Le bréviaire amoureux d'une Auror métamorphe

Eh bien, vous m'avez impressionnée à venir me lire là où je n'attendais personne ou presque... Je vous préviens, poster le deuxième est encore plus intimidant...

Spéciale dédicace à La paumée qui m'a faite m'interroger, il y a des mois maintenant, sur la sexualité des métamorphes... à Vert et Alixe pour rire et relire...

II - Garder l'initiative

La routine des Aurors, c'est l'horreur. Je crois qu'ils nous avaient balancés ça dans la tête le premier jour. La plupart de mes condisciples avaient levé les yeux au ciel, comme ils avaient eu un sourire entendu quand le chef des instructeurs avait dit que si nous étions là, c'était parce que nous étions l'élite. Evidemment. On nous avait dit que les Aurors étaient nos protecteurs depuis que nous étions en âge de l'entendre. Et nous n'étions pas arrivés là totalement sans nous identifier à un moment où un autre avec ces fières ombres noires qui nous protégeaient des Ténèbres. Ni sans avoir les résultats scolaires suffisants pour être sélectionnés. Ce que je savais, à peine quelques années plus tard, c'est que l'horreur était bien plus présente qu'un sentiment de supériorité sur le commun des sorciers. Peut-être à cause de la guerre.

Et ce matin-là en arrivant à la Division, collait à moi, poisseuse et désespérante, cette impression que face à l'horreur nous ne faisions pas le poids. Et ce n'était pas de voir mes petits collègues en train de gratter des rapports en trois exemplaires qui allait me donner envie de voir les choses en rose. Je crois que, quand je me suis laissée tomber sur ma chaise grinçante, ça se lisait sur mon visage, au-delà de toute métamorphose. Dawlish, en face de moi, m'a jeté un regard haineux et s'est mis à griffonner de plus belle ; sa plume grinçait sur le parchemin. J'ai eu envie de partir en courant.

Du coup quand Shacklebolt m'a sifflé de son air de petit chef qu'il aime bien arborer depuis qu'il a été officiellement nommé responsable de la traque du mec chez qui il dîne une fois par semaine, j'ai sauté sur mes pieds comme une petite Auror zélée. Que ce soit pour l'Ordre ou le service, tout me paraissait préférable à une matinée de remplissage de parchemins en face de Dawlish. J'étais tellement pressée que j'ai bousculé la corbeille à papier à la renverser - pour la plus grande joie de mes connards de collègues.

Kinsley a heureusement ravalé son sourire narquois.

« La forme ? » il m'a demandé sans me regarder, en m'entraînant vers son coin bureau.

Ça sentait la mission pour l'Ordre à plein nez, et j'ai eu pour la première fois envie de sourire depuis que le réveil s'était énervé pour me sortir de ma torpeur. J'adorais passer mes heures légales au Ministère à bosser pour ceux que notre vieux Ministre des Caramels n'avait pas réussi à endormir.

« De mieux en mieux », j'ai répondu.

Ça a été fugace mais j'ai senti que j'étais comprise.

« J'ai une surveillance cet aprem... un truc où la capacité à se déguiser pourrait être utile », il expliquait très fort dans le couloir. « Je t'ai demandée », il a ajouté en désignant d'un coup de menton la porte du chef.

« C'est pour Black ? » j'ai demandé aussi sérieuse que je le pouvais.

Kingsley a failli heurter de plein fouet un prisonnier en transit.

« Non, non », il a corrigé en faisant de grands gestes de dénégation. « Je ne travaille pas que sur Black. »

« Ah », j'ai haussé les épaules. J'avais le sentiment d'avoir gaffé, sans trop comprendre pourquoi.

« Et puis si c'était le cas, je prendrais des gens plus...expérimentés », il a perfidement ajouté.

C'était un peu pour la galerie – ne suis-je pas connue pour ma maladresse récurrente ? Et pour ma proximité familiale avec le prévenu qui m'a valu déjà suffisamment de disputes avec ceux de mes adorables collègues qui tiennent pour acquis que la magie noire est héréditaire. Mais c'était aussi sans doute vrai. S'il allait faire semblant d'arrêter Sirius Black, il n'emmènerait jamais quiconque de l'Ordre. Quelque soit son niveau d'expérience. J'ai fait ma tête de jeune Auror qui apprend en serrant les dents.

« Non, juste un cas important de trafic d'objets moldus détournées », il a continué en déroulant un parchemin qui donnait même un caractère officiel à notre mission. Ça aurait pu être drôle, mais qu'Arthur Weasley se donne la peine de faire un faux en disait long sur l'urgence.

