Sa plume dansait vivement sur le parchemin dans un ballet enfiévré de doutes et de connaissances. Rose ne savait pas exactement si elle allait réussir, mais une chose était sure : elle aurait de toute manière donné le meilleur d'elle-même. D'ailleurs, elle était à deux doigts de terminer, ou plutôt à une seule phrase. Elle allait enfin pouvoir poser le point final à son essai, mais aussi à son histoire d'étudiante à Poudlard…

— Examen terminé, posez vos plumes s'il vous plait !

Rose grogna quand ces mots retentirent dans la salle où elle passait ses examens et elle hocha la tête d'un air dépité : il lui manquait une phrase pour terminer la conclusion de son paragraphe argumenté sur la préparation du Polynectar. Une seule toute petite phrase, et pourtant elle n'avait pas pu l'ajouter ! Mais la frustration de Rose laissa vite place au soulagement, parce qu'avec la fin de l'épreuve théorique de Potions était aussi arrivée la fin des ASPIC ! Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre les résultats, mais en tout cas, ce qui était fait était fait, et c'était le principal !

Le professeur Tealeaves jeta un sortilège d'Accio et toutes les copies s'envolèrent directement dans ses bras ouverts. Rose fourra le questionnaire, sa plume et son flacon d'encre dans son sac qu'elle jeta ensuite par-dessus son épaule avant de se précipiter hors de la salle. Scorpius l'attendait déjà dans le couloir.

— Enfin fini ! s'exclama-t-il avec un sourire quand Rose le rejoignit. Al va pouvoir arrêter de nous répéter que comme lui n'a pas pris de cours de Potions niveau ASPIC, il est déjà en vacances depuis deux jours.

— Pfff, à sa place je ne l'aurais pas trop ramenée de toute façon, parce que passer des épreuves d'Histoire de la Magie alors qu'il aurait pu en être débarrassé dès la fin de la cinquième année, c'est pas la chose la plus intelligente du monde !

— Et c'est même pire que ça, Rose, parce que je te rappelle qu'il veut en faire son métier.

— Répugnant, commenta-t-elle.

Scorpius ricana un peu.

— D'ailleurs, tu sais où il peut bien être ? demanda Rose.

— Etant donné que Vivian Londubat ne passait pas non plus d'épreuve de Potions, je dirais qu'il est probablement avec elle à l'embrasser. Où exactement, ça par contre je ne peux pas t'aider.

— Qu'est-ce que je disais, tiens… Répugnant…

Depuis que Al et Vivian avaient commencé à sortir ensemble, trois mois auparavant, ils n'avaient rien fait d'autre que passer les trois quarts de leur temps attachés ensemble par les lèvres. Rose savait que son cousin avait été amoureux de la fille de Neville Londubat dès l'enfance, mais enfin quand même, il y avait un minimum de dignité à avoir.

— Allez Rose, tu es juste jalouse parce que toi tu n'as personne à embrasser, la taquina alors Scorpius.

Rose éclata de rire.

— Oh je t'en prie, Score, arrête de dire des bêtises grosses comme ton ego, il n'y aura bientôt plus de place pour circuler dans ce couloir !

— Ah ! s'exclama Scorpius en portant une main à sa poitrine avant d'ajouter, d'un ton faussement tragique : Vous me brisez le cœur, Rose Weasley !

Rose hésita entre lever les yeux au ciel et éclater de rire, alors elle se contenta de rester impassible. Scorpius n'avait visiblement pas remarqué son air gêné et c'était tant mieux. Elle n'allait tout de même pas lui avouer qu'elle était effectivement jalouse de Al, non ? D'autant plus que Rose savait parfaitement qui elle avait envie d'embrasser… La pensée la fit rougir un peu plus, et elle se donna une claque mentale. Il n'y avait vraiment qu'elle au monde pour tomber sous le charme d'un garçon qui avait été son meilleur ami pendant sept ans.

Parce que oui, Rose y avait beaucoup réfléchi, et s'était rendu compte qu'elle était désespérément et irrémédiablement amoureuse de Scorpius Malfoy.

Et c'était un problème, n'est-ce pas ? Clairement, Scorpius l'aimait beaucoup, il adorait passer du temps avec elle, il riait à toutes ses blagues, même les plus mauvaises, mais c'était parce qu'il était son meilleur ami, et que c'était ce que faisaient les meilleurs amis. C'était surement écrit quelque part, comme une sorte de Code d'Honneur des Meilleurs Amis : tu riras aux blagues de ton ami, même si elles sont vraiment, vraiment pourries.

— On fait quoi maintenant ?

— Hein ? fit Rose, tirée de sa rêverie.

— On fait quoi ? répéta Scorpius. On ne sait pas où est Al, et même si je le savais, je n'aurais pas envie d'aller le trouver pour le surprendre en plein échange de salive avec Vivian, et le diner est dans seulement deux heures.

Rose sortit alors son appareil photo de son sac, et elle lui dit :

— Je ne sais pas pour toi, mais moi j'ai bien envie d'aller prendre des photos du parc, parce que ce sont nos dernières semaines à Poudlard…

Scorpius hocha la tête, et ils se mirent tous les deux en route vers le parc du château. Rose entendait bien immortaliser ses derniers instants ici, et elle photographia tout, des élèves qui se baignaient dans le lac malgré la présence du calamar géant, aux oiseaux qui se posaient sur les tours, en passant par les fleurs et les nuages au dessus de la Forêt Interdite.

