Ce chapitre était très laborieux à écrire... J'espère qu'il vous plaira !
Allongée sur son lit d'hôpital, Vanessa observait vaguement le plafond en soupirant de lassitude. L'ennui était clairement visible sur le visage de la jeune femme. En tant que Shinigami, son corps guérissait très rapidement des blessures non-causées par une Death Scythe, et les plaies que lui avait causées son combat avaient cicatrisées depuis quelques heures. Cependant, William ne devait pas le savoir. Bien qu'il soit amnésique, il n'en était pas stupide pour autant, et remarquerait aussitôt que la soudaine guérison de sa sœur, alors qu'elle était presque à l'agonie le matin même, était anormale.
Elle était sur le point de se lever de son lit afin de prendre un peu l'air, lorsque William entra dans la pièce. Vanessa se rallongea immédiatement, en cachant son corps cicatrisé sous les couvertures. Son frère s'était momentanément absenté, sans vraiment donner de raison. La Shinigami en avait aussitôt déduit que William avait simplement besoin d'un peu de solitude. Il lui avait, après tout, tenu compagnie durant toute l'après-midi, et William passait rarement plus de deux heures en compagnie de la même personne, du moins pour ce qu'elle en savait.
-J'ai été long, admit William en refermant la porte derrière lui.
-…'Pas grave. (Elle remarqua le sac que tenait William dans sa main droite.) Qu'est-ce que tu as ramené ?
William orienta son regard vers le sac. Lorsqu'il en sortit un paquet cadeau, Vanessa crut avoir une crise cardiaque. William ne lui avait jamais offert de cadeau. Ni à elle, ni à personne d'ailleurs. Non pas qu'il n'était pas généreux, mais il était tellement peu empathique que non seulement il ne voyait pas l'intérêt de faire des cadeaux, mais en plus, il ne savait jamais quoi offrir. Pourtant, n'importe quel cadeau de la part de son frère lui aurait fait plaisir. Tout pour avoir la conviction qu'elle n'était pas totalement transparente aux yeux du brun. Aussi loin que remontait sa mémoire, son frère ne lui avait jamais manifesté la moindre attention. Il restait toujours aussi froid, et ce quoiqu'il arrive et quelqu'en soient les circonstances.
William et Vanessa constituaient un rare cas de frère et sœur humains devenus tous deux Shinigamis à leur mort. Ils avaient donc passé leur enfance ensemble. Tandis que la petite Vanessa était d'un naturel relativement social, William n'avait jamais aimé la compagnie des autres. En vérité, il aimait très peu de chose. Rien ne l'intéressait. Ni les gens, ni sa famille, ni les livres, ni la nature, ni la musique, encore moins le théâtre. Pourtant, lorsqu'il se décidait enfin à adresser la parole à quelqu'un, il était plutôt de bonne compagnie. Mais il était quasiment impossible d'entrer dans ses bonnes grâces. A l'adolescence, il avait pris conscience qu'il ne réussirait jamais à rien dans la vie s'il ne se mettait pas à pratiquer une activité, n'importe laquelle. Préférant se fier à son esprit logique et méticuleux, il avait décidé de se consacrer entièrement à ses études (c'était, en effet, l'activité qui lui serait le plus utile pour avoir un bon niveau de vie.)
A vingt ans, William état devenu le parfait exemple d'employé modèle. Travailler ne l'emballait toujours pas, mais il s'y consacrait à fond. Avec son côté sombre et ses magnifiques yeux verts, il avait suscité l'intérêt de beaucoup de jeunes filles, mais il rejetait avec passion tout ce qui ressemblait de près ou de loin à l'amour – pas le temps. Lorsque Vanessa mourut, rongée par une maladie incurable, William n'en avait pas semblé ébranlé. La mort n'était que l'action qui marquait la fin de la vie, rien de plus. C'est pourquoi lorsqu'il fut tué quelques années plus tard dans un incendie, il rejoint sa sœur en tant que Shinigami.
Sa seconde vie n'avait pas été très différente de la première – à quelques Death Scythes près. William agissait toujours aussi froidement, malgré tous les efforts déployés par sa sœur. Alors qu'il entamait sa dernière année à la Shinig'Académie et que Vanessa prenait place en tant que juré de l'Assemblée, tout espoir pour enfin intéresser William à quelque chose semblait perdu.
Et puis, il vint.
Cet… imbécile de Sutcliff !
