Bonsoir les gens! Je vous ai manqué? Vous m'avez manqué, en tout cas! C'est pour ça que je me suis dépêchée à taper ce chapitre (je l'ai commencé hier)! Après tant de temps, ç'aurait été triste que je ne me dépêche pas un peu, direz-vous (mauvaises langues).

Bref, je suis là, avec un tout nouveau chapitre! Beaucoup d'introspection psychologique pour peu d'action... c'est un chapitre qui ne plaira peut-être pas à tout le monde (surtout que les personnages se contredisent beaucoup... xD) mais il est important pour la suite. En gros, il explique le cheminement des deux parties jusqu'à leurs retrouvailles, au chapitre suivant^^

RàR

Jojo : Désolée si je t'ai mal compris(e)… j'étais peut-être d'humeur bizarre ce jour-là… (ça m'arrive aussi^^'). Tu as raison, me connaissant je ferais mieux de ne pas dire « bientôt » xD Je sais ce que ça fait d'attendre quelque chose en espérant comme une débile (j'attends encore le tome 8 d'un manga qui a disparu de la bibliothèque depuis plus d'un an TT). Je me rends bien compte que ta review n'était pas spécialement méchante ou grossière, mais j'ai trouvé ça un peu vexant que tu te plaignes des délais^^ mais maintenant qu'on s'est expliquées, je comprends ton point de vue, et je ne te ferai plus de faux espoirs ^3^ (le smiley précédent était un bisou de la paix xD) Bonne lecture !^^ (et merci pour ta review ! :D)

Reytan : Merci de pas me lancer des pierres ! Toi t'es une gentille lectrice TwT Merci pour les compliments, et de rien^^ (c'est un plaisir d'écrire pour des lectrices aussi motivées =p)

xx-Honoka-Chan-xx : Merci pour ta review^^ je suis contente de t'avoir touchée avec ce chapitre (bien que je ne comprenne pas trop ce qui est drôle^^''' Itachi est déjà le héros à prendre en pitié dans le manga, donc bon…). Merci beaucoup, mercimercimerci et bonne lecture ! :D

Lycksam : Une fangirl ! (ça me fait penser à une amie qui a acheté un badge « Attention, fangirl » à la Japan xD). Bref ! Merci beaucoup TwT Je suis tellement contente que ce chapitre ait plu :D J'aime ton scénario de pourquoi Itachi a tué ses parents (dur dur, la loi de la barbe à papa xD) Vive Yahiko xD Merci beaucoup, et enjoy la suite^^

CaiN de Ludette : De rien, de rien ^^- Et merci pour cette jolie review^^

Laetitiamania : cool ! J'ai failli tuer une lectrice (rire diabolique). Je vois que tu es très énervée contre les Uchiwa (et j'adore ça xDDD), eh ben tu vas encore avoir des raisons de leur en vouloir dans ce chapitre^^ ils sont tellement obtus, ils se contredisent tellement, ils sont tellement… yesss, j'adore torturer les personnages (et les lectrices, mouahahaha). Bonne lecture xP (et merci^^)

Natsuuki : merci pour tes reviews ! ouééé, une nouvelle lectrice x) je suis contente que ça te plaise^^ et j'espère que la suite te plaira assez pour que tu restes jusqu'au lemon^^'''

Aya : Noooon, pas encore une folle ! xD je déconne^^ Merci beaucoup ! Pour les compliments et tout et tout (la meilleure ? Tu es sûre ? ^^''). Hiiiiik, une fan de Nadeshiko, c'est pas possible ! Cool ! une fan de Komui ! Dans mes bras x) Tiens, je viens de me rendre compte que j'ai posté plus de deux mois après ta review… tu vas vraiment devenir violente ? (j'ai peur TT)

Nina : Merci beaucoup ! (je suis désolée de t'avoir fait attendre TT j'y peux rien, je suis lente de naissance TT).

miottte : Merci pour la précision orthographique^^ et merci pour la review^^ Je suis toujours immensément satisfaite quand on me dit que mon écriture emporte les lecteurs (c'est une joie un peu orgueilleuse, mais bon… j'écris pour ça^^''') Et ouais, j'avais aussi pensé à une histoire d'abus sexuel, mais avec déjà Orochimaru, ça faisait beaucoup de viols dans une seule fic xD Et puis, c'est pas très original… (mon idée n'est pas très originale non plus, je l'ai piquée d'une bd « Pandora Box », si tu connais… bref, ne va répéter à personne que j'ai plagié xD). Bonne lecture, j'espère que tu apprécieras aussi ce chapitre (bien qu'il ne t'emmènera pas aussi loin que le précédent… il fait beaucoup de sur-place, ce chapitre ^^''') (cool, j'ai une fan :D)

x1999kamui : merci beaucoup ! tout s'arrangera entre Itachi et Sasuke, ne t'inquiète pas^^ (et ne t'en fais pas, Itachi aime se prendre des baffes xD)

Nyaiiiiiiiii : Au secours, quelqu'un « surkiffe » ce que j'écris xD (ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire courant ^^') Merci pour ton enthousiasme ! Bonne lecture ^^ (et merci pour les encouragements !)

A la revieweuse anonyme qui m'a pas laissé de pseudo xD Merci beaucoup^^ Je suis contente d'avoir suscité autant d'émotions (j'ai l'impression de ressortir cette phrase de plus en plus souvent, moi xD). Et oui, « s'esclaffer » existe bien^^ J'avoue, j'ai pleuré aussi en l'écrivant xD Voici donc la suite, et il y a encore beaucoup d'autres chapitres après !^^ Bonne lecture^^


Partie II

Chapitre 4

Nadeshiko

Itachi se réveilla le premier. Les bras de Yahiko étaient toujours enroulés autour de son torse.

Comme une carapace.

Il se dégagea de son étreinte.

Son esprit était toujours perdu dans les limbes du sommeil. Mais il avait les idées paradoxalement claires.

Il se recroquevilla comme un fauve s'apprêtant à bondir. Dans sa tête, tout devenait limpide. Les paroles de Yahiko et celles de Deidara résonnaient comme une litanie dans son cerveau.

Comme poussé par une force nouvelle, il se leva du lit pour se préparer.

Il allait prendre sa revanche sur la vie, le processus était en marche.

Il s'arracha à ses vêtements et alla à la salle de bain. Il prit une douche en vitesse et lava ses cheveux trois fois de suite pour en chasser le sang, la poussière et la sueur.

Il sortit de la cabine de douche comme Yahiko entrait dans la pièce.

-Yo.

-Yo.

Le roux le regarda d'un air étrange puis haussa les épaules et entra dans la douche.

Nu, les cheveux enveloppés dans un essuie, Itachi s'épilait les jambes à la cire, ce qu'il n'avait plus fait depuis des mois, son âme emplie toute entière d'une rage de vivre telle qu'il n'en avait jamais connue.

