On se promène, les deux gardes et moi, depuis près d'une demie-heure dans les couloirs lustrés d'Azkaban. Quand on passe devant les cellules, la plupart se collent aux barreaux et m'observent passer avec des gros yeux. Il est vrai que j'ai presque quinze ans, et que d'après ce que je vois, plus on descend moins il y a d'hygiène. C'est même vraiment dégoûtant. Des flaques d'eau croupie aux toiles gigantesques d'araignées, en passant par les prisonniers qui n'ont pas du prendre une douches depuis des mois pour certains, depuis des années pour d'autres.

D'après mes comptes, on est au cinquième sous-sol. L'étage au dessus, le quatrième, retentissait de cris de douleur et de folie, ç'en devenait grisant. Les gardes s'arrêtent d'un coup devant une cellule. L'un ouvre la porte tandis que l'autre enlève mes menottes et me pousse dans la pièce, bis. Je tombe et m'écrase l'épaule gauche sur le sol froid, heureusement sec.

-Délicatesse, c'est censé faire de vous des gentlemans, fais-je.

Un bruit derrière moi me fait me redresser. J'observe le visage ravagé, la barbe qui a quelques années, la maigreur des joues, le regard fou. Ses yeux gris se fixent dans les miens. Il me saute dessus, et je me trouve avec son poids sur le ventre, mes bras bloqués par ses jambes. Une cascade de cheveux noirs tombe de chaque côté de mon visage, créant une sorte de bulle hors du temps avec les yeux gris toujours fixés dans les miens. Je crois le reconnaître.

-Si cette position vous parait être normale, je vous saurez tout de même gré de bien vouloir contribuer à mon confort en vous enlevant de mon abdomen, Sir.

L'air étonné, et aussi de se demander sur quoi il est encore tombé, il se relève tout de même et me tends une main secourable. Je me relève à mon tour avec son aide, et essaye d'enlever la suie noire qui tache mon beau pull noir et blanc. Une fois la tâche exécutée, même s'il en reste, j'observe une nouvelle fois son visage.

-Monsieur Black, si je ne me trompe.

Un grognement me réponds. Que de civilités, c'est encore mieux que moi. Pourtant, je crois me souvenir qu'il vient d'une famille riche et qu'il a reçu une éducation de Sang-Pur, avant de s'enfuir de sa famille car il ne supportait pas les maldisances sur les Sang-Mêlés et les nés de moldus.

-C'est moi, oui, fait une voix rauque.

Au moins, sa voix à le mérite de détonner avec son allure de charognard. C'est le genre de belle voix qu'on entends rarement plus d'une fois dans sa vie, et je peux maintenant me vanter d'avoir entendu une des plus belles voix qui ai été donné d'exister. Il me fait penser à un tableau au premier abord sombre et peu travaillé, mais au deuxième coup d'œil, tellement de détails apparaissent qu'on ne peux plus le lâcher des yeux. Je l'apprécie déjà.

-Et qu'est-ce qu'une gamine comme toi fous ici ?

Je m'assois à côté de lui, sur sa couche. Il a l'air d'être dérangé par ma présence, parce qu'il se lève et va s'asseoir en face de moi. Il me fixe de ses yeux gris, et l'image du tableau me revient, me faisant oublier sa question. Il ferme les paupières et chasse une mèche de cheveux d'un geste agacé de la main. Je me souviens que je dois répondre.

-Avez-vous entendu parler de ce meurtrier qui aurait tué plus de soixante personne, Sir Black ?

-Évidement ! grogne-t-il.

Je lui fais un léger sourire, et il parait étonné, avant de me sortir un des sourires moqueurs les plus expressifs que j'ai jamais vu. Il secoue négativement la tête en ricanant. Il relève la tête et fixe encore une fois ses yeux à l'éclat fou dans les miens.

-Tu vas me dire que c'est toi ? questionne-t-il d'une voix d'où pointe du scepticisme.

-Exact.

Il éclate de rire, renversant sa tête en arrière et se roulant sur le sol en tapant des poings. Son rire ressemble étrangement à un aboiement. Un partie sombre du tableau vient d'apparaître, et il faut plisser les yeux pour essayer d'apercevoir les formes en dessous, mais on ne peut, pour l'instant, rien distinguer.

-Sérieusement, gamine, c'est le Ministère qui t'envoie pour je-ne-sais quelle mission merdique ?

Le reste de son fou rire continue encore de le secouer. Oh, alors il pense que je suis ici pour Merlin seul sait quelle raison, et qu'en plus je suis une envoyée du Ministère ? Ça me vexerait presque.

-Bien, alors poses-moi une question à laquelle seul le meurtrier peut avoir la bonne réponse.

Il a l'air de réfléchir, pesant le pour et le contre. Puis, il me dit qu'il a une connaissance qui a vu la scène de crime, puisque travaillant dans cette section, et que les photos n'ont pas été transmises au public parce qu'elles auraient pu causer de profonds chocs.

-La victime, c'était un certain Henry… Thierry…

-Hangry Fairbrook.

-Voilà. Maintenant, j'espère pour toi que c'est vrai, sinon je te tue. Décris moi exactement la scène de crime. Et n'essaye pas d'inventer, j'ai eu le droit à tout les détails.

Je me concentre, et en quelques secondes, je visualise entièrement toute la scène. Je souris, et commence à raconter :

« J'ai douze ans, on est en été, c'est une chaude soirée d'août. Il est minuit quand je décide de sortir de chez moi et d'aller chercher quelqu'un à tuer vers le métro. J'ai envie, ce soir là, alors je me suis assise sur un de ces horribles sièges vert anis. Hangry s'asseois à deux sièges de moi. Je vois bien qu'il me lance des regards étranges. Pas étonnant quand on sait qu'il a un penchant pour les enfants et les pré-adolescentes. Je me suis mise en robe parce qu'il fait chaud, et je décide d'attirer Hangry très simplement. Je me lève, et je fais semblant de trébucher juste devant lui. Je rabat rapidement ma robe sur mes reins pour qu'il puisse mieux voir mes jambes. J'entends sa respiration qui s'accélère. Je me relève et le regarde, puis je m'excuse. Il me dit que ce n'est pas grave.

