Hello tout le monde ! J'en ai enfin fini avec le BAC, et j'ai retrouvé internet ! Ouiiii ! ^^ Donc voilà deux chapitres pour me faire pardonner de mon absence ! Merci à tous pour vos belles reviews, et n'oubliez pas qu'elles sont toujours appréciées !
Grell, aidé par la rapidité et la discrétion que lui apportaient le corps de Sebastian, arriva devant l'entrée de la Bibliothèque sans se faire remarquer. Si ne serait-ce qu'un Shinigami l'avait croisé, il aurait risqué de gros problèmes. Il avait, après tout, tué plusieurs des Faucheurs les plus importants du pays, et même d'Europe. Encore heureux qu'il ait commis cet acte dans le corps du démon, il ne serait ainsi pas jugé lorsqu'il reprendrait son apparence normale.
Sa tronçonneuse fermement tenue dans sa main droite, il prit une dernière inspiration puis posa sa main sur la poignée de porte du grand bâtiment. Il était sur le point de pousser la porte, lorsque soudain…
-Eeeeeric ! Lâche-moi !
La voix faible d'Alan fit sursauter Grell. Il regarda autour de lui, mais avant qu'il n'ait pu trouver une cachette, il se retrouva nez à nez avec Eric Slingby qui tenait fermement Alan Humphries par la taille.
Les trois hommes se figèrent. Eric observait Grell avec attention, resserrant son étreinte sur son ami. Grell, de son côté, tenta un petit sourire crispé.
-Un… Un… Un… bredouilla Alan.
-UN DEMON ! Hurla Eric en sortant sa Death Scythe.
Grell évita l'attaque de Eric puis renchérit par un violent coup de pied qui fit perdre l'équilibre au Shinigami blond. Il sourit : depuis le temps qu'il rêvait de tuer Slingby !
-Eric ! S'exclama Alan en aidant son camarade à se relever.
-Va…va-t-en, Alan ! Bégaya Eric en se cramponnant à son arme. Je le reconnais ! C'est Sebastian Michaelis, celui qui a tué les juges après le procès de Spears … Il est très dangereux, ne t'en approche pas !
Eric se positionna instinctivement devant Alan, afin de le protéger. Mais à sa grande surprise, Grell ne fit aucun mouvement. Non… En vérité, le Shinigami Rouge avait quelque chose en tête de bien plus amusant qu'un simple combat pour se débarrasser des deux gêneurs.
-Kess t'attend, démon ? Ricana Eric, en position d'attaque. T'as peur ou quoi ?
-Peur ? Répéta Grell dans un immense sourire. Et bien… oui, un peu… Surtout pour ton copain, en fait, finit-il en gloussant.
Eric fronça les sourcils et se tourna vers Alan, qui haussa les épaules avec perplexité.
-Pourquoi as-tu peur pour moi ? Demanda Alan, sur la défensive.
Le sourire de Grell s'accentua.
-Et bien… murmura-t-il d'une voix traînante. Tu es siiii pâle ! Ah ! (il fit une pose dramatique) C'est comme si tu portais le visage de… la MORT !
Alan déglutit, alors que Eric, oubliant immédiatement son combat, se précipita vers son ami en prenant son visage entre ses mains.
-Oh mon Dieu ! Mais il a raison ! Alan, tu es tout pâle ! T'es sûr que ça va ? Tu vas pas refaire une attaque ?
-N- Non c'est bon, je-
-T'es sûr ? Ca va ? Tu veux que je t'emmène à l'infirmerie ?
-Eric arrête ! (il lança un coup d'œil à Grell, qui, visiblement, était sur le point d'éclater de rire.) Tu vois pas que c'est une technique pour nous distraire ! Occupons-nous plutôt de ce démon !
-Je me fous royalement de ce démon, Alan ! Ta santé est plus importante !
Alan commença à grincer des dents.
-Woah ! S'exclama Grell. Il est encore plus pâle que toute à l'heure ! Je crois que ça s'aggrave !
-LA FERME , DEMON ! Hurla Alan alors que Eric s'agitait autour de lui.
-Ne t'emporte pas comme ça ! Ordonna Eric avec inquiétude. C'est mauvais pour toi !
-ERIC JE VAIS TRES BIEN ! CE DEMON ESSAIE DE TE DISTRAIRE, T'OCCUPE PAS DE MOI ET REPREND PLUTOT LE COMB-
Il s'interrompit brutalement.
Ca recommençait.
L'impression que son cœur était pris dans un étau, enserré par des milliers d'épines.
Les Epines de la Mort…
-ALAN ! S'écria Eric en tentant de retenir son camarade qui s'écroulait au sol, sa main crispée sur son cœur endolori.
-Oooh… Il était vraiment sur le point de mourir, alors ? Constata Grell avec amusement.