« Et c'est grave ? » j'ai un peu stupidement demandé.

« Oui, il ne faudrait pas que ça arrive sur le Chemin de Traverse avant que les enfants entrent à Poudlard », m'a répondu Kingsley avec l'air de me supplier de me métamorphoser en légilimens.

Les enfants ? Il n'y avait qu'une connexion possible entre l'Ordre et des « enfants » :

« Harry ? » j'ai silencieusement articulé.

« Si nous les attrapons », a continué Shacklebolt alors que nous arrivions devant l'ascenseur, « le procès sera immédiat. »

Un procès ? Dans quoi le gamin avait-il été se fourrer ? J'ai ravalé les autres questions stupides qui n'avaient pas manqué de se former dans ma bouche et je me suis contentée de hocher la tête, attendant plus d'indices sur la nature de la mission qui nous était échue.

« Certains feraient apparaître des images de Détraqueurs », il a continué comme s'il m'avait parlé d'une nouvelle potion. Moi je continuais à essayer de coller les éléments : Harry, des Détraqueurs... ça n'avait aucun sens.

« Le Ministère doit intervenir », il a continué, « Nous devons être les plus rapides. ».

J'imaginais bien que le « nous » désignait l'Ordre et j'ai donc acquiescé, toujours un peu perdue. Au départ, l'Ordre voulait se battre contre Voldemort ; il finissait par passer son temps à contrer le Ministère ! Mais ce que Potter fichait dans cette histoire de Détraqueurs et de procès restait passablement obscur. J'avais hâte qu'on sorte du bâtiment pour que Shacklebolt puisse m'en dire plus.

Dehors, il s'est dirigé toujours sans un mot vers la station de métro la plus proche, me confirmant silencieusement que, ce coup-là, on était bien les adversaires du Ministère. On a beau se prétendre blasée, ça m'a fait un petit frisson pas très agréable.

« On va où ? » j'ai chuchoté alors qu'il me tendait un jeton qu'il sortait de sa poche pour le portillon.

« Au douze », il a répondu sur le même ton.

J'ai dû blêmir un peu parce qu'il a ajouté très vite.

« Lupin nous attend. »

Il était heureux pour moi que le train entre alors dans la station et que la foule des Moldus me pousse dans le wagon. On était séparés, et ça m'a donné le temps de me rendre compte que décidément cette fichue journée restait une fichue journée. Et de m'adjurer de le prendre stoïquement. Trois stations plus tard, il s'est rapproché de moi. Interprétant mon trouble visible à l'aune de ses propres préoccupations, il a soufflé :

« Des gardiens l'ont agressé », il a chuchoté.

« Harry ? » j'ai répété, incapable de croire que les sympathiques gardiens d'Azkaban n'aient rien de mieux à faire que d'aller embêter le Survivant. « Où ça? »

« Près de chez sa tante », il a soupiré en jetant des regards soupçonneux autour de lui. Mais quel sorcier équilibré irait s'enfermer dans ces boites en métal puante que les Moldus appellent métro ? (la définition n'est pas de moi mais de ma mère)

« Il va bien ? » j'ai demandé, en revenant au héros du monde magique.

« Il les a repoussés », il a articulé comme s'il avait du mal à y croire lui-même. « Lupin lui aurait appris. »

Le patronus ! J'ai confirmé d'un grand signe de tête.

« Mais il n'a pas l'âge... », il a ajouté.

J'y croyais pas. Un gamin se fait attaquer en vacances par un Détraqueur. Par hasard, il sait produire un patronus et on lui reproche d'avoir fait usage de magie avant la fin de son premier cycle. C'était risible. J'avais encore inscrit, pour toujours je crois, dans mes cellules le souvenir de ma première rencontre avec un Détraqueur lors de mon premier stage à Azkaban. De quoi hanter des cauchemars pendant des lunes et des lunes. Mais ça prenait forme ; Fudge devait avoir pensé utile de tirer les oreilles de Harry parce qu'il avait su se défendre contre un Détraqueur et l'Ordre s'interposait. Dit comme ça, ça me ramenait au statut de ce gamin, héros malgré lui, que le Ministère et l'Ordre se disputaient.

Place Grimmaurt, j'inspire profondément et pourtant mon expiration me semble ridiculement courte. Est-ce que j'ai déjà été aussi stressée depuis les épreuves finales des Aurors ? J'hausse les épaules parce que le reconnaître ne changera rien au fait que je dois ouvrir cette porte et faire face à Sirius et Lupin et aux autres membres de l'Ordre. Un de ces moments de la vie où l'on peut pas se défiler. Reculer ne fait qu'augmenter l'angoisse.

