Callie remit de l'ordre dans ses dossiers et les rangea dans le tiroir de son bureau. Sa journée de travail s'achevait. Elle enfila sa veste et éteignit sa lampe. Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, elle aperçut Arizona dans sa cellule. Elle s'arrêta et prit un instant pour l'observer. Cette femme était sa meilleure chance d'atteindre son ennemi mais elle éprouvait quelques scrupules à la manipuler. Son affection pour elle grandissait à mesure que l'enquête avançait, ce passé commun n'avait fait que renforcer cette attirance indescriptible qu'elle ressentait pour elle mais ses sentiments ne devaient pas la détourner de son objectif. Sa fille était sa plus grande faiblesse, elle décida de l'exploiter. Elle demanda à un officier de lui ouvrir la porte et s'avança vers son ancienne ennemie. Cette visite tardive surprit Arizona qui n'avait pas la force d'affronter un nouvel interrogatoire.

Arizona : Qu'est-ce que vous voulez ?, lui demanda-t-elle, lasse.

Callie : J'ai vu votre fille aujourd'hui, elle est vraiment adorable.

A l'évocation de sa fille, l'instinct maternel d'Arizona resurgit. Elle se leva d'un bond et darda sur la détective un regard des plus menaçants.

Arizona : Vous n'avez pas le droit de la mêler à ça !

Callie posa une main sur son bras pour la calmer.

Callie : Rassurez-vous, je n'en ai pas l'intention. Si je suis venue, c'est uniquement pour vous permettre de l'appeler.

Elle sortit de la poche de sa veste son portable et le lui tendit. Arizona fixa le mobile avec méfiance. Ce geste était bien trop inattendu pour qu'il soit anodin. Cherchait-elle à la piéger ?

Callie : C'est mon téléphone personnel, il n'est pas sur écoute. Je sais que vous avez besoin de la rassurer et elle, elle a besoin d'entendre votre voix. Elle ne doit pas comprendre pourquoi sa maman n'est pas près d'elle ce soir...

Arizona la jaugea du regard, de plus en plus perplexe devant ce changement d'attitude soudain. Elle prit néanmoins le portable, voulant bien croire que sa démarche soit dépourvue d'intérêt et composa le numéro de son domicile. La jeune détective se retira discrètement et patienta non loin de la cellule.

A l'appartement, Amelia bordait Sofia en lui lisant son histoire préférée mais la petite fille avait l'esprit ailleurs. Depuis qu'elle avait espionné la conversation entre les amies de sa mère et les policiers, un flot de questions la tourmentait.

Sofia : Pourquoi maman est en prison ?

La question surprit Amelia qui cessa sa lecture. Comment Sofia avait-elle connaissance de la situation ? Maura et elle avaient pourtant pris soin de ne pas l'évoquer devant elle. Elle préféra jouer la carte de la prudence.

Amelia : Ta maman n'est pas en prison...

Sofia : Si, j'ai entendu tata Maura le dire à la méchante dame.

Elle n'avait plus aucune alternative, elle se devait de lui dire la vérité au risque qu'elle se fasse de fausses idées. Elle ferma le livre et la serra contre elle.

Amelia : Ta maman n'est pas vraiment en prison, elle est au commissariat. En fait, quelqu'un a fait une grosse bêtise, donc cette personne, elle doit être punie. Les policiers ont cru que c'était ta maman mais ils se sont trompés. Le temps qu'ils réparent leur bêtise et ta maman sera libre. Je te promets qu'elle sera bientôt avec toi. Faut pas qu'elle manque de te voir dans ta robe ! , ajouta-t-elle afin de détourner la conversation.

Son stratagème fonctionna.

Sofia : Tu l'as bientôt finie ?

Amelia : Presque ! Il ne me reste plus qu'à accrocher les papillons dessus et elle sera prête.

La sonnerie du téléphone retentit dans l'appartement. Elles entendirent Maura prendre l'appel puis des pas se rapprocher. La jeune femme entra dans la chambre en souriant et tendit le téléphone à la petite fille.