Pour la première fois, William lui… parlait de quelqu'un. Il passait son temps à lui raconter à quel point Sutcliff était négligent, arrogant, irrespectueux… Il ne l'aimait peut-être pas trop, mais on ne pouvait nier le fait qu'il n'éprouvait pas de l'indifférence envers lui, à l'inverse des autres qui personnes – Vanessa comprise – n'existaient même pas à ses yeux.
Vanessa aurait tellement aimé être celle qui changerait son frère ! Pour qui il se prenait, cet imbécile flamboyant qui n'était même pas capable de savoir à quel sexe il appartenait !
De plus, plus les années passaient, et plus William semblait… tolérer le comportement de Sutcliff. Il le punissait, bien sûr, mais jamais sévèrement. Il était évident que son frère éprouvait de l'affection pour cet idiot – plus que pour elle ! – et ça lui était insupportable.
Lorsqu'elle avait appris que William s'était sacrifié pour sauver la peau de Sutcliff, cela avait été la goûte d'eau qui avait fait débordé le vase.
Mais maintenant que William avait complètement perdu la mémoire, elle comptait bien en profiter pour le remettre sur le droit chemin. Elle serait la seule personne dans sa vie, et il serait bien obligé de lui manifester un minimum d'intérêt.
-Vanessa ?
La jeune femme revint sur terre, et leva les yeux vers son frère qui lui tenait le paquet cadeau.
-Ah, excuse-moi, j'étais dans la Lune, dit-elle en acceptant le paquet.
William répondit par un sec hochement de tête. Vanessa n'y prêta pas attention, et se jeta sur son cadeau. Elle déchira le papier avec autant d'enthousiasme qu'un enfant le jour de Noël, et… sortit son présent.
C'était une robe rouge.
Rouge.
La couleur dont aussi bien William qu'elle avaient horreur.
-Ca ne te plaît pas ? S'enquit William devant la moue décomposée de sa sœur.
-Euh… fit-elle en observant la robe… La… coupe me plaît mais… Enfin, pourquoi rouge ?
William leva les sourcils, étonné.
-Tu n'aimes pas cette couleur ? … J'aurais pourtant juré…
-Qu'est-ce qui te fais croire que j'aime le rouge ? demanda-t-elle (elle n'avait jamais rien porté qui soit de cette horrible couleur flashy.)
Il eut l'air de réfléchir quelques instants, puis alla s'adosser contre la fenêtre.
-Je ne sais pas. Une impression… (il se retourna vers elle ) Ca va peut-être te paraître stupide, mais lorsque j'ai vu cette robe, j'ai eu la sensation qu'il fallait que je l'offre à quelqu'un. Etant donné que tu es la seule personne que je connais…
Vanessa grogna. Ce Sutcliff était toujours présent dans l'esprit de son frère, malgré son amnésie… C'était intolérable !
-Et bien non, William. Je déteste le rouge.
-Toi peut-être, mais… (il sembla chercher ses mots) est-ce que par hasard… Je ne connaîtrais pas quelqu'un qui aime cette couleur ?
William attendit patiemment une réponse de la part de sa sœur, mais cette dernière se terra dans un silence inconfortable qui voulait plus en dire que n'importe quel mensonge. Il se rapprocha alors de sa sœur et vint planter un regard glacial dans ses yeux turquoise.
- Dis-moi ce que tu me caches. Tout de suite.
Ce ton autoritaire fit frissonner la jeune femme. Pour être honnête, il lui faisait un peu peur. Mais elle préférait mourir plutôt que d'avouer la vérité. Le mensonge s'imposait.
-D'accord, fit-elle en redressant ses lunettes. Tu… tu connais effectivement une personne qui (elle leva les yeux au ciel) adooooore le rouge. Grell Sutcliff. C'est un de tes collègues de travail. Il est tire au flanc, inefficace, bruyant… (elle sourit) exactement le genre de personne que tu détestes, hein William ?
-Hm… Effectivement.
Satisfaite par cette réponse, Vanessa éclata de rire. William l'observa en soulevant un sourcil, ce qui refroidit immédiatement la jeune femme.
-Hm, breeef ! Plus sérieusement, si un type bizarre avec des cheveux rouges et des dents pointues vient t'aborder, envoie-le paître, d'accord ? Sutcliff n'est vraiment pas fréquentable.
William analysa les propos de sa sœur. Pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Ce… « Sutcliff » était-il si insupportable ?