Un pas derrière Shacklebolt, je monte les marches sans lever la tête. Il empoigne le heurtoir, je détourne les yeux. C'est Maugrey qui nous ouvre.

« Nous n'attendions plus que vous », il grommelle.

Quand il nous tourne le dos, Kingsley me fait un clin d'oeil comme pour me dire qu'il pense comme moi : Maugrey se couperait un bras plutôt que de dire qu'il est content de voir deux de ses anciens élèves. On le suit en silence ; j'évite de m'embrocher sur le porte-parapluie. Y'a pas à dire c'est une sale baraque. Au-delà de la décoration surannée, pompeuse et macabre, la magie noire semble suinter des murs, un peu comme à Azkaban. Avant qu'elle ne devienne le quartier général de l'Ordre, j'ai du y venir trois fois avec ma mère ; rencontrer le dragon Walburga... J'en frissonne encore. Son portrait est en dessous de l'original.

Maugrey nous conduit à la cuisine – n'est-il pas hautement révélateur que la seule pièce un peu vivable ait initialement été réservée aux domestiques ? Je suis sûre que Walburga y verrait la preuve que nous sommes des sous-sorciers, des sangs de bourbe. Bon dans mon cas, elle n'a jamais eu beaucoup de doute, n'est-ce pas ? J'essaie de ne pas penser à Sirius et Lupin et à la manière dont ils vont m'accueillir. Je n'ose pas imaginer ce qu'il peut se passer s'ils racontent à l'Ordre comment j'essaie d'agrémenter leurs tristes soirées de parias.

J'entends les voix, excitées. Molly, très reconnaissable, qui répète à l'envie 'Ce pauvre Harry'. D'autres plus jeunes – les gamins Weasley sans doute et l'autre folle de bouquins avec ses cheveux en broussailles...comment elle s'appelle déjà ? Harmony ? Herminy ? D'autres encore que je ne reconnais pas. Et, de loin en loin, calme, posée, celle de Lupin. Jamais celle de Sirius. Je n'arrive pas à savoir si c'est bien. J'imagine simplement ma honte si je dois me défendre devant tout ce monde.

Maugrey entre en nous annonçant sobrement :

« Tonks et Shacklebolt... »

On se tourne plutôt amicalement vers nous. Il y a bien tous ceux dont j'avais reconnu les voix, plus deux homme et deux femmes que je ne me souviens pas avoir déjà vus. Comme s'ils lisaient la question dans mes yeux, ils s'avancent à tour de rôle pour me serrer la main :

« Hestia Jones »

« Sturgis Podmore... »

« Dedalus Diggle »

« Elphias Dodge »

Un blond minuscule, un étrange type avec un chapeau vert, une femme plutôt grande et belle, une autre dont on voit avant tout les joues roses...ils étaient aussi différents les uns des autres que l'on pouvait attendre des recrutements de Dumbledore. J'ai vaguement pensé que mes cheveux violets apportaient une touche cohérente à l'ensemble et je leur ai souri.

« Nymphadora, Kingsley, c'est bien que vous ayez pu vous libérer », commente chaleureusement Molly.

« Ouais ! Moi, j'adore l'idée que Fudge se fasse doubler par des Aurors », ajoute non moins chaleureusement un des jumeaux Weasley – je ne sais jamais les reconnaître.

« On suit notre serment », répond très dignement et très sobrement Kinsgley, droit et fier mais pas pédant. Pas à tortiller, ma mère dirait que c'est le gendre idéal.

« Certains n'y verraient que des mots », complimente très doucement Lupin, avec un ineffable sourire en coin.

Il n'a pas le moins du monde l'air surpris ou gêné ou embêté par ma présence. Il ne fait même pas comme si je n'existais pas. Non. Plutôt comme si tout était normal. J'en reste bluffée même si je ne peux m'empêcher de chercher Sirius des yeux. Je finis par le situer, tout au fond de la cuisine, assis dans un vieux fauteuil que je ne me rappelais pas avoir vu là. L'air de s'ennuyer ferme, comme un patricien aux jeux de Rome, il lâche, sans me regarder, laconique :

« Si vous devez voler, vous devriez partir... »

« On pense tous qu'il y a eu déjà assez de magie dans cette histoire », approuve Remus en se tournant vers nous. « On a des balais pour tout le monde... Vous avez besoin d'une cape ? » il nous demande comme si nous partions en sortie pédagogique.