Eric foudroya le « démon » du regard en soulevant Alan du sol. Ce dernier était pris de terribles spasmes, mais continuait néanmoins de protester contre l'attitude protectrice de l'autre Shinigami, le priant de continuer le combat.
-Je t'emmène tout de suite à l'infirmerie, trancha Eric. (il se retourna vers Grell.) Tu as de la chance, Michaelis.
-Pour une fois… soupira-t-il en plaçant sa main sur sa hanche.
Eric le toisa une dernière fois puis disparut en direction des locaux principaux, sans prêter attention aux protestations de son ami.
Grell l'observa partir, son habituel sourire sinistre aux lèvres. Tout s'était déroulé comme il l'avait prévu : Alan s'était emporté, et à force, avait réellement fait une attaque. Hu hu… Qui a dit que Grell n'était pas intelligent ? Il détestait Slingby. Il voulait qu'il souffre, et il savait parfaitement que voir son ami… non, la personne dont il était amoureux mourir serait bien plus douloureux que n'importe quelle blessure. Bien sûr, Grell ne voulait pas vraiment tuer Alan – c'était après tout un jeune homme assez sympathique qui, sans l'apprécier outre mesure, prenait tout de même souvent sa défense – mais le faire entrer dans un stade proche de la mort suffisait pour détruire Eric…. Le sadisme de Sebastian devait sans doute déteindre un peu sur lui…
Bref, le plus important, c'était qu'il avait réussit à se débarrasser des deux Shinigamis sans trop d'encombre.
Quelque chose de bien plus dur et éprouvant l'attendait à présent…
Lorsque Grell entra à l'intérieur de la Bibliothèque, celle-ci était entièrement déserte, ce qui n'était pas très surprenant. Les Faucheurs s'attardaient rarement dans la Bibliothèque. La plupart ne s'y rendaient que pour y déposer une âme, et bien qu'il fût possible d'y visionner n'importe quelle Lanterne Cinématique ou d'y lire quelques Doomsday Book, les Shinigamis n'aimaient généralement pas traîner dans les locaux durant leur temps libre. Ils préféraient faire comme Undertaker, à savoir emprunter des Doomsday Books ou des Lanternes Cinématiques et les visionner chez eux.
Grell se dirigea alors sans réfléchir – mais en prenant soin que la Bibliothécaire ne remarque pas sa présence - vers la salle d'archive. Après quelques minutes de recherche à travers les rayons, il finit par trouver l'étagère sur laquelle les Doomsday Book de sa famille étaient entreposé.
C'était hallucinant.
Jamais il n'aurait pu penser qu'il avait une famille si grande… Toutes ces personnes qui portaient son nom… Derrière ces simples livres, il pouvait deviner ses oncles…ses tantes… ses cousins…ses grands-parents… Lui qui n'avait jamais connu que sa mère…
Sa mère…
Son doigt ne tarda pas à effleurer la tranche du Doomsday Book qui portait le nom de Suzanne Fremwell Sutcliff. Il marqua une pause, se remémorant presque contre lui le soir où il avait décidé de lui faire payer son acte atroce. Tuer son propre enfant… Cette pensé était complètement incompréhensible aux yeux d'une personne comme Grell, qui rêvait d'avoir un enfant.
Il secoua la tête, se focalisant ainsi de nouveau sur son but. Sans tergiverser d'avantage, le Shinigami extirpa le Doomsday Book de son père, rangé entre celui de sa mère et le sien. Il couru par la suite en direction de la salle de lecture, et s'installa dans un grand canapé – le plus confortable de la pièce – avant de poser le livre à terre devant ne lui suffisait plus que de toucher les pages ouvertes du Doomsday Book de l'extrémité de sa Death Scythe, et la Lanterne Cinématique de Phil Sutcliff défilerait sous ses yeux.
Simple.
Cependant, Grell ne pouvait se décider à le faire.
Il se mordit la lèvre. Il devait le faire. Il le savait, il n'y avait pas d'autres alternatives.
Mais c'était dur.
Il resta longtemps sans bouger, observant silencieusement l'ouvrage posé à quelques centimètres de lui. Il s'était progressivement et inconsciemment recroquevillé sur un énorme oreiller, qu'il enserrait autour de ses bras. Il approcha alors tout doucement sa main de sa tronçonneuse qui reposait à côté de lui. Jamais elle ne lui avait parue aussi lourde. Il la souleva péniblement et la tendit d'un bras tremblant au dessus du Doomsday Book. Il hésita encore durant quelques secondes puis, après une dernière inspiration, aplatit violement la Faux sur le livre….
Le vent soufflait dans les arbres fleuris en cette soirée de mars. Un homme, encapuchonné dans un large imperméable noir, courrait à travers les champs comme si sa vie en dépendait, en tentant de se protéger de la grêle qui le mitraillait.