-Et dis moi, finit-il par dire. L'homme qui t'a attaqué toute à l'heure, qui était-il ? Il avait l'air de bien me connaître, cracha-t-il avec dégoût en repensant aux propos obscènes de « Sebastian ».
-C'est un employé de l'entreprise rivale à la tienne. Sebastian Michaelis. Vous vous haïssez mutuellement, répondit-elle du tac-au-tac.
-Mutuellement ? C'est étrange, ça, fit-il d'un ton légèrement ironique. Parce que je n'ai pas eu l'impression que ce Michaelis me haïssait particulièrement.
-Oh, il se comporte souvent comme ça pour te déstabiliser.
William murmura un « hmm » sceptique. Il était persuadé que sa sœur lui cachait quelque chose sur son passé, plus particulièrement sur sa profession. Il se mit à faire les cents pas dans la chambre, Vanessa le suivant du regard. Lorsqu'il passa devant un petit miroir accroché au mur, il s'y arrêta et observa ses yeux. Ils étaient… étranges. Il était pratiquement sûr que cette couleur bichromate était inhabituelle. Il avait déjà entendu parler de personnes aux yeux bleus-verts, comme Vanessa, mais jamais verts-dorés. Du moins, pas vert-doré comme les siens : les deux couleurs étaient clairement distinctes, elles ne se mélangeaient pas. Il soupira de sa propre bêtise… Comme si une couleur d'yeux pouvait le renseigner sur sa vie passée…
-Où tu vas ? S'exclama Vanessa lorsqu'elle vit son frère quitter la chambre.
William, égal à lui-même, n'avait pas envie de se fatiguer à fournir une quelconque réponse, et se contenta de laisser sa sœur à ses mensonges évidents.
William décida de prendre un peu l'air dans la cour intérieure de l'hôpital. Il balaya du regard les quelques personnes qui l'entouraient. Il ne savait pas vraiment d'où lui venait ce sentiment, mais il avait l'impression de ne rien avoir à voir avec ces gens. Comme si… comme s'il n'appartenait pas au même monde. Il réfréna tout de suite cette pensée. Il ne voulait commencer à se croire supérieur aux autres. Pourtant… toutes ces personnes lui paraissaient si… semblables, si ennuyants ! Comme cette vieille femme assise sur le banc à donner à manger à des pigeons… vraiment… que pouvait-il y avoir d'amusant à cela ? Et ce gamin qui sautait dans une flaque d'eau… tout ce qu'il allait réussir c'est à tacher son pantalon… et cet ho- cette fe-… …. Cet individu qui le fixait de ses yeux verts inquiétants, avec ses longs cheveux rouges et ses dents pointues…
…
Une seconde… ne serait-ce pas le Grell Sutcliff dont lui avait parlé Vanessa ?
Sebastian, de son côté, avait décidé d'attendre patiemment que Spears ne sorte de la chambre de sa sœur. Après avoir longuement réfléchi, il avait conclu que la meilleure chose à faire serait que l'ancien Shinigami fasse le premier pas. Spears n'aimait pas vraiment être forcé de socialiser.
Il le fixa donc longuement, attendant qu'il croise enfin son regard. Il dû d'ailleurs faire appel à tout son self contrôle pour ne pas le violer sur place lorsque ses yeux glacials croisèrent les siens. Cette vague d'amour nauséeuse l'envahit de nouveau, et il fut forcé de constater que Grell était réellement follement amoureux de l'homme.
Spears, après une courte hésitation, s'approcha de Sebastian. Les mots de Vanessa lui revinrent en tête, mais, et bien qu'il en soit honteux, il ne faisait pas tellement confiance à sa sœur.
-Grell Sutcliff, c'est bien cela ? Trancha-t-il en s'imposant devant lui de toute sa splendeur.
Sebastian fut très surpris de voir que Spears connaissait « son » nom.
Ne pas lui sauter dessus, ne pas lui sauter dessus, ne pas… se répétait inlassablement le démon. S'il cédait aux impulsions du corps de Grell, il ficherait tout en l'air.
-Ne vous enflammez pas, je ne me souviens absolument pas de vous. Vanessa vous a simplement mentionné.
-J'aurais dû m'en douter, répondit Sebastian en souriant. (il lui tendit la main.) je suis en effet Grell Sutcliff.
William analysa la main que lui offrait Sebastian avant de se décider à la serrer.
-William T. Spears… Mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ?