Maura : Tiens Sofia, c'est pour toi.

Sofia se redressa et attrapa l'appareil qu'elle porta à son oreille.

Sofia : Allo, c'est qui ?

La fatigue eut raison d'Arizona qui se laissa submerger par l'émotion. Des larmes se formèrent aux coins de ses yeux sans qu'elle puisse les maîtriser. Elle n'était séparée de sa fille que depuis ce matin et pourtant, elle avait l'impression que cela faisait déjà plusieurs jours qu'elle n'avait pas entendu cette petite voix qui égayait sa vie.

Arizona : Ma chérie, c'est maman.

Les yeux de Sofia se mirent à pétiller et un sourire illumina son visage pour la première fois depuis qu'elle était sortie de l'école.

Sofia : Tu vas bientôt rentrer à la maison ?

Arizona : Je ne sais pas encore, je l'espère.

Sofia : Tu me manques beaucoup. Moi je sais que t'es pas une méchante !

A ces mots, Arizona comprit que sa fille savait où elle s'apprêtait à passer la nuit. Elle eut un pincement au cœur en songeant à l'image qu'elle devait se faire d'elle.

Arizona : Tu me manques beaucoup aussi ma chérie...

Sofia : Je t'aime maman.

Arizona : Moi aussi je t'aime. Très très fort.

A l'extérieur de la cellule, Callie prêta attention à la conversation malgré elle. La culpabilité la rongeait. Jamais une manipulation semblable ne lui avait posé un tel problème de conscience auparavant. Elle se convainquit que c'était un mal pour un bien. Arizona obtenait des nouvelles de sa fille et elle, gagnait sa confiance. L'enjeu de cette affaire était devenu bien trop important pour qu'elle y renonce maintenant. Cette traque était la sienne. Son plan était simple : Amadouer Arizona, la questionner sur son frère et la protéger. Elle venait de réaliser la phase un, restait maintenant à engager une conversation. A la fin de l'appel, elle retourna dans la cellule et prit le portable qu'Arizona lui rendit.

Arizona : Merci...

Ses larmes eurent raison des intentions sournoises de Callie. Leurs regards s'accrochèrent. Celui d'Arizona exprimait de la reconnaissance, celui de Callie des regrets. La tension qui avait caractérisé leur rencontre s'était envolée au profit d'une compréhension qui ne nécessitait aucune parole. Callie ne s'attachait jamais, c'était une règle à laquelle elle ne dérogeait pas mais cette femme l'invitait à la transgresser. Elle aurait voulu sécher ses larmes, la prendre dans ses bras, la réconforter tout simplement mais l'éthique le lui interdisait. Si elle esquissait le moindre geste envers elle, les preuves de son innocence seraient remises en question du fait de leur rapprochement. Elle préféra abréger cette visite avant de commettre un faux pas et se retira sans un mot sous le regard déçu d'Arizona qui commençait à son tour à s'interroger sur ce que la détective éveillait en elle.

Après cette journée éreintante, Callie ressentit le besoin d'extérioriser cette colère qu'il lui devenait difficile de canaliser, sans compter la frustration qui venait de s'ajouter. Elle passa rapidement chez elle prendre quelques affaires puis prit la direction de sa salle de sport habituelle. Une fois en tenue, elle ajusta sa queue de cheval et enfila son équipement afin de se livrer à son activité favorite : le kickboxing. Elle s'échauffa doucement puis donna dans un sac de frappe une série de coups dont la puissance s'accrut au fil des minutes. La rage qui l'animait accompagna chacun de ses mouvements. Sa frustration ne faisait qu'augmenter sa force de frappe. Au bout d'une heure d'entraînement, elle retira ses gants. Elle était parvenue à évacuer la tension qui contractait ses muscles mais son désir inassouvi demeurait. Elle se changeait lorsque son portable sonna. Cristina lui proposait de venir boire un verre chez elle avec Henry et Mark. Généralement, elle n'avait aucun souvenir de ce genre de soirée le lendemain. C'était exactement ce dont elle avait besoin en cet instant. Elle rentra chez elle prendre une douche puis enfila une tenue détendue. Elle se rendit chez son amie où Mark et Henry étaient déjà présents. Cristina aimait ce genre de soirées qui lui permettaient d'approcher intimement Callie. Son corps n'avait plus de secrets pour elle, sa partenaire le lui avait offert à maintes reprises mais elle espérait parvenir un jour à gagner son cœur. Cette conquête serait dure, rares étaient celles à y être parvenues mais Cristina ne s'avouait pas vaincu. Elle lui servit un verre puis prit place à ses côtés sur le canapé. Son parfum l'envoûtait. Ce soir, c'était certain, Callie serait sienne. Tous enchaînèrent les verres les uns après les autres et leurs esprits commencèrent à s'embrumer à cause de l'excès d'alcool qu'ils venaient de consommer.

