Message de l'auteur : Après deux ans sans pouvoir se connecter de façon « libre » (plus d'internet), je peux enfin de nouveau naviguer à mon gré. Voici la suite.
Disclamer : les personnages de Subaru, Arashi, Sorata et Karen appartiennent au Clamp.
Crédits : Riku, Lise, Léo et Gloria sont sous le copyright de Subaru192.
Chapitre 3 : « Chiens »
Le jour se levait sur la ville londonienne, l'épaisse brume du matin laissait passer avec difficulté les faibles rayons du soleil, créant un jeu d'ombres et de lumières. Lentement, les démons de la nuit disparaissaient laissant derrière eux un silence des plus inquiétants.
Un chien errant renifla le contenu d'une poubelle renversée, chipant un reste de viande crue. Survivant dans les sombres rues, côtoyant vagabonds et toxicomanes, il avait développé une agressivité des plus mordantes. Il releva soudainement la tête et huma l'air. Une étrange odeur y flottait et le canidé la goûta en la faisant passer contre son palais. Une respiration faible et sifflante résonna dans la ruelle, se camouflant dans la bise du matin. Le chien se mit à grogner contre l'obscurité de l'impasse, il lâcha quelques aboiements d'avertissement, voulant intimider l'ennemi. Lentement et d'un pas décidé, il s'avança dans le creux entre deux maisons, les babines retroussées.
Un gémissement se fit entendre et l'angoissant son de l'étranglement s'en suivit. Le silence étouffa à nouveau les lieux.
L'aube filtra la brume matinale et vint frapper le haut de l'impasse. Sur l'un des murs en pierres, une substance rouge et dégoulinante fut dévoilée.
Clignant des yeux, Riku tourna la tête sur le côté, l'esprit ensommeillé. Se mettant en position assise, la couette recouvrant ses jambes, elle s'étira et examina la pièce où elle se trouvait. Le lit était au milieu de celle-ci, le haut collé contre le mur, à sa droite se trouvait une armoire, près de celle-ci dans l'angle droit au fond se trouvait la porte de la chambre. Sur la gauche de l'adolescente, se situait une fenêtre dont les rideaux rouges et tirés laissaient passer timidement les rayons du soleil. Une coiffeuse et une petite commode étaient installées en face du lit. Enfin une table de nuit munie de deux tiroirs accompagnait son couchage.
Les souvenirs de la veille lui revinrent en tête et un voile rosé se posa sur ses joues, se rappelant de s'être fait déshabiller par un homme ! Dieu si sa mère le découvrait, elle s'en évanouirait. La gêne disparut sous la sombre réalité de la situation. Jamais elle ne le saurait car à présent la jeune adolescente était seule et méprisée par sa famille, ayant soi-disant jeté le déshonneur sur celle-ci. Et étant donné le style de sa nouvelle maison, elle allait bien devoir s'y habituer.
On frappa contre la porte de sa chambre, celle-ci s'ouvrit et laissa entrer Lise. La jeune femme s'asseye sur le lit, fixant la jeune fille. Elle était vêtue d'une nuisette blanche, légère et transparente, s'harmonisant avec ses longs cheveux châtains rouges qui caressaient avec douceur sa fine taille. Son visage était un peu ovale, fin et gracieux tout comme le reste de son corps. Sans nul doute, elle devait être très appréciée par ses clients.
Elle offrit un sourire à la petite nouvelle tandis qu'elle se présentait.
- Bonjour et bienvenu Riku. Mon nom est Lise mais tu peux m'appeler Lili si tu veux. Ma chambre est juste à côté de la tienne, c'est « Vienne ». Ah oui, ici chaque chambre porte le nom d'une ville, la tienne est « Rome ». Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à m'appeler.
Prenant un air sérieux, Lise planta son regard sur Riku et la détailla ouvertement, la faisant rougir dans l'élan. Sans aucun préavis, elle se jeta sur la pauvre jeune fille.
- T'es trop mignonne ! S'écria-t-elle en câlinant l'intéressée telle une peluche.