-A l'évidence, mais il est toujours bon de faire une présentation dans les formes.
William rétorqua par un petit haussement de sourcil approbateur. Qu'est-ce que Vanessa racontait ? Ce Sutcliff avait l'air tout ce qu'il y a de plus présentable… malgré son apparence légèrement extravertie, mais au moins il n'était pas aussi ennuyant que les autres personnes de la cour.
-D'après ce que m'a dit ma sœur, nous travaillons dans la même entreprise, c'est bien cela ? Affirma-t-il en reprenant le contrôle de sa main.
-Et bien… oui, plus ou moins… En tous les cas, vous êtes un supérieur remarquable, ajouta Sebastian pour faire bonne mesure – et Lucifer savait ce que ça lui coutait de flatter Spears.
-Hm. Merci, répondit-il en redressant ses lunettes. Mais je pense que c'est la moindre des choses pour un chef de secteur.
Sebastian sourit presque sincèrement suite à la réplique de Spears. Combien de fois avait-il répondu « c'est la moindre des choses pour le majordome de la maison Phantomhive » face à un compliment ?
-Vous avez entièrement raison. (il lui lança un regard en coin) Personnellement, je pense que la satisfaction d'un travail bien accompli surpasse la peine des heures de labeur.
William détailla son interlocuteur avant de répondre du ton le plus aimable dont il était capable :
-Je suis entièrement d'accord avec vous.
Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais quelque chose le poussait à accorder sa confiance à Sutcliff. Ils avaient l'air d'avoir le même mode de pensé, et il appréciait la manière dont il abordait la notion de travail.
Sebastian, quant à lui, fut agréablement surpris par cette conversation. Il aurait cru que gagner la confiance de Spears – pire, rester en sa compagnie sans avoir recours aux insultes – serait insupportable. Mais en vérité, il venait de se rendre compte que lui et l'ancien Shinigami avaient pas mal de points communs. Tout comme lui, Spears était très professionnel, il préférait le calme au bruit, il n'aimait pas beaucoup le monde, et il détestait la bêtise et l'incompétence. S'ils n'avaient pas été ennemis naturels et qu'ils s'étaient rencontrés dans d'autres circonstances, ils auraient pu bien s'entendre – ou du moins ne pas s'entre tuer à chaque rencontre.
-Mr Spears, reprit respectueusement le démon, je suppose que vous aimeriez en savoir plus sur votre vie avant votre accident. Je pourrais peut-être vous éclairer.
William hésita. Il n'était pas dans sa nature d'attendre quelque chose d'un parfait inconnu – ou du n'importe que d'ailleurs – et avait vraiment envie de rester un peu seul. D'un autre côté, il brûlait d'envie d'en savoir plus sur lui-même, et il était persuadé que Vanessa ne lui dirait rien de plus.
-Très bien, finit-il par soupirer. Allons discuter dehors, à l'écart. Je n'ai pas envie que tout le monde connaisse ma vie.
Sebastian abdiqua puis fit signe à William de le suivre hors de l'hôpital. Ils prirent tous les deux place à la terrasse d'un café, et William remercia le ciel du fait que « Grell » ressemblait énormément à une femme. Il n'aurait pas aimé être vu en tête à tête en compagnie d'un homme.
-Bonjour, que désirez-vous ? Demanda le serveur.
-Un café sans sucre s'il vous plaît, demanda William. Et vous ?
-Un chocolat chaud avec de la chantilly, dit Sebastian, en se rappelant que c'était la boisson préférée de Gabrielle Morpassiaut.
Le serveur nota la commande puis partit chercher les boissons.
-Je paye, trancha William sur un ton qui ne permettait aucune réplique.
Sebastian ne comptait pas payer de toute manière. Soit il serait parti discrètement lorsque serait venu le moment de l'addition, soit il aurait employé une technique plus « Grellienne » en prétextant qu'une Lady ne payait jamais sa part.
Le serveur revint avec les boissons et les tendit aux deux hommes en leur souhaitant une bonne après midi.
Sebastian but une gorgée de chocolat chaud et fut immédiatement séduit. Il était curieux de goûter également au café, mais il ne se voyait pas demander à Spears de partager avec lui. Il leva les yeux vers lui. L'homme l'observait d'une manière si intense que Sebastian –ou plutôt, le corps de Grell – en eut des frissons. Il était évident que Spears avait envie de tout savoir, mais était trop fier pour prendre la parole en premier. Sebastian décida donc de se lancer :
-Mr Spears… Croyez-vous au surnaturel ? A l'existence d'une vie après la mort ?