Quand il eut fini ses jambes, il désinfecta les légères coupures qu'il avait au visage et au corps, passa de la crème sur ses bleus.

Il alla dans le dressing de Yahiko lui voler quelques habits.

Lui, il avait brûlé tous les siens.

Même le T-shirt signé par l'auteure du Jeu du Chat et de la Souris, songea-t-il, amer.

Mais il revenait dans la place, reprenait le fil de sa vie et se rachèterait d'autres vêtements.

Il choisit un short en jean qui était trop étroit pour que Yahiko l'ait jamais porté, des collants filés qui avaient été oubliés par une fille de passage, un top en résille noir et un T-shirt en lambeaux.

Il enfila ses vêtements et retourna à la salle de bain, sous le regard de plus en plus stupéfait de Yahiko.

Ce dernier, comme s'il pouvait lire dans ses pensées, dit :

-J'ai rangé ton vanity-case dans l'étagère du haut. Je m'étais dit que ce serait con que tu le jettes avec le reste.

-Merci, Yahi-chan.

Itachi lui offrit un sourire reconnaissant, mais bizarrement dur. Un sourire de loup qui revient sur son territoire après s'être retiré pour lécher ses blessures.

Il récupéra son vanity-case et en quelques gestes experts, s'étendit une couche de fond de teint pour masquer un coquard.

Yahiko le regardait faire, fasciné.

En des mouvements impatients, Itachi fouilla le coffret pour retrouver son mascara et son eye-liner. Il se maquilla les yeux avec une précision d'esthéticienne, puis entreprit de se vernir les ongles.

Il sécha ses cheveux et les brossa longuement avant de les ébouriffer pour se donner des airs de lion.

Il ouvrit une armoire au fond de laquelle il avait rangé ses bijoux. Ça, il n'aurait jamais pu s'en séparer.

Il enfila quelques grosses bagues et quelques chaînes. Il passa un large bracelet de cuir orné de lanières et de boucles argentées à son poignet droit, ainsi qu'un autre, hérissé de pointes, à son poignet gauche. En protection sur ses vieilles cicatrices. Il se regarda dans la glace, un éclat de satisfaction dans le regard.

Il se tira la langue en adressant un fuck à son reflet et Yahiko éclata de rire.

Itachi Uchiwa était rené de ses cendres.

OoOoO

Sasuke tapotait du bout de sa Converse le pied de la chaise en plastique où il était censé poser ses fesses pour attendre l'avocat.

Les mains enfoncées dans les poches, il ruminait. Il jeta un rapide coup d'œil à sa montre, compara avec l'heure affichée à l'horloge de la salle d'attente. Pas possible, il était toujours neuf heures trente.

Avec la vague satisfaction d'avoir esquivé un cours d'économie ennuyeux au possible, Sasuke se laissa finalement tomber sur la chaise.

Il sortit une cigarette de sa poche. Un employé qui passait par là lui désigna du doigt la plaquette en plastique figurant une cigarette barrée en rouge.

-Fait chier, grommela l'adolescent en rangeant l'arme du crime.

Il se leva avec impatience. La porte libellée au nom de Tokugawa s'ouvrit avec cérémonie et deux hommes en sortirent. L'un était l'avocat, l'autre était son client. Le client s'éloigna avec un « au revoir » respectueux et Sasuke s'approcha de Tokugawa. C'était un petit homme au front dégarni, les lunettes cerclées d'acier, les lèvres pincées dans une moue qui se voulait honorable.

-A qui ai-je honneur ?

-Uchiwa Sasuke. Mon… frère… Il m'a dit de venir. Uchiwa Itachi.

L'avocat haussa un sourcil, l'air importuné.

-C'est que j'ai des clients à voir, si au moins vous aviez pris rendez-vous…

Sasuke se retint de préciser qu'il avait essayé mille fois d'entrer en contact avec sa secrétaire mais que cela sonnait toujours occupé. Excédé, il avait pris le train à huit heures trente pour arriver au cabinet d'avocats à neuf heures moins le quart.

Il se retourna pour examiner la salle d'attente.

-Il n'y a personne, dit l'adolescent avec une pointe d'ironie. Vous aurez peut-être le temps pour mon problème qui est de taille vu que je vais enfin avoir la preuve que, peut-être, la seule personne qui ait jamais eu de valeur à mes yeux ne m'a pas réellement trahi. Mais c'est vous qui voyez, peut-être que vous préférez remettre ça à demain. Après tout, je ne suis pas votre client.

Tokugawa dut sentir l'ironie qui suintait de ses paroles, car il lui indiqua d'un geste de la main qu'il pouvait entrer dans son bureau.

-Pourriez-vous au moins me présenter une preuve de votre identité ? Ces dossiers sont confidentiels, et c'est une exception que je fais aujourd'hui.

-Soyez sûr que je vous remercie pour ce traitement de faveur, articula Sasuke, acide.

L'avocat eut un tic nerveux au niveau de l'aile du nez, ce qui le rendit encore plus ridicule.

Sasuke sortit sa carte d'identité de sa poche. Elle datait un peu, mais son visage pâle et ses cheveux sombres n'avaient pas changé.

Tokugawa la lui rendit avec un soupir exaspéré et se dirigea vers son bureau. Il sortit d'un de ses tiroirs un épais dossier cartonné sur lequel était inscrit au gros feutre indélébile : « Uchiwa Itachi ».

-Je l'ai ressorti des archives ce matin même, indiqua Tokugawa avec un ton de fausse servitude dans la voix.

Sasuke ouvrit le dossier et commença à lire l'acte d'accusation, puis le compte-rendu du procès. Nulle part n'apparaissait le nom d'Itachi. Il n'y avait que ce mot « l'accusé ». Ensuite, quelques photographies des médecins légaux. Il survola rapidement du regard les clichés de son père au crâne éclaté et de sa mère au ventre crevé. Il arriva bien vite aux derniers documents, les archives du clan. Il ne lut pas les premières pages, cherchant ce qui l'intéressait, le chapitre consacré au Sharingan Mangekyou. Il le trouva et le lut d'une traite, les entrailles nouées, le corps tendu d'appréhension.

Lorsqu'il referma le dossier cartonné, un seul mot lui échappa.

-Merde.

-Plaît-il ? dit Tokugawa avec dédain.

Il s'était installé derrière son bureau et s'était remis à travailler exactement comme si Sasuke ne s'était pas trouvé là.

-Pourquoi on ne m'a rien dit ?

L'avocat ne répondit rien.

-Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? Ce n'est pas que je vous chasse, mais j'ai du travail voyez-vous.

-Oh, excusez-moi de vous avoir dérangé ! explosa Sasuke. Après tout, je ne suis qu'une humble sous-merde qui cherche à comprendre pourquoi ses parents sont morts, excusez-moi, vraiment.

Sa voix était glaciale et ses yeux lançaient des éclairs.