Aussi joyeuse qu'une petite fille recevant une nouvelle poupée, Lise entraîna la petite nouvelle à sa suite pour prendre le petit-déjeuner, toujours recouvertes de leurs tenues de nuit. L'escalier descendu, la salle à manger se situait à droite du hall. La table recouverte d'une nappe orange ornée de motifs blancs présentait quelques mets pour se rassasier et commencer convenablement une nouvelle journée de travail. Deux hommes, l'un brun et l'autre châtain, ainsi qu'une femme blonde aux cheveux bouclés y étaient attablés.
- Bonjour tout le monde ! Claironna la voix de Lise.
- La ferme Lili ! Fut la réponse de trois personnes encore embrumées par le sommeil.
Ignorant celle-ci, Lise s'installa à sa place avec Riku. Toujours avec entrain, elle se servit du café et des viennoiseries ainsi que la jeune adolescente puis elle présenta ses collègues.
- Alors ! Que je te présente ces trois marmottes. Elle s'est Gloria, fit-elle en désignant la femme aux cheveux or. A ses côtés se trouve la « noisette », il s'appelle Léo.
Léo était un homme d'une trentaine d'années à la bonne carrure et ne s'étend pas rasé une légère barbe accentuait son charisme en y ajoutant un brin de sauvagerie. Contrairement à la blonde qui fusillait du regard la jeune Riku, celui-ci offrit un sourire des plus rassurants.
- Il fait un peu peur au premier abord mais en réalité c'est un véritable nounours, taquina Lise. Quant au dernier, je crois que tu le connais !
Le troisième convive était Subaru, le jeune homme salua sa protégée d'un signe de tête.
- Et bien ? Je t'ai connu plus amical ! Surtout lors d'une torride soirée, rajouta Lise avec un regard pétillant de malice.
Son collègue sentit le manège se mettre en marche, embêter il s'empressa d'y couper court.
- Lili, tu veux bien te calmer ce matin, on n'est pas d'humeur.
- Ah oui ? Je ne vois pas pourquoi, c'est un jour comme les autres, si n'est qu'on une nouvelle petite sœur.
Se tournant vers celle-ci, elle lui chuchota quelques mots en veillant bien à que les autres l'entendent.
- Tu verras, quand tu seras prête, tu auras le privilège d'onduler sur lui ! A moins que tu ne préfères sous ? S'exprima Lili sur un ton des plus innocents.
Reposant avec brutalité son bol sur la table, éclaboussant ainsi la nappe avec du café brûlant, Subaru se tourna subitement vers son amie, la colère assombrissant ses yeux et haussant son ton.
- Lili ! Tu ne peux pas t'en empêcher !
- Et bien quoi ? C'est vrai, non ? Elle en a de la chance ! Moi je n'ai eu qu'une seule occasion de profiter de tes compétences, très satisfaisantes au passage, rajouta-t-elle en levant l'index pour appuyer sa confirmation.
- Tu es pénible. Je tiens à te rappeler que l'on était saoul ce soir-là !
- Je m'en souviens et j'en suis très contente d'ailleurs, continua Lise le sourire au coin des lèvres, et ne me dis pas que cela t'a déplut. Dois-je te rappeler comment tu étais passionné sous moi ?
Alors que Riku était totalement perdue dans la tournure de la conversation, peu habituée à de telles remarques, Gloria et Léo ne pipèrent mots tellement blasés de leurs chamailleries. Chaque matin, c'était le même spectacle et les taquineries de Lise continuaient à chaque fois que Subaru se retrouvait dans la même pièce qu'elle. Cela virait parfois à de l'obsession chez elle car la jeune femme le considérait comme un fruit des plus délicieux à défaut d'une peau très robuste, tel un chat sauvage qui une fois apprivoisé devenait sûrement très affectueux. Soupirant d'exaspération, Subaru essaya à nouveau de faire cesser la torture.
- J'ai commis la plus grande erreur de ma vie cette nuit-là.
Cette fois, Lise ne ria pas. Très sérieuse et sur un ton sec, elle trancha la phrase de son ami tout en soulevant son bol rempli de caféine et plongeant son regard dans le noir liquide.
- Non. La plus grande erreur de ta vie est que tu ne sois pas encore parti d'ici.
Cette phrase le blessa puisqu'il ne pouvait nier le sous-entendu de celle-ci. Car la jeune femme avait beau être joueuse et indécente, lorsqu'elle s'y mettait elle savait frapper là où ça faisait mal.
Ce que personne ne savait, c'était ce qu'il s'était réellement passé ce soir-là.
