Good evening everbody! Je vous ai manqué? Je parie que oui! (excusez-moi, je suis d'excellente humeur aujourd'hui, oh oh oh ^o^) De toute façon, vous ne devriez pas vous plaindre, parce que je vous ai favorisées par rapport à mes lectrices sur une autre fic que j'étais censée updater avant celle-ci ;P

Je me suis rendue compte en relisant vite fait mon dernier chapitre que j'avais oublié de citer dans mes remerciements le nom de deux revieweuses: Alexis et La fourmi qui boit du rhum XD. Je m'excuse aussi pour la faute de frappe sur le pseudo d'Axeliste, ainsi que sur celui de evils-roses. Je suis une auteure indigne T.T

Merci à La fourmi qui boit du rhum XD, elinska, Lavyuu, Saki-parle, Kamazu, Alexis, Ako-Cissnei, Zyukage, miss's-dgrayman, Dieu chouette à plumes (encore un nouveau pseudo? xD), Shigure-sensei, Ariane 57, Chowa-Chan, Manuka, misi-chan, Destination darkness, Axeliste pour vos reviews sur le dernier chapitre! 17 reviews pour un seul chapitre! Je vais pleurer éwè

Merci beaucoup à tout le monde, de m'avoir suivie pendant ces 8 chapitres et ces 16 mois! Je suis particulièrement fière de cette fic que j'adore... je crois que c'est une de mes meilleures dans le fandom dgm! D'ailleurs je n'arrive plus à penser aux personnages du manga autrement qu'à travers cette fic (je sais, c'est nul et un peu égocentrique... mais j'y peux rien T.T maintenant quand je me raconte dans ma tête des petites histoires KomuiReever (ça m'arrive plus souvent qu'on ne pourrait le croire xD) c'est tout le temps ce Komui et ce Reever...) Bref! J'espère sincèrement que ma fic vous aura autant marqué, et je crois que c'est le cas, quand je relis vos reviews. Merci énormément pour tous ces commentaires qui ont su me donner foi en ma propre écriture! Je n'aurais jamais cru que cette fic irait aussi loin... 111 reviews! C'est du délire! Je vous adore!

Bonne lecture! Appréciez bien ce dernier chapitre~!

Jour 3

Partie III

Les hélicoptères étaient arrivés au camp pendant que Kanda et son unité allaient libérer Lavi. Le premier, chargé de tout le matériel du campement, était déjà reparti. A son bord, on avait réussi à caser les prisonniers, surveillés par quatre soldats armés. Arrivés en Amérique, les terroristes seraient pris en charge par une unité spéciale. Les trois autres hélicoptères avaient déjà été remplis des sacs des soldats, et les quelques militaires qui n'avaient pas participé à la mission de récupération attendaient à l'intérieur des appareils que tous ceux qui étaient revenus blessés du village soient soignés et prêts à monter à bord.

L'euphorie était palpable sur la piste d'atterrissage. Un frisson parcourait chacun des soldats, comme un sursaut de joie et d'espoir. Comme s'ils y croyaient enfin, comme si leurs rêves déments devenaient réalité. Chacun revoyait en pensée le visage de ceux laissés en Amérique, toutes les femmes, les enfants, les amis, les parents. Chacun formulait dans sa tête le planning de son retour. Emmener son épouse au restaurant, rentrer pour le week-end chez ses parents, rendre visite aux amis de la fac, aller au zoo avec les gosses.

Lenalee fut la première à ressortir de la tente de Komui, avec quelques pansements sur le visage et un bandage au bras. Elle était suivie par la petite fille, à qui elle avait promis des vêtements. Les sept autres militaires sortirent eux aussi de l'infirmerie, avec l'ordre de se changer avant de monter dans leur hélicoptère.

-Tu fais quoi quand tu seras de retour à New-York ? demanda Komui en apparaissant près de Cross.

Il avait laissé Lavi seul dans sa tente, après lui avoir parlé de Kanda.