Tokugawa ne daigna pas répondre, tendant simplement la main vers la porte.

-Oh, un dernier truc… mon frère, il était comment, durant son procès ? Votre compte-rendu est très incomplet à ce sujet.

-Excusez-moi, monsieur la sous-merde, dit l'avocat avec un sourire supérieur. Mais je traite bien trop de dossier que pour pouvoir me souvenir d'un détail aussi futile.

Sasuke fut tenté de lui tirer la langue et de sortir en claquant la porte, mais il se retint.

Il s'inclina légèrement et sans un mot, puis sortit.

Dans le couloir, une vieille femme l'interpella.

-Quoi ? aboya-t-il.

-Je suis une assistante de Tokugawa-san. Je travaillais déjà ici il y a dix ans. J'ai côtoyé votre frère pendant son procès.

-Je ne savais pas que les vieux écoutaient aux portes, marmonna Sasuke en faisant mine de s'éloigner.

-C'est pour exercer mon ouïe. Mais si ça ne vous intéresse pas, je peux aussi bien m'en aller.

Piqué par la curiosité, Sasuke revint sur ses pas.

-Non, ça m'intéresse. Il était comment ?

-Mignon. Doux. Gentil. Et poli. Un enfant modèle, je ne l'aurais jamais cru capable de tuer ses propres parents. Il avait toujours un sourire complaisant que certains prenaient pour de l'orgueil. Mais je sais qu'il ne tirait aucune fierté de ce crime.

La vieille dame ferma les yeux pour revoir l'image du petit garçon. Elle s'assit sur une des chaises de la salle d'attente avec un soupir nostalgique comme seuls les vieux savent faire.

-Son procès avait été étalé sur plusieurs jours. A la fin de l'une des audiences, il était complètement bouleversé, il est venu près de moi… Il ne pleurait pas, ses yeux étaient secs, mais tout son corps traduisait sa peine et sa douleur.

La vieille femme se revit serrant Itachi dans ses bras pour le consoler.

-Il n'aimait pas qu'on le réconforte. Je pense qu'il se considérait indigne de compagnie. Mais ce jour-là, on lui avait demandé s'il voulait te voir.

Sasuke ne releva pas le tutoiement.

-Il n'a pas voulu, murmura-t-il, amer.

-Au contraire. Chacun de ses mots, de ses gestes criait qu'il voulait te revoir. Il m'a dit « chaque fibre de mon corps et de mon cœur me supplie de le revoir. Mais il sera mieux sans moi ».

- …

-C'est ce jour-là aussi qu'il a appris que tu étais au courant de son crime.

-Comment aurait-il pu en être autrement ? Je l'avais vu.

-Ça, il ne le savait pas.

- …

-A chaque audience de son procès, il répétait « ne le dites pas à mon frère, ne dites rien à Sasuke ». Même que Tokugawa-san a eu du mal à le défendre, il ne disait rien d'autre. Comme si son sort l'intéressait moins que le tien. Voilà comment il était durant son procès. Mignon comme un cœur, doux et poli, et complètement vide. Il a perdu une partie de son âme le jour où il a tué vos parents.

- …

-Si tu le revois, dis-lui que la vieille Yoko pense à lui.

-Oui, madame. Merci.

Sasuke partit.

Dans le train qui devait le ramener chez lui, il refit le point.

Tout, tout était vrai.

Les preuves étaient dans le dossier cartonné.

Et de ce qu'en disait la vieille Yoko, Itachi n'avait vraiment pas tué leurs parents par plaisir.

« Leurs parents ».

Sasuke commençait lui aussi à être allergique à ces mots.

OoOoO

-Tu sais que tu m'excites en drag-queen punk ? susurra Yahiko à l'oreille d'Itachi, qui se préparait une tasse de thé.

Alors que les mains du roux devenaient baladeuses, Itachi le rembarra d'un coup de coude dans l'estomac.

-C'est à Nadeshiko, ça.

-Huhuhu, tu crois qu'elle va vraiment t'apprécier en travelo ?

-Elle m'aime.

-Elle aimait l'autre, dit distraitement Yahiko en se servant un café. Le « Itachi hétéro ».

Itachi fronça les sourcils, pensif.

-Oui mais c'est la même personne. C'est toujours moi. Et moi, je l'aime…

Yahiko lui tapa l'épaule avec une sorte d'affection virile.

-T'es aussi naïf qu'un gamin. C'est ce qui te rend aussi mignon…

Itachi tressaillit et lui adressa un regard franchement paniqué.

-Je déconne ! se rattrapa le roux. Elle t'adore. Et si elle te quitte parce qu'elle n'aime pas ton short, c'est qu'elle ne te mérite pas.

-… Merci…

Itachi avala son thé d'un trait. Il se précipita dans le hall, enfila ses Doc Martens et un long manteau noir qui frôlait ses chevilles.

-Tu ferais bien de prendre un parapluie aussi. Ils prévoient des averses, fit remarquer Yahiko qui l'épiait depuis le couloir.

L'Uchiwa boutonna son manteau, par prudence. De toute façon, son parapluie était cassé.

Il attrapa son grand sac à main noir – il l'avait retrouvé au fond de sa garde-robe – et chaussa ses lunettes de soleil. Il sortit en criant « Salut ! » à son ami et claqua la porte derrière lui.

Dans la rue, il héla un taxi. Il donna au conducteur l'adresse de Nadeshiko, puis, quand la voiture démarra, il sortit son portable de son sac. Il composa un numéro et porta le téléphone à son oreille, un sourire radieux aux lèvres.

-Moshi moshi ?

-Deida-chan !

-Yo Ita-chan ! Skisspass ?... attends, Sasori, pas tout de suite…

-Je porte des collants, un top en résille et un short d'adolescente en chaleur, déclara Itachi avec le plus grand sérieux.

-Bon retour chez les tapettes ! s'exclama Deidara. Mais du coup, tu as rompu avec Nade-désaxée ?

-Nan, je vais toujours la demander en mariage.

-Oh-oh… C'était vraiment sérieux, alors ?

-Je suis toujours sérieux.

-Mhh je sais… Sasori, ah-arrête… ohh…

-Sasori est de bonne humeur ce matin ? demanda Itachi avec un sourire légèrement moqueur.

-Tu parles, il finira par me tuer… non, Sasoriii…

Itachi rit et raccrocha. Il lui semblait entendre encore les soupirs de Deidara lorsqu'il arriva devant chez Nadeshiko.

OoOoO

Sasuke réfléchissait, assis dans son divan. Kurosaki se frottait contre ses jambes, l'air inquiet. Il posa ses petites pattes de velours sur les genoux de son maître et miaula doucement. Sasuke posa sa fine main sur la petite tête du félin, toujours plongé dans ses pensées.

Maintenant qu'il avait vu les preuves, il ne pouvait plus nier l'évidence. Mais pouvait-il lui pardonner pour autant ?