William fronça les sourcils, étonné par cette question pour le moins singulière.
-Je ne crois pas, avoua-t-il en redressant ses lunettes. Je pense être assez terre-à-terre.
-C'est bien ce que je pensais, soupira Sebastian. Vous n'allez pas me faciliter la tache…
Le démon était en effet décidé à dire toute la vérité à Spears, et si celui-ci ne croyait pas au surnaturel, il aurait beaucoup de mal à le prendre au sérieux lorsqu'il parlerait de Dieu de la Mort.
-Que voulez-vous dire par là ? S'enquit William, soudain sur la défensive.
-Mr Spears… C'est peut-être difficile à croire, mais vous êtes un Shinigami.
-Un quoi ?
Nouveau soupir de Sebastian. S'il ne connaissait même pas le terme …
-Un Shinigami. Ou Dieu de la Mort, si vous préférez.
William resta silencieux en fixant le démon, tandis que son sourcil droit se soulevait tout doucement de trois centimètres de plus que son sourcil gauche.
-Donc… Hum… D'après vous, je suis un Dieu, c'est cela ? Reprit-il lentement, non sans une once de sarcasme.
-Pas exactement. En vérité, le terme « Dieu de la Mort » est inexact. Vous êtes plus comme un Demi-Dieu. Vous possédez certes des dons et des capacités hors du commun, mais vous n'êtes pas immortel et possédez des besoins et des sentiments humains. Je suis également un Shinigami, d'où le fait que nous possédons la même couleur d'yeux.
-Ah oui, en effet, c'est tout à fait logique.
Sebastian, maniant lui-même l'ironie comme personne, n'eut pas de mal à deviner que Spears se moquait ouvertement de lui.
-La raison pour laquelle vous avez perdu la mémoire, poursuivit-il malgré le regard polaire de William, est que vous avez eu des… problèmes avec la loi. De ce fait, vous avez été rétrogradé au rang d'humain, et comme ils ne pouvaient pas vous laisser avec vos souvenirs de Dieu, ils ont dû effacer tous les souvenirs de votre vie passée.
Sebastian attendit une réaction de la part de son interlocuteur. Ce dernier se contenta de boire une gorgée de café, puis, après un long silence, ce décida à ouvrir la bouche :
-Je vois.
Sur ce, il posa sa tasse de café, paya l'addition puis sortit de table, sans même prendre la peine d'adresser un regard à « Grell ». S'il y avait quelque chose dont William avait horreur, c'était qu'on se foute de sa gueule, et il était évident que ce « Sutcliff » s'était foutu de sa gueule. Un Dieu… et puis quoi encore ?
-Mr Spears, je vous en prie, ne me quittez pas ainsi, déclara Sebastian d'un ton mielleux, amusé.
Sans prêter attention aux propos de « Grell », William reprit sa marche vers l'hôpital. Il préférait encore les mensonges de Vanessa que les délires de « Sutcliff ».
Vrrrrrrrrrrrrrrrrrrr
L'ancien Shinigami leva les yeux au ciel. D'où venait ce bruit ?
VRRRRRRRRRRRRRRRR
… Ca avait l'air de se rapprocher…
VRRRRRRRRRRRRRRRR !
Avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il fut assaillit par ce qui lui sembla être une masse noire portant une tronçonneuse. La « chose » lui sauta dans les bras en gloussant, sans se soucier de l'engin qui vrombissait à quelques centimètres du nez de William.
-WIIIIILL !
-LACHEZ MOI !... Ou au moins, éteignez ce truc avant de sauter dans les bras de quelqu'un, c'est dangereux !
Grell – car s'était lui – bredouilla un petit « désolée ! » et éteignit sa chère tronçonneuse. Mais il ne quitta pas pour autant les bras de son cher et tendre.
-Ah, merci de me l'avoir rattrapé, fit Sebastian en rejoignant le « couple ».
Grell en guise de réponse se frotta affectueusement contre les joues de William. Ce dernier tentait vainement de se dégager, mais un humain ne pouvait rien contre un « démon ». Comment l'homme qui avait blessé sa sœur osait-il se montrer si familier ? Ce n'était pas tellement le fait que Vanessa avait faillit mourir – il avait fini par comprendre que la jeune femme lui était complètement indifférente – c'était l'acte en lui-même. William pensait que la longueur de vie de chaque personne était déterminée à sa naissance, planifiée. Et il haïssait tout ce qui était imprévisible. Or, lorsqu'on tuait quelqu'un, on perturbait ainsi de manière imprévisible la vie d'un être, et cela l'insupportait.
