Le bréviaire (amoureux) d'une Auror métamorphe
Si vous doutez que j'ai piqué les persos à une autre,
ça vous fait six bouquins à lire ! (Veinards)
Merci de votre patience, j'ai beaucoup douté sur ce chapitre, mais finalement Alixe a su m'assurer qu'il disait bien ce que j'avais en tête... Bon on va voir si vous confirmez !
V- Faire un avec son partenaire
Me battre à ses côtés.
Il ne me reste que ça. Il ne me laisse que cela. Je ne sais même pas si il approuve, mais il aurait du mal à s'y opposer. D'abord, c'est moi qui suis chargée officiellement de la protection de Poudlard - pour une fois que je partage l'objectif d'une mission de la Division. J'ai accepté ce poste comme une fuite : un bon lieu pour retrouver le contrôle de mes pouvoirs, pour essayer de me retrouver moi-même, et pour rester en contact avec l'Ordre. Un refuge suffisamment loin de Remus Lupin, ses yeux dorés et mélancoliques et son regard en coin, pour que j'espère arrêter de me rendre ridicule à chaque fois que je le croise.
On s'était pourtant fait beaucoup de bien, je crois, au début. Il m'a aidé à croire que je pouvais apprendre à vivre avec l'échec du Ministère ; j'ai bousculé sa certitude historique et mélancolique comme quoi personne ne peut durablement avoir envie de baiser avec un loup-garou. À quel moment, mon affection, réelle, lui est apparue comme une menace ?
Je crois savoir. Qui en doute d'ailleurs ? Pas Kingsley, qui s'excuse depuis à chaque fois qu'il le peut. Un an ou presque qu'il s'excuse. "Je ne pensais pas..." m'a-il expliqué tant de fois maintenant que je n'ose plus les compter.
Pouvait-il en effet penser que les partenaires d'un couple se cachent des choses aussi importantes que les soupçons de lycanthropie qui pèsent sur l'un deux parce que, par amour, son patronus a pris la forme de la malédiction qui pèse sur l'autre ? Hein ?
Peut-on penser qu'un couple qui n'est pas capable de faire face ensemble à ça est encore un couple ?
Il y a peu de temps la question m'aurait faite bâiller; mais je sais ce que ma mère en aurait pensé - jamais j'aurais cru avoir pris autant de choses de ma mère. Bref.
En plus, ça partait d'un bon sentiment de la part de Kingsley - il savait que j'attendais la réponse de la Division avec rien moins que de l'angoisse - imaginez qu'ils me virent ? Dire que j'allais ainsi être bientôt aussi pauvre que Remus ne suffisait pas à me réjouir. D'ailleurs à force de ronger mon frein, mes nerfs étaient à fleur de peau et mes rapports avec le reste du monde passablement contraints. Alors il est normal que Kingsley ait jugé important de m'annoncer ma prochaine réincorporation complète et inconditionnelle dès qu'il l'a apprise, avant qu'elle ne soit officielle, deux minutes avant le début d'une réunion de l'Ordre fin août. Il ne s'est pas méfié de la présence de Remus - peut-être imaginait-il même lui rendre service à lui aussi en l'allégeant d'un poids. Pauvre Kingsley !
"Tu vas pouvoir rosir tes cheveux, ma belle", il a lancé. "Tu reprends lundi prochain."
"Vraiment ?" j'ai balbutié, surprise de la nouvelle et terrifiée par la possible conversation qui allait suivre.
"Les résultats du test ne leur laissent aucune prise", il a confirmé tranquille, rayonnant soleil noir porteur d'une bonne nouvelle.
"Quels tests ?" s'est très aimablement enquis l'attentionné Remus. Ils sont comme ça les gens comme Remus, ils sont tellement droits qu'ils vont vérifier chaque odeur de charogne charriée par le vent.
"Tous les tests : niveau de magie, entrainement et bien sûr... lycanthropie..." a répondu obligeamment Kingsley, parce que les Kingsley répondent toujours aux questions, même les désagréables. Alors quand ils pensent que c'est une information à partager !
"Pardon ?" s'est étranglé mon prévisible Remus.
Kingsley, interdit, m'a regardée. Moi, coupable, j'ai piqué du nez. Notre silence était si soudain et assourdissant que tous les autres dans la pièce se sont tû à leur tour et se sont tournés vers nous. Fallait bien sûr arrêter ça. J'ai convoqué tout mon courage.