-Voir ma mère.

Le Chinois eut un petit rire surpris.

-What ? demanda Cross avec un sourire.
-Non, je croyais que tu irais voir d'autres genres de femmes… Si tu vois ce que je veux dire.
-Très élégant, merci.
-De rien.

Les deux hommes souriaient comme des idiots, les bras croisés, surveillant l'avancement du départ.

-J'imagine que Wenham sera là à l'atterrissage ? supposa Cross.
-Evidemment.
-Après tous ces mois, tu n'as pas peur qu'il soit…
-Allé voir ailleurs ? Non. Pas Reever.
-Everybody's ready ? demanda Cross à Allen qui revenait du dortoir, tout propre et tout habillé de frais.
-Yeah, presque, répondit l'albinos en montant dans un hélicoptère.

Lenalee arriva peu après lui, puis Krory, Miranda et tous les autres. Kanda les rejoignit le dernier, appuyé sur sa béquille, accompagné de l'orpheline.

-Monte dans l'hélico, brat. J'arrive, dit-il en poussant la fillette dans le dos.

L'orpheline secoua la tête, effrayée.

-Laa. La dernière fois que j'ai vu un truc comme ça de près, des soldats en sont descendus et ont tué tout le monde.
-Je dois parler en privé au crétin. Attends-nous ici.

La fillette acquiesça. Kanda faillit sourire, attendri. Elle était toute propre et Lenalee lui avait prêté un T-shirt Mickey qui tombait comme une petite robe. Si on ne tenait pas compte de ses joues creuses, de ses bras frêles et de ses pieds nus, on aurait juré avoir devant soi une enfant comme les autres.

Kanda lui ébouriffa les cheveux. Puis il s'éloigna pour parler à Komui.

-Where's the dumbass ? demanda-t-il au Chinois.

Ce dernier, qui exposait à Cross les raisons pour lesquelles il était impossible que Reever l'ait trompé, dut s'interrompre pour lui répondre.

-Dans ma tente. Il se repose.

Kanda acquiesça et se dirigea vers la tente en question. Il souleva le pan de bâche qui servait d'entrée et pénétra dans l'infirmerie. Lavi était couché sur le seul lit qui restait. En l'entendant entrer, il se redressa et ouvrit l'œil. Le roux le fixait, intensément troublé.

-On n'a pas eu beaucoup de temps pour parler depuis la nuit passée. Il s'est passé pas mal de choses ce matin, commença Kanda avec une légère hésitation dans la voix.
-Ouais. Je me suis fait enlever, arracher un œil, torturer. Tu m'as sauvé, tu as arrêté des terroristes, tu t'es fait tirer une balle dans la hanche, tu as recueilli une orpheline. Le tout en une matinée.
-Il ne s'est rien passé cette nuit.

Lavi soupira.

-Non. Je n'ai pas couché avec le Staff Sergeant le plus sexy de toute l'US Army. Je n'ai pas eu l'orgasme le plus énorme de toute ma courte vie. Je n'ai pas reçu un baiser de l'homme le plus glacial que la Terre ait porté.

« Je ne suis pas tombé amoureux du plus grand crétin de la galaxie ».

-Je ne m'excuse jamais. C'est un de mes codes d'honneur. Ne jamais faiblir, ne jamais céder.
-Où tu veux en venir ?
-Mais des fois, je pense à voix haute, continua-t-il sans l'écouter. Bouche tes oreilles, je sens que je vais penser tout haut.
-Qu'est-ce que tu…
-« Je n'aurais jamais dû laisser ce crétin sans surveillance ». Voilà, tu peux déboucher tes oreilles.

Lavi était sidéré.

-Je ne m'excuse jamais, répéta Kanda.
-Ok.
-Tiens, c'est Lee qui m'a dit de te le rendre.

Lavi attrapa au vol le rectangle noir que lui avait lancé Kanda. Son magnétophone.

