Chapitre 2 : Août 965
Morne et gris. En Ecosse tous les jours se ressemblaient, le temps restait le même comme si un puissant mage avait décidé de le figer. Cela était impossible bien sûr, mais c'était le sentiment que j'avais à l'égard du temps. Je laissais choir le parchemin que je tenais entre mes mains. C'était une invitation, je l'avais reçue trois jours plus tôt, par hibou. Je l'avais relu maintes et maintes fois, jusqu'à me souvenir du plus petit détail du texte.
A tout juste 19 ans, moi, Rowena Serdaigle était déjà bien connue dans le monde des sorciers. J'avais reçu une éducation magique que peu de jeune femme avait droit. Seul apprendre toujours plus m'intéressais et je ne partageais donc gère les préoccupations des autres jeunes filles de mon âge, qui étaient de se trouver un mari et de tenir convenablement une maison en attendant l'arrivée des enfants au monde. Mes parents, à leur grand désespoir n'auraient pu penser que payer une éducation à leur fille de très bon parti, causerait une telle rébellion de sa part. Cependant, j'avais fait la promesse que je me chercherais un mari avant mes vingt-cinq ans. Je savais que c'était extrêmement tard pour les habitudes de notre société, mais je pensais que pour le moment il y avait tant de chose à découvrir et à faire, que je ne voulais gâcher ce temps précieux avant que je ne me trouve enchaînée à mes devoirs de mère et d'épouse. De toute façon personne ne se faisait véritablement de soucis pour moi, sans me vanter je me savais belle, et ma famille était très riche. Me marier ne serait qu'une simple formalité, le temps venu.
- Pumkini.
Une porte s'ouvrit sans bruit et une jeune elfe de maison fit son apparition dans la chambre. Elle était absolument minuscule, au détail près que ses oreilles, elles étaient immenses comparées au reste de son corps. Je me demandais parfois comment cela se faisait-il que sa tête ne bascule point sur le côté à cause du poids de ses oreilles pointues. Elle portait un drap immaculé que j'avais fait ajuster à la taille pour que cela ressemble à une robe afin que l'on devine que c'était une femelle.
- Tu diras à mes Parents que je suis bien partie à la réception où j'étais conviée. Je vais probablement rentrer très tard dans la soirée alors qu'ils ne se fassent point de soucis. Je sais qu'il est d'usage que les jeunes filles se fassent accompagner de leurs parents, mais je préférais m'y rendre seule. Ils comprendront. Du moins, je l'espère.
Ma petite elfe s'inclina respectueusement et referma la porte doucement. Je me levais et me plaçais devant le miroir pour vérifier que ma toilette était parfaitement en place. Satisfaite, je fermais les yeux, fit le vide dans mon esprit pour me concentrer sur une destination bien précise. Je me sentis étouffée comme prise dans un étau pendant quelques secondes, avant que la pression ne disparaisse aussi subitement qu'elle était venue. Une odeur nauséabonde parvint à mes narines. Un mélange de sueur et de déjection aussi bien humaine, qu'animale. J'ouvris les yeux et observais l'endroit dans lequel je me trouvais.
- Bienvenue, murmurais-je pour moi-même, voici un charmant village connu pour son hygiène exemplaire, continuais-je, ironique.
Je me mis en marche, pressée de sortir de cette petite bourgade miteuse, où des paysans, tous des moldus, me regardaient fixement, se demandant probablement ce que pouvait faire une jeune femme de mon rang dans un tel endroit, et surtout comment j'avais bien pu arriver ici. Ne souhaitant gère attirer plus l'attention que nécessaire, je me concentrais sur ma destination.
Je voyais déjà l'imposant château fort se dessiner non loin de là, à travers la lande. Pendant environ un quart d'heure, je marchais sur un petit sentier, tout en marmonnant des formules pour le rendre un peu plus praticable, en aspirant la boue qui s'était formée après les pluies de la veille. Quand enfin j'arrivais devant les grandes portes en bois brut, je poussais un soupir de contentement, puis frappais le panneau de bois à l'aide d'un lourd anneau en bronze. La porte s'ouvrit sur un petit elfe de maison portant une toque dix fois trop grande pour lui.
- Bonjour je m'appelle Rowena Serdaigle, dis-je d'une voix légèrement pompeuse.