-Il est là ! Cria une voix au loin.
L'homme se retourna et constata que les forces de l'ordre lui couraient toujours après. Paniqué, il reprit sa course. Il ne savait pas vraiment où aller, et, bien que sa figure soit cachée par son imperméable, on pouvait aisément deviner qu'il était à bout de souffle. La grêle tombait de plus en plus fort, et il devenait maintenant vital qu'il trouve un abri. D'autant plus que ses poursuivants gagnaient du terrain.
Il leva les yeux vers une petite maison qui se trouvait au sommet d'une colline, isolée de tous. Il rassembla alors les quelques forces qui lui restaient afin de monter cette colline, et, une fois arrivé devant la maison, défonça la porte.
Une femme se tenait juste devant lui, mais avant qu'elle n'ait pu crier, il plaça sa main sur sa bouche et l'emmena se cacher dans la cuisine.
-Shhht… fit-il en resserrant sa prise sur la femme rousse. Shhht, je ne vous veux aucun mal, je-
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. La femme lui administra un violent coup de poing dans l'abdomen, se libérant ainsi de sa prise. L'homme s'écroula au sol en étouffant un cri, mais la femme ne se laissa pas attendrir. Elle attrapa la première chose qui lui tomba sous la main – une assiette – et menaça alors son agresseur.
-Qui êtes vous ? S'écria-t-elle au bord de la crise de nerf. Et comment osez-vous entrer chez moi ainsi ? ! On ne vous a pas appris qu'il est très mal placé de pénétrer ainsi dans la maison d'une jeune femme ?
-Je.. Je suis Phil Sutcliff ! Je cherche juste un endroit où me cacher ! Je ne vous veux pas de mal !
La femme dévisagea Phil durant quelques instants, puis, lorsqu'elle fut sûre que l'homme ne représentait aucune menace, laissa tomber son assiette et s'agenouilla à côté de lui.
-Vous cacher de quoi ? demanda-t-elle sèchement.
Phil la fit s'asseoir en posant sa main sur son épaule.
-Restons au sol. Ils pourraient nous voir par la fenêtre.
-Mais qui pourraient nous v-
-Shht ! (il éteignit les lumières tout en restant au sol.) Parlons doucement.
La femme leva les yeux au ciel.
-QUI POURRAIT NOUS VOIR ? S'écria-t-elle en souriant ironiquement.
-Mais taisez-vous ! Ordonna-t-il en la bâillonnant de nouveau avec sa main.
-Mhhft ! (elle se libéra) Alors expliquez moi ! C'est quand même la moindre des choses après votre entrée fracassante !
-D'accord, d'accord ! Je… Je suis recherché pour… meurtre.
-Pour meurtre ? Répéta-t-elle en plissant les yeux.
L'homme hocha la tête.
-Et… qui avez-vous…demanda précautionneusement la jeune femme, effrayée.
-Oh, non, non personne ! S'empressa de dire Phil. Ils pensent que c'est moi qui l'ai tué, mais c'est faux ! J'étais juste au mauvais endroit au mauvais moment et… Bon… disons qu'ils ont tendance à sauter assez vite aux conclusions… finit-il en se frottant l'arrière de la tête.
La femme sembla se détendre en poussa un soupir de soulagement en s'adossant au mur.
-Ouf… Non l'espace d'un instant, j'ai cru que vous étiez rentré chez moi pour me tuer.
-Ah ? (il se rapprocha d'elle) Et… Si c'était le cas, qu'est-ce que vous auriez fait ?
-Moi ? (elle lui lança un regard en coin.) J'aurai hurlé au viol, je pense, et tout le monde aurait accouru pour me sauver, conclu-t-elle comme si c'était une évidence.
-Eh ? Pourquoi au viol ? Pourquoi pas au meurtre ?
-Hu hu… C'est plus amusant, comme ça, non ?
Sur-ce, elle éclata de rire, alors que Phil resta longtemps silencieux face à l'étrange phénomène qu'était son interlocutrice.
-En tous cas… finit-il par dire en se massant le ventre, vous savez vous défendre… Et vous êtes assez compréhensive…
La femme rougit devant l'intensité du regard de Phil. Les deux jeunes gens se plongèrent dans un profond silence, tous deux scotchés par la vue de l'autre.
-Vous ne ressemblez pas aux autres femmes… susurra Phil en souriant. Vous m'avez l'air… si forte… si libre… (elle rit) Quel est votre nom ?
-Suzanne, répondit-elle en ébouriffant ses cheveux courts et roux. Suzanne Fremwell.
-Enchanté, Suzanne.