« Ça a été très simple de l'attirer, tellement simple que j'en aurais pleuré. Il m'a dit qu'il allait me raccompagner puisqu'il était tard et que mes parents risquaient de s'inquiéter. Oh, bien sûr, je n'en crus pas un traître mot, mais le suivit tout de même. Il avait la tête parfaite du cadavre refroidissant. Je lui indiquais un fausse adresse, et il s'exclama qu'il habitait tout près. Je ne su pas si c'était un mensonge ou non. Il m'a emmené dans une ruelle sombre en prétextant que c'était un raccourci. Et il m'a sauté dessus. Je ne me suis pas débattue, jusqu'au moment ou il est arrivé à ouvrir ma robe. Il m'a regardé, étonné que je ne réagisse pas, et je lui ai souris.

« J'ai sortit un canif de ma poche et je lui ai crevé l'œil droit. Il a commencé à paniquer, et le sang qui ne s'arrêtait pas, on aurait cru que son cerveau allait jaillir par son orbite ! Je lui ai attrapé une main et lui ai tranché le tendon. Le doux gargouillement du sang qui s'écoule. Il respirait mal, et vu son physique, ce n'était pas étonnant. Il s'est débattu quelques minutes avant de s'immobiliser. Avec ses cents kilos, ça devait lui coûter, un tel effort. Je lui ai dessiné un cœur sur la joue, avec la pointe du canif, et j'ai commencé à décoller la peau. Parce que les cœurs doivent être rouges, n'est-ce pas ? Son cœur à lui, quand je lui ai ouvert la poitrine, battait encore. J'ai fourré ma petite main dedans, entre quelques côtes, j'ai écarté son poumon et j'ai agrippé son cœur.

« Son corps était pris de soubresauts, à tel point que sa graisse tremblait. Il a essayé de me repousser avec une de ses jambes, mais il n'avait plus de forces du tout, pire qu'un nouveau né. Oh, Sirius, vous auriez du le voir, cette loque pathétique, quand je lui ai serré le cœur de toute mes forces ! Je le sens éclater dans ma main avec un bruit à faire vomir. La bouche de Hangry déverse un flot de sang noir. Je badigeonne mes lèvres de son sang, et je dépose un baiser sur sa joue, avant de l'effacer du dos de la main. Un sorte de symbole parce qu'il avait réussi à ouvrir ma robe sans la déchirer.

J'ouvre les yeux et tombe sur le visage horrifié de Sir Black. J'avance ma main vers lui et un sursaut le prends quand ma main caresse sa joue. Je lui offre un sourire.

-Vous me croyez, semble-t-il.

Il dégage ma main d'un geste et fonce s'asseoir de l'autre côté de la pièce, comme pour se protéger de ma voix et de ce que je viens de lui raconter. De ma folie aussi, peut-être. Je toussotte et reprends le visage que tout le monde voit, peut-être aussi le plus vrai. Ma folie n'est qu'une façade qui cache tant de chose, d'envie, de sang et de meurtre… Mais n'y pensons plus. Je secoue ma tête, et tout m'apparaît plus clair.

-Je m'demande pourquoi ils m'ont foutu une malade comme toi sur les bras.

-Parce que toi aussi, tu es malade, lui répondis-je en avançant le fait que c'est une évidence.

-Oh non, fait-il en hochant négativement de la tête. Moi, je suis innocent.

-Alors pourquoi êtes-vous donc ici, hm ? Sir Black.

Il se demande sûrement pourquoi je passe du vouvoiement au tutoiement. C'est parce que je ne sais pas encore dans quelle catégorie le placer : « Il devrait être avec moi à l'étage au dessus, donc tutoiement » ou « Il devrait être à l'étage au dessous sans moi, donc vouvoiement ». Alors j'intervertis. Ça simplifie tout, d'intervertir. Si on intervertit les tours de gardes, on peut se reposer si on intervertit des musiques, ce n'est pas répétitif si on intervertit des victimes, ça ne devient pas monotone. C'est même très bien d'intervertir. Parler de chansons me donne envie de chanter, mais malheureusement, je ne suis pas née Diva, et j'ai beaucoup de mal à monter dans les aigus. Que pourrais-je donc chanter ? Ah, je sais !

-All the old paintings on the tombs,

They do the Sun Dance, don't you know ?

If they move to quick, oh hey oh,

They're falling down like a domino.

-Tu peux pas t'arrêter deux secondes ! ? s'écrie mon colocataire de cellule.

-Oh, tu n'aimes pas les Bangles ? Je devrais peut-être chanter Savage Garden, alors.

J'entame la rythmique de « I want you ».

-…Like a chica cherry cola…

-TA GUEULE ! me hurle Sir Black.

Vexée, je me couche sur sa couchette et m'enroule dans sa couverture. J'entends une exclamation choquée, probablement de lui, quelques secondes avant qu'un pas rageur ne débarque et ne m'arrache sa couverture.

-Qu'est-ce que tu crois foutre ? susurre-t-il.

-Je dors, Sir, cela ne se voit-il donc pas ?

Il a l'air soufflé par la simplicité de ma réponse. Alors, je récupère la couverture de ses mains et me rallonge. Un chapelet de jurons, suivit du bruit caractéristique de quelqu'un qui s'assoit me fait sourire.

Gagné, Sir Black.