"Ils ont demandé...ça". Ça était sans doute mal choisi mais, franchement, je n'avais pas les ressources pour faire mieux que… ça. "parce que mon patronus...a changé."
Remus m'a regardé sans un mot. Sans doute, rien dans mon introduction ne pouvait le rassurer.
"Avant c'était une chouette", j'ai continué, m'approchant à chaque syllabe plus près des larmes. Elles ont fini par m'étouffer et comme je me serais tuée plutôt que de l'avouer. Alors je me suis tu.
"Et maintenant ?" a demandé finalement Remus.
J'ai appelé Kingsley d'un regard au secours. Je sais, c'était lâche. Mais jamais je n'avais prévu de faire une déclaration publique devant tout l'Ordre. Pas avec Rogue de l'autre côté de la table qui me regardait avec plus de dégoût que d'habitude. Pas avec Molly, la bouche ouverte et les larmes aux yeux - elle avait sans doute déjà compris. Pas avec Arthur qui détournait les yeux, gêné. Pas avec Fletcher qui rigolait sous cape.
"Un canidé", a répondu péniblement Shacklebolt, et Remus a pâli comme si ses derniers espoirs se dissolvaient d'un seul coup. "Un loup..."
"Un loup-garou." Remus lui a coupé la parole comme s'il préférait être celui qui porte l'estoque. Ce n'était même pas une question.
Je lui ai pris la main ; il s'est échappé et est sorti raide comme la justice moldue. Je n'ai pas pleuré, non. Tout le monde me regardait. Je suis sortie moi aussi – Que faire d'autres ? Mais notre conversation ne nous a menés qu'à des récriminations et des excuses amères. Seule l'arrivée de Dumbledore y a mis fin – c'est lui qui nous a ramené dans la salle de réunions. Je ne sais pas s'il s'était rendu compte de notre dispute. En tout cas, il nous a offert le seul retour digne possible.
Mais depuis rien n'a plus semblé naturel. Même l'acte sexuel, pur et simple, nous a amené à des discussions amères et sans fins. Même ce réconfort mutuel là nous a progressivement été refusé. Et si j'ai d'abord été ridiculement contente d'apprendre que Dumbledore leur avait demandé, à Bill et lui, de venir renforcer la surveillance de Poudlard en son absence, je n'ai pas pu m'empêcher tout de suite derrière de m'inquiéter qu'on ne trouve que l'occasion de se heurter un peu plus... J'ai vaguement espéré que le vieux château aurait pitié et réaliserait un charme sur lui rien que pour moi : qu'il lui sorte de l'idée qu'il est trop vieux et trop dangereux pour moi, par exemple. Est-ce une réponse de Poudlard qu'on ait à peine eu le temps d'envisager de partager une Bierreaubeurre avant qu'une explosion curieuse nous ait rappelé notre devoir ? On n'attendait au mieux des disciples des frères Weasley et se retrouve à devoir faire front à l'infiltration aussi inexplicable qu'inattendue d'une petite bande de Mangemorts !
Des Mangemorts à Poudlard ! Comment ont-ils osé ? Savaient-ils Albus absent ? Je repense d'un coup à tout le foin que Potter nous fait depuis la rentrée comme quoi mon cher cousin Drago suit les traces de son père et qu'il renseigne les encagoulés. Qui d'autre ? Et puis, quand bien même, qu'est-ce qu'ils peuvent bien chercher - avec ou sans Albus ? Harry ? Ils doivent être bien désespérés pour en arriver là ; ils nous ont habitués à plus tordu que ça ! En plus, ils sont mal renseignés parce que si le vieux Dumb est parti en promenade, il a emmené Harry. Ils vont en être pour leurs frais ! Je me demande si la vieille pourriture des Ténèbres est au courant. J'ai du mal à croire qu'il donne son aval à un truc aussi mal fichu. A moins que ça ne cache autre chose ; ça, ça me fait vraiment flipper. Enfin si j'avais le temps, parce que même s'ils ne sont pas nombreux, ils sont visiblement venus avec l'idée de faire le plus de dégâts possibles à des endroits différents. Plus j'y pense, plus ça fait couverture. Pas tellement le temps de penser d'ailleurs. Ça tire dans tous les coins.