Itachi lui avait dit qu'il n'avait pas eu d'autre choix et qu'il regrettait réellement. Yoko l'avait confirmé, et si Itachi avait eu intérêt à mentir, cette vieille dame n'avait aucune raison de lui raconter des histoires.

Alors… il pardonnait ?

La question était de savoir surtout si Itachi lui pardonnerait ce qu'il avait fait.

Les épaules de Sasuke ployèrent sous le poids du chagrin et il se cacha le visage dans les mains.

Qu'avait-il fait ? Insulter Itachi, le frapper, l'humilier… alors qu'il avait tout sacrifié pour lui… Dans le fond, c'était lui l'assassin, pas Itachi.

Il avait tout volé à son frère.

Combien de fois l'avait-il blessé, humilié, le tenant auprès de lui comme on tient un chien en laisse, le rouant de coups et le regardant revenir se faire battre, comme un bon chien, en agitant la queue ?

Combien douloureuse avait dû être sa torture, quand il s'entendait se faire traiter de monstre fou.

Et ces blessures, c'était lui qui les lui avait infligées.

Lui qui l'aimait tellement, de cet amour égoïste des enfants de riches. Qui l'aimait toujours, à s'en étouffer d'amour, alors qu'il était son frère aîné, l'assassin de ses parents, le destructeur de son enfance et, paradoxalement, son éternel sauveur.

Il repensa à Saï. Il avait peut-être raison, dans le fond. Qu'est-ce que ça lui coûtait de retrouver Itachi ? Juste pour se réconcilier avec son frère. Son grand frère. Pas son grand amour, non. Juste son frère, celui qui lui avait tout donné, celui qui l'avait protégé. Et tant pis pour l'amour, il trouverait quelqu'un d'autre, le temps guérit tout, non ? Même les peines de cœur. Avec Itachi auprès de lui, il se sentirait assez fort pour surmonter cet amour brisé qu'il n'avait pas pu oublier pendant tous ces horribles mois. C'était assez paradoxal de se dire qu'il avait besoin de sa présence pour surmonter son absence, mais il savait que c'était tout ce dont il avait besoin.

Retrouver son frère

Remettre de l'ordre dans son passé.

Puis avancer, sans plus de haine, sans plus de colère, sans plus de vengeance (1).

Redevenir humain.

Il se leva et attrapa son téléphone sur la table basse. Kurosaki l'observait avec une sorte de bienveillance inquiète.

Il retrouva le message qu'Itachi lui avait envoyé et maudit le ciel lorsqu'il constata que son numéro était masqué.

Comment allait-il le retrouver ?

Il se souvint qu'il avait quelque part le numéro d'un certain Kisame, qu'Ichigo lui avait donné, des siècles plus tôt. Il le retrouva dans son répertoire et décrocha avec appréhension.

Son sang battait à ses tempes, la vie palpitait en lui plus fort que jamais. Il aimait. Il allait retrouver Itachi et il ressuscitait.

-Moshi moshi ? grogna une voix.

-B-bonjour, balbutia Sasuke.

Il secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il était Sasuke Uchiwa, pas une collégienne rougissante.

-C'est Sasuke Uchiwa. Je sais que vous connaissez mon frère. Dites-moi où il habite.

Kisame marqua une pause, hésitant.

Sasuke entendait à sa respiration sifflante qu'il pesait le pour et le contre.

-Je te passe Deidara, finit-il par dire.

Sasuke soupira imperceptiblement. Pas ce … gay !

Sa conscience lui rappela que lui-même n'était pas tout à fait hétéro. Mais bon. Il n'aimait pas ce type futile et stupide.

-Moshi moshi ? fit la voix enjouée du blond.

-C'est Sasuke. Tu peux me dire où habite Itachi ? demanda-t-il un peu abruptement.

-A Sapporo, tu dois le savoir, non ? Vu que c'est là que tu l'as tabassé, répondit Deidara, la voix glaciale. Si je te trouve sur mon chemin, je t'arrache la tête, pauvre con.

-C'est pour… m'excuser.

-Uchiwa Sasuke qui s'excuse ? On aura tout vu.

-J'ai vraiment besoin de le voir.

-Qu'est-ce qui te dit que lui aussi veut te voir ?

Sasuke tressaillit, gagné par le doute.

-Il… il veut me voir, non ? Depuis toujours… n'est-ce pas ? bégaya-t-il, tremblant de terreur comme l'enfant qu'il avait été, dix ans plus tôt. Je sais que… j'ai pas fait grand-chose de bien pour lui. J'ai jamais rien fait pour lui, en fait. Je n'ai jamais cru en lui… mais s'il veut toujours de moi, je suis vraiment prêt à m'excuser.

Tant pis. Tant pis s'il n'était plus aussi glacial que le voulait son clan, tant pis s'il devenait une « collégienne rougissante ». Il y a des choses qu'il faut faire et pour lesquelles il faut accepter de ravaler son orgueil.

-Je veux juste m'excuser, conclut Sasuke.

-… t'as de quoi prendre note ?

Sasuke attrapa une enveloppe qui traînait sur la table et un bic. Il prit note de l'adresse que lui dictait Deidara.

-N'y va pas aujourd'hui. Il doit faire une demande en mariage, tu le gênerais. Vas-y demain.

Le cœur de Sasuke se vida de son sang. Demande en mariage ?

-Il va… se marier ? Avec une fille ?

-Oui, pas avec un chien, répliqua froidement Deidara. Je t'avoue que je suis pas enthousiaste, mais celui qu'il aimait et qui l'a détruit est un crétin qui n'a pas de couilles. C'est normal qu'il cherche à se reconstruire avec une personne qui est biologiquement destinée à ne pas en avoir.

-Il va se marier pour oublier un abruti ? répéta Sasuke.

-Il est vraiment amoureux d'elle. S'il est heureux, je ne peux pas m'en mêler. Ni toi non plus.

-C'est qui ?

-Quoi ?

-Le débile profond dont il était amoureux.

-Je vois pas en quoi ça te regarde.

-Il a fait du mal à mon grand frère, je vais le buter !

-… C'est toi.

Sasuke sentit le sol se dérober sous ses pieds.

-Il faut que je le voie, marmonna-t-il en tombant assis dans le divan.

-Tu comprends pas ce que je te dis, ou quoi ? Il a renoncé. Il a compris que tu étais incapable de l'aimer et il est parti. Laisse-le tranquille. Il s'en veut déjà assez d'avoir pu désirer son propre frère, il n'a pas besoin de tes reproches.

-J'ai rien… à lui reprocher, souffla Sasuke, au bord des larmes.

Il était bouleversé. Tout lui tombait dessus en même temps. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'Itachi le prenne dans ses bras en lui disant que tout allait bien.

-J'ai besoin de mon grand frère, murmura-t-il sans réfléchir. Je m'en fous qu'il ait tué nos géniteurs, je m'en fous qu'il m'ait menti, qu'il m'ait abandonné, je m'en fous qu'il se marie alors que je l'aime encore… je veux juste parler à mon grand frère.