Le Japonais sortit de la tente. Lavi se leva d'un bond et le suivit à l'extérieur, jusqu'aux hélicoptères qui s'apprêtaient à décoller. Kanda attrapa l'orpheline et la porta d'un seul bras, l'autre tenant sa béquille, et il monta à bord de l'un des appareils.

-Can I have your number ? hurla Lavi, désespéré.

Mais le soldat ne l'entendit pas, à cause du bruit des rotors. Komui, qui était dans le deuxième hélicoptère, lui faisait signe de monter à bord.

Le rêve s'évaporait. Lavi et Kanda rentreraient par des chemins différents, sans même savoir s'ils arriveraient au même endroit, au même moment… Le journaliste rejoignit le médecin dans l'hélicoptère.

OoOoO

Lavi s'isola au fond de l'hélicoptère, loin des exclamations de joie des autres passagers. Il alluma son magnétophone et l'approcha de son oreille. La voix de Komui grésilla dans le haut-parleur.

-Tu seras accompagné de Captain Cross, Corporal Lee, Corporal Lotto, Sergeant Krory, Lieutenant Cloud, Sergeant Walker et Lieutenant Sokaro.
-Je suis le seul fautif,
protesta la voix de Kanda. Je n'ai pas à mettre en péril la vie de plus de vingt pourcent de l'unité.
-Tais-toi ! Ici, je donne les ordres. Si j'ai dit que plus de vingt pourcent de l'unité t'accompagnait, c'est que plus de vingt pourcent de l'unité va t'accompagner.
-Les hélicos arrivent dans une demi-heure.
-Ils attendront. Il y a une vie qui est en jeu, une vie qu'on peut sauver. Durant ces trois ans de guerre, chacune de nos vies était en danger et si la mort menaçait l'un de nous, rien ni personne n'aurait eu le devoir de la sauver. Mourir était normal. C'est le principe de la guerre. Aujourd'hui, la guerre est finie. Alors si je dois mettre en péril la vie d'une partie de mon unité, je le ferai. Parce que vous, vous avez de quoi vous défendre. Lui est seul et sans rien. La guerre est finie, chaque vie a de nouveau de l'importance. La guerre est finie.

Il y eut quelques secondes de silence et Lavi crut que l'enregistrement était fini. La voix de Kanda s'éleva à nouveau.

J'ai pensé que ça te servirait pour ton article. J'ai pris cinq minutes pour dire tout ce que je n'ai pas eu le temps de te raconter durant ces trois jours. Je fais ça parce que… je ne pense pas que tu sois réellement un planqué. Il faut que tu en aies dans les tripes pour venir te mêler à un conflit auquel tu n'es même pas obligé de prendre part. Pas comme moi. Même si la guerre est officiellement finie, tu es bien placé pour savoir que ce genre de choses n'a pas de fin. Il faut être vraiment courageux pour acheter un billet d'avion aller-retour pour la guerre, en ayant l'espoir naïf d'avoir effectivement l'utilité du ticket retour. Moi je serais venu avec un ticket aller-simple. C'est pour ça que je ne te supporte pas. Tu crois encore en quelque chose. Enfin, je m'égare. Je disais… euh… ah, oui. Il faut être courageux pour faire ce que tu as fait, partir armé uniquement d'un appareil photo. C'est courageux et con. Mais bon, j'ai pas pris cinq précieuses minutes de mon temps pour te flatter sur des trucs que tu sais déjà. C'est pas dans mes codes d'honneur. Je vais te dire un truc sur la guerre, un truc qui vaut pour moi et pour les civils. Un truc qu'il faut que tu mettes dans ton article, pour que les vrais planqués d'Amérique sachent ce qu'on endure. Je vais te dire à quel point ça peut être douloureux pour un militaire de devoir obéir aux ordres. La brat a dû te raconter comment on s'est rencontrés la première fois. You remember, le premier soir, quand j'avais parlé du froid qui prend dans ton cœur quand tu vises une cible, une pauvre fucking gamine, dont le seul fuckingcrime est d'être là ? Ben la brat, c'était elle. J'avais pour ordre d'éliminer tous les membres de cette famille et je fouillais les décombres. Je suis tombé sur une gamine, coincée là depuis des heures, mais qui ne versait pas une larme. Elle me regardait dans les yeux et elle m'a dit qu'elle les connaissait pas, those damn United States, et qu'elle avait pas à mourir pour un truc qu'elle ne connaît pas. Je l'ai vraiment visée, mais j'ai pas su tirer. C'était pas tant le problème de tuer un enfant. Je l'avais déjà fait. Mais elle soutenait mon regard. Alors je l'ai dégagée et je lui ai dit de se barrer.