- Bien Madame avez-vous l'invitation ? répliqua le petit elfe d'une voix étrangement grave pour sa taille.
- Bien évidemment, je l'ai lue encore avant de partir.
J'ouvris ma cape et tendis ma main vers ma bourse avant de me figer brusquement. Je me revis chez moi, en train de poser le parchemin sur mon bureau, et ne plus y prêter aucune attention. Je me retournais vers le petit elfe et tentais de me donner un air très supérieur.
- Me demander à moi, si j'ai bien mon invitation ? Mais sache petit être que des invitations j'en reçois des centaines par semaine ! Je ne peux m'encombrer avec tous ces papiers, ma célébrité doit largement suffire à me laisser passer. Décale-toi je te prie.
- Désolé Mademoiselle, je n'ai ordre de ne laisser entrer que des sorciers présentant une invitation, même si je n'ai aucun doute sur votre incroyable célébrité.
Il se courba poliment mais refusa de me laisser le passage. J'étais très gênée d'avoir été remise à ma place par un elfe de maison. Je décidais d'abandonner mon air supérieur, de toute façon, cela ne m'allait point.
- Bon, peux-tu appeler tes maîtres ? Je ne suis gère venue jusque ici pour que l'on me refuse l'entrée.
- J'ai bien peur que ce soit impossible, ma Maitresse est très occupée et mon Maître est absent.
Alors que je me voyais déjà repartir, marchant sur les chemins bourbeux, une voix salvatrice se fit entendre.
- Que se passe-t-il donc ici?
Une jeune femme apparue aux cotés de l'elfe. Bien que ronde, elle était plutôt jolie. Elle avait un nombre incroyable de tache de rousseur sur le visage, mais ce qui restait le plus frappant chez elle était ses cheveux bouclés d'un roux flamboyant qui étaient ramené en arrière en une coiffure compliquée.
- Et bien Truster, pourquoi ne laisses-tu point entrer cette jeune femme ? Il me semble pourtant que Mademoiselle Serdaigle fait parti de mes invitées.
- Je vous demande pardon maitresse, mais j'avais ordre de ne laisser entrer personne sans invitation.
- Il est vrai. Heureusement que j'ai décidé de faire un tour par ici, sinon vous auriez pu rester toute la soirée dehors ! Vous êtes ma dernière invitée, nous n'attendions plus que vous, je suis venue ici, pour savoir si Truster avait une quelconque nouvelle. Venez ! Je vais vous faire visiter le château, enfin seulement une partie, si vous saviez, c'est tellement grand ! Mon mari tenait à avoir quelque chose de très grand, pour moi une belle maison en toit de chaume m'aurait largement suffit, ah vous savez comment sont les hommes ! Tout compte fait non vous ne savez point, du moins point encore, mais je vous laisse le soin de vous faire une idée.
Je pénétrais dans le château et écoutais mon interlocutrice avec attention, un sourire aux lèvres. C'était ma première rencontre avec la châtelaine et je me sentais déjà à l'aise, peut être étais-ce en partie grâce à la bonne humeur contaminante de la Dame, ainsi que les flots de paroles ininterrompus qu'elle prononçait. Nous avançâmes dans un couloir très large. Sur les murs, de grandes tapisseries étaient accrochées représentant des scènes de chasses ou de banquets. Toutes ces tapisseries étaient animées, ce qui voulait dire qu'elles étaient de provenance magique, et devaient donc coûter bien cher.
- Cela ne dérange t'il point votre mari d'organiser une réception chez lui, sans sa présence ? C'est votre elfe qui m'a prévenue qu'il était absent.
Je savais que ce genre de choses était bien loin des coutumes habituelles, où le mari devait occuper la place la plus importante dans le couple et donc être omniprésent.
- Mon mari ? Qu'elle idée ! Ce château m'appartient, il a été acheté avec mon argent, j'ai donc le droit d'y faire ce qu'il me plait ! J'ai eu la chance de tomber sur quelqu'un de bien, même si c'était un mariage arrangé. La famille de mon mari est extrêmement noble est se disait très riche. Ma famille à donc décider de s'unir à la leur, quelle ne fut la déception de mes parents lorsqu'ils découvrir qu'en réalité les Poufsouffle étaient ruinés depuis quelques années, mais qu'ils se gardaient bien de le faire savoir ! Je ne suis pourtant point malheureuse, nous sommes suffisamment riche, en faisant attention, nos générations futures vivrons sans soucis dans le confort. De plus j'aime sincèrement mon mari et réciproquement. Vous devriez être là lors des réunions de famille, cela vaut franchement le détour ! Nos parents respectifs se quittent à chaque fois un peu plus fâchés ! Mais je dois vous ennuyer avec ces histoires.