-Et si on faisait en sorte que Mr Spears ne nous échappe plus jamais ? Sourit Sebastian d'un air sadique.
-Ooooh vouuui ! Gloussa Grell alors que William commençait à avoir un peu peur. Je ne veux plus jamais qu'on soit séparés, Will !
William vit avec horreur la main de Sebastian se rapprocher de son visage. Puis il fit LA chose qu'il ne fallait pas faire :
Il ôta les lunettes de William.
Et là, ce fut le drame.
-RENDEZ- MOI TOUT DE SUITE MES LUNETTES ! Rhhha ! J'en ai RAZ LE BOL de toute cette histoire ! (il orienta son attention vers Grell qui l'avait lâché sous le cou de la surprise) Mais c'est quoi votre problème à vous ? Vous êtes toujours là avec vos « OOooh Will t'es trop beau, je t'aime, épouse moi, hu hu hu hu hu hu ! » Vous êtes ridicule ! Vraiment même la plus débile des lycéennes ne se comporte pas comme ça ! (Cette fois-ci il regarda Sebastian) Et VOUS ? Non mais c'est quoi cette manière de s'habiller ! Vous êtes au courant que les hommes ne portent pas de manteau féminin, et encore moins les cheveux aussi longs ! Pourquoi a-t-il fallu que je me fasse agresser par deux types aussi timbrés que vous ? Et en plus vous…
-…. Je suis pas sûre que c'était une bonne idée de lui enlever ses lunettes…chuchota Grell à Sebastian tandis que William continuait à péter son câble.
-Hmm… Oui effectivement.
-… hors de question que je m'associe avec vous ! Je ne suis pas….
-On pourrait peut-être lui rendre ses lunettes, non ? Suggéra Grell.
-Tu crois ? Oh, non, je le trouve plus distrayant ainsi.
-… Non VRAIMENT j'en peux plus ! Et vous m'écoutez même pas en plus ! Espèces de &\# doublés de ^ »& et puis &(=## en plus je O##& otarie # » »& !
-Sebby rend lui ses lunettes il me fait peur. Et puis mon Will, c'est stoïque que je l'aime.
-Très bien… soupira Sebastian. Mais tiens le bien dans ce cas l-
-NE VOUS AVISEZ MEME PAS DE ME TOUCHER !
Grell tenta de faire abstraction du fait que Will l'insultait de tous les noms qu'il connaissait et enroula ses bras autour de lui. Sebastian en profita pour lui rendre ses lunettes. L'effet fut immédiat.
-… … J'avoue que j'ai du mal à comprendre ce qu'il vient de se passer, fit William en clignant des yeux, perplexe.
Grell éclata de rire en resserrant son étreinte, et même Sebastian ne put s'empêcher de laisser échapper un petit gloussement.
-Enfin bref… Grell, pourquoi es-tu là, demanda Sebastian sans prêter attention à l'incompréhension de William, qui croyait que Sebastian était Grell.
-Parce que je sais comment faire pour sauver Will !
-Pour l'instant la seule chose dont j'aimerai être sauvé, c'est vous, fit remarquer Will en tentant toujours d'échapper aux bras de Grell.
-Hu hu que tu es taquin, Will !
Il tenta de l'embrasser, et aurait réussit si Sebastian n'était pas intervenu en tirant Grell par les cheveux. (il l'aurait bien frappé mais ne voulait pas abimer son corps.)
-Je t'ai déjà demandé de ne rien faire de dégoûtant tant que tu es moi, ordonna Sebastian en souriant.
-Mhf… Méchant.
-Comment ça « tant que tu es moi » ? S'interrogea William qui sentait le mal de tête arriver.
Grell et Sebastian s'interrompirent en observant William d'un air las.
-… Très bien, je ne pose pas de questions, en déduit l'ancien Shinigami en redressant ses lunettes.
-Alooors, soupira Sebastian tandis que William croisait les bras – s'il ne le connaissait pas aussi bien, il jurerait qu'il boudait – Grell, que comptes-tu faire ?
Grell sortit sa tronçonneuse en affichant un sourire radieux.
-Tuer Will !