Ça m'étonnerait qu'elle t'ait raconté notre deuxième rencontre. Elle en a assez honte, I think. Pourtant c'est important.

J'avais fait une descente au village et je l'avais trouvée dans une impasse. Il faisait nuit, elle ne m'a pas reconnu. Elle devait avoir sept ans, à l'époque. J'étais armé de mon M4, elle portait un modèle plus léger qu'elle devait avoir volé à un boy. Là, je n'avais plus la possibilité de fermer les yeux. Even if she was a kid, elle restait une civile armée qui me menaçait. Je me suis moqué d'elle, elle devait être trop faible to pull the trigger. Elle m'a fait taire en tirant une salve à quelques mètres de moi. Une simple démonstration de sa force.

J'aurais pu la tuer à cet instant, ou du moins la neutraliser et la désarmer. Mais je me suis avancé dans la lumière et je lui ai demandé if she remembered. Elle m'a reconnu mais me tenait toujours en joue. On a bien attendu un quart d'heure avant de baisser les armes. Elle m'a demandé pourquoi je ne la tuais pas. Je lui ai retourné la question. Elle n'a pas semblé comprendre. Puis je lui ai expliqué ce que je vais t'expliquer : war is a struggle for life. Tue avant d'être tué. Bats-toi jusqu'au bout. A l'époque, je croyais vraiment que cette guerre serait ma dernière. Alors, pour moi, mourir de la main d'une gamine que j'avais mise en joue contre ma volonté… c'était l'idéal.

La brat m'a dit : « We're not dead. La prochaine bombe va peut-être nous tuer, mais pour l'instant on n'est pas morts ». Ça m'a fait du bien de parler avec cette gamine trop mature. C'est ça, la guerre. We're not dead. Parce que si même une orpheline de sept ans qui dort à la belle étoile avait tant d'espoir en elle, c'est que j'en étais capable aussi.

Je lui ai demandé son nom, elle n'a pas su me répondre. Pour être à égalité, je ne lui ai pas dit le mien. Je lui ai dit que je m'appelais « monsieur Sergeant ». Tu avais raison quand tu disais que mon identité militaire avait englobé toute autre identité.

J'aurais dû confisquer son arme à cette brat. Mais il y avait quelque chose en elle que j'aurais insulté en faisant cela. Finalement, je suis sorti de l'impasse. Je lui ai dit qu'on se reverrait sans doute, si je ne mourais pas.

Chaque rencontre était une sorte de victoire sur la mort. On n'était pas morts. On tenait debout. Quand tous les autres mouraient, on restait vivants malgré tout.

Elle a dû te dire que je l'ai frappée, une fois. C'est parce qu'elle pleurait après la mort d'un stinking dog qui la suivait partout, soi-disant son seul ami. Je lui ai dit qu'elle arriverait jamais à la fin de la guerre si elle s'arrêtait pour chaque mort. Sergeant Daisya était encore vivant, à l'époque, alors je ne pouvais pas vraiment comprendre… enfin. On s'est engueulés à cause de ça. Et je l'ai frappée. Mais quand on s'est réconciliés, on a juré qu'on serait forts. I cried no more since that day. Not even when they took his corpse. C'est pour ça que je peux pas la voir pleurer. Because I don't cry anymore.