Et les larmes coulaient, encore et encore, toutes ces larmes qu'il n'avait pas versées à la mort de Mikoto et Fugaku, toutes ces larmes retenues depuis si longtemps.

-Attends au moins demain, dit Deidara d'une voix plus douce. Il revient de loin. Il se réveille d'un long sommeil et c'est fragile, ce genre de choses. Laisse-lui le temps de renaître.

Sasuke acquiesça, mais aussitôt après avoir raccroché, il attrapa son portefeuille, l'enveloppe avec l'adresse d'Itachi et sa veste, ouvrit la fenêtre pour laisser Kurosaki courir sur les toits et quitta l'appartement.

OoOoO

Deidara raccrocha avec un soupir de soulagement et rendit son téléphone à Kisame.

-Tu lui as donné son adresse ? s'étonna ce dernier en servant une bière à un client.

-Ils s'aiment et ils sont cons. Il faut bien que quelqu'un les aide.

Sasori souriait d'un air absent en observant Deidara.

-Quoi ? fit le blond en rougissant.

-Tu sais que tu me plais beaucoup ?

-Ah mais on vient de le faire dans la réserve ! T'en as jamais assez, pervers ? Pendant que je parlais à Itachi, en plus.

-J'y peux rien si ta façon de parler au téléphone m'excite, répliqua Sasori d'une voix plate en nettoyant une table.

Heureusement, l'Akatsuki était presque vide ce vendredi matin-là, et aucun client n'entendit l'allusion à la vie sexuelle débridée des deux serveurs.

-Bon, il est onze heures. Itachi est en train de faire sa demande à Nade-foldingue, récapitula le blond. Sasuke doit déjà être en route pour l'aéroport de Tokyo. Il sera à Sapporo à midi…

-Ah, donc tu le dissuadais d'aller le voir aujourd'hui pour attiser son impatience et le presser le plus possible… manipulateur ! se moqua Nagato.

-D'ici là, continua Deidara sans l'écouter mais sans le contredire, Nade-cinglée aura refusé d'épouser Itachi.

-Pourquoi ? s'étonna Konan.

-Parce qu'aucune femme censée n'épouserait un homme qu'elle connaît à peine et qui débarque chez elle à l'improviste, habillé en travesti punk.

-Ça se défend, en convint Konan.

-Mais pourquoi tu dis à Sasuke que tu ne veux pas te mêler du bonheur d'Itachi, alors que c'est ce que tu fais ? grommela Kakuzu.

-Kakuzuuuu ! s'écria Hidan en l'attrapant par la manche. C'est simple, non ? C'est parce qu'il joue les entreprises matrimoniales de l'ombre !

Sasori rit de son rire d'enfant, la main devant la bouche.

-Et si mes calculs sont exacts, demain ils sont en couple, conclut Deidara.

-Tu y tiens, à cette relation incestueuse, s'étonna Nagato.

-Ils sont trop cons pour réussir à aimer quelqu'un d'autre. Ils sont trop fusionnels. T'as vu comment ils se laissent couler dès qu'ils sont séparés ? Un de ces quatre, l'un des deux va crever de tristesse si je ne fais rien.

-C'est bien ce que je disais : une agence matrimoniale de l'ombre ! résuma Hidan en se serrant contre son sadique de petit ami.

OoOoO

Sasuke attacha sa ceinture, comme le demandait l'hôtesse de l'air.

Il appuya son coude sur le bord du hublot, tentant de calmer tout ce qui bouillonnait en lui, en regardant le paysage. Il aurait préféré prendre le Shinkansen, il aimait bien le train. Mais plusieurs heures de voyage, c'était trop. Il voulait être à Hokkaido, et tout de suite. Heureusement, il avait pu acheter un billet en dernière minute et il avait bondi dans l'avion une demi-heure après avoir quitté Konoha.

Il avait la gorge sèche et la tête lui tournait. Son corps échappait à son contrôle, son esprit aussi. Il ne se reconnaissait plus dans ce reflet aux joues pâles et aux yeux brillants de fièvre.

OoOoO

Itachi frappa à la porte de l'appartement de sa douce et tendre et cette dernière lui ouvrit.

-Oh ! Itachi ! Entre…

Il sourit, éperdu d'amour, et entra en ôtant ses lunettes de soleil.

-Tu es… maquillé ? s'étonna la jeune femme.

-Hum… Oui, marmonna Itachi, soudain gêné.

Il ouvrit son manteau, dévoilant à Nadeshiko sa tenue… particulière.

-Itachi, il t'est arrivé quelque chose ? s'inquiéta la jeune femme.

-Oui, il m'est arrivé… quelque chose.

Il marqua une pause, pensif.

-On s'installe au salon pour en discuter ? proposa Nadeshiko.

Itachi acquiesça et se laissa tomber sur un des deux divans qui formaient l'espace « salon » au milieu de l'entrée.

Nadeshiko s'assit en face de lui, hésitante.

Il gardait les yeux baissés, plongés dans le vague. Il réfléchissait. Il leva brusquement le regard, juste comme Nadeshiko allait parler.

-Je t'aime.

La jeune femme sursauta. C'était dit avec une telle fermeté, un tel ton de défi et, paradoxalement, une telle douleur.

-Je t'aime et je veux être avec toi le plus longtemps possible. Je veux vivre chaque jour avec ta présence dans mon cœur. Je veux que tu m'aimes au moins autant que moi.

Nadeshiko se mit à rougir et s'apprêtait à parler lorsqu'Itachi l'interrompit à nouveau.

-Mais pour ça, il faut que je sois totalement sincère avec toi. Pour que tu puisses m'aimer vraiment. Aimer celui que je suis réellement.

Nadeshiko fronça les sourcils, suspicieuse.

-De quoi tu parles ?

Itachi prit une grande inspiration et ramena ses cheveux en arrière pour masquer sa gêne.

-Yahiko t'a dit que je… je n'ai pas aimé que des femmes, si tu vois ce que je veux dire.

Nadeshiko eut une expression pincée.

-Et je t'ai dit que cette époque était finie et que désormais je n'aimais que les femmes, en particulier toi.

-Oui…

-C'est faux. Je n'aime que toi mais si on devait se quitter, ce serait te mentir que te dire que je me trouverais une autre femme. Je me trouverai plus vraisemblablement un homme, parce que… si ce n'est pas toi, ça ne peut être aucune autre. Je te préfère toi, mais je préfère aussi les hommes.

-Pourquoi me dis-tu ça ? demanda la jeune femme, la voix tremblante.

-Je t'aime et je te serai toujours fidèle, assura Itachi. Mais je voulais que tu saches que, dorénavant, sortir avec moi, ce sera sortir avec un bisexuel débauché et pervers.

Nadeshiko était bouche bée.

