Note : Oh, miracle ! Enfin un nouveau OS. J'avoue, il a mis un peu de temps à venir celui-là.
Dame Inspiration (qui, si vous ne l'aviez pas remarqué, est un peu pingre avec moi) s'est manifestée par la voix des songes pour me transmettre cette idée. Mais j'ai eu beaucoup de mal à en faire ce que je voulais. Voilà la meilleure version à ce jour.
I. Mirkwood – Mère & Fils
(Musique : Hallelujah – Jeff Buckley)
Un coup de tonnerre retentit, au loin.
Le ciel était sombre, la terre plongé dans l'obscurité. Un cavalier tentait vainement de se frayer un passage dans la forêt de Mirkwood, luttant contre le vent et la pluie qui se déchainaient alentour. Mais sans doute était-ce peine perdue.
C'était une de ces violentes tempêtes qu'il est préférable de regarder à l'abri des murs, auprès d'un feu ronflant ou enfoui sous une couverture chaude et moelleuse. Cette pensée traversa l'esprit du cavalier, une fois encore.
Les sentiers jadis si bien tracés étaient réduits à de vulgaires mares de boue, où son cheval peinait à avancer. L'Elfe, quant à lui, ne parvenait plus à trouver son chemin. Cela faisait des heures qu'il lui semblait tourner en rond, mais il était bien incapable de dire si tel était le cas. Il n'arrivait pas à reconnaitre le moindre passage. A cet instant cette forêt, qui pourtant l'avait vu naître, lui paraissait aussi étrangère et hostile que s'il y pénétrait pour la première fois.
Un éclair illumina brusquement le ciel, et la foudre s'abattit non loin d'eux. Le cheval, prenant peur, s'emballa et partit au galop. Il buta sur le chemin accidenté, manquant de renverser son cavalier, qui parvint à grand-peine à calmer sa peur et sa soudaine frénésie. La bête ralentit petit à petit, puis s'arrêta, encore tendue et angoissée par l'orage qui grondait toujours, imperturbable. Avec une ironie cruelle, la pluie redoubla d'intensité, et finit d'anéantir le peu de courage qu'ils leur restaient.
L'Elfe poussa un profond soupir, et descendit de sa monture. Il était décidément inutile de continuer tant que durerait cette tempête. Il avança encore un peu parmi les arbres, cherchant vainement une place qui pourrait un tant soit peu leur fournir un abri. Il finit par s'arrêter sous un vénérable chêne, au tronc immense et aux larges racines, qui les protégerait légèrement des bourrasques incessantes.
Le cavalier attacha son cheval à l'arbre, et se laissa glisser le long du tronc. Le sol était recouvert d'un tapis de feuilles mouillées, qui, maigre réconfort, le préservait de la boue. Il se nicha entre deux racines, de la façon la plus confortable qui soit, et tenta de trouver un peu de repos.
En vain.
Trempé, fourbu, perdu dans ce bois qu'il croyait connaître mieux que quiconque, il ne donnait guère cher de son orgueil. Le désespoir étreignait son cœur, aussi impitoyable que cet orage. Cependant il se sentait soudain honteux de lui céder ainsi la place. Ce n'était qu'une tempête ! Rien de plus. Il existait des choses bien plus terribles à travers Arda, il n'allait pas se laisser intimider par le tonnerre et par la pluie.
Allons, il était un guerrier, il était un Prince !
Mais pourtant, ce soir-là, il avait peur. Il était seul.
Et malgré tout, il était encore bien jeune.
o o o o
Il faisait chaud. Une chaleur douce et tendre comme une étreinte. Il ouvrit les yeux.
Il faisait toujours sombre, et il distinguait le décor torturé de la forêt malmenée par la tempête. Mais d'une façon étrange. Comme s'il l'observait à travers un mur de brume. Il essaya de bouger, mais il en était incapable.
Il sentit une présence à ses côtés. Elle lui paraissait lumineuse, en contraste avec l'obscurité du paysage et le froid qui l'avait paralysé, juste avant.
Juste avant cela. Mais qu'était-ce, au juste ? Un rêve ?
« Si l'on veut, dit une voix.
Une voix harmonieuse, profonde et familière. Qui le submergea de bonheur autant qu'elle lui serra le cœur.
- Mère ? Murmura-t-il, pour lui-même.