Remus et moi, on cherche à les maintenir loin de l'escalier principal. Remus et moi. C'est ridicule bien sûr, mais la réalité est que ça me donne une force pas possible - comme si je pouvais ainsi lui montrer ma détermination et ma capacité de résistance, réduire à néant ses prétentions de vouloir me protéger. Regarde comme je me protège bien moi-même ! J'en protège même d'autres. Quand j'esquive ou quand je tire, quand je roule, quand je bondis, je le fais pour lui. Tant pis s'il ne le sait pas ou qu'il refuse de l'accepter.
J'exagère peut-être un peu - juste un peu. Je le fais aussi parce que ma haine pour les Ténèbres est viscérale et ancienne - je l'ai pour ainsi dire reçue en héritage. Mais je ne crois pas que je le ferais aussi bien, aussi sérieusement (tout le monde s'accorde maintenant à me trouver sérieuse, et pas seulement parce que mes cheveux ne sont plus roses), si ce n'était pour lui en remontrer, pour partager une cause avec lui - à défaut d'un avenir. Encore que cette nuit, me battre pour Poudlard aurait sans doute été suffisant. On n'est pas impunément élevé avec cette certitude que Poudlard est un sanctuaire inviolable. Non. Quelque soit la distance que l'on professe en grandissant, c'est un dogme qu'on n'a pas envie d'ébranler. Je sais : le fait que mes parents aient pu s'y rencontrer, eux que tout séparaient à première vue, que ma mère ait pu y puiser la force de faire le choix de rompre avec sa famille, qu'ils m'aient ainsi inscrite dans cette frange rebelle de la société sorcière, n'y ait sans doute pas pour rien.
Enfin, je ne vais pas laisser une bande de Mangemorts réduire un château millénaire en cendres parce que, malgré la révérence que je porte envers cet acte fondateur, mes parents m'emmerdent la plupart du temps.
Ca me fait sourire malgré moi - surtout que je viens de faire fuir mon dernier opposant du moment, la robe en flamme. Il reviendra sans doute mais je me tourne vers Remus pour essayer de partager une partie de cette ironie - parce que je sais qu'il peut l'entendre ; il n'y a pas tant de gens qui en sont capables, je l'ai appris à mes dépends. Comme je le trouve presque statufié, pas tellement la pose de quelqu'un qui vient de gagner un round, je suis son regard et tombe sur un homme sensiblement plus âgé que les autres, et sans cagoule. Il a une sale tête - marquée, pas couturée comme Maugrey, mais inquiétante. En croisant mon regard, il a un sourire cruel, découvrant des dents étonnamment pointues. Je vais lever ma baguette mais il choisit de disparaître plutôt que de nous affronter.
"Tu crois qu'on va à leur poursuite ?" je demande. "Remus ? ça va ? On dirait que t'as vu... un fantôme ?" je remarque en me retournant vers lui puisqu'il ne me répond pas.
Il me jette un regard vide, presque implorant et je ne peux que demander :
"Tu... tu le connais ?"
Si je n'avais pas vu des photos de Pettigrow jeune, je croirais connaître la réponse.
"Malheureusement", il arrive à articuler d'une voix blanche. Comme il doit lire dans mes yeux que ça ne suffira sans doute pas, il ajoute en détournant les yeux. "C'est Fenrir Greyback"
"Grey.." ça me coupe le souffle. Je veux le poursuivre. Je veux prendre Remus dans mes bras pour lui rappeler que je l'aime malgré ce que lui a fait ce bête malfaisante – et malgré le fait qu'il ne veuille pas entendre parler de mon amour pour lui. Et je ne fais rien de tout cela parce que deux ombres nous arrosent de sorts depuis le premier étage sans qu'on puisse savoir d'où ils sortent. Je n'ai qu'un seul réflexe : plaquer Remus hors de la trajectoire des sortilèges.
"Bravo", il murmure d'une voix qui me montre que je dois lui couper la respiration. J'en manque jamais une, décidément.
D'autres sortilèges viennent entamer le marbre de l'escalier.
"C'est Rusard qui va pas être content", je marmonne, et je sens que Remus, que je n'ose pas regarder en face, sourit furtivement. Mon cœur s'emballe puis se désole quand je le vois s'assombrir de nouveau. Ça m'agace. Je me lève d'un seul bond et j'envoie de quoi calmer ces deux suppôts de Face de Mort. Quand je reviens à l'abri du parapet, Remus me serre contre lui en grondant.
"Ça va pas! T'exposer comme ça !?"
"Tu veux attendre qu'ils viennent nous chercher ?"
"Tu pouvais pas... me dire ?! Je t'aurais couverte !"