Il ôta alors son capuchon. Ses cheveux bruns et coiffés en épis vinrent chatouiller ses yeux marron en amande, dont l'intensité était renforcée par les verres brillants de ses lunettes ovales. Ses traits étaient assez fins, et ses sourcils relevés lui donnaient un air rêveur.
-Permettez-moi de refaire ma présentation. Je suis Phil Sutcliff.
Il y eut un petit « SHRUIT» et la Lanterne Cinématique s'estompa avant de dévoiler une nouvelle scène.
Phil et Suzanne se tenaient, main dans la main, sur le seuil d'une maisonnette, située au beau milieu de la forêt.
-Suzanne, tu es sûre que c'est une bonne idée ? Tu… Tu peux toujours retourner chez toi, tu sais…
La femme soupira en levant les yeux au ciel.
-Phiiiil… Oui, je suis sûre ! Personne ne nous trouvera ici !
-Oui mais si on nous retrouve ! Je suis toujours recherché, tu sais ! Je (il rapprocha le visage de la jeune femme du sien) Je ne veux pas te mettre en danger…
-Hum… fit-elle en gloussant. Qui a dit que j'avais peur du danger ?
Ils sourirent tous les deux, juste avant de s'embrasser langoureusement.
-Je suis très heureuse d'enfin vivre avec toi, Phil, avoua-t-elle une fois le baiser terminé.
-Moi aussi, répondit Phil, ses yeux marron plus intenses que jamais.
« SHRUIT »
-Phil ?
Suzanne fit irruption dans le salon, un sourire radieux aux lèvres. Elle semblait plus vieille, ce qui laissait présumer que la scène se déroulait quelques années après la précédente.
Phil observait le paysage à travers la fenêtre, assis dans un grand fauteuil vert, un air soucieux peint sur son beau visage.
-Phii-iiil ! Insista Suzanne en venant enlacer son mari.
-Mh… oui ? Finit-il par murmurer, extirpé de ses pensés.
-Tu.. tu as pensé à un nom pour le bébé ? Demanda-t-elle en plaçant instinctivement sa main sur son ventre légèrement arrondi.
Phil lui administra un faible sourire.
-Et toi ?
La femme rousse hocha joyeusement la tête.
-OUI ! Alors, euh, (elle énuméra sur ses doigts.) Tia, Jessica, Candy, Angelica, Wendy, Isabel, Suzy…
-Suzy ? reprit-il en ricanant. Tu ne serais pas légèrement égocentrique, toi ?
-Quoi ? Fit-elle, en feignant d'être outrée. Moi ? Mais pas du tout ! C'est pas ma faute si mon prénom est magnifique !
Il soupira en souriant gentiment.
-D'accord, dit-il. Mais si c'est un garçon ?
Elle fronça le nez en rigolant.
-J'aimerai bien que ce soit une fille… Mais bon… J'ai pensé à Arthur, ou Adrian… Oliver… Thomas… … Non, franchement, je sais pas…
Phil rit de nouveau, puis vint tendrement poser ses lèvres sur celles de sa femme.
-Et bien tu sais quoi ? Demanda-t-il en replaçant une mèche rousse derrière l'oreille de Suzanne. J'ai trouvé un nom parfait pour cet enfant… Qu'il soit fille ou garçon, d'ailleurs.
-Ah oui ? Et peut-on savoir ce que c'est que ce prénom hors du commun, Monsieur-Je-Sais-Tout-Mieux-Que-Mon-Incroyable-Et-Super-Intelligente-Femme ? L'interrogea –t- elle sur un faux ton de reproche.
-Chérie… Est-ce que tu te rappelle le temps qu'il faisait le jour où l'on s'est rencontré ?
-Bien sûr ! Comment pourrais-je oublier le jour ou tu as fait irruption dans ma vie – au sens propre du terme ? (elle gloussa) Il faisait un temps abominable ! Il y avait même de la grêle, si je me souviens bien.
Son mari hocha la tête.
-Exactement. Et… Puisque ce jour est probablement le plus beau de ma vie, je me suis dit que l'on pourrait nommer notre enfant d'après cette rencontre… J'ai donc pensé… A Grell.
La femme cligna des yeux.
-Grell ? Répéta-t-elle. Jamais entendu ce nom…
-C'est Allemand… Ou Français, je sais plus… Enfin bref, qu'en dis-tu ?
Elle sauta sur les lèvres de son mari qui lui rendu son baiser.
-J'en dis que je suis bien heureuse qu'on se soit rencontrés un jour de grêle, et pas un jour de tempête de sable. Ca aurait fait débile comme nom, « Tempetdesable ».
-Oh, si ça ne te plait pas…
Elle l'embrassa de nouveau, plus doucement cette fois.