- Que nenni, m'empressais-je de répondre. Au contraire vous me confortez un peu plus dans l'idée que les mariages arrangés sont la chose la plus stupide qui n'ai jamais été inventé.
- Je vous reconnais bien là ! Vous êtes exactement, comme le dit votre réputation. Une vraie révolutionnaire ! Il est rare de voir des personnes comme vous, mais pourtant il le faut bien, pour faire évoluer les choses. Je sais que je suis une femme discrète qui aime vivre confortablement. Mais je n'ai point toujours été sage et je vous envie. J'aimerais me raccrocher à une cause. Je pense que cela en vaut la peine, de plus j'ai l'argent pour.
Je ne pu m'empêcher d'être flattée par les propos de mon interlocutrice.
- Vous savez il n'est point trop tard, pour le faire, dis-je, vous êtes encore jeune et vous avez du cœur, tout est possible.
Helga eu un petit rire.
- Vous êtes gentille, mais trêve de compliment. Venez rejoindre mes invités qui rêvent de vous connaitre. Je suis sûre que vous leur ferez très bonne impression.
Je répondis par un petit sourire crispé, je n'étais jamais très à l'aise aux réceptions, j'étais trop différente des autres, on me jugeait constamment du regard, on me questionnait parfois brutalement, et cela n'arrangeait guère d'être une femme. Les hommes se croient toujours supérieurs et n'oublient jamais d'être désagréable ou de me rappeler ce que je devrais normalement faire, c'est-à-dire trouver un mari et être une bonne épouse.
Cependant, quand je pénétrais dans la salle de réception, je compris aussitôt que mes inquiétudes n'étaient point justifiées. Il n'y avait qu'une petite dizaine de femmes, seules, sans parents ou compagnons à leurs côtés. Je fus soulagée d'avoir eu la présence d'esprit de venir sans ma famille et je me détendis aussitôt. Je fis un petit sourire à mon hôtesse, puis m'approchais vers le groupe de femmes qui parlaient tranquillement.
La soirée fut très agréable. J'écoutais les histoires des autres, débattais sur des sujets plus ou moins important, riais, je racontais aussi quelques périodes de mon histoire. La majorité des sorcières avaient une bonne place dans la société magique, mais toutes étaient avant tout des amies de Mrs Poufsouffle. Si au début je me sentis gênée par les rapports amicaux que toutes ces femmes entretenaient entre elles, je fus vite touchée en comprenant que l'hôtesse de maison m'avait aussi invitée dans le but de se lier d'amitié avec moi, et je ne demandais gère mieux. En observant les autres sorcières, il ne me fut point difficile de voir que j'étais la plus jeune. En discutant ici et là, j'appris que toutes étaient mariée depuis plusieurs années déjà, et que la moitié d'entre elles se trouvaient déjà veuves, soit parce qu'elles avaient été mariées à des hommes beaucoup plus vieux qu'elles, soit parce qu'ils avaient été emportés par toutes les maladies qui s'étaient avérées particulièrement virulentes depuis quelques mois.
De nature curieuse je ne pu m'empêcher de leur demander ce qu'elles pensaient du mariage arrangé. Sans la présence des hommes, il fut évident qu'elles n'hésitèrent point à dire tout le mal possible sur cette pratique peu glorieuse pour la gente féminine. Pour elles il fallait au moins interdire les mariages incestueux, de cousinage, également lorsque les deux futurs époux on une différence d'âge trop importante. Mais lorsque je leur demandais si elles étaient prêtes à défendre leurs opinions face au reste du monde, j'eu le déplaisir de constater qu'aucunes d'elles n'en avaient le courage, et l'on me répondit gentiment : « Un mariage sans amour n'est point si terrible, nous finissons toutes par nous y habituer, il faut devenir raisonnable et l'accepter. »
Je hochais la tête, refusant de me disputer avec elles, cependant je me promis intérieurement de ne jamais devenir comme elles, je voulais vivre pour mes idées et mes opinions et non pour satisfaire l'opinion publique.