"Il n'est jamais trop tard pour bien faire", je lui rétorque.
J'ai sincèrement l'impression qu'il prend sur lui pour ne pas me faire une scène. Et mon cœur, ce dérisoire et malheureux petit muscle animé d'un fonctionnement involontaire, s'emballe de nouveau comme s'il venait de me demander ma main. Mais ma tête décide de pousser l'avantage - ou de fuir, ce qui revient ce soir un peu au même :
"Tu me couvres, je monte", j'annonce.
Il va refuser sans doute ou proposer, chevaleresque, qu'on fasse l'inverse, mais je ne lui en laisse pas le temps. Qu'il s'inquiète - ça lui fera oublier Greyback ! Je me rends compte en me glissant de marche en marche que moi-même je n'aimerais pas devoir réfléchir à ce que peut bien signifier sa présence à celui-là. Y a-t-il d'autres lycanthropes ? Est-ce une ultime provocation de Lord Voldemerde d'envoyer une horde de lycanthropes mordre l'avenir du monde sorcier ? Sauf, je me raisonne à la moitié de l'escalier, depuis quand les loups-garous attaquent loin de la pleine lune ? Il faudrait demander à Remus - ah, ouais, bien sûr Tonks, c'est l'idée de l'année ! Comme s'il avait besoin de toi pour se poser des questions de toute façon.
Tu ferais mieux de réfléchir à comment tu pourrais coincer celui qui est en train de démonter l'escalier à force de te rater, je m'engueule. Il est bougrement bien caché. Impossible de l'atteindre directement. Si on en revient au manuel - ce qui n'est jamais une mauvaise politique, faudrait trouver sa faiblesse. Mouais. Vu qu'il est arrivé à nous contourner, on peut rayer sa mauvaise connaissance du terrain. Vu les sortilèges qu'il balance, il sait que tu arrives, donc autant pour l'effet de surprise. Je ne suis plus qu'à une volée de marches du palier, à peine dissimulée par une pauvre statue qui a l'air étonnée de prendre tout d'un coup tant d'importance. J'écarte immédiatement l'idée de monter au pas de charge les derniers échelons. Reste à le faire sortir de son trou. Je me retourne vers Remus, embusqué au pallier du dessous, et il acquiesce silencieusement. Mon cœur tressaute de cette simple confirmation. Comme s'il avait suivi mes pensées – à moins qu'il n'ait juste voulu dire qu'il était là et qu'il me couvrait. Sans plus réfléchir, je déchire un morceau d'une tenture millénaire et de l'enflamme. Je la charme pour qu'elle aille débusquer l'ennemi là où il se cache et je me prépare à attaquer de l'autre côté. Je sais que Remus est là, et je décide que c'est tout ce dont j'ai besoin.
°°
Je ne sais pas pourquoi j'ai balancé tout ça tout à l'heure à l'infirmerie, pourquoi j'ai comparé mon malheur à celui de Fleur.
Ou plutôt, je le sais trop bien.
Parce que j'en crevais depuis longtemps... ni plus, ni moins.
Alors quand j'ai entendu la petite Fleur, celle que tout le monde trouve jolie mais fragile, décorative mais barbante, leur dire à tous que l'amour, c'est autre chose qu'une jolie photo... hein ? J'étais censée faire quoi ? Lui donner tort ? Est-ce qu'on s'aime parce qu'on se trouve beaux ? Est-ce que c'est ça, hein ? Même les Weasley, qui ne portent pourtant pas haut Fleur dans leur estime, n'ont pas su la contredire. Parce que eux, hein, l'amour, ils savent. Ils savent que c'est des années passées ensemble, des défauts qu'on chérit, des épreuves qu'on surmonte, de la force qu'on se donne... Un peu comme quand dans une paire d'Aurors quand elle fonctionne bien... Je me souviens brutalement de ce qu'avait ajouté Maugrey, alors instructeur de l'Académie : heureusement, les paires d'Aurors fonctionnent souvent mieux que les couples... ça avait fait rire, je me rappelle. Evidemment...
Pourtant, je crois que l'amour c'est plus qu'avoir trouvé un bon partenaire. C'est l'amour qui permet de croire encore, même si Dumbledore est mort, même si Voldemort est là, même... Putain... Je m'essuie les yeux, parce qu'à ce compte là je vais tomber entre deux marches et après avoir rappelé à tous mon impulsivité, mon manque de retenue, ma jeunesse, j'aurais opportunément fait de nouveau la preuve que ma vieille maladresse n'est pas totalement surmontée.
