Chapitre Huitième:
Je sors vaguement du brouillard de plaisir dans lequel je m'étais mis, et réalise avec effroi ce que je viens de faire. Neji était juste a côté. Il a dû tout entendre.
Je prends subitement ma tête entre mes mains, mes doigts agrippant nerveusement mes cheveux. Je me rhabille et demande à Kiba de faire pareil.
"Naruto mais… Qu'est ce qui se passe?"
Je le regarde, en essayant de lui faire comprendre de ne pas insister. Heureusement, il ne pose pas plus de question, et se rhabille, me suivant de près alors que je me dirige vers la cuisine… Je suis stressé. Je sais que Neji est là, je sais qu'il nous a entendus et je ne veux pas avoir à lui faire face. Je ne sais pas du tout comment il va réagir, j'aurais dû me retenir, repousser Kiba parce que là… Il va disparaître, nous allons disparaître…!
J'espère que Neji va revenir sur ce qu'il a dit. J'espère vraiment. Il ne peut pas être fou à ce point…. Si ? Je tentes de m'en convaincre et entre dans la cuisine. Et bien que je m'y attendais, je vois Neji, assis sur sa chaise, en train de siroter son thé, le visage inexpressif et fermé. Ce visage inexpressif qui me fais froid dans le dos… ça ne présage rien de bon. J'essaye de contenir les frissons d'angoisse qui me parcourent l'échine, sans grand succès, et me crispe violemment en sentant Kiba m'enserrer par la taille.
Neji nous regarde. D'abord moi, puis Kiba, et prétexte une soudaine fatigue pour aller se coucher. Je ne dis rien. Je n'ai d'ailleurs rien dis de la soirée, ni rien mangé, j'ai peur d'aller me coucher. J'ai un très mauvais pressentiment… j'ai la nausée, je suis fatigué, je me sens tellement mal… et pars finalement me coucher à mon tour. Je veux oublier ce qu'il s'est passé, et ça le plus vite possible. Kiba me rejoint.
"Dis moi ce qu'il y a."
"Rien, je me sens juste gêné par le fait que Neji nous ai entendus."
Mince… j'ai répondu trop vite, c'est pas crédible.
"Ne t'inquiète pas… je suis sûr qu'il est en mesure de comprendre ça…"
Il me prend dans ses bras, me caressant doucement les cheveux… c'est apaisant, cette sensation… et je finis finalement par m'endormir, Neji et ses menaces loin de moi…
Mais quelque chose me réveilla, plus tard dans la nuit. Un grincement, infime, un murmure dans le silence ambiant. Un bruit aussi léger qu'une plume, suivit d'une respiration profonde derrière mon oreille. Je me retourne, affolé, mais une main se plaque violemment sur ma bouche, m'empêchant le moindre son. Neji. Il est là, il va nous faire du mal, Kiba non…
Il attrape mes cheveux et me tire brutalement hors du lit. Je retiens une plainte douloureuse pour ne pas réveiller mon amour qui dort encore, et suis Neji, qui m'enferme dans sa chambre. Il me fixe avec des yeux accusateurs.
"Je n'en reviens pas Naruto… Je te pensais plus malin que ça… Tu ne m'as donc pas pris au sérieux cette après midi ? Je pensais pourtant avoir été clair."
Je le supplie du regard, je ne veux pas qu'il fasse du mal à Kiba, non…
"C'est quoi ce regard, hein? T'as pas le droit de me regarder comme ça ! C'est toi ! Tu l'as cherché ! C'est de ta faute, uniquement de ta faute, ce qui t'arrive ! Si seulement tu n'avais jamais aimé ni Sasuke, ni Kiba, je n'aurais jamais eu à te faire du mal ! Jamais ! Je t'aime bien trop pour ça… Pourquoi est ce que tu ne l'as jamais vu ? Hein ? Pourquoi tu m'as laissé derrière toi ? Pourquoi tu ne m'as pas donné de nouvelles ? Je n'avais besoin de rien d'autre que toi ! Mais ça, tu ne l'as jamais compris… Car le seul qui avait de l'importance à tes yeux, c'était Sasuke… Sasuke, Sasuke, Sasuke et ENCORE Sasuke! Et maintenant que je t'ai finalement retrouvé, c'est Kiba! Quand est ce que j'aurais enfin droit à ma place dans ton cœur, hein ?"