Bon. Je crois que j'ai tout dit. J'espère que tu feras un fucking énorme article, que tu recevras le Pulitzer. Parce que les gens doivent savoir ce qu'il se passe ici.

Je profite du fait que je ne te verrai plus jamais pour te dire que tu es un crétin, mais que te raconter la guerre est ce qu'il m'est arrivé de mieux depuis le jour où j'ai dégagé la brat des décombres. Write your article. On n'est pas morts.

La voix de la gamine retentit.

On n'est pas morts ! Et on va à Nouille-Ork !

Lavi éteignit son magnétophone et essuya la larme qui coulait sur sa joue.

Tout ce qu'il lui restait de Kanda.

Un enregistrement pour son article. Parce que Kanda est le genre d'homme à sauver ses compagnons et partir sans un mot. Il est le genre d'homme à tenir les promesses que d'autres ont faites pour lui, sans s'en vanter.

Le genre d'homme à rendre Lavi fou d'amour et à disparaître sans laisser de trace.

OoOoO

On n'est pas morts

Je suis parti trois jours dans le désert, là-bas, où la guerre consume les hommes, avec pour mission d'interviewer un boy de l'armée américaine. Je devais être publié dans le New-York Times, un petit article parmi tant d'autres, vous savez, un petit encadré entre la météo et les chiens écrasés. Mais le boy que j'ai interviewé m'a dit que je devais faire un « fucking énorme article ». Le rédacteur en chef, me trouvant trop présomptueux, m'a mis à la porte. Alors je publie mon « fucking énorme article » sur internet, en espérant qu'entre deux téléchargements illégaux de musique, vous allez trouver le temps de lire mes lignes.

Le boy s'appelle Sergeant Yuu Kanda. Sergeant Kanda pour les journalistes, Kanda pour les compagnons d'arme, Yuu pour les crétins et m'sieur Sergeant pour les intimes.

Comme beaucoup d'autres boys, Sergeant Kanda est un militaire avant d'être un homme. Je pourrais vous dire qu'il fait ça pour défendre sa patrie, pour se sentir utile à la société, pour avoir un idéal à poursuivre.

Mais c'est faux.

La guerre, c'est une affaire de famille, chez lui. Une tradition.

Je ne mettrai pas de photo de lui dans cet article, pour la simple et bonne raison qu'il a profité de quelques minutes d'inattention de ma part pour trafiquer mon appareil numérique. Il a effacé tout ce qui le concernait de près. Sergeant Kanda est comme cela, je vous le présente parce que c'est important de savoir qui il est pour comprendre ce qu'il dit.

Il est courageux et fort. Il est râleur et moqueur. Il feint l'indifférence mais est très sensible. Trop, peut-être, pour le métier qu'il fait. Si vous le connaissez, ne lui dites pas que je vous ai dit cela de lui. Il est très fier.

Pour vous dire ce que Sergeant Kanda pense de la guerre, je dois aussi vous parler de ses relations. Je ne vous dirai pas qu'il est célibataire, qu'il est orphelin, qu'il est asocial. Je ne vous parlerai pas de l'Amérique et des milliers d'amis facebook. Je vous parlerai d'enfant martyr, de fillette à la liberté sacrifiée sur l'autel de la guerre. Je vous parlerai de la brat, la brat parce qu'elle n'a pas d'autre nom, la brat parce qu'elle est haute comme trois pommes. Elle est tous les enfants de la guerre : enfant soldat, enfant orphelin, enfant battu, enfant de la rue, enfant adulte, enfant rescapé, enfant fuyant, enfant émigrant. Elle est le miroir déformant de Sergeant Kanda : il est adulte, elle est enfant, il est homme, elle est fille, il est militaire, elle est civile. Mais ils sont forts, fiers, sauvages, enflammés, sensibles, asociaux.

Je dispose d'une photographie de la brat, grêle dans son T-shirt Mickey, offert par le Corporal Lee. C'est Sergeant Kanda qui m'a fait cadeau du cliché, sans que je le sache. Il a trafiqué mon appareil.