J'inspire sur le palier.
Oui, vraiment, j'ai choisi mon moment... Bill est au mieux défiguré, Dumbledore est mort - Dumbledore est mort ; combien de fois faudra-t-il répéter cette phrase pour y croire ?- l'Ordre est en miettes - enfin, je crois - Si Rogue nous a tous trahis, il ne doit pas en rester grand-chose... Mon cher cousin s'est révélé est apprenti Mangemort étonnamment efficace ; lui que même sa mère pensait trop fragile pour des entreprises aussi osées... J'en oublie sans doute mais, en deux mots, c'était sans doute le pire moment que je pouvais choisir pour hurler à Remus que je voulais qu'il m'aime... Franchement !
J'entends ma mère soupirer que je ne saurais jamais me comporter en société. Je vois mon père secouer la tête, éternellement déçu que je ne sois pas ce qu'il n'a pas su être - un sorcier respecté. Il semble en effet que je n'ai su prendre que le pire qu'ils aient eu à m'offrir : l'impulsivité de Ted alliée à l'exigence d'absolu d'Androméda... Voyez le résultat ! De quoi faire fuir n'importe quel partenaire !
Je reprends ma grimpette. Je ne sais pas pourquoi mais en sortant de l'infirmerie, c'est la destination que j'ai prise. Toujours plus haut. Comme quand j'étais élève à Poudlard et que ma vie d'adolescente était plus insupportable que d'habitude. Comme si le fait de prendre physiquement de la hauteur pouvait me permettre d'échapper à mes propres insuffisances. Alors, je monte. Au pallier suivant, j'entends que quelqu'un monte derrière moi. Le pas est rapide. Comme si on voulait me rattraper. Je ne me retourne pas. Je n'accélère pas non plus. Je continue, je monte, je m'envole. Tant pis pour ceux - ou celui - qui voudraient me rejoindre.
"Nymphadora", dit la voix derrière moi.
Et voilà qu'il se sent obligé de venir me consoler. Merlin, ce calvaire aura-t-il une fin ?
Je refuse de me retourner, même quand il pose une main légère et déférente sur mon épaule droite. Même quand il répète mon prénom, lui donnant une épaisseur douloureuse que jamais j'aurais crue compatible avec ses quatre syllabes pompeuses.
"Ne t'inquiète pas, ma petite crise est finie", j'affirme, venimeuse et désespérée, avec juste suffisamment de fierté pour espérer encore que le premier cache le second.
"Nymphadora", il répète plus fort, alors que j'attendais un soupir fatigué. "S'il te plaît", il insiste, "regarde-moi".
J'obéis, mais je suis tendue comme si nous allions nous battre. Je ne pleurerai pas, sous aucun prétexte. D'ailleurs je lui dis.
"Je ne pleurerai plus."
Ses yeux dorés ont l'air perplexes. Ça me donne presque envie de rire. Mais j'ai peur de lâcher quoi que ce soit de ce contrôle précaire que j'ai établi sur mes émotions.
"Il n'y a aucune honte à pleurer", il m'oppose. Avant que je ne me rebelle, il ajoute : "Moi, j'aimerais en être capable..."
"Ne te pose pas en victime !" j'hurle, ravalant je ne sais comment un 'en plus'. Je ferme les yeux attendant, tremblante, la réplique évidente : "Qui a commencé ?" mais elle ne vient pas. Remus, lui, est adulte depuis longtemps.
"Tu allais où ?" il demande plutôt.
Je rouvre les yeux. Son visage est tendre, tendu mais tendre, un peu comme quand il craint de s'être laissé aller à son propre plaisir, de ne pas avoir été assez attentif au mien.
"À la volière", je réponds - pas les couilles de dire "cacher ma honte".
"Je peux t'accompagner ?", il continue toujours surprenant – si on doit être surpris qu'il soit en toute heure et en tout lieu égal à lui même. Je songe brusquement qu'il ne l'est pas toujours et, comme à chaque fois que cette limite que sa nature m'impose m'est rappelée, je frissonne.
Je pourrais lui dire que je ne sais même pas pourquoi je vais à cet endroit. Je pourrais lui balancer que nous ferions mieux d'en rester là. Mais je ne réussis qu'à hausser les épaules. On se met à gravir les marches en silence, côte à côte. C'est étonnamment apaisant. Libéré par les gestes répétitifs du corps, mon esprit retrouve un des fils qu'il poursuivait auparavant.