Scorpius finit par aller s'asseoir sous un arbre, et Rose se rendit compte qu'il s'agissait de celui sous lequel était née leur amitié, toutes ces années auparavant. Elle brandit alors son objectif, et sans qu'il ne s'en rende compte, elle le photographia, ainsi perdu dans ses pensées, le vent jouant avec ses cheveux d'un blond si clair qu'elle en avait rit, lors de leur première rencontre. Maintenant, en voyant ces cheveux, ce n'était plus une envie de rire qui s'emparait d'elle, mais une envie d'y laisser courir ses doigts. Rose supposait qu'elle avait simplement grandi…

Elle finit par aller s'asseoir à ses côtés, en silence. Elle se mit à regarder le lac où jouaient des jeunes filles et garçons. Deux d'entre eux se mirent à s'embrasser, et Rose se rendit compte qu'elle aussi aurait voulu connaitre cela avant de partir de Poudlard. Elle n'avait jamais eu de petit-ami parce qu'elle avait toujours été trop occupée à essayer de suivre les pas académiques de sa mère et à devoir gérer son poste de Poursuiveuse (et capitaine, lors de ses sixième et septième années) de Serdaigle, de Préfète dès la cinquième année et puis de Préfète-en-Chef pour cette dernière année. Mais de toute façon, Rose ne voulait pas d'un petit-ami pour juste avoir un petit-ami. Ce qui l'intéressait, elle, c'était d'embrasser un garçon qu'elle aurait aimé. Le seul petit problème étant que Scorpius ne l'aimait pas. Pas comme ça, en tout cas.

— Ca va me manquer, dit-il après un instant de silence.

— Moi aussi, répondit Rose en soupirant tristement. Je me sentais bien dans ce château…

— Même sans ça… On ne se verra plus autant qu'avant…

— Oh, quand même…

— Rose, tu vas suivre une formation pour devenir une Auror et moi un Guérisseur. Je ne vois pas quand exactement on pourra se rencontrer, avec nos emplois du temps de fous.

— On laissera Al organiser des sorties, lui qui va juste faire deux ans d'études d'Histoire de la Magie, le fainéant.

Scorpius fit alors un bruit exaspéré en claquant sa langue sur son palais.

— Non mais… Al c'est différent…

— Et en quel honneur ? demanda Rose d'un air étonné.

— C'est juste… pas pareil.

Rose éclata de rire une nouvelle fois.

— Ah ça c'est sur, si c'est différent, c'est pas pareil ! Il t'aura fallu sept ans d'études à Poudlard pour te rendre compte de…

Rose ne finit jamais sa phrase, parce que les lèvres de Scorpius venaient de s'écraser sur les siennes. Il se recula aussitôt, mais Rose en avait perdu ses mots.

— Qu'est-ce que…

— Il fallait bien que tu te taises, non ? marmonna Scorpius en détournant le regard, les joues rosies.

Rose sentit la colère monter en elle aussitôt, remplaçant la stupéfaction qui s'était emparée d'elle quand Scorpius l'avait embrassée.

— Toi pour faire taire tes amis tu les embrasses ? Non mais tu es idiot ou quoi ?

— Je…

— Tais-toi ! Qu'est-ce que tu fais des sentiments que j'éprouve pour toi là-dedans, imbécile ! Tu ne te rends pas compte de ce que ça peut me faire ? Imbécile !

Elle leva la main, prête à l'abattre avec force sur la joue de Scorpius, mais il la retint.

— Des sentiments ? demanda-t-il, les sourcils froncés.

Rose garda le silence.

— Des sentiments ? fit-il, d'une voix plus forte.

— Roh Scorpius, je t'en prie, lâche moi et ne me force pas à répéter.

— Oh non, je ne vais pas te lâcher Rose Weasley, parce que moi des sentiments pour toi ça fait des années que j'en ai, alors maintenant que tu me dis ça il est hors de question que je passe à autre chose comme si de rien n'était !

Rose regarda Scorpius, qui tenait toujours son poignet dans sa main, avec un air interloqué. Scorpius avait… des sentiments… pour elle ?

— Mais… fit-elle d'une petite voix. Pourquoi tu ne me l'as jamais ditz88;?

— Oh, je t'en prie Rose, ça fait des années que je me jette pratiquement à tes pieds, ne viens pas me dire que tu n'avais pas remarqué.

— Eh bien justement, non.

— Rose, je ris à tes blagues pourries !

Rose eut un air outré.

— Oh arrête, comment je suis censée savoir ! Je pensais que ça faisait partie du code d'honneur de l'amitié, ça, pas des tactiques pour faire comprendre à une fille que tu l'aimes !

— Je ne ris pas à celles de Al, fit remarquer Scorpius comme s'il s'agissait d'une évidence logique et implacable.

Rose soupira longuement, divers sentiments se bousculant en elle, mais une question surtout imposante ancrée dans son esprit.

— Score… Tu m'aimes ?

Scorpius répondit sèchement, mais ses joues rouges trahissaient son trouble.

— Si je te le dis.

— Okay… Je… Tu crois que tu pourrais m'embrasser encore ?

Scorpius la regarda quelques secondes, puis il sourit avant de se pencher vers les lèvres de Rose. Leur baiser fut doux et tendre, comme Rose l'avait toujours rêvé, et quand ils se séparèrent enfin, Rose saisit son appareil photo, capturant le visage rose et ravi de Scorpius et tout l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre dans sa septième photo parfaite.