie d'humain ou de Shinigami, s'était préservé pour l'homme de sa vie... Ce désir de vouloir offrir sa virginité à la personne qu'il aimerait réellement était la seule chose dont il pouvait encore être fier. Et voilà que tous ces efforts allaient être balayés par un morveux idiot... Et pourquoi ? Simplement pour obtenir une information. Sa première fois allait se résumer à ceci. Il n'y aurait aucun amour, aucun désir... Il n'aurait même pas la chance de le faire avec un homme. Non... Une femme.
Pourquoi...
Il ne pouvait plus faire un pas de plus. Il ne sentait pas seulement triste et affligé, mais également apeuré. Oui, il était mort de peur. Plus encore que le jour ou Sebastian avait faillit le tuer. Et le poids de toutes ces émotions l'empêchaient d'avancer.
Il décida donc de s'asseoir. Les rues étaient vides et il s'autorisa à prendre place sur le bord d'un trottoir.
Voyant qu'il était complètement seul, il se laissa succomber aux larmes, et cela lui fit un bien fou. Ce corps n'avait probablement jamais pleuré, et cette épuration ne fut que bénéfique.
Il regarda la photo de Alice Rutford. C'était une jolie femme, jeune, blonde, aux yeux bleus, à la peau parfaite.. Et pourtant elle ne lui inspirait que du dégoût. De toutes façons, il ne ressentait généralement que deux sentiments à l'égard des femmes : le dégoût, mais surtout la jalousie...
Il voulait être une femme. Plus que tout au monde. Et ce depuis toujours...
-Maman ?
Suzanne Sutcliff se retourna vers son fils en écrasant une larme.
-Qu'est-ce que tu veux, siffla-t-elle alors que la souffrance laissait peu à peu place à la colère dans ses beaux yeux verts en amande. Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi.
Grell baissa tristement les yeux au sol en murmurant un petit « excuse moi » presque inaudible. Il était habitué à la cruauté de sa mère. Il avait appris à faire avec, et aussi à y faire face, et ce malgré la peur que la femme rousse lui inspirait. C'est pourquoi il ne lâcha pas prise.
-Maman, répéta-t-il avec plus de fermeté. Je... Il faut que je te pose une question. Tu n'as jamais voulu me le dire mais j'ai (il montra huit doigts à sa mère) tout ça, maintenant, et je veux savoir pourquoi je n'ai pas de père.
L'oeil de Suzanne tiqua et elle attrapa violemment le menton de son fils en le rapprochant de son visage.
-Hum... ricana-t-elle. Tu veux vraiment le savoir ?
Grell répondit par un petit gémissement étouffé. La poigne de sa mère lui faisait mal.
-Très bien.
Elle projeta Grell sur le sol avec force. Le petit garçon se massa le menton, regrettant d'avoir mis sa mère en colère.
-Et bien, dit-elle avec un sourire cruel, il se trouve que ton père m'a lâchement abandonnée. Et tu sais pourquoi ?
Grell fit non de la tête en réprimant une envie de fondre en larmes. Suzanne se pencha vers son fils en lui lançant un regard meurtrier.
-A cause de toi, Grell.
Il écarquilla les yeux.
-A cause de... moi ?
Elle hocha la tête avec froideur.
-Oui. Il se trouve qu'avant qu'il n'apprenne que j'étais enceinte, ton père et moi menions une belle vie... Et puis PAF, tu es arrivé. Et lui, et bien, il ne voulait pas d'enfant, tu vois... (ses yeux s'orientèrent vers le sol et sa voix se fit de plus en plus basse.) Alors il m'a laissée. Seule. (elle réorienta son regard vers Grell qui sanglotait.) Si tu n'étais pas arrivé, nous serions encore ensemble ! Tu devrais t'estimer heureux que je ne me sois pas débarrassé de toi, comme je me débarrasse de tous les autres hommes !