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? dit-elle, légèrement énervée.

-Je me suis retrouvé tel que je suis réellement. C'est pour ça que je suis habillé ainsi, c'est parce que c'est ça que je suis. Et je voulais que tu me voies et que tu m'aimes ainsi. Je sais que ça doit être bizarre pour toi, mais au fond je serai toujours le même. Je serai juste plus sincère.

-Itachi…

-Est-ce que tu m'aimes quand même ?

Itachi avait plongé ses yeux tristes dans les siens. Ses yeux qui la suppliaient de l'aimer.

Si tu m'aimes, je pourrai être heureux.

-Euh… oui…

Itachi se leva d'un bond, le cœur gonflé de joie. Il s'assit à côté de Nadeshiko et l'embrassa avec tout l'amour qu'il lui portait.

-Je te rendrai heureuse, je te le jure… murmura-t-il, écartant leurs lèvres de quelques millimètres.

-C'est tout ce que tu avais à me dire ? demanda Nadeshiko avec un sourire bienveillant.

-Non… ça, c'était la partie facile, marmonna Itachi. Celle où tu devais juste accepter ou refuser mon apparence.

-Ah parce qu'il y a pire que de voir son homme se transformer en travesti ? ironisa la jeune femme.

Itachi sentait très bien la colère dans sa voix. Elle n'acceptait pas. Ce n'était pas étonnant.

Mais avec un masochisme qu'il ne se connaissait pas, Itachi continua à parler, tendant à Nadeshiko son cœur écorché et les armes pour le transpercer.

Si elle ne l'aimait pas comme il était, si une fois de plus l'amour lui était refusé, alors tant pis. Il tenterait tout pour la garder et tant pis s'il devait la perdre. Il s'en relèverait.

-Quand j'étais petit, j'avais un petit frère. Je l'aimais plus que tout et je voulais le protéger. Surtout de mes parents, car ils ne l'aimaient pas.

Nadeshiko écoutait, les lèvres entrouvertes comme pour boire ses paroles. Depuis le temps qu'elle attendait de connaître l'histoire d'Itachi…

-A cause d'une maladie que j'avais à l'époque, j'avais besoin d'un frère qui me fournirait du sang. C'est pour cela qu'il est né, pour me servir, et en voulant le sortir de cette situation, j'ai…

Il regarda Nadeshiko droit dans les yeux.

-Je ne pense pas être quelqu'un d'horrible ou de dangereux. Je ne te ferais jamais de mal et j'avais d'excellentes raisons pour faire ce que j'ai fait, expliqua-t-il avec une note d'affolement dans la voix.

Il inspira profondément.

-J'ai tué mes… parents, dit-il en butant sur ce mot qui contenait trop d'affection pour ce que ses géniteurs méritaient.

Le silence tomba dans la pièce comme une chape de plomb.

-Tu as…

-J'ai tiré deux balles dans le ventre de Mikoto, une dans l'épaule et dans la tête de Fugaku. Je suis allé en centre de détention pour mineurs pendant huit ans. Mon frère m'a vu et me hait. Et je l'ai aimé à en devenir fou, à m'en détruire.

Il défit un de ses bracelets de cuir et montra sa cicatrice à Nadeshiko.

-Mais maintenant je t'ai toi et je peux être heureux. Oublier tout cela auprès de toi, mon amour.

-Itachi…

-Epouse-moi, murmura-t-il en sortant la bague de son sac.

Ce fut au tour de Nadeshiko de se lever en sursaut.

-Quoi ? Tu… tu viens chez moi, sapé comme une pute, tu m'annonces fièrement que t'as descendu tes parents et tu veux que je t'épouse ?

-Nadeshiko, je t'aime… tenta Itachi en se levant lui aussi.

-Non. Sors de chez moi.

-Nadeshiko, je veux vivre avec toi…

-Vivre avec un assassin, moi ? Dégage !

La jeune femme attrapa le sac et le manteau d'Itachi et les lui lança à la figure.

-C'était il y a dix ans ! se défendit Itachi.

-Et qu'est-ce qui me dit que tu ne vas pas me tuer sur un coup de tête ?

-Je t'aime ! Comment veux-tu que…

-Tes parents, tu les aimais aussi, non ? s'écria Nadeshiko, des sanglots de peur dans la voix.

-Jamais ! Je ne les ai jamais aimés ! protesta-t-il. Ils nous faisaient du mal et c'est pour ça que…

-Monstre ! Dégage !

-Mon am…

-Je me fous de tes sentiments, tu m'entends ? J'en ai rien à faire de l'amour d'un tueur !

Itachi ouvrit la bouche comme pour parler, mais aucun son n'en sortit. Le silence flottait, lourd, et Nadeshiko pleurait.

-Mais l'amour que je te portais hier, tu l'acceptais, dit-il à voix basse. Pourquoi celui d'aujourd'hui serait-il différent ?

-Parce qu'il l'est, rétorqua Nadeshiko en lui ouvrant la porte pour qu'il s'en aille. Et ne te fous de moi, un pédé ne peut pas aimer une femme.

-Mais je…

-Ce n'est pas comme si tu avais vraiment des sentiments.

Sa voix était coupante et son regard, glacial. Itachi sentit naître en lui la colère.

-Je n'ai pas de sentiments ?

-Non ! Ça se voit en te regardant, fringué comme t'es, c'est clair que tu demandes plus à être violé qu'à être aimé ! Et puis, tu l'as dit, garçon ou fille, ça n'a pas d'importance ! Va te faire baiser par Yahiko ou n'importe qui d'autre.

Le visage d'Itachi se figea et ses traits devinrent durs. Ses yeux flamboyaient de rage.

-N'importe qui d'autre ? Tu fais partie de ces crétins qui croient que les gays n'aiment rien d'autre dans la vie que de se faire enculer ? Tu crois me connaître, tu crois savoir si j'aime ou pas ?

-Tu as ta propre vision de l'amour, cracha Nadeshiko. Par exemple, tu adoooores ton frère. Ça ne m'étonnerait pas qu'il te haïsse, tu as bien dû essayer de le forcer « par amour », non ?

Itachi serra les poings, prêt à frapper. Mais il ne tomberait pas aussi bas.

-C'est comme ça que tu me vois, après tout le temps qu'on a passé ensemble ?

-Tu jouais un rôle, non ?

-Toi aussi, répliqua Itachi. Je te prenais pour une femme douce et intelligente, mais au final tu n'es qu'une conne doublée d'une belle salope.

-Les insultes, maintenant, persifla la jeune femme avec un sourire glacial. Il est beau, ton amour.

-C'est parce que je t'aime à en crever que ça me dégoûte de t'entendre te moquer de mes sentiments. C'est parce que je t'aime que ça me rend furieux de devoir te haïr.

Il enfila son manteau, les mâchoires serrées.