En vérité, leur petite sauterie n'aurait jamais eu lieu si en fin de soirée, tous étourdis par l'alcool, Lise n'avait rendu visite à Subaru dans sa chambre. Outre le fait qu'il était à moitié saoul, c'était surtout qu'il était mal, son regard voilé par une profonde tristesse au point que Lise lui présenta une bouteille de vodka à moitié pleine. Buvant au goulot et par grandes gorgées, il s'était littéralement noyé dans le liquide fort. Puis le mur se brisa et les larmes coulèrent le long de son visage tandis que la bouteille en verre finissait son parcours en roulant sous le lit. Il était comme brisé, en réalité l'alcool lui faisait revivre des moments qui lui étaient à la fois si précieux et pourtant si douloureux.
Attendrie et en bonne amie, Lise lui offrit une bise sur la joue, avalant au passage une de ses larmes. Par la force des choses et aussi que le jeune homme avait besoin d'être consolé, les deux hôtes passèrent la nuit ensemble.
Mais durant la passion, la jeune femme avait eu l'impression d'être transparente à ses yeux et lorsqu'elle lui prodiguait caresses et baisers, l'intensité du regard de son partenaire dévoilait qu'une tierce personne occupait les pensées de Subaru. Mais ce fut surtout le nom qu'il murmura lors de la jouissance qui confirma ses doutes. Un nom qu'elle ne put oublier à son réveil malgré le cerveau compressé par une belle gueule de bois. Elle lui avait part des souvenirs de leur nuit, franche comme elle l'était. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise lorsque son ami lui avoua ce que ce nom représentait pour lui et ce qu'il s'était passé cinq ans auparavant, du moins en partie car ce que Lise ignorait était que de connaître toute l'histoire la mettrait inévitablement en danger.
Après ses explications, elle lui avait promis de ne rien dire à personne, comprenant pour qui les gémissements et regards de la veille étaient destinés. Cependant, en échange de son silence, elle pourra continuer ses taquineries autant qu'elle le voudra et dans un sens Subaru n'en attendait pas moins d'elle.
Suite à cette phrase, le petit déjeuner se déroula dans un parfait mutisme. Une fois rassasiés, tous les cinq montèrent au premier étage pour prendre une vigoureuse douche. Une salle de bain pour les hommes, une autre pour les femmes. Il était sept heures trente et aussi les premiers à être debout, en général les autres occupants se réveillaient vers les dix heures car on était lundi de ce fait le travail ne commençait qu'en début d'après-midi.
Seules dans la salle d'eau des hôtesses, Lise et Riku purent profiter de l'eau chaude. Habituée à avoir la compagnie d'une domestique, Riku se sentit un peu perdu de retrouver seule et en présence d'une inconnu. Prenant sur elle, n'avait-elle d'autre choix ? Elle jeta timidement un regard derrière elle et se figea, choquée. Lise était entrains de se laver les cheveux et ceux-ci relevés exposaient au grand jour et aux yeux de l'adolescente leur secret. En plein milieu du dos une grande cicatrice zébrait sa peau. Lors du coup, cette blessure avait dut abondement saigner et la douleur être déchirante. Avec une telle cicatrice c'est presque étonnant que la jeune femme soit vivante, celle-ci s'étendait en travers du dos, partant de l'omoplate gauche jusqu'au flanc droit. Ce retournant, Lili fut surprise de voir Riku pleurer, la jeune fille prise en faute s'enflamma furieusement et baissa les yeux, honteuse. Il n'en suffit pas plus pour deviner la cause de sa peine et de son embarras.
- … tu apprendras qu'ici chacun a sa charge à porter. Et malgré le style de la maison, c'est tout de même un bon endroit pour recommencer une nouvelle vie. Ici on a un toit, un lit, de la nourriture et surtout de la compagnie en présence de Karen. Pour le travail, c'est vrai qu'il n'est pas reluisant mais c'est déjà ça, au moins on aura pas à devenir la pute du patron et d'être traité comme de la merde.