-Arrête ! Pleurait-il. Pourquoi tu me dis des choses méchantes comme ça !
-Mais parce que c'est la vérité, Grell. Les hommes sont détestables. Ils ne sont pas fiables, ils sont inutiles, alors je ne perds plus mon temps à m'encombrer d'eux. Tu seras toit aussi un homme. (elle le souleva par le col.) Voilà pourquoi j'aurais dû t'abandonner à la naissance. J'aurais dû savoir que tu ne m'apporterais rien de bon...
-N- NON ! Hurla-t-il en se dégageant de la prise de sa mère. C'est faux ! Je ne serais jamais comme ça ! Si j'avais été à la place de papa, je m'aurais gardé et je ne t'aurais pas abandonnée !
-SI, GRELL, QUE TU LE VEUILLES OU NON, TU DEVIENDRA COMME EUX, COMME TOUS CES HOMMES, CAR TU EN ES UN TOI AUSSI !
-ALORS DANS CE CAS, Cria-t-il, la voix étranglée par les pleurs, DANS CE CAS JE NE VEUX PAS ETRE UN HOMME !
Ces dernières paroles calmèrent tout de suite Suzanne, incrédule.
-Q...Quoi ?
-Tu-tu as t-très ben entendu, sanglota-t-il. Je n-e veux-eux p-pas être un ho-omme.
-Grell ! Grogna la femme. Qu'est-ce que tu dis ! Arrête ces bêtises !
-Je-je serai une-une pa-parfaite petite fille, tu-tu verras ! Poursuivit-il en souriant tristement. Je prierai tous les soirs l'étoile du berger pour qu'elle me fasse devenir une fille ! Et tu m'aimeras ! Tu n'auras plus aucune raison de ne pas m'aimer !
-GRELL ! (elle lui donna une gifle) ARRETE CA TOUT DE SUITE ! A QUOI TU JOUES ? !
-Tu verras...murmura-t-il en se frottant sa joue rougie. Tu verras... je serai une parfaite petite fille... Tu m'aimeras...
Depuis ce jour, Grell pria tous les soirs pour que son corps soit changé. Et tous les matins, lorsqu'il se réveillait dans le corps d'un garçon, sa déception de s'en faisait que plus grande.
Il continuait cependant à se conduire comme une fille. Si bien que sa mère fut contrainte de quitter le petit village dans lequel vivaient les Sutcliff, chassés par les habitants qui ne voulaient pas de quelqu'un comme Grell.
Mais Grell ne se découragea pas. Dans son nouveau village, il décida de se présenter en tant que « Miss Grell Sutcliff ». Tous les jours, il s'habillait comme une fille, se comportait comme une fille, parlait comme une fille, se maquillait comme une fille... Dans l'espoir que peut-être, un jour, il en devienne réellement une.
Ces espoirs s'envolèrent définitivement lorsqu'il rentra un soir chez lui. Il était alors âge de 17 ans.
-Coucou, Maman, c'est moi !
SBAF !
Grell porta la main à sa joue et frissonna lorsqu'il rencontra le regard sombre de sa mère.
-Je t'ai vu.
-Q..Quoi ?
-Ne fais pas l'innocent ! Je viens de te surprendre, Grell, en train d'embrasser un garçon.
-Et.. Et alors ? Demanda-t-il timidement. Qu'est-ce qu'il a de mal à ç-
SBAF !
-ARRETE ! Hurla la mère. ARRETE DE TE PRENDRE POUR UNE FILLE !
-Mais maman... je... Je suis une fille...
Ce fut le mot de trop, et Grell le savais. Il vit la fureur monter dans les yeux de sa mère. La femme fut alors prise d'une effrayante crise de folie. Elle donna une nouvelle gifle à « son fils », bien plus violente, cette fois-ci.
-Ma.. Maman, arrête, supplia-t-il, tu me fais peur !