Alors là. Il ne m'a jamais rien dit, et moi… je lui parlais de mes sentiments, comme si, ça ne pouvait pas l'atteindre, si j'avais su, je me serai sûrement abstenu… Je le comprends, un peu. Beaucoup même. Je n'en reviens pas. Je serai devenu fou à sa place. Je serai sûrement mort en recherchant Sasuke, s'il avait disparu comme ça… Et Neji, il a réussi. Il m'a retrouvé, et je suis avec quelqu'un d'autre… C'est horrible… Mais je ne peux rien faire, je ne l'ai jamais aimé comme lui il m'aime, et ça ne changera jamais. Jamais…
Il s'approche de moi. Je comprends ce qu'il veut. Je me suis préparé mentalement a ça. Ça va être douloureux, mais il faut que je me laisse faire, pour que tout ça finisse.
"Neji, fais ce que tu veux. Mais je t'en prie… épargne Kiba, il n'a rien à voir là-dedans."
Ce n'était qu'un chuchotement déformé par ma culpabilité grandissante, mais ce fut néanmoins assez pour que Neji m'embrasse violemment. Je le repousse, mais je sais que je n'ai pas le droit de lui faire ça, alors je me force. Je pleure, je lui étouffe entre deux sanglots d'arrêter mais il me tire brusquement les cheveux en arrière. Il me mord, la mâchoire, le cou, les oreilles, chaque morsure, je le vis comme une trahison sans nom. Kiba…. Comment je vais pouvoir lui faire face après 'ça' …?
Parce que je sais que Neji va me faire mal. Il n'a pas envie de me donner quoi que ce soit, il m'en veut bien trop pour ça, c'est trop tard… Et moi, je ne pourrais pas me retenir de crier ma douleur, et Kiba… Ben ça va forcément le réveiller. Et il ne va pas comprendre de suite que je ne suis pas consentant, et donc… Ça sera la fin. De fines larmes coulent de mon cœur, en une tristesse infinie, elles me brisent l'âme, je ne veux pas que Kiba s'en aille… Encore moins à cause de moi! Mais je ne peux pas faire machine arrière, pas en sachant le danger que représente Neji pour Kiba. Même si j'arrivais à m'enfuir d'ici avec Kiba, Neji nous retrouverai et là, là ça serait vraiment la fin.
Neji me met à quatre pattes sur le sol, me baisse mon caleçon et entre d'un coup sec en moi. Le bruit de ma peau s'ouvrant à vif en un craquèlement mat, suivi d'un cri horrifiant se fait entendre.
"AAAAAAAAAAAAHHH! Aaaaah…!"
Il me déchire, me brise, me lacère de l'intérieur, je n'ai pas de mot pour décrire cette souffrance brute, à la fois physique et psychologique, cette souffrance qui me tue. Il bouge en moi, sans ménagement, juste pour me transmettre cette douleur, SA douleur, sa rancœur, sa haine et je ne peux pas m'empêcher de lui hurler d'arrêter, que ça fait mal, tellement mal, je veux qu'il cesse, qu'il me laisse… mais il n'entend plus rien, continuant ses poussées virulentes et non retenues, me faisant saigner. Il se vide finalement en moi, sans un mot, salement.
Je crois entendre un bruit à coté, une porte qui claque. Je sais que ma chambre n'a plus de porte, je prie pour que ça ne soit pas ce que je pense, j'essaye de m'échapper pour retenir l'homme que j'aime de partir loin de moi, mais la main de Neji agrippant mes cheveux pour me ramener à lui, me ramènent par la même occasion à la réalité.