"On est mal barrés", je finis par proposer. J'enfonce une porte ouverte mais il me semble plus facile de parler de la guerre que de parler de nous. Je précise d'ailleurs : "L'Ordre, je veux dire."
Remus hoche longuement la tête comme si comme moi, il entendait encore et encore le chant désespéré de Fumseck.
"Il faudra pourtant...enfin... Harry a besoin de nous", il répond finalement, d'une voix tendue.
"Tu crois qu'il nous fera encore confiance ?" je lui demande très franchement, parce qu'il ne m'a jamais paru évident que le jeune Potter soit totalement enthousiasmé par notre petit assemblage dumbledorien. Est-ce que le fait qu'il ait demandé à ses amis de surveiller Poudlard pendant qu'il partait avec Albus n'en est-il pas une preuve ultime ? Dans tous les cas, le résultat de cette nuit devrait le conforter dans ses pires doutes.
"Je... j'espère", me répond Remus lugubre cette fois, et il est plus que clair qu'il partage mes réserves. "Sinon", il rajoute, "plus rien n'a de sens."
"Non", je confirme.
Il me jette un regard honteux et timide, mais ne proteste pas. Immédiatement, ce putain d'espoir qui veut jamais lâcher relève la tête, mon cœur bat, mes yeux brûlent. Mais, par Circée, qu'est-ce qu'il attend de moi ? Je me suis déjà donnée à lui, je viens de me jeter à ses pieds, qu'est-ce que je pourrais faire de plus ? À défaut d'autres idées, je me concentre sur la marche qui nous emmène toujours plus haut dans un Poudlard trop silencieux pour être Poudlard.
"Nymphadora", il commence soudain d'une voix qui ne lui ressemble pas, comme étranglée, "Il n'y a pas... Il n'y a plus grand-chose qui ait du sens... maintenant."
On monte très lentement les marches suivantes. Comme si nous manquions d'oxygène pour avancer plus vite, comme si nos corps étaient plombés par la gravité de l'instant.
"Je sais que j'ai dit..." il reprend, puis se ravise. Il faut deux marches supplémentaires pour qu'il se lance : " J'ai pu te faire croire le contraire, mais ta relation avec m... notre relation.... C'est une des rares choses qui en ait encore..."
Je suis incapable de ne pas m'arrêter en entendant cela. C'est impossible. Incroyable. Pas après tout ce qui vient de se passer.
"Qui ait du sens", il précise en se retournant, ses yeux dans les miens comme une prière.
"Et ?" je demande avec précaution, interdisant à mon cœur d'y croire trop vite. Trop de fois déjà, je lui rappelle.
"Je ne veux pas te perdre", il répond avec l'air de poser une question.
"Et ?" j'insiste. C'est peut-être cruel mais je ne peux pas faire autrement. Je lis un début de rébellion sur son visage puis une acceptation.
"Si tout est perdu, si rien n'a plus de sens, pourquoi, pourquoi ne pas être heureux ?" il propose.
"Heureux ?"
"Ensemble ?"
"Toi et moi, ensemble ?"
Il rit doucement, ses mains se lèvent comme un prisonnier se rend. "C'est l'idée."
"Tu es sûr ?"
Il descend la marche d'avance qu'il a sur moi. On est presque de la même taille.
"Tu sais bien que je ne suis jamais sûr de rien..." il souffle en m'enlaçant. Je résiste un peu. "Mais, l'idée mérite qu'on lui laisse une chance, non ?"
"Pourquoi ?" je balbutie, épuisant mes réserves de self-control. "Pourquoi ? Tu ne trouves plus trop..."
Il pose ses doigts sur mes lèvres.
"Si", il souffle, "bien sûr que si. Sauf que tu n'arrêtes pas de me dire que je me trompe..."
"Et ?" j'articule, des larmes de bonheur dans la voix.
Il a pris mon visage dans ses mains, ses pouces lissent mes joues et ses yeux cherchent les miens, peut-être pour me montrer qu'ils sont eux-aussi pleins de larmes.
"Je suis mort de trouille", il murmure, "mais j'ai envie que tu aies raison. Il faut bien que quelqu'un ait raison," il termine plutôt pour lui même. Et sa fragilité, une énième fois, m'émeut, me touche, me fait fondre.
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Attention, c'est sans doute la fin...