-Je t'aurais rendue heureuse. Vraiment. Parce que je me donne toujours à fond pour ce qui en vaut la peine. Tu en valais la peine.

Itachi chaussa ses lunettes de soleil et sortit en claquant la porte.

Dans l'ascenseur, il se laissa glisser au sol, effondré. Ses lunettes opaques cachaient la tristesse de son regard, mais de longues traînées de mascara traçaient le chemin sur ses joues.

OoOoO

Après avoir tourné en rond un bon moment, Sasuke trouva enfin l'immeuble d'Itachi. Il tendit le doigt vers le bouton de l'interphone où étaient écrits les noms d'Itachi et Yahiko, puis suspendit son geste. Et si cette fille était là ? Est-ce qu'il saurait se retenir malgré tout ? Se retenir d'être jaloux… Et si en la voyant, il se mettait à la détester et à vouloir faire d'elle une rivale, quitter sa place de petit frère pour celle de l'amoureux transi ? Il n'avait pas envie de détruire le fragile bonheur de son frère avec ses caprices.

Il s'assit sur le perron et sortit son paquet de cigarettes. Il en alluma une et aspira une grande bouffée de tabac, pensif.

C'était la première fois qu'il pensait à s'écarter pour privilégier le bonheur d'un autre que lui-même. Il se perdit dans ses pensées et fut tiré de sa rêverie par une voix rauque au-dessus de lui.

-C'est pas bien de fumer à ton âge, shônen.

Sasuke leva les yeux.

Yahiko le regardait en souriant.

-Tu attends quelqu'un ? demanda le roux en s'asseyant à côté de lui. Tu m'en files une ?

Sasuke lui tendit machinalement son paquet et Yahiko se servit.

-Tu m'allumes ? demanda-t-il en désignant le briquet que l'adolescent serrait dans son poing.

Ce dernier obtempéra, puis fixa l'homme droit dans les yeux, attendant quelque chose.

-Tu veux entrer ? Boire un verre ? proposa Yahiko. J'aime assez les gamins dans ton genre.

Sasuke sursauta à peine.

-Vous ne me reconnaissez pas ? souffla-t-il, le visage impassible.

-Si.

-Pourquoi vous m'invitez, alors ? demanda Sasuke en tapotant sa cigarette pour en faire tomber les cendres.

-Pour t'attacher dans la cave de l'immeuble, te violer, te torturer, te tuer, te découper en morceaux et te cacher dans le congélo de la voisine, expliqua Yahiko, le plus naturellement du monde.

-Un pervers criminel, marmonna Sasuke en essayant de ne pas se dire qu'il aurait fini en morceaux s'il n'avait pas été tiré de la ruelle par Ichigo. Ou Itachi.

-Tu as fait du mal à Itachi.

-… Je sais.

-Il a fait une crise. Presque aussi grave que la nuit où il a…

Yahiko fit le geste de se tailler les veines. Sasuke n'eut pas besoin de le regarder, il revoyait en souvenir les cicatrices blanches aux poignets de son frère.

-Il est ici ? demanda Sasuke. Je voudrais lui parler.

-Nope. Il est chez la folle.

-« La folle » ?

-La douce et folle Nadeshiko. Il veut l'épouser.

Sasuke sentit son cœur se tordre de tristesse. Yahiko le remarqua.

-Ça fait mal, hein ? D'aimer sans pouvoir espérer que ce soit réciproque… dis-toi qu'il vit ça depuis dix ans sans relâche, et tu comprendras pourquoi j'ai envie de te tuer.

Il disait cela sur le ton de la plaisanterie, mais ses yeux brillaient de colère contenue.

-Où habite cette Nadeshiko ? demanda Sasuke.

Yahiko sortit un papier froissé de sa poche et y nota son adresse.

Il resta pensif un long moment, puis dit :

-S'il fait une crise en te voyant, qu'il devient tout blanc et se laisse tomber par terre sans parler, ou seulement pour murmurer des trucs incohérents en pleurant, tu dois le prendre dans tes bras et lui dire des choses réconfortantes.

-Il fait souvent des… crises ? demanda Sasuke en glissant le papier dans sa poche.

-Il est fragile…

-Ce n'était pas l'impression que j'avais quand il était chez moi.

-Quand il était chez toi, tu étais heureux et il était fort.

Sur ces paroles mystérieuses, Yahiko se leva et rentra chez lui.

Sasuke reprit son chemin, les mains dans les poches et la clope au bord des lèvres.

OoOoO

Itachi avait erré quelques temps, le cœur en miettes et ses doigts cherchant son téléphone avec hésitation.

Il s'assit sur un banc, dans un parc, en se demandant s'il devait appeler Deidara. Il avait peur que le blond lui lâche un truc du genre « elle ne te mérite pas ».

En ce moment précis, assis seul au milieu d'un parc désert sous un ciel noir de nuages, il avait l'impression que c'était lui qui ne la méritait pas. Qu'il ne méritait personne. Qu'il n'était pas digne d'être aimé.

Il récapitula : l'Itachi qui avait tué ses parents était haï par Sasuke, l'Ichigo qu'il avait feint d'être pendant des mois n'existait plus, l'Itachi so manly de Sapporo ne plaisait ni à Deidara ni à Yahiko et l'Itachi dépravé qu'il était réellement ne méritait plus l'amour de Nadeshiko.

Qui qu'il fût, la souffrance était la même, et il s'aperçut avec un tressaillement que les deux personnes dont il était tombé amoureux ne s'étaient laissées approcher que par des « faux lui » et rejeté le « vrai lui ». On avait aimé le masque, on détestait l'acteur.

Ce qui le conforta dans cette idée simpliste et morbide que pour être aimé, il lui fallait mentir et que personne ne pourrait jamais aimer le petit garçon malheureux qui avait tué ses parents.

Une phrase lui revint en mémoire, il ne savait plus qui l'avait dite, Yahiko ou Deidara…

« Tout le monde a le droit d'être heureux, même les gamins perdus qui ont flingué leurs parents et endossé toutes les responsabilités pour sauver leur petit frère ».

Oui mais non. Tout retombait toujours sur la même chose.

Etre heureux sans Sasuke, il avait déjà essayé. Mais il n'avait jamais vécu de jours plus beaux que ceux passés à ses côtés, sous le masque de sa fausse identité.

Il avait le droit au bonheur, sans doute. Il ne se voyait plus comme un criminel. Mais être heureux sans que la cause de tous ses crimes soit reconnue, être heureux sans que Sasuke approuve son bonheur, il ne pouvait pas.

Parce qu'il l'aimait encore, parce qu'il voyait encore sa présence à travers toutes les jolies filles, tous les types attirants. Il ne pouvait pas commencer quelque chose de nouveau parce qu'il n'en avait pas fini avec Sasuke, parce qu'il l'aimait et espérait encore pouvoir se racheter.

Aimer son propre frère.

-Quel pervers, siffla Itachi entre ses dents.