Pour la partie intime de ce métier, peut-être que tu n'auras pas à le faire. Tout à l'heure, je ne faisais que te taquiner. Et puis tu as de la chance que ce soit Subaru qui s'occupe de toi. Il est intimidant et assez distant, voir taciturne mais c'est un homme bien, protecteur à sa manière. On ne le dirait pas mais lorsqu'il est arrivé il était un peu comme toi. Il lui a fallu tout apprendre du métier et même savoir « jouer » avec son corps. La seule chose de regrettable est qu'au lendemain matin de son premier travail, son visage avait changé. Il s'était refermé sur lui. Faut dire que le client, et non ce n'était pas une femme, était un peu spécial, pas vraiment violent mais assez exigeant voir pervers. Je le sais pour me l'être coltiner plusieurs fois. Enfin...depuis cette nuit, il est devenu le Subaru de maintenant. Dommage, il est encore plus séduisant en souriant.
Pendant ce temps, au deuxième étage, Subaru parcourait les pages du dossier du meurtre Shinoda.
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Les dernières informations sont un peu troublantes. D'après les domestiques, les parents Shinoda semblaient préoccupés les jours précédents leurs assassinats. Suite à un appel en pleine nuit, Kyogo Shinoda partit précipitamment du domicile avec sa serviette de médecin, prétextant une urgence. Pourtant il semblait effrayé et à même ordonner qu'à son départ il soit vérifié que toutes les entrées et sorties soient bien fermées et que les domestiques encore debout fassent des rondes jusqu'à son retour. Ce fut tôt dans la matinée qu'il rentra, juste avant que le petit déjeuner ne soit servît et il précisa à ce que personne n'en informe le reste de la famille.
Je tiens à te signaler que j'ai passé pas mal de temps à rédiger ce rapport, les sources étant assez méfiantes et cette dernière information m'a été difficile à obtenir car les domestiques sont exemplaires et j'ai dut ruser.
Tu trouveras sur la dernière page leurs coordonnées.
Coince ce malade !
Silver Cat
PS: Comme « cette affaire » va à nouveau t'occuper, je suis certain que tu ne vas lire que les pages qui t'intéresses mais toutes sont importantes (en plus je me suis démerder pour glaner des informations ici et là), Côté police, sur qu'ils ne vont pas tout te dire, déjà qu'ils ne font pas entièrement confiance en ton clan (remarque heureusement pour eux qu'ils ne connaissent pas toute la vérité sur celui-ci !) et aussi que le dossier est normalement fermé donc ce sera à nouveau dans l'anonymat.
En gros, si il y a une boulette, t'attend pas à qu'ils viennent t'aider !
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Tournant la page du document, il trouva des adresses et des numéros de téléphones. Se dirigeant vers sa table de nuit, située à gauche du lit, il en sorti du tiroir un stylo-plume et un bloc-notes où il griffonna à la hâte les coordonnées. Rangeant le rapport dans le tiroir caché de son armoire et glissant le bout de papier entre deux habits, il partit prendre une bonne douche froide. Une fois habillé et recouvert d'un manteau bleu marine, la note dans l'une des poches, il se rendit à la demeure Shinoda dans les quartiers nord de la ville A son arrivé, une voiture grise était garée devant le portail et un homme en sortit avant de venir à la rencontre de Subaru, le regard méfiant.
- Bonjour Monsieur Sumeragi. Vous êtes ponctuel, c'est déjà ça. Je suis le remplaçant du commissaire Vision, mon nom est Williams. Croyez-moi que ce n'est pas de gaieté de cœur que je fais cela, en temps normal un dossier clos reste un dossier clos mais l'ordre de votre intervention vient de l'un de mes supérieurs... Bien, suivez-moi.
Sonnant au portail de la grille, un domestique s'empressa de leur ouvrir et de les faire rentrer après avoir vérifié leurs identités.
Intérieurement, Subaru était lasse d'entendre ce genre de discours. Ce que la police et ce commissaire de rechange ignoraient était la véritable motivation du supérieur en question. En réalité, celui-ci travaillais pour le clan et se chargeait de récupérer illégalement une partie des stocks de drogues interceptés par la doyenne avec l'aide de quelques policiers lui faisant office de subalternes.
Après avoir passé le hall de la demeure et la porte le séparant de la salle à manger située en face de l'entrée, ils se retrouvèrent en la compagnie de deux jeunes adolescents, l'un debout contre la porte-fenêtre donnant sur le jardin de derrière tandis que l'autre était assît sur le canapé et serrait sa jeune sœur contre lui. Le commissaire prit la parole sur un ton qui se voulait chaleureux.