Avant d'en venir au point essentiel de cet article, c'est-à-dire l'avis du Sergeant Kanda sur la guerre, je dois lui adresser mes remerciements, à lui ainsi qu'à la brat.

Le matin du départ, j'étais de très mauvaise humeur. J'ai stupidement décidé d'aller photographier le village en bordure du désert, seul. Il m'en reste quelques beaux clichés et j'y ai perdu un œil. Je ne remercierai jamais assez le Sergeant Yuu Kanda pour avoir dirigé une opération de sauvetage ce jour-là. Sans lui, mon cadavre pourrirait quelque part dans le désert.

Je remercie aussi la brat, qui s'est occupée de moi. Je la remercie d'avoir rencontré Sergeant Kanda et de l'avoir fait devenir ce qu'il est devenu. Le côtoyer trois jours durant fut la plus belle expérience de ma vie.

Je ne pense pas qu'il lira ces lignes. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu'il me fait confiance en ce qui est de cet article.

Ce fucking énorme article.

Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. Je ne sais pas où ils habitent. Mais je les remercie. Ils m'ont donné un peu de la grandeur qui les caractérise.

Shit. Voilà ce que Sergeant Kanda voulait que je dise sur la guerre. C'est de la merde. C'est des centaines de filles qui s'engagent au mépris des risques. C'est des millions de balles perdues. C'est du désespoir collecté dans des mitrailleuses et des tirs d'obus. C'est deuxconnards, un pour chaque pays, et des millions d'enfants qui deviennent orphelins du jour au lendemain. C'est du sang.

Sergeant Kanda, malgré son jeune âge, a vu tout ce qu'il y a à voir sur la guerre. Tout ce qu'il a à dire, il le sait et le tait. Parce qu'on ne parle pas de ça, dans leur unité, on ne parle pas de ce que tout le monde a vu, de ce que tout le monde sait déjà. Dans ce camp, on parle des rêves, on parle de l'Amérique. On ne parle pas des missions ratées où il y a plus de morts que de survivants, on ne parle pas des raids ennemis, on ne parle pas des traîtres, on ne parle pas des blessés, on ne parle pas des morts. J'ai eu cette indécence propre aux journalistes quand je leur ai demandé, droit dans les yeux, de me raconter la guerre. C'est indécent de demander à regarder des blessures.

Sergeant Kanda n'avait qu'un véritable ami, il s'agissait de Sergeant Daisya, un gosse qui s'était engagé sans en avoir l'âge. Il est tombé dans le désert alors qu'il n'avait pas encore vingt ans. Sergeant Kanda est resté debout, malgré tout, parce qu'on ne peut pas arriver au bout de la guerre si on s'arrête à chaque mort. Parce que la guerre est une lutte pour la survie. Des gosses qui s'engagent, cela arrive tous les jours, il suffit de le demander à Sergeant Walker, qui est entré à l'armée pour recevoir une bourse d'études. Des soldats qui se prennent des balles dans le corps, cela arrive aussi tous les jours. Parfois l'on survit, parfois pas.

Sir Komui Lee, un Chief Warrant Officer, médecin du camp de surcroît, le sait mieux que quiconque. Mais je lui ai promis que je ne parlerais pas de lui dans ces lignes. Tout ce qu'il y a à dire, tout ce que je peux décemment révéler, c'est que les hommes comme lui ne peuvent que souffrir en voyant toutes ces vies qu'on ne peut pas sauver, tous ces hommes qu'on envoie au massacre, chez « nous », comme chez « eux ». Comment font-ils pour lutter contre l'absurdité de leur combat ? Comment peut-on se lever le matin sans savoir si l'on se couchera le soir ? Sans savoir si nos amis seront toujours là ?