Ma la femme ne l'écouta pas. Elle lui jeta tous les objets qu'elle pouvait trouver, elle déchargea sur lui 17 années de peine et de souffrance, de haine et d'amertume. Elle le battit avec une brutalité sans précédant. Grell hurlait, suppliait sa mère d'arrêter. Mais Suzanne ne lui prêta aucune attention.
Elle ne s'arrêta que lorsque les plaintes de Grell cessèrent.
Juste après lui avoir porté le coup fatal...
Grell releva la tête de ses mains, couvertes de ses propres larmes. Pourquoi ces affreux souvenirs lui revenaient-ils en mémoire justement ce soir ? Peut-être pour lui rappeler qu'il ne pourrait jamais aimer une femme. Il n'avait même pas aimé Madam Red. Il avait en effet succombé à ses charmes, mais plutôt dans le sens admiratif. Il avait été ébahit par sa flamboyance, si proche de la sienne. Il avait adoré son caractère, partagé ses goûts... Mais ce n'était pas de l'amour.
Il s'essuya les yeux d'un geste rageur. Il devait vraiment arrêter de pleurer. Il s'était promis de ne plus pleurer. Après tout, c'est ce qui lui avait coûté la mort. Et ce qui avait faillit le tuer une seconde fois lors du combat contre Sebastian. Voilà pourquoi il se montrait violent, brandissant sa terrible et pourtant ô combien magnifique tronçonneuse à tout bout de champ. Tout simplement parcequ'il savait ce qu'il se passerait s'il se trouvait sans défense.
Et il détestait être faible. Il ne voulait plus être faible.
Il se releva et poursuivit sa marche. Il atteignit bientôt la petite maison dans laquelle vivait Miss Rutford.
La marque du pacte le brûla de nouveau, comme pour lui rappeler qu'il ne pouvait pas fuir. Tant qu'il était dans le corps de Sebastian, il devait obéir aux ordres.
Il ravala la boule qu'il avait dans la gorge et, d'une main tremblante, tourna la poignée de la porte.
Il avança de quelques pas, et se figea, foudroyé de stupeur.
La pièce était entièrement couverte de sang. Ce sang, ce magnifique, magnifique sang.
Le Shinigami fit quelques pas. Ses chaussures noires et impeccablement cirée furent bientôt tachées par le précieux liquide écarlate. Peu importe, elle n'en furent que plus belles.
Au milieu de la salle se tenait le cadavre de Alice Rutford. Le sang coulait abondamment de son ventre, et Grell dû admettre qu'il la préferait ainsi. Il s'approcha d'elle afin de mieux l'admirer. Il ne connaissait réellement rien de plus beau qu'un corps ensanglanté – sauf Sebastian et William, peut-être. C'est pourquoi un Sebby ou un Willu ensanglanté devait probablement être la plus belle chose au monde.
Il trempa son doigt ganté de blanc dans le sang qui se répandait sur le sol, afin de mieux en admirer la couleur. S'assurer qu'elle était bien morte.
Car si c'était le cas, cela signifiait qu'il ne perdrait pas bêtement sa virginité ce soir.
Il tomba à genoux à côté d'elle, soulagé comme jamais. Un rire nerveux le prit alors, incontrôlable, tandis que ses gants blancs prenaient peu à peu la couleur du sang dans lequel ils trempaient.
-Merci... souffla-t-il dans un murmure presque inaudible. Je ne sais pas qui t'a tuée, mais... merci. Merci infiniment.
Il continua de rire. Le rire de Sebastian était si agréable. C'était un rire mélodieux et charismatique, onctueux et guttural... Et Grell décida que c'était un son merveilleux.
Son rire fut néanmoins brutalement interrompu. Grell évita de justesse ce qui ressemblait à une perche surmontée d'un sécateur.
Un frisson parcourut l'échine du Shinigami. Il la reconnaîtrait entre mille. C'était sa Faux.
-Sebastian Michaelis. Eloignez-vous immediatement de cette âme.