-Je plaisante. C'est parfait comme nom… (elle abaissa son regard vers son ventre en souriant bêtement) Hu hu… Grell…
« SHRUIT »
Cette fois-ci, la scène s'ouvrit sur la chambre de Suzanne et Phil. La femme dormait profondément, enroulée dans ses couvertures. En revanche, l'homme était assis sur le lit. Il fixait le mur d'un air vague, profondément attristé. Il semblait sur le point de fondre en larmes.
Soudain, il se leva. Il contourna le lit et alla se mettre au chevet de sa femme. Il lui caressa tendrement la joue, puis souleva délicatement les draps afin de ne pas la réveiller, découvrant ainsi son ventre déjà bien arrondit qu'il embrassa doucement.
Il se redressa, ses yeux embués de larmes.
-Je suis désolé… chuchota-t-il. Sa peine était si intense qu'elle semblait émaner de lui.
-Je suis désolé… répéta-t-il en prenant la main de Suzanne. Mais je… je dois partir. Je te fais déjà courir un risque mortel en vivant avec toi… Ils… Ils me retrouveront forcément un jour… Il faudra fuir… je… je ne veux pas que mon enfant ait cette vie… S'il te plait… Pardonne-moi, Suzanne… (il caressa son ventre) Pardonne-moi, Grell…
Il se mordit la lèvre afin d'étouffer un sanglot puis, après avoir déposé un dernier baiser sur les lèvres de Suzanne, s'enfuit de la maison.
« SHRUIT »
Phil Sutcliff était accroupi derrière un buisson, caché sous son fidèle imperméable. Quelques rides d'expression avaient commencées à se dessiner sur son visage, et il semblait réellement épuisé. Il avait l'air d'observer avec attention deux personnes – une femme et un enfant- situées à quelques mètres de lui, et était de toute évidence soucieux de ne pas être découvert.
-Il m'aime… un peu… beaucoup…
-Grell, lâche cette fleur ! Tu as dix ans, tu n'es plus en âge de jouer à ce genre de trucs ! Rugit Suzanne en traînant son fils par la main.
-…Passionnément… à la folie… A LA FOLIE ! MAMAN, IL M'AIME A LA FOLIE !
-Elle, Grell. Elle t'aime à la folie. Les garçons aiment les filles et inversement.
-… Ben, oui, je sais, donc c'est bien ce que je dis : il m'aime !
Suzanne leva les yeux au ciel en grognant, puis prit son fils par les épaules en plantant ses yeux dans les siens.
-Grell. Ca fait deux ans que je te répète la même chose : tu es un garçon, okay ?
-… Mais regarde mes cheveux ! Comme ils sont longs ! Les garçons n'ont pas les cheveux longs, donc je suis une fille !
A ces mots, Suzanne commença à perdre son sang froid et réagit comme à son habitude, à savoir violemment, et donna une bonne gifle au jeune garçon. Les pleurs de Grell commencèrent à se répandre dans l'air, et Phil mourait d'envie d'intervenir. Cependant, il ne pouvait pas. Il avait juré de couper les ponts avec sa femme et son… Uhm… « fils ».
Les scènes qui suivirent furent pratiquement les mêmes, à l'exception près que Grell grandissait de plan et plan, et que plus les années passaient, plus Suzanne accumulait de la rancœur face au comportement féminin de son fils unique. A l'inverse, Phil n'avait pas l'air d'être dérangé outre mesure par les tendances de Grell. Son enfant resterait son enfant, quoiqu'il arrive.
Puis soudainement, le décor changea radicalement. Manifestement, Suzanne et Grell avaient décidés de déménager, et, bien que Phil ait eu du mal à s'y retrouver, le désir de veiller discrètement sur sa famille était si fort qu'il réussit à les suivre sans qu'ils ne s'en rendent compte.
Grell avait énormément grandi. Il devait avoir environ seize ou dix sept ans à présent, et il était honnêtement difficile de le prendre pour un homme, même si on était au courant de son vrai sexe. Son père continuait de l'observer vivre et s'épanouir comme il le pouvait entre ses camarades moqueurs et sa mère de plus en plus violente.
Phil était en admiration devant son fils. Il le trouvait remarquablement fort, de continuer à sourire alors qu'il se faisait battre tous les soirs en rentrant à la maison. Si seulement il avait le même courage… Mais il avait bien trop peur de retourner aux côtés de Suzanne, d'aller lui parler, et ce bien qu'il n'approuvait pas du tout son comportement violent.
Et puis un jour, alors qu'il venait de semer un groupe de policier, il décida de s'octroyer un petit moment de détente en espionnant Grell, comme il le faisait depuis près de dix huit ans. Il le vit en compagnie d'un jeune homme, plutôt beau, qui lui courait après depuis un petit bout de temps à présent.
-Allez, Grell… Juste un bisou, c'est pas grand-chose…
Grell détourna ses yeux verts de son camarde, en rougissant.