Je m'empresse cependant de faire comme tout le monde. A la suite de Kingsley, je m'empare du dernier balai appuyé au mur de la cuisine. Nous montons à la suite de Lupin vers les combles de Place Grimmaurt. Alors que nous nous nous élançons dans le ciel, je me demande pourquoi j'arrive si peu à me concentrer sur les instructions que Maugrey nous donne à Kingsley et à moi – voler haut, le cap si nous nous perdions, de tirer les premiers, vigilance constante.

°°°

Ça fait longtemps que le calme est finalement retombé sur Place Grimmaurt et j'hésite à partir. Je me sens vidée tant par la mission que par tout ce qui a été dit. Les menaces qui pèsent sur Harry pris en sandwich entre un Ministère incapable et un monstre ; les tensions multiformes au sein de l'Ordre ; les réticences de Dumbledore à nous livrer l'intégralité de ses informations (pas que ça soit une surprise mais quand même)... ça rend pas particulièrement optimiste. Une putain de journée, décidément !

Mais je me rends bien compte que je suis loin d'être la plus mal en point. Remus regarde Sirius en dessous comme s'il s'attendait à ce qu'il explose. Arthur vient de sortir après avoir essayé de demander son indulgence face aux angoisses de Molly, comme il a exprimé ça. Sirius a réussi à opiner de la tête mais sans cacher qu'il se faisait violence. Remus a fait signe dans son dos à Arthur de laisser tomber. Mais la douleur est là, palpable, vivante. L'impuissance de Sirius et sa rage emplissent l'air.

Finalement, comme en désespoir de cause, Lupin se tourne vers moi :

« Alors, tu en penses quoi ? » il me demande, gentiment, avec l'expression la plus neutre qui soit.

« De quoi ? » je balbutie.

« De Harry. »

Sirius nous tourne le dos mais, au nom de son filleul, il s'est redressé, incapable de cacher qu'il nous écoute. Ça m'intimide - comme si j'avais besoin de ça.

Je détourne les yeux. Quand le môme avait descendu l'escalier de la si étrange caricature de maison moldue qu'il habitait, la baguette hésitante et pointée vers nous, je l'avais reconnu immédiatement. C'était un curieux mélange des photos des albums de Sirius et Remus, c'était exactement ce que tout le monde m'a toujours dit de lui. Et comme d'habitude, je n'avais pas su m'empêcher de faire savoir à tout le monde ce que je pensais : « Il est exactement comme je l'imaginais », j'avais lancé, saisissant l'opportunité offerte d'avoir l'air une fois de plus immature et ridicule.

Le gosse m'avait d'ailleurs à peine regardé. Il ne s'intéressait qu'à Lupin qui essayait de le rassurer, de lui expliquer que l'Ordre s'occupait de lui. Ça n'avait pas eu l'air de lui faire plus plaisir que cela. Il m'avait semblé soupçonneux, voire méfiant. Avec le recul des conversations qui ont suivi, je le comprends mieux.

« C'est pas un gamin ordinaire », je réponds donc. Et au dos de Sirius et à l'imperceptible acquiescement de Remus, j'ai fait la bonne réponse. Ça me fait ridiculement plaisir. Un peu moins intimidée, je lance : « Pourquoi Dumbledore... ne lui dit pas tout ? »

Les yeux de Lupin me quittent pour se fixer sur Sirius qui se retourne pour nous faire face. Leurs regards se bloquent l'un sur l'autre, et mon cousin reprend :

« Hein Lunard, dis-nous donc pourquoi ? »

Ça me paraît assez injuste qu'il déverse sa rage sur son seul copain, mais ce dernier assume.

« Il nous l'a dit. Il cherche à le protéger »

Sirius lève les yeux au ciel et me prend silencieusement à témoin. Mais le fait est que je suis partagée. Quand je me suis portée volontaire pour aider Harry à faire ses bagages, ça m'a d'abord presque rassuré de voir qu'il est bordélique – y'a pas d'autres mots. Un truc normal à son âge, je me suis dit. Après, j'ai compris qu'en fait, il ne nous attendait pas. Et ça m'avait paru un peu curieux quand même, qu'il ait pu penser qu'on allait le laisser tomber. J'avais presque eu envie de le lui dire et puis je m'étais ravisée. C'était à Dumbledore, à Lupin et à Sirius de le faire...à ceux qu'il connaissait... pas à moi... Comme l'ambiance était assez lourde, j'avais fais le pitre, abandonnant mes cheveux violets que je portais depuis deux jours pour revenir au rose et au nez retroussé... ça avait dépassé mes espérances, il n'avait jamais vu de Métamorphomage. Il avait aussi eu l'air presque impressionné quand je lui avais appris que je dois à ce don le fait d'être finalement assez facilement devenue Auror. Pour attendrissant qu'il soit, son manque d'expérience m'avait frappé. Et moi qui me trouve oie blanche !

