La Bibliothèque était archi bondée quand Rose y pénétra cet après-midi là, malgré le soleil éclatant qui brillait à l'extérieur. Visiblement, l'approche imminente des examens de fin d'année suscitait chez les élèves de Poudlard une inhabituelle frénésie des révisions. Heureusement pour elle, elle trouva vite une place puisque Al et Scorpius lui en avaient gardé une. Elle tira la chaise et se laissa lourdement tomber dessus, la frustration peinte sur son visage.

— Tu as l'air ennuyée, Rose, fit remarquer Al.

Rose leva les yeux au ciel.

— Evidemment, les BUSE commencent dans une semaine et je suis tellement en retard sur mon programme de révision que j'en ai honte, maugréa-t-elle. Je vais planter mes examens en beauté, ça c'est clair.

Scorpius ricana un peu.

— Comme si ça c'était possible, Rose Weasley qui plante ses examens.

— Tu peux ricaner autant que tu veux, Score, mais je n'ai pas la science infuse et toutes ces choses que je ne connais pas encore, il va bien falloir que je les apprenne. Sauf qu'une semaine ne sera jamais suffisante, il m'en faudrait au moins trois.

Scorpius s'appliqua à répliquer, mais Al intervint alors.

— Et si vous vous disputiez à un autre moment ? Tu l'as dit toi-même, Rose, nos cours ne vont pas s'apprendre tous seuls, alors ne perdons pas de temps, d'accord ?

Rose se retint de lever à nouveau les yeux au ciel. Son Poufsouffle de cousin était souvent un peu trop diplomate. La tension s'accumulait en elle et une petite dispute avec leur meilleur ami aurait été le meilleur moyen de l'évacuer, dans l'immédiat. Mais Rose dut se contenter de sortir son livre de Potions et de réviser les propriétés d'ingrédients qui s'étendaient sur des listes et des listes, de relire ses notes sur les Guerres de Géants pour le cours d'Histoire de la Magie, d'entrainer son poignet à exécuter les mouvements compliqués pour l'épreuve pratique de Sortilèges et de murmurer les formules de Métamorphose.

A peine deux heures après avoir pénétré dans la Bibliothèque, Rose en avait déjà marre et ne rêvait que d'une seule chose : retourner dans son lit et y mourir avant le début des examens. Elle avait l'impression qu'il ne lui servait à rien du tout de réviser ses leçons puisque de toute manière, elle allait échouer et n'obtenir que des «z88;Piètrez88;» ou des «z88;Troll.z88;» Et le pire dans tout cela, c'était que si ça n'avait tenu qu'à elle, Rose s'en serait moqué et serait allée jouer au Quidditch. Mais non, elle était la fille de Hermione Weasley, née Granger, et sa mère mettait sur ses épaules une pression incroyable pour que Rose excelle en tout ce qu'elle entreprenait, et surtout dans le domaine scolaire. Jusqu'à présent, Rose avait réussi à compléter ces exigences, mais elle avait l'impression que c'était pour elle de plus en plus compliqué d'obtenir de bonnes notes. Et les BUSE seraient à n'en pas douter un véritable échec.

— J'en ai marre, grogna-t-elle, incapable de contenir sa mauvaise humeur plus longtemps. J'ai l'impression que quoi je lise, ça sort aussitôt de mon cerveau. J'ai l'impression de perdre mon temps, que quoi qu'il arrive je vais échouer.

Scorpius leva à nouveau les yeux au ciel.

— Quoi qu'il arrive, tu vas briller. Moi en revanche…

Il laissa échapper un soupir de frustration.

— Ca m'énerve vraiment, je ne vois pas en quoi c'est intéressant ni même important pour notre futur métier de connaitre en détail la chronologie des Guerres de Géants.

Rose hocha vigoureusement la tête, d'accord avec Scorpius, mais Al leva les yeux de ses propres notes et déclara d'une voix solennelle :

— Eh bien… pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous nous devons de connaitre l'Histoire de la Magie sur le bout des doigts et…

— Oh, je t'en prie, coupa Scorpius. Il n'y a que toi qui pense ça.

— Ce n'est pas parce que tu veux devenir prof d'Histoire de la Magie que c'est le cas pour tout le monde, renchérit Rose.

Al se renfrogna.

— Si vous êtes trop bêtes pour voir l'intérêt de ces cours, tant pis pour vous, grogna-t-il avant de se replonger dans la lecture de ses notes.

Rose et Scorpius échangèrent un sourire las et s'apprêtèrent à reprendre leurs propres révisions malgré tout, quand Rose décida que non, elle en avait décidément trop marre. Elle sortit un morceau de parchemin, une plume et un flacon d'encre et entreprit de dessiner un quadrillage avant de dessiner une petite croix dans l'un des carreaux. Elle tapa sur le coude de Scorpius, et lui désignant le jeu de morpion qu'elle venait de commencer, lui dit :

— A toi.

Scorpius se saisit de sa propre plume et dessina un petit rond dans une autre case. Rose y ajouta ensuite une nouvelle croix, et deux coups plus tard, elle gagnait la première partie.

— Ah ah ! s'exclama-t-elle d'un air triomphal. Si seulement on pouvait passer une épreuve de morpions pour les BUSE !

— Attends, répliqua Scorpius, je n'ai pas dit mon dernier mot.

Il dessina à son tour un quadrillage et y dessina un autre petit rond. Rose et Scorpius jouèrent ainsi au morpion pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que Al leur demande s'ils n'avaient pas autre chose de plus constructif à faire.

— Mais c'est parfaitement constructif ! protesta Rose. Je fais passer ma frustration en mettant la pâtée à notre cher Malfoy ici présent !

— Tu vas voir qui te met la pâtée, Weasley !

— Hum, huit parties jusqu'à maintenant, j'en ai gagné sept et la huitième était ex-aequo. Soit tu le fais exprès, soit tu es juste très nul mais dans un cas comme dans l'autre, c'est moi qui te mets la pâtée. Je dis ça juste comme ça, hein.

Des élèves autour d'eux leur demandèrent alors de faire moins de bruit ou d'aller jouer ailleurs. Un Gryffondor de septième année leur ordonna même de retourner dans les bacs à sable. Scorpius grogna tandis que Al leva les yeux au ciel, visiblement dépassé par l'attitude de ses deux meilleurs amis. Ils retournèrent ensuite tous les deux à leurs révisions, les joues rouges, de frustration pour Scorpius et de honte pour Al. Rose, elle, n'était toujours pas d'humeur à réviser, alors elle sortit son appareil de son sac et s'autorisa à prendre une photo de ses deux meilleurs amis avant de s'y remettre. Et en la développant, elle se rendit compte que l'atmosphère de tension qui régnait dans la photo était néanmoins traversée par une vague d'amitié et de solidarité, et elle ne put s'empêcher de se dire qu'elle tenait là sa cinquième photo parfaite.