Comme tous les matins, Harry m'attendait sur notre banc dans le parc du lycée. Je m'assis près de lui, posai ma tête sur son épaule et il passa son bras autour de moi.
- Qu'est ce qui se passe? Me demanda-t-il
Je le regardai un peu surprise qu'il ait comprit, mais bien sûr qu'il a compris. Il me connait comme personne, jamais je n'arriverai à lui cacher quelques choses... Mais ça? Je sais que si je lui dis que l'on va être surement mis à la porte d'une semaine à l'autre, car nous n'avons pas assez d'argent que pour payer l'entièreté du loyer, il voudra m'aider, mais je ne veux pas de sa charité. Je savais que cela aurait dû être à mon père de se préoccuper de ce genre de choses, mais je suis depuis très longtemps l'adulte de la maison.
- Mon père, lâchais-je ne lui révélant rien de plus.
Il soupira et embrassa mon front
- Tu sais que tu peux venir chez moi, quand tu le veux.
- Je suis sa seule famille, je ne peux partir.
Il resserra son étreinte pour essayer de me rassurer. J'aimais être dans ses bras, j'aimais cette impression de sureté.
Ron venait d'arriver. Il ne marchait pas droit, soupirait en regardant les autres élèves, mais quand ses yeux se posèrent sur moi, il sourit. Je ne pus pas dire que je ne lui retournai pas avec sincérité. Quand je le regardais, je ne pouvais qu'être heureuse, il émanait quelque chose qui me plaisait... Il arriva à notre hauteur, posa furtivement ses lèvres sur ma joue et frappa son poing contre celui de son meilleur ami.
- Alors, Hermione est un bon prof? demanda Harry.
- Très et mes parents l'aiment beaucoup.
Il ne me lâchait pas du regard, attendait-il une réponse? Je ne savais pas quoi dire... Devais-je acquiescé? Dire quelques choses de gentil?
Je n'eus pas le temps de me questionner plus, que la cloche sonnait. Je ramassai mon sac qui était à mes pieds et partis vers ma classe. J'aimais le lundi, c'était le seul jour où j'avais sciences et littérature dans la même journée. Je commençai par deux heures de littérature.
Le professeur était déjà dans la classe et les élèves prirent place. Je me mis à ma place habituelle, au premier banc, à droite du bureau du professeur. J'étais la seule à me mettre devant, les autres restaient en retrait, mais, aujourd'hui, Ron vint s'asseoir à côté de moi.
- Fais attention, à la fin tes "amis" vont croire que tu es devenu un intello, dis-je en faisant le geste des guillemets.
- Ils peuvent croire ce qu'ils veulent, répondit-il en sortant ses affaires.
Je le questionnai du regard, mais il fit comme s'il ne voyait rien.
Le cours commença par la distribution des rédactions.
- Avec votre copie est agrafée la meilleure de la classe, je vous conseille de la lire pour comprendre vos erreurs, annonça madame Chamberlain.
Je regardai ma feuille et remarquai qu'il me manquait l'autre copie.
- Madame, je n'ai qu'une seule feuille...
- Oui, c'est vous que j'ai choisie.
J'entendis des rires dans mon dos, mais n'y fis pas attention.
Je n'aimais pas ça, le fait d'être mise en avant, même si c'était mérité. En plus de tout ça, je parlais de ma mère. Le mal que je ressentais de n'avoir jamais su qui l'avait renversé alors qu'elle rentrait à la maison, ce trou que je ressentais dans ma poitrine dès que je pensais à elle... Je me sentais nue, face aux autres.
À la fin du cours, le prof' me retint.
- Votre texte était de loin le meilleur, me dit-elle. Il y a un concours de bourse à l'université de New York, accepterais-tu que j'envoie ton texte? Enfin, si tu es intéressée par l'école.
- Bien sûr.
Je ne dis rien de plus et sortis de la classe. Je n'avais aucune chance de toute façon...
Ron était adossé au mur en lisant ma copie et je lui arrachai des mains. Je m'assis sur les marches qui menaient aux classes et fondis en larmes.
Je ne voulais pas qu'on connaisse ma vie, car plus les personnes en sauraient plus ils pourraient m'atteindre. Jusque-là ils ne pouvaient pas m'atteindre, mais maintenant? Quand toute l'école se rendra compte que je ne suis pas aussi dur que l'on aurait pensé, vont-ils s'amuser à me détruire? Vont-ils se servir de ma peine pour m'humilier? Jamais je n'aurai dû écrire cela.
La personne que j'aurais cru parti s'assit près de moi et posa sa main sur mon genou.
- Ton texte est magnifique, me souffla-t-il. Je ne vois pas ce qui te gêne...
J'essayai de retenir mes sanglots, en vain.
- Ils vont me détruire! Ils ne me laisseront plus de répit!
Il prit mon menton et me fit tourner la tête vers lui. Ses yeux me regardèrent avec une infinie profondeur.
- Jamais je ne les laisserai faire ça, je te le promets.
Il embrassa une larme qui coulait sur ma joue et je lui fis un sourire triste.
Malgré ses paroles, je savais qu'il ne pourrait pas les arrêter... Il ne les connait pas comme je les connais.