Il sentit une main lui effleurer les cheveux, d'un geste affectueux.
Alors il tourna la tête.
Elle était là, plus radieuse et plus belle qu'elle ne l'avait jamais été. Et, étrangement, plus inaccessible aussi. Elle lui sourit, comme il l'avait vu faire tant de fois, et ses yeux brillaient d'une joie calme mais intense.
- Tu es perdu, dit-elle, amusée.
- Tu es morte, répondit-il d'un ton égal, et il fut effrayé par la froideur de ses paroles.
Le sourire de la dame, sans disparaître, devint soudainement triste.
- C'est vrai. Mais, après tout, je ne suis pas plus réelle que cette vision.
Sa réplique avait été aussi abrupte que la sienne. Le bonheur premier laissa vite place à une incompréhension plus douloureuse encore que le désespoir qu'il avait ressenti.
- Alors, que fais-tu ici ?dit-il d'un ton las.
Il voulait que cette torture cesse. Se réveiller, ou s'endormir, peu importe, pourvu qu'il puisse oublier.
- Toi, que fais-tu là, Legolas ? Couché dans la boue, à attendre que le temps passe ? Je te croyais plus déterminé.
Etrange comme ce sermon le culpabilisait davantage, prononcé de cette voix si affectueuse.
- Je suis perdu, marmonna-t-il, et il se sentit ridicule.
Une main douce et ferme se posa sur son épaule. Sa mère s'était agenouillée à côté de lui. A la fois proche et lointaine. Il aurait voulu qu'elle le serre dans ses bras, qu'elle le berce comme l'enfant qu'il était jadis. Mais il sentait que c'était impossible.
- C'est vrai. En partie, du moins. Si tu te donnais la peine de raisonner calmement, tu verrais que ce n'est pas vraiment le cas. Tu connais cet endroit.
- Mais je ne le reconnais pas.
- Tu n'essaie pas. A quoi bon te morfondre ici, alors qu'un vrai foyer t'attend ?
Elle avait raison. Elle avait toujours raison. Ou presque. Un foyer à moitié vide l'attendait.
- Pourquoi es-tu partie ?
Et il sentit un chagrin écrasant étouffer son âme.
- Je ne sais pas, avoua-t-elle, d'une voix triste. Les choses sont ainsi. C'est tout.
Non. Ce n'était pas tout, protesta-t-il intérieurement. Il était encore trop jeune pour être orphelin.
- J'ai peur.
- Tu n'en as plus le droit. Reprends courage, mon fils. Tu es un guerrier, tu es un Prince !
D'abord taquin, son ton était devenu grave. Et fier. Il le fit se sentir important comme il ne l'avait jamais été. Et il voulut s'en montrer digne.
Elle posa un baiser sur son front, comme elle faisait jadis, et elle se releva. Il eut brusquement envie de la retenir. Mais il ne le pouvait pas.
- Adieu, Legolas. Adieu, mon fils.
Sa voix était débordante d'amour. Il voulut lui répondre, mais déjà elle s'éloignait, et déjà il sombrait dans l'inconscience. Il aurait voulu… Mais il sentit que c'était inutile. Qu'elle le savait déjà.
Et soudain, tout fut noir.
o o o o
Il ouvrit les yeux, tremblant. La tempête faisait rage, toujours, et le froid l'encercla de nouveau. L'esprit encore embrumé, il bougea ses membres engourdis, et se redressa. Il se souvint de ce qu'il venait de voir – qu'était-ce, d'ailleurs ? Il n'en était pas vraiment sûr – et un regain de courage réchauffa son cœur.
Il se releva, regarda la forêt qui l'entourait. Elle lui semblait, peu à peu, plus familière.
Et, brusquement, il la reconnut. La brume qui voilait son esprit se leva complètement. Il sut à ce moment où il se trouvait, et quel était le chemin à prendre. A vrai dire, il ne l'avait jamais vraiment oublié.
Il s'approcha de son cheval, lui murmura quelques paroles réconfortantes à l'oreille, puis remonta en selle. Ils se remirent en route, lentement. La pluie battait et l'orage grondait encore, mais il se sentait calme.
Ni peur, ni désespoir, désormais. Ce n'était pas digne d'un guerrier. D'un Prince.
Mais, pour la première fois depuis longtemps, il pleura.
PS : Merci pour les lectures et les reviews !