-Tu.. bredouilla-t-il, tu sais très bien ce que je ressens pour toi, non ?
-Oui, je sais, tu n'es pas amoureuse de moi, et-
- Et en tant que jeune Lady, (il prit un air romantique) je ne peux qu'embrasser l'homme de ma vie !
-Je sais, je sais, fit-il, ennuyé. Mais je ne te demande pas non plus de… enfin… tu vois…
-Faire l'amour ? Finit-il en toute simplicité – Grell n'avait jamais été vraiment pudique sur certains sujets dont une « Lady » ne devrait pas parler.
-Ou..Ouais… balbutia-t-il en rougissant à son tour. Je veux juste t'embrasser. Après, je te laisse tranquille, promis.
Grell eut l'air d'analyser la situation, puis, après quelques secondes de réflexion, enroula ses bras autour de son ami qui se pencha et tous deux échangèrent un très rapide baiser. Phil détourna le regard, conscient que son fils n'aurait pas aimé se savoir espionné en de telles circonstances.
Puis Grell, après un dernier « au revoir » à son ami, regagna le chemin de la maison.
Ce fut la dernière fois que Phil vit son fils.
« SHRUIT »
Phil se tenait debout devant deux pierres tombales, dans un vieux cimetière. Il venait de déposer une tulipe rouge sur la tombe portant le nom de Grell Sutcliff, et observait à présent celle de sa femme. Après la mort de son fils, tué par Suzanne, il avait décidé de quitter la ville et de ne jamais plus y retourner. Comment la femme qu'il avait tant aimée avait-elle pu devenir un tel monstre ? Mais voilà… Lorsqu'il avait appris que le corps de la rousse venait d'être retrouvé, gisant sur le sol ensanglanté de son salon, il n'avait pas pu s'empêcher de se recueillir sur sa tombe, comme pour vérifier que c'était la vérité. Certaines rumeurs disaient que c'était lui, Phil Sutcliff, qui avait tué sa femme. D'autres racontaient que c'était le fantôme de Grell qui était revenu prendre sa revanche, certains villageois ayant juré apercevoir le « jeune homme » le soir du meurtre.
Foutaises.
Et lui, il était là, vivant, alors que les deux êtres qu'il avait le plus aimé reposaient sous ses pieds… Dire qu'il les avait quittés justement pour éviter ça…
Il posa une dernière fois ses beaux yeux marron sur les deux tombes, puis sortit du cimetière, un sentiment de profonde tristesse sur le cœur.
Les images qui suivirent ne furent pas d'un très grand intérêt. Phil poursuivit son existence comme il le pouvait. Au début plongé dans la déprime, il semblait se remettre progressivement au fil des années. Il ne se fit jamais attraper par la police, et, de toute manière, les forces de l'ordre avaient fini par cesser les recherches. Lorsqu'il était devenu trop vieux pour vagabonder, il avait décidé de se rendre à l'hôpital de Londres. Une doctoresse du nom de Angelina venait souvent lui rendre visite. Il appréciait cette femme, mais ce qu'il aimait encore plus était son majordome. Il ne l'avait aperçu qu'une fois, et ne connaissait pas son nom – lui non plus – mais il dégageait quelque chose qui le réconfortait.
Lorsque Angelina mourut, assassinée par Jack l'éventreur, il décida qu'il avait vu suffisamment de personnes mourir dans sa vie. C'était à son tour.
Il était vieux, à présent. Il le sentait. Il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. Le souffle commençait à lui manquer, et son rythme cardiaque était de plus en plus bas.
« SHRUIT »
Phil était allongé dans son lit d'hôpital. La chambre était vide et peu éclairée. Il s'apprêtait à sombrer dans le sommeil, lorsqu'il entendit un bruit.
-Qui est là ? Dit-il faiblement.
Son regard charbonneux était fixé sur un des coins de la pièce. Malgré la pénombre, il devinait qu'il n'était pas seul dans la chambre. L'intrus émergea doucement de l'ombre. D'abord un pied, puis une jambe… un bras qui portait une énorme tronçonneuse… Et finalement…
-… G… Grell ? Souffla-t-il, alors que « Grell » (en vérité, Sebastian) se rapprochait de lui.
-Et bien… Si cela peut vous faire plaisir… réplica-t-il en souriant poliment. Votre heure est venue, pour tout vous dire. Je crains que je ne sois obligé de faucher votre âme.
-Je… Je vois…
Il s'allongea en souriant, alors que Sebastian se rapprochait de lui. Il appuya doucement la tronçonneuse sur la poitrine du vieil homme, et instantanément, la Lanterne Cinématique de Phil jaillit de son corps.