« Il est... très jeune », je finis donc par répondre. Intérieurement je me dis que je suis mal placée pour dire ça et je me prépare à qu'ils se moquent de moi, mais visiblement ni Lupin, ni Sirius ne me prennent plus pour une gamine, ou leurs soucis sont ailleurs.

« Sauf qu'il ne semble pas prévu dans le scénario qu'on lui laisse le temps de grandir tranquillement », s'agace immédiatement Sirius, comme si les digues d'un barrage cédaient. « Je crois que l'innocence et la jeunesse tiennent du luxe dans son cas ! »

Lupin se passe les mains sur le visages avant de relever la tête pour affronter le regard de son ami.

« Il y a l'innocence et il y a la sécurité, Sirius, sa sécurité. Si Voldemort sait qu'on a deviné qu'il essaie de le contrôler, il va sans doute penser qu'il doit simplement le détruire et non essayer de l'uti... »

« Quel plan génial! » hurle mon cousin. « Laissons-le utiliser Harry ! »

« Laissons-le croire qu'il va y arriver, gagnons un peu de temps », contre méthodiquement Remus.

« Putain, tu y crois, toi, Lunard ?! »

« Ce que je crois n'a que peu d'importance, Sirius. »

Le dénommé Sirius semble en avoir assez et, bougonnant dans sa barbe un discours confus où le nom de Dumbledore revient trop de fois, il quitte la pièce en claquant la porte. J'en reste pétrifiée.

Lupin soupire.

« Il est en colère, hein ? » je demande en me tournant vers lui et, en croisant son regard doré et attentif, je sens mes joues s'empourprer.

« Il se sent impuissant », constate Remus très triste et sans sembler noter ma gêne. « Je ne sais pas quoi faire pour l'aider à penser que sa part n'est pas si petite... »

« Ce n'est peut-être pas à toi de le faire », je réponds en pensant que Dumbledore ou Molly pourraient faire un effort dans ce domaine.

« J'ai bien peur qu'il n'y ait que moi qui supporte de me faire engueuler quand j'ai raison, Tonks », il répond en souriant. « ...ou qui aie assez de temps à perdre pour me coltiner sa colère contre lui même... »

Le silence tombe sur nous, enveloppant, confortable, comme une cape d'hiver. Et le besoin me prend à mon propre insu.

« Remus... je... pour l'autre fois... », je commence sans le regarder.

« Je m'excuse », il me coupe. Et il attend que je le regarde pour expliquer : « Je t'ai laissée partir sans te remercier ».

Ce coup-là, je rougis pour de bon.

« Me remercier ? » j'articule.

« Tout cadeau demande remerciements », il reprend très doucement, très gravement. Ça le rend plus droit, plus fort, d'affirmer ça, je le sens. Comme une revanche sur la vie.

« Mais Sirius.. » j'objecte en baissant les yeux. Comment par Merlin exprimer ça ? Comment lui dire que j'en suis venue à regretter d'avoir bousculé leurs vieux souvenirs dorés ? Qu'avec le temps, j'ai admis que je les avais peut-être inutilement blessés ? Si c'était un jeu pour moi, il fallait que ça le reste pour eux, non ? « Je ne voulais pas... », je recommence sans mieux savoir comment continuer.

Il s'est levé et il a pris ma main. J'ose lever les yeux vers lui.

« Sirius a fini par comprendre que c'était de ma faute », il m'affirme. Et ma confusion doit se lire sur mon visage parce qu'il reprend. « Tu n'as rien à te reprocher... c'est moi qui, en déballant toutes mes... rancoeurs envers la vie, t'ai fait croire que j'avais besoin de ça... »

« Non ? » je demande sans même m'en rendre compte.

« Tonks », il sourit, et le loup est là, impressionnant et pourtant en rien menaçant, « il y a dans cette maison suffisamment de personnes qui se sous-estiment sans que tu refuses de voir... combien tu es séduisante... de toi même », il précise.

Les douze coups de minuit, frappés par la vieille horloge sur le manteau de la cheminée, me confirment que cette putain de mauvaise journée semble avoir fini par mourir.


Comme ce n'est toujours pas arrivé à ce qui m'intéresse, j'annonce d'ores et déjà une suite intitulée, « Ne pas rester à terre »... L'opinion de Tonks, de Sirius, de Remus...