J'ai rencontré un homme qui, à cause de cette absurdité, avait trahi. Non pas pour survivre, mais pour sauver un ami qui était d'entre « eux ». L'Amérique toute-puissante ne reconnaît pas ses erreurs. L'Amérique aime distinguer le Bien du Mal. Nous, c'est le Bien. Eux, c'est le Mal. C'est pourquoi je ne dirai pas le nom de ce traître qui a sauvé son frère humain. Parce que l'Amérique n'aime pas ceux qui ne croient pas au Mal. Elle détruit ceux qui s'écartent de sa conception du Bien. Une femme, dont je ne connais que le prénom Anita, a reconnu un jour avoir cherché à s'allier avec « eux » pour sauver quelques vies chez « nous ». Elle a été arrêtée et est passée en cour martiale. Où est la justice quand une femme qui tente d'épargner son unité se retrouve emprisonnée ?

Il n'y a peut-être pas de justice dans la guerre. Pas plus que de logique ou de norme. Sergeant Kanda m'avait prévenu. Ça n'existe pas, un quota de morts, ni un mode d'emploi pour exploser des villages ennemis. La lutte pour la survie, encore et toujours.

Mais pourquoi ? Pourquoi des milliers d'hommes continuent-ils de s'engager, d'offrir leur corps aux tirs ? « La guerre est une chose horrible, mais pas la plus horrible des choses. L'esprit décadent et dégradé qui pense qu'il n'y a rien qui vaille la peine que l'on se batte est bien pire. » John Stuart Mill. Il y a forcément une raison, il y a forcément quelque chose qui en vaut la peine. Corporal Lenalee Lee s'est engagée peu après l'effondrement des tours jumelles, parce qu'une amie y était morte et parce qu'elle avait l'impression de pouvoir faire quelque chose pour que cela ne se reproduise plus jamais. Voilà tout. Il suffit que le Président déforme les faits, qu'il présente cet attentat comme un crime de « l'Axe du Mal », alors que c'est l'Amérique qui a fourni en armes les talibans, que c'est la CIA et Bush qui ont formé Ben Laden et que seul un esprit américain gavé de films hollywoodiens aurait pu avoir l'idée de faire se crasher un avion dans des gratte-ciels. Il suffit qu'Oncle Sam agite le drapeau de la vengeance pour faire oublier que c'est le pétrole qui l'attire au Moyent-Orient. L'Amérique guide les Américains à la baguette de la peur, tout simplement, en présentant l' « autre » comme le Mal. Les hommes que j'ai rencontrés ont vraiment cru se battre contre Satan. Puis ils ont vu les hommes face à eux, qui n'étaient que des hommes qui comme eux croyaient se défendre d'un envahisseur maléfique.

Je ne cherche pas à détruire les valeurs de l'Amérique. Je ne cherche pas à discréditer notre nation. Je cherche juste à comprendre. Sergeant Kanda avait compris, tout comme Tyki Mikk, cet homme qu'un traître a sauvé. Je pense qu'il faut le voir pour le comprendre. Seuls ceux qui ont vu la mort de près savent quelle est la valeur de la vie. De même, seuls ceux qui ont vu la guerre de près savent quelle est la valeur de la paix.

(…)

Avant de clôturer ce fucking énorme article, je vais expliquer son titre. « On n'est pas morts ». Le cri de ralliement d'une brat et d'un boy. Parce que tant qu'on vit encore, on n'est pas morts. Parce que malgré la guerre, il faut vivre quand même. Parce qu'il faut profiter du calme entre deux bombes. Parce que tant que l'autre n'a pas appuyé sur la détente, on a encore le temps de le faire. Et surtout, parce qu'on peut décider de ne jamais appuyer. Sergeant Kanda n'a jamais appuyé sur la détente lorsqu'il était face à la brat. C'est ça aussi, « on n'est pas morts ». C'est l'espoir qui brille encore, même dans la nuit la plus noire. C'est l'orphelin qui rencontre l'orpheline. C'est ces deux gamins sauvages qui se jaugent du regard, qui se jurent d'être forts, qui se séparent et se retrouvent. C'est ce Staff Sergeant qui s'est pris une balle dans la hanche en voulant me protéger, et qui monte dans l'hélicoptère avec cette brat dans les bras.