"Parce que tu crois, sincèrement, que tu es en mesure de pouvoir décider de ce que tu vas faire ? Ne rêve pas, Naruto…"
Il se met à genoux devant moi, appuyant allègrement son membre de nouveau tendu sur ma lèvre supérieur, juste sous mon nez. Un odeur de sang mélangé à du sperme me prend les narines. J'ai envie de vomir. Ce que je fais. Un haut le cœur me prend et je dégueule mes tripes, enfin, de la bile puisque je n'ai pas mangé depuis ce midi. Neji me regarde, d'abord dégoûté et puis, son visage se déforme peu à peu en un espèce de masque horrible. Toute sa rancœur est peinte sur son visage si beau, étirant et déformant ses traits en un espèce d'effroyable rictus… cette vision, me traumatise, vraiment. Je n'ai jamais vu Neji comme ça. Je ne savais pas que la souffrance d'un homme pouvait le ronger à ce point.
Il me retourne violemment et me reprend. Je hurle, et hurle encore, mais personne n'est là pour m'entendre, même Kiba m'a abandonné. Si seulement, si seulement j'avais pu éviter ça, on en serait pas là… La douleur monte de plus en plus, je me sens saturer, et partir lentement, oui, partir…
J'entends des voix, des murmures… quelqu'un est désolé ? Qui ? Kiba ? Ah… Non, il est partit… Je dois rêver…
Je me réveille, quelques heures, jours après, je ne sais plus bien… je suis complètement nu, allongé par terre, couvert de sperme. Un horrible mal de crâne me prend la tête, je ne me sens vraiment pas bien… je repense vaguement à tous ce qu'il s'est passé. Je regarde ensuite autour de moi, personne. La porte est grande ouverte et il n'y pas un bruit dans l'appartement. Puis, je réalise.
Je me lève brutalement, sans prêter attention ni à la douleur qui me prend violemment le bas du dos, ni aux coins des meubles que je percute au passage me rentrant dans les côtes alors que je cours en direction de ma chambre, voir si Kiba n'y est pas. Je passe la porte, personne. Dans la cuisine peut-être… personne. Dans la salle de bain, personne. Il n'est plus là. Plus personne n'est là.
Ils sont partis, Neji, Kiba, ils sont partis… Ils m'ont abandonnés. Les seuls… Les seuls qui m'avaient acceptés comme j'étais, se sont volatilisés, comme ça, sans prévenir. Mon esprit, est totalement blanc. Ma tête, mon corps, je ne les sens plus, je n'ai plus que cet immense trou noir à la place du cœur, plus que cet immonde océan de tristesse dans l'âme, plus que ce brouillard froid et grisâtre envahissant mon esprit.
Je me laisse tomber à côté de la baignoire. Je tremble. J'ai froid. Dans l'immense désert que constitue mes pensées à ce moment précis, j'appréhende soudain l'énorme tempête se formant doucement, vicieusement dans les tréfonds de mon être. Je me lève, les yeux dans le vague, vais chercher mon cutter dans le tiroir de mon bureau, toujours fidèle au poste, retourne dans la salle de bain, pose le cutter sur le bord de la baignoire et commence à faire couler l'eau. Je tourne le robinet de sorte à ce que la chaleur de l'eau soit au maximum, et commence à me déshabiller.
J'attends. Assis, là, sur le rebord de la baignoire, le cutter posé à côté de moi, complètement nu, mes yeux, immenses océans de souffrance bleutés se perdant dans mes pensées sombres. Je suis seul cette fois, réellement seul face à mes démons. Ils se cachent, malsains, me forcent à espérer que quelqu'un viendra à mon secours mais cette fois je le sais, personne ne viendra me sauver, personne ne sera là pour m'entendre, personne ne pourra me soigner. Je suis perdu.
J'éteins l'eau, plonge un pied, puis l'autre dans ce liquide brûlant. Silence.
Les images de la nuit dernière me reviennent en tête, lentement. La douleur physique et morale de cet événement est toujours bien présente mais quelque part, c'est comme si mon esprit était déjà passé à autre chose, comme s'il était déjà partis lui aussi, rejoindre ces personnes que j'ai perdues. C'est personnes qui sont là, avec lui, il ne reste plus que ce corps si laid qui me sépare encore d'elles, ce corps qui m'enferme, qui m'oppresse, qui me force à rester loin d'elles.