- Messieurs, Mademoiselle. Je suis le commissaire Williams et voici Monsieur Sumeragi appelé spécialement pour l'affaire. Il a été informé des faits concernant le meurtre de vos parents, aussi il pourra aider sur des détails que nous ne pouvons découvrir avec la procédure ordinaire.
L'ainé des jumeaux dévia son regard du jardin pour fixer les intrus. C'était un jeune homme de 17 ans, châtains, les yeux noisette et le corps assez bien battit par des années d'entrainements. En tant que fils ainé, ce fut à lui de prendre en main la gestion de la maison et de la famille aussi intervenu-t-il sur un ton légèrement haussé.
- Et pouvions nous savoir ce que cet homme a de plus à nous apporter ?
- Bien entendu, répondit le commissaire, Monsieur Sumeragi est une sorte de médium.
- Tiens donc. Sans vouloir être insolent mais la police n'a-t-elle rien d'autre à faire que de nous ramené un charlatan asiatique.
- Je comprends votre réaction Monsieur Shinoda mais le supérieur qui nous la recommandé nous a assuré que est quelqu'un d'honnête, possédant de bonnes capacités et les ayant plusieurs prouvés au regard du commissaire que je remplace.
- Si vous le dites. Néanmoins je préférais le voir de mes propres yeux même si en toute franchise je ne crois nullement à de telles calomnies.
- Monsieur Shinoda, je comprends votre méfiance mais...
- William-san, c'est inutile de continuer, interrompit Subaru en se dirigeant vers le milieu de la pièce.
Sortant quatre ofudas blancs de l'intérieur de son manteau et les posant, les uns sur mes autres, au creux de sa paume, il murmura un mantra. Lentement le premier papier se déforma dans de petits froissements, ses plies se transformant en des ailes recouvertes de plumes, tel un film au ralenti le petit rectangle blanc se métamorphosa en un petit oiseau au plumage délavé qui s'envola pour se poser sur la table basse au milieu de la salle à manger. Les uns après les autres, trois messagers ailés naquirent des mains du médium. Chacun des volatiles s'envola pour se poser sur les épaules de leur maitre ainsi que celle de Shinji, de Shin et d'Aya Shinoda qui avait relevé la tête au son des crissements de papiers. L'apparence des oiseaux était différente de celle des colombes d'un illusionniste. Leurs fronts étaient ornés d'un troisième œil. Les regards de l'assemblée furent variés, intrigué pour Shin, émerveillé pour Aya, surpris pour le commissaire et septique pour Shinji Shinoda. Par un ordre silencieux, les quatre shikis se déformèrent en une seconde pour retrouver leur forme d'origine.
- Voilà un tour réussi avec finesse Monsieur Sumeragi, déclara l'ainé des jumeaux sur un ton amusé, mais cela reste du passe-passe.
Indifférent à cette remarque, Subaru s'inclina légèrement pour prendre congé. Il y était habitué mais ne se souciait guère de ne faire qu'une simple apparition de shikis. Il n'avait aucun compte à leur rendre et surtout pas à se faire remarquer avec prestance et dans un sens sa modestie devenait une qualité. Se retournant une dernière fois en franchissant le seuil de la salle de séjour, il rajouta:
- Je reviendrais une fois la nuit tombée, Messieurs, Mademoiselle. Williams-san, il est inutile de me raccompagner.
Une fois sorti des Shinoda et interceptant un coché, il se rendit à la demeure d'une amie de leur famille, une certaine Lisa Scotting, âgée de 68 ans et éleveuse de chiens, située à la périphérie de la ville.
Après avoir payé la course, il se retrouva face à une maison de couleur brique, une faible lumière s'échappait des fenêtres dont les volets étaient encore ouverts. Sonnant au portillon, une petite femme d'une soixantaine d'années vint à sa rencontre de sa marche lente et légère. Son allure s'accommodait à l'ambiance que dégageait sa maison, celle d'une vie simple et paisible où perdurait la tradition familiale de l'élevage canin avec dévouement et affection.
En ce matin d'avril, le vent était encore agressif et la femme sera le châle de velours qui protégeait ses épaules.