Peut-être que Nadeshiko avait raison, peut-être que dans le fond, il aurait bien aimé forcer Sasuke « par amour ». Aimer caresser sa peau, goûter sa chair, sentir son odeur affolante s'insinuer en lui, entendre les battements effrénés de son cœur, voir ses yeux s'écarquiller de plaisir.

Il repensa à toutes ces nuits passées dans le même lit, toutes ces heures d'insomnie où il épiait sa respiration, tendait le doigt pour toucher sa peau puis se retenait, se penchait sur ses cheveux puis se reculait prudemment avant d'étouffer ses sanglots dans l'oreiller. Il secoua la tête pour chasser ces souvenirs de frustration et sortit de sa poche la bague que Nadeshiko avait refusée.

Il n'aurait jamais dû mentir. Il n'aurait jamais dû avoir honte de qui il était.

La vérité fait mal, mais c'est un mal pour un bien. Le mensonge a quelque chose d'irréversible. Ce qui est trahi est perdu, et on ne peut jamais le reprendre. Il ne récupérerait jamais Nadeshiko. Comme il ne récupèrerait jamais Sasuke.

Du plus loin qu'il se souvînt, il avait toujours trop aimé son frère. Déjà enfant, quand il lui donnait son bain, le soir, il ressentait une affection démesurée pour ce petit bout d'homme, ses grands yeux noirs, ses épis ruisselants d'eau et sa bouille ronde d'enfant de quatre ans.

Il devait lui parler. Lui demander de le haïr ou de l'aimer, de le détruire ou de le rejoindre. Et s'il ne pouvait vraiment pas lui pardonner, alors il le supplierait de détruire ce lien qu'il y avait entre eux, de ne plus rien lui laisser, plus aucune chance, plus aucun espoir. Lui broyer le corps, disloquer sa raison, tuer ce reste d'espoir qui subsistait en lui, puis partir et le laisser.

Il ne lui demanderait jamais de le tuer. Il ne voulait pas lui imposer le poids d'un meurtre. Il ne voulait pas le faire encore souffrir, non. Il saurait mourir seul.

Sans cela, il demeurerait éternellement dans l'immobile attente d'un signe de lui.

-Je dois demander à Deidara si Sasuke est allé chez Tokugawa, chuchota-t-il en retournant l'anneau d'or blanc entre ses doigts.

Si oui, il l'affronterait à nouveau, avec la vérité comme alliée.

Et il était prêt à se prendre tous les coups du monde. Parce qu'il les méritait largement.

Ce dérangeant masochisme, il l'avait toujours eu. Ce goût de l'auto-flagellation. De l'autodestruction. Balancer entre vie et mort, au bord du vide, flottant avant de tomber.

Il lança l'anneau dans les airs…

Flotter.

…puis le rattrapa.

Tomber.

Il joua un moment ainsi, à faire voltiger la bague dans les airs. Le ciel s'assombrit, teintant de gris le parc vide.

Il pleuvait.

OoOoO

Sasuke trouva le studio de ladite Nadeshiko.

Il monta à l'étage que lui avait indiqué Yahiko, et sonna. La porte s'ouvrit sur une jeune femme en pleurs.

-Bonjour, dit froidement Sasuke. Est-ce qu'Itachi Uchiwa est ici ?

-Non, il est parti, ce sale pédé, cracha la jeune femme entre deux sanglots.

Il releva à peine l'insulte.

-Vous… vous êtes séparés ? supposa Sasuke.

-Tous les mecs qui me plaisent sont des cinglés, murmura la jeune femme pour elle-même.

« Et moi, alors » songea Sasuke avec amertume. Mais il n'avait pas le droit de se plaindre, il était le plus cinglé de tous, d'être amoureux de son propre frère.

-C'est triste de se faire quitter, marmonna-t-il, plus par politesse que par sentimentalisme.

Dans le fond, ça lui faisait plaisir qu'il l'ait quittée.

-Ne me dites pas ça, c'est moi qui l'ai viré, claqua Nadeshiko en essuyant ses yeux.

Sasuke fronça les sourcils, ne comprenant plus très bien.

-Oh, je ne vais pas pleurer là-dessus pendant des siècles. J'ai un nouveau petit ami depuis trois semaines, et il viendra me voir d'un moment à l'autre. Si vous n'avez rien d'autre à me dire, je vous laisse partir, dit Nadeshiko en secouant négligemment la main.

Sasuke tourna les talons, perplexe. Trois semaines ? Mais… elle trompait Itachi !

Une nouvelle aversion contre elle grandit en Sasuke, non plus nourrie par la jalousie mais par le mépris. Cette traînée ne méritait pas Itachi. De là à dire que lui le méritait…

Il sortit de l'immeuble, les idées peu claires et l'esprit empli d'amertume. Arrivé sur le trottoir, il se rendit compte qu'il avait perdu la trace d'Itachi.

-Et merde ! grogna-t-il en shootant dans un caillou.

Il ne lui restait plus qu'à retourner chez Yahiko, s'il retrouvait son chemin.

Et en plus, il s'était mis à pleuvoir.

A suivre...


(1) je sais, c'est trèèèèès OOC un Sasuke qui renonce à la vengeance. Mais je fais ce que je veux, na !

Et voilà, c'est tout pour ce soir^^ J'espère que ça vous a plu malgré le manque d'action... je ne suis pas très douée pour traduire les piétinements mentaux des gens... mais c'est un passage obligé ^^''' Si cela vous a semblé incohérent, je vous répondrai, en spécialiste des ruminages intensifs (je suis très douée pour l'introspection^^" c'est maladif, je n'arrête pas de ruminer mes idées noires): dès qu'il se met à réfléchir sur lui-même, l'homme est incohérent! Et contradictoire! J'ai essayé de traduire cette façon qu'on (moi, du moins) a de tourner en rond mentalement et se contredire quand on cherche à comprendre sa propre essence... Bref, petite analyse psychologique à deux balles, ce ne sera pas la dernière, mais en tout cas c'était la pire^^"""

Niveau action, je me suis quand même débarrassée de Nadeshiko et j'ai réussi à pousser Sasuke et Itachi l'un vers l'autre! xD Prochain chapitre, retrouvailles! Bisou sous la pluie et tout et tout^^

J'espère être vite de retour, mais je ne promets rien! Soyez patientes, mes chères petites lectrices! Je vous adore!

PS: vous aimez Itachi en punk? J'ai deux petits dessins (faits par moi-même-euh xP) qui le représentent dans toute sa splendeur! (quoique, en version édulcorée par rapport à ce que j'ai décrit dans ce chapitre xD)

Je vous mets les liens (enlevez les espaces avant et après les points et les slash^^

http: / / i66 . servimg . com / u / f66 / 15 / 16 / 20 / 48 / deidar10 . jpg

http: / / i66 . servimg . com / u / f66 / 15 / 16 / 20 / 48 / itachi10 . jpg