Peut être qu'en le réduisant à sang une bonne fois pour toute, je me sentirai moins seul, qui sait…
J'attrape le cutter, et m'entaille doucement la cuisse. Cette incision, cette douleur, me rappelle que je suis bien là, que je souffre pour eux, que ma culpabilité n'est pas vaine, que mon cœur ne saigne pas pour rien. Alors je continue. Je m'incise le genoux, puis le flanc, le cou… Doucement, amèrement, pour bien me faire sentir la douleur, parce qu'il n'y a rien de plus efficace pour apaiser ce sentiment qui m'obsède. Ce sentiment qui grandit, qui me détruit. Je n'arrive même pas à pleurer, parce qu'après tout… C'est moi qui ai cherché ce qu'il m'arrive n'est ce pas ? C'est de ma faute tous ça, bien évidemment…
Je m'entaille plus violemment. L'eau du bain, morsure caniculaire, intensifie ma douleur, et prend une drôle de couleur. Un gris rougeâtre immonde. Oui, c'est tellement laid. Toute cette eau entourant mon corps sale, mon corps souillé… quelque part, je les comprend, tous ceux qui m'ont quitté. Qui voudrait d'un homme blessé, brisé, lâche, sale et égoïste ? D'un homme incapable de maîtriser ses pulsions? D'un homme qui préfère se détruire lentement sous les yeux de ceux qui tiennent à lui, au lieu de trouver une solution à son problème ? Qui ? Pas eux en tout cas…
Cette fois, j'y vais franchement. Je ne "m'entaille" plus, je me lacère, je me scarifie au plus profond de ma chair, jusqu'aux tendons, le sang se déversant dans cette marée immonde, la tempête faisant rage dans ma tête. Je m'amuse même à m'entailler de bout des orteils, enfonçant la pointe du cutter jusqu'à fendre l'ongle en deux. J'ai mal… Tellement, tellement, tellement mal… Je me passe du savon un peu partout sur le corps, comme pour éviter que les plaies s'infectent parce qu'après tout, je ne veux pas mourir, je n'ai pas le cran de mettre fin à mes jours, je suis bien trop lâche… le savon s'engouffrant dans mes plaies béantes me fait un mal de chien.
C'est ça, un chien. J'ai l'impression d'être un espèce d'animal ayant attrapé une sorte de maladie inconnue et incurable, recroquevillé sur lui même, saignant par tous les ports, apeuré, blessé, les yeux fous. Je me relève d'un seul coup, grimaçant sous la torture de sentir mes plaies mal rincées, s'étirer alors que je sors de la baignoire, les mains ensanglantées, le cutter au fond de cette marrée rouge. J'enroule une serviette autour de ma taille et vais dans ma chambre.
Et là… Je suis en face du miroir de mon placard. Je me vois, couvert de sang. Une image d'une violence insoutenable me fait face… C'est vraiment moi, "ça" ? Je me regarde, sous les moindres coutures. Une impression d'horreur froide, de peur à l'état brut prend d'un coup, tranchante, écrasante, bouleversante. Je me replie sur moi même sur le coup et prend ma tête entre mes mains, maladivement, agrippant mes cheveux…
Et crie.
Je ferme les yeux très fort et crie, hurle pour couvrir toutes ces images affreuses, toute cette souffrance déchirante, me balançant aux quatre coins de la pièce, trébuchant, rentrant dans les meuble, rouvrant mes ancienne plaies. Je veux oublier, oublier tout ça, tous ce qu'il s'est passé, Kiba, Neji, tout, je veux TOUT oublier ! C'est trop injuste, je ne veux pas avoir à me retrouver comme ça, je veux juste vivre, VIVRE, alors laissez moi, laissez moi !
Et alors que je continue de crier mon désespoir, je me heurte au miroir de mon meuble en un bruit fracassant. Je tombe, accompagné d'une pluie d'éclats tranchants. J'essaie de me relever, mais tout ce que j'arrive à faire, c'est m'enfoncer des bouts de verre un peu partout, certains s'enfonçant dans des stries récentes, les approfondissant. La douleur est trop grande, je sens le brouillard s'intensifier dans mon esprit, me brouillant la vue.
Oh oui, je vous en prie, laissez moi tout oublier…