Sebastian observa avec attention le film de la vie de Phil. Son cerveau semblait fonctionner à cent à l'heure. Une fois la Lanterne Cinématique finie, le démon leva sa Death Scythe.
- Lorsque j'aurai sectionné la bobine de film, expliqua Sebastian sans laisser tomber son sourire artificiel, votre âme sera récoltée et cela mettra un terme à votre existence.
A ces mots, la mine de Phil s'illumina, alors qu'un sourire paisible vint étirer ses lèvres.
-Aaah… J'ai toujours su que tu serais la personne qui viendrait me chercher le jour de ma mort... Grell…
Ma fille….
Grell observa la dernière bobine de film se dissiper dans l'air. Il ne sut dire combien de temps il resta assis, sans bouger, sans même penser.
Il se sentait certes très ému… Mais la colère l'emportait sur le reste. Il en voulait mortellement à son père d'avoir été aussi lâche. Bon sang… s'il avait su faire preuve d'une once de courage, il aurait pu empêcher sa mère de devenir une meurtrière ! Plus que tout, il aurait pu soutenir Grell ! Il n'aurait pas été seul contre tous… Il aurait eut quelqu'un à ses côtés, qui l'aimait l'acceptait tel qu'il était.
De nouveau submergé par l'envie de détruire, de tuer, il empoigna sa tronçonneuse et se mit à dévaster tout ce qui lui tombait sous la main, à commencer par le Doomsday Book. Lorsque la Bibliothécaire accouru, alertée par le bruit, il l'éventra afin de faire bonne mesure. Des larmes de frustration et de rage coulaient le long de ses joues. Si seulement… Si seulement il avait été là !
-Grell.
Le Shinigami se retourna brutalement, et, sans même savoir qui venait de l'appeler, attaqua la personne qui se trouvait devant lui, qui intercepta sa tronçonneuse sans difficulté.
-Seb.. Sebastian ? Murmura-t-il alors qu'il venait de lever les yeux vers l'autre homme.
Le démon prit délicatement la Faux des mains de Grell et la posa sur ce qu'il restait du canapé. Il l'observa regagner sa respiration. La rage était toujours lisible sur le visage du Shinigami, et ses yeux démoniaques étincelaient de colère. Puis, en l'espace de quelques secondes, la fureur fit place à la tristesse et Grell fondit en larmes, pelotonné contre Sebastian.
-J'aur-j'aurais aimé être celle qu-qui faucherait son â-âme, avoua-t-il en sanglotant.
-Je sais, répondit stoïquement Sebastian en caressant gentiment les cheveux noirs de Grell. J'ai pu le ressentir lorsqu'il était en face de moi.
Grell ne répondit pas, la voix étouffée par ses pleurs. Il blottit sa tête contre l'épaule du démon qui se fit un plaisir de le réconforter. Sebastian se rendit compte qu'il aimait cette proximité. Ce n'était pas seulement le corps de Grell qui parlait. C'était également lui, Sebastian Michaelis, qui profitait de la chaleur agréable qu'il ressentait au contact de Grell. Cette révélation l'embêtait plus qu'autre chose. Un démon n'était pas sensé éprouver ce genre de sentiments, et surtout pas envers un Shinigami. C'était doublement contre nature, et rien de bon ne pourrait en découler.
Absorbé dans ses pensées, il n'avait pas remarqué que Grell s'était calmé, et qu'il respirait à présent contre son torse.
-Je veux récupérer Will.
La voix de Grell était claire, décidée. Elle ne permettait aucune contestation.
-Je pense que je l'avais compris, rétorqua sarcastiquement Sebastian.
-Je veux le récupérer. (il baissa les yeux vers Sebastian) Maintenant.
Sebastian le regarda froidement durant quelques secondes avant de sourire.
-La priorité n'est plus de récupérer non corps ?
Grell secoua négativement la tête.
-Non. Tu as eu raison de me forcer à visionner la Lanterne Cinématique de mon père. Ca m'a fait prendre conscience du fait que je peux être aimée. Les personnes qui m'acceptent et qui m'apprécient telle que je suis existent. Elles sont rares, mais elles existent. Je suis déjà passée à côté d'une telle personne avec mon père. Je ne veux pas passer à côté de Will.
Sebastian soupira en prenant son menton dans sa main.
-Je ne sais pas… Je t'avouerai que récupérer notre apparence m'arrangerait. (il sourit) je ne supporte plus d'être toi.
La véritable raison était bien sûr que Sebastian voulait retrouver son corps le plus vite possible afin de savoir s'il appréciait réellement Grell ou si tout ceci n'était dû qu'aux sentiments humains qui parcouraient l'enveloppe corporelle du Faucheur.
-Quoi ? Mon corps sublime n'est pas à ton goût ? fit Grell, sa bonne humeur subitement retrouvée.