Je terminerai cet article par une phrase que sir Komui Lee a dite au moment où l'unité apprenait ma disparition. J'espère qu'il va bien aujourd'hui et que ses démons ne le hantent plus trop.

« Durant ces trois ans de guerre, chacune de nos vies était en danger et si la mort menaçait l'un de nous, rien ni personne n'aurait eu le devoir de la sauver. Mourir était normal. C'est le principe de la guerre. Aujourd'hui, la guerre est finie, chaque vie a de nouveau de l'importance. »

Ce qui est une autre façon de dire « on n'est pas morts ».

Lavi Bookman

OoOoO

Lavi Bookman reçut le Prix Pulitzer pour son article d'une rare sensibilité. Il passa à la télévision, devint immensément célèbre dans le métier, mais ne revit jamais le Sergeant Yuu Kanda. Plusieurs personnes lui affirmèrent qu'il avait quitté l'armée et avait disparu au Texas, en Arizona ou au Mexique.

On n'est pas morts.

Fin


Lexique

Anglais

Because I don't cry anymore : Parce que je ne pleure plus

Brat: Gamine

Can I have your number ?: Je peux avoir ton numéro?

Even if she was a kid : Même si elle était une gosse

Everybody's ready ? Tout le monde est prêt ?

I cried no more since that day : Je n'ai plus jamais pleuré depuis ce jour.

I think : Je pense

If she remembered : Si elle se souvenait

Not even when they took his corpse : Pas même quand ils ont pris son cadavre (il parle évidemment de Daisya)

Stinking dog: Chien puant

Those damn United States : Ces putain d'Etats-Unis

To pull the trigger : Appuyer sur la détente (j'adore cette expression depuis que je l'ai entendue dans « Bohemian Rhapsody », de Queen. Mama, just killed a man. Put a gun against his head, pulled my trigger, now he's dead. Mama, life has just begun… Que j'aime cette chanson =w=)

War is a struggle for life : La guerre est une lutte pour la (sur)vie.

We're not dead: On n'est pas morts

Where's the dumbass?: Où est le débile?

Write your article : Ecris ton article

You remember ?: Tu te souviens ?

Arabe

Laa : Non


Et voilà... Cette fic est finie... je posterai les deux omake à part, en commençant donc par le TykiAllen (qui a été plébiscité par une Yullen-omane, c'est-à-dire une personne génétiquement programmée pour ne pas supporter ce qui n'est pas Yullen, et tout particulièrement le Yuvi et le Tyllen ^^). Il est assez spécial, je trouve, mais j'espère que vous aimerez. Je le posterai sans doute dans le cours de la semaine prochaine!

Allez-y, déchaînez-vous, laissez-moi plein de reviews!

Au fait, je m'excuse auprès des personnes qui voulaient une happy end. Habituellement, je suis pour les happy ends... mais pas sur cette fic-ci ^^" Je sais pas pourquoi, d'ailleurs... Peut-être parce que c'était prévu d'avance, je sais pas... Ça me fait penser à un one-shot de Sanashiya, une deathfic KuroFye. En gros, Kurogané était malade et mourant dès le début et malgré tout, malgré les espoirs qu'on a eus en lisant, malgré cette envie qu'on avait que Fye trouve un remède, et même malgré le fait qu'il en ait trouvé un , il est quand même mort à la fin. Parce que ça aurait fait trop cliché sinon. J'ai pleuré à la fin de cette fic T.T Et j'ai donc piqué la philosophie de Sanashiya sur cette fic: ç'aurait été trop cliché si Kanda avait décidé en trois jours qu'il voulait faire sa vie avec Lavi. Alors je brise le coeur de Lavi... Bref. Dites-moi ce que vous en pensez, je prends aussi les insultes et les menaces de mort ^^"