Une fois à l'abri dans la demeure, de petites tornades heurtèrent les jambes du jeune homme. Baissant le regard, cinq petits chiots au pelage terre brûlée sautillaient à ses pieds, l'invitant à jouer avec eux. S'accroupissant, le jeune homme tendit la main pour caresser les têtes chaudes, amusé par leur accueil.
L'hôte et son invité se dirigèrent vers le salon suivit de près par les petites bêtes dont l'une avait fini dans les bras de Subaru. En effet, il n'avait cessé de monter sur les genoux de l'inconnu pour approcher son visage lorsque celui-ci s'était accroupi.
Le salon était composé de deux grandes vitrines où étaient exposés des assiettes et plats en porcelaine ornés de diverses variétés d'oiseaux. Des napperons où reposaient des photos de famille et vases remplis de fleurs fraîches recouvraient deux commodes de bois cirés. Au milieu de la pièce et encerclé par deux canapés en tissu de couleur ambre trônait une table basse vitrée sur laquelle était posé deux tasses et une théière encore fumante.
Alors que Madame Scotting ouvrait la fenêtre coulissante pour permettre aux chiots de s'amuser dans le jardin. Le petit mâle, qui avait harcelé Subaru, préféra rester sur ses jambes après que celui-ci est été invité à s'assoir. Se désintéressant de sa fratrie, le chiot se roula en boule et se pressa contre le ventre de son nouvel ami. Petit à petit sa respiration devient lente et régulière tandis qu'il s'abandonnait dans les bras de Morphée.
Les premières gorgées de thé avalées, le jeune Sumeragi prit la parole.
- Je vous remercie de votre coopération. Comme vous l'a dit William-San, le couple Shinoda a été attaqué par un chien. En tant que proche et éleveuse, vous comprenez pourquoi la police vous considériez comme un suspect. Mais en premier, je voudrais en savoir plus sur le comportement canin. Une fois entraîné, un chien peut devenir une arme mais peut-il le devenir par lui-même ?
- Bien entendu. Si l'animal considère l'homme comme un rival, il peut en effet vouloir le chasser de son territoire. Le pire des scénarios serait qu'il considère l'homme comme une proie. Il est tout de même plus rare de rencontrer un individu isolé, les chiens étant des animaux sociaux, leurs instincts les poussent à agir en groupe.
Pendant plus d'une heure, Subaru questionna Madame Scotting sur le comportement du chien ainsi que sa relation avec Miho Shinoda. Il apprit aussi que Lise était veuve depuis dix ans et que ses enfants devenus aussi éleveurs étaient partit vivre à l'étranger. Elle vivait seule avec ses sept chiens.
Avant de partir, Lise Scotting incita pour qu'il emmène le petit mâle qui ne l'avait pas quitté tout le long de sa visite.
- Je ne peux pas devenir son maître. Il existe des personnes plus convenables que moi, répondit-il avec une légère tristesse.
Il sentit qu'il l'a blessa avec son refus. Peut-être faisait-il une erreur en laissant ce chiot.
Le soleil était à son zénith et Subaru alla déjeuner dans un bar située dans la basse-ville. Il avait un rendez-vous avec une personne muni d'information de la plus haute importance, surtout pour lui.
Attablé devant son assiette, il attendit en entamant son repas. Au bout de quelques minutes, la chaise en face lui racla le sol. Levant le regard, une jeune fille lui fit face. Elle se nommait Arashi Kishuu, c'était une lycéenne et une novice du temple d'Isé situé au Japon. Elle ne travaillait pas pour le clan Sumeragi mais suite à son arrivé à Londres, elle s'était retrouvé mêlée à une affaire de possession et y avait fait la connaissance du jeune hôte. Elle connaissait quelque peu les Sakurazuka et les Sumeragi mais ce fut un ami, moine du mont Koya, qui découvrit par la lecture du ciel qu'un complot se déroulait entre les deux clans et qui avait soit pour origine soit pour conséquence la perte d'un membre de la famille de Subaru.
Rejetant ses longs cheveux noirs sur ces épaules, Arashi entama la discussion dans le vif du sujet, n'ayant que peu de temps.
- Subaru-san, la seule chose que je peux vous dire est que « la troisième étoile rejoindra celle des Pléiades ». J'ignore la signification de cette phrase mais il semblerait, d'après les dires du maître de Sorata, qu'un lien intense et violent se crée entre les deux. Un lien tabou ».
A suivre