Cristina : Alors Burton, sexy l'avocate hein?

Henry : Qu'est ce que tu racontes ?

Cristina : Tout à l'heure, tu la dévorais des yeux, on aurait dit un petit chien qui regardait son maître lui apporter un os !

Henry : N'importe quoi...

Callie : Tu n'étais pas très discret Henry...On l'a tous remarqué.

Mark : Tu peux parler ! Tu t'es vue avec ...comment elle s'appelle déjà ? Anna ? Arina ?

Callie : C'est Arizona, imbécile. Je vois que l'alcool ne te réussit pas.

Mark : Oh ça va, comment tu veux que je retienne un prénom pareil aussi ?

Callie : T'as bien réussi à retenir le mien, répondit-elle avec un grand sourire taquin. De toute manière je ne vois même pas pourquoi on parle boulot en pleine soirée beuverie !

Henry : Peut-être parce que c'est ton genre de femmes ! Blonde aux yeux bleus, de taille moyenne avec de belles jambes et avec apparemment du monde au balcon ! Que demander de plus ? Hein Calliope ?

Mark : Avoue que tu aurais aimé lui passer les menottes autour de ses jolis petits poignets... Je sais pas toi mais j'ai toujours rêvé de coucher avec des lesbiennes..., s'exclama-t-il rêveur en regardant Henry.

Henry : Pas spécialement non !, répondit-il avec un sourire amusé aux lèvres avant de reporter son attention sur Callie. Qui sait, elle est peut-être bisexuelle j'aurais pu tenter ma chance mais comme je suis un ami super sympa je te laisse la voie libre !

Callie : Vous m'énervez !

Feignant d'être agacée par leurs réflexions, la jeune femme prit un coussin sur lequel elle était adossée et le lança aux garçons. Ces derniers entreprirent de le lui relancer et une bataille de coussins s'engagea. Les deux hommes prirent rapidement le dessus en lui bloquant ses poignets tout en continuant de la frapper gentiment avec l'oreiller mais, jalouse de ce rapprochement même amical, Cristina les regarda avec attention. Au bout de plusieurs minutes de jeu, les garçons s'arrêtèrent et quittèrent l'appartement après les avoir embrassées. Une fois leurs amis partis, Cristina s'approcha dangereusement de Callie puis s'assit sur les genoux de la mexicaine en prenant ses poignets pour les mettre au dessus de sa tête et les maintint fermement.

Cristina : Vous êtes ma prisonnière Détective Torres..., murmura-t-elle avec sensualité en s'avançant vers ses lèvres pulpeuses.

Aidée par l'alcool, Callie ferma les yeux alors que la coréenne embrassait ses lèvres avec passion. Cristina glissa ses mains sous le haut de la belle hispanique.

Callie : Cristina..., murmura-t-elle entre deux soupirs.

Cristina : Laisse-toi aller Callie...

Calliope soupira alors que Cristina commençait à s'occuper de son cou, ses mains se baladant sur le corps de sa partenaire qu'elle redécouvrit avec plaisir. Elles finirent par se donner l'une à l'autre lors d'un moment de partage et de tendresse.