Sebastian ricana. L'avantage lorsque l'on souffrait de sautes d'humeur comme Grell, c'est qu'on ne restait pas longtemps déprimé.
-Et bien vous m'en voyez navrée, très cher, reprit le Shinigami en plaçant sa main sur sa hanche, mais j'ai un futur mari-futur père de mes enfants qui m'attend, et il est hors de question que je le laisse aux mains de cette abomination qu'il ose appeler « sœur » ! En plus, ajouta-t-il en baissant la voix, je te ferai remarquer que nous n'avons toujours pas trouvé l'objet qui pourra guider nos âmes ! … Mais au fait, t'étais pas sensé être chez moi, toi ?
-Ta charmante patronne m'a intercepté avant que je ne puisse faire quoique ce soit…. J'ai dû faire semblant d'aller retourner travailler avant de venir te rejoindre.
-Ouh ! S'exclama-t-il d'une voix suraiguë, Mais c'est que tu commences à agir comme moi ! (il gloussa) je trouve ça trop drôle !
Grell continua de rire bêtement dans son coin, alors que Sebastian commençait vraiment à se poser des questions sur lui-même. Grell disait-il la vérité ? Franchement l'idée de se transformer progressivement en clone de Grell le terrorisait.
-Et pour Spears, alors, reprit Sebastian en décidant de changer de sujet.
-Ah, oui…(il se tortilla) Aaaahn Wiiilll ! Ce que j'aimerai te prendre dans mes bras ! Mmmhnn !
- Grell, concentre-toi deux secondes.
-Hum. Pardon. (il toussota) je crois que j'ai une idée en ce qui le concerne.
Grell lança un regard satisfait à Sebastian puis tourna les talons. Il revint quelques minutes plus tard, un Doomsday Book à la main.
-Est-ce celui de Spears ? Demanda Sebastian bien qu'il connaissait la réponse.
-Oui. La partie de la Lanterne Cinématique qu'on lui a supprimée est contenue dans ce livre. Il suffira de la lui réincorporer et-
-Et comment tu comptes faire ça ? Sans vouloir te vexer, d'après ce que j'ai compris, seule la bibliothécaire peut réaliser cet exploit… Et… comment dire… finit-il en lançant un regard suggestif au corps de la bibliothécaire.
-Hmf ! fit-il en balayant l'air de sa main, comme si j'avais besoin d'elle ! L'amour est plus fort que tout ! … De toute manière, la première chose à faire est d'aller parler à Will, conclut-il e se dirigeant vers la sortie.
Sebastian l'intercepta.
-Mais que-
-Tu as déjà eu ta chance en lui parlant toute à l'heure, dit le démon en souriant. Il est plus qu'évident que Mr Spears ne veut rien avoir à faire avec toi.
-Mmrf… grogna-t-il en croisant les bras.
-Je vais aller lui parler. Après tout, la seule vue de ton corps devrait suffire à le mettre en confiance…
Le rictus de Sebastian s'accentua alors que Grell murmura un petit « moui t'as pas tord ».
Cette histoire n'avait que trop duré. Il allait rendre son « Will » à Grell, et lorsqu'il les verrait ensemble et que cela ne lui ferait ni chaud ni froid, il aurait alors la confirmation qu'il ne ressentait rien pour Grell.
Oui… Sebastian allait s'occuper de William T. Spears.
Per-son-nelle-ment.
J'aurai bien aimé approfondir un peu plus les pensées de Phil et Suzanne, mais j'ai décidé de me placer du point de vue de Grell, qui ne fait que regarder la Lanterne Cinematque en tant que spectateur. Qui sait, je ferai peut-être un OS plus élaboré sur eux... Aaah ! J'ai tellement d'autres idées de fics ! Mais je préfère finir correctement celle-ci avant d'en commencer une autre ^^ .
Petite anecdote : Au début, je voulais que Grell et sa mère aient exactement les mêmes yeux, mais qu'il ressemble plus à son père pour le reste. Seulement, je voulais absolument éviter le "Tu es le protrait craché de ton père... Sauf les yeux, tu as ceux de ta mère !" XD Grell n'est PAS Harry Potter ! Donc du coup, Grell est un peu un mélange de ses deux parents. Il a la même couleur d'yeux que sa mère, mais la même forme que ceux de son père. Il a la même couleur de cheveux que sa mère, mais la même texture que son père. Les mêmes sourcils que son père, la même bouche que sa mère, les autres parties de son corps sont spécifiques à lui- même ^^
Voilà... je crois qu'il n'y a rien à ajouter pour ce chapitre... Pour les reviews anonymes, laissez moi votre adresse e-mail si vous voulez que je vous réponde ! ^^ Et encore désolée pour ceux/celles à qui je n'ai pas répondu, je me rattrape dès vos prochaines reviews !