Nouveau silence.
-… je vais peut-être y aller, moi, fit William.
-Grell, sans vouloir te manquer de respect, qu'est-ce qui fait croire à ton esprit tordu que cette idée est « bonne » ? Personnellement, la mort de Spears ne m'attristerait pas outre mesure, mais il est hors de question que je passe le reste de ma vie à te consoler après…
- Sebby, que tu es bête !
-… En considérant le fait que tu te trouves intelligent, je prends ça pour un compliment.
-Sans rire, je vais vous laisser.
Sebastian rattrapa William par la manche, et l'homme n'eut d'autre choix que de rester auprès des deux autres –non sans fulminer.
-Tu ne comprends pas, reprit Grell en secouant la tête d'un air important. Si je tue William, sa Lanterne Cinématique défilera, et non seulement je pourrais rattacher la portion de film qui lui a été ôtée, mais en plus, je pourrais le transformer de nouveau en Shinigami !
-Et tu penses honnêtement que les Shinigamis qui ont condamné Spears ne vont rien trouver à redire ?
-Ah la la, les hommes sont si peu réfléchis… déclara-t-il dramatiquement (et William ne put empêcher un petit « vraiment… » suite à cette déclaration.) J'ai tué tous ceux qui étaient présents au tribunal ! … J'avais tout planifié ! Ha ha ha je suis vraiment trop intelligente… (Sebastian et William levèrent un sourcil.) Hum. Enfin bref, ça ne peut que marcher !
Sebastian considéra l'idée de Grell durant quelques secondes. Il porta son attention sur Spears, qui faisait de son mieux pour rester impassible malgré sa peur évidente. Hmm… voir cet homme mort était une perspective très tentante. D'autant plus que le corps de Grell avait l'air très content à l'idée de voir Will en sang…
-C'est d'accord, Grell. Tue-le.
-OUIIIII ! (il actionna sa tronçonneuse) Hu hu hu ! C'est partiiiii !
Il chargea William, qui, voyant le coup venir, réussit à éviter la Faux de justesse.
-AAaaahn Wiiiill ! Tu es si magnifique quand tu as peur ! OUIII ! C'est ça, fuis ! OOoooooOOOh c'est comme un ballet ! Une danse macabre ! Mmmmh je t'aime tellement !
Grell, que la course poursuite amusait beaucoup, continua à attaquer William tout en prenant garde de ne pas le toucher : il voulait juste lui faire peur dans le but qu'il recule.
-Le jeu du chat et de la souris est mon favori ! Gloussa-t-il alors que William se jetait dans une impasse. Ooooh… mais tu es bloqué ? Quel dommage, on dirait bien que la partie s'arrête ici…
William était à bout de souffle. De plus, il se retrouvait le dos au mur. Quel idiot de prendre une impasse !
-Hu hu hu ! Aller, Will chéri ! (il leva sa tronçonneuse) C'est pour ton bien, dans quelques minutes, on rira de cette mésaventure…(il leva rêveusement les yeux au ciel) Mmmmmhn ! Et juste après, tu me demanderas en mariage, d'accord ?
-Vous êtes complètement fou, dit-il très calmement pour quelqu'un dont la vie était menacée.
-OOOOH OUIII ! Si tu savais comme je suis folle de toi ! Mais là n'est pas la question…
Voyant la tronçonneuse de Grell s'approcher dangereusement de lui, William ferma les yeux, prêt à affronter la mort. Il entendit alors un bruit de déchirement, suivit d'un gros « WHAT THE FUCK ? ». Lorsqu'il ouvrit les yeux, ce fut pour se trouver face à un Grell plutôt énervé, qui observait avec mépris… le corps de Vanessa étendu à ses pieds.
BWAHAHAHA ! Je me suis tapée un ENORME délire avec William sans lunettes ! Mais lorsqu'il les avait perdues dans un épisode de la saison 2, j'ai eu un peu l'impression qu'il commençait à perdre les pédales, donc j'ai eu envie de jouer là dessus ^^ (Mais siiii ! L'épisode où il parle à un mur ! XD qu'est-ce que j'avais ri ! )
Dans la version sous titrée anglaise, quand la Tronçonneuse de Grell est mise hors d'usage par Sebastian lors de leur combat, il crie "WTF ?" (What The Fuck ) et j'ai trouvé ça tellement drôle qu'il fallait que je le replace quelque part XD.
A très bientôt ! ~
