Notes : Après avoir laissé cette fic à l'abandon pendant deux années, voilà que j'y reviens enfin, à cinq jours seulement du début de mes partiels – en toute logique, évidemment. Incroyable.
Les motivations de l'histoire en sont toujours les mêmes, et j'espère bien que ce texte se situe dans la juste lignée des précédents. Après avoir consacré les trois premiers aux Elfes, un petit détour parmi les Hommes s'imposait.
Je n'en suis pas tout à fait satisfaite, mais bon, quitte à sacrifier un peu de mes révisions, autant vous en faire profiter !
Bonne lecture !
I. Edoras, Rohan : Eomer & Eowyn
Sur l'air de « Convulsion », de Mark Bradshaw (BO de Bright Star) et de l'Ave verum corpus de Mozart
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La nuit tombait doucement. Elle se tenait là, au seuil du château de Meduseld, faisant face au crépuscule, vision merveilleuse qui embrasait le ciel de ses couleurs chatoyantes, tandis que l'Est s'assombrissait en un présage funeste et menaçant. Muette, froide, son visage à la fois dur et impassible ne laissait rien paraître des allées tortueuses de ses pensées.
Pourtant, il voyait percer dans son regard cette lueur accablante de chagrin âpre, que lui seul, d'entre tous, avait appris à reconnaître.
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C'était un matin clair et pâle ; le ciel était d'un bleu de glace, parcouru par de longues traînées immaculées. Une longue procession, aux visages aussi graves que leur mise, avançait avec une lenteur presque pénible vers les portes de la cité d'Edoras. On entendait parfois l'écho de faucons qui fuyaient, lointains. Mais ce qui venait troubler le silence, surtout, étaient les pleurs déchirants d'une fillette aux cheveux d'or, son corps tremblant sous la violence cruelle de ses sanglots.
En ce jour, l'on enterrait Théodwyn de Rohan.
Le cortège s'arrêta doucement devant un tertre, ultime palais immuable. A côté se trouvait la demeure de pierre de son époux, que l'on avait clos depuis bien trop peu de temps. Elle n'avait pu supporter sa mort si soudaine, et le chagrin avait fini par ravir son âme, la dérobant à l'amour des siens, et de ses deux enfants désormais orphelins.
En voyant la tristesse inconsolable de sa sœur, Eomer sentait son cœur se briser avec une indolence insupportable. Il aurait voulu crier pour couvrir sa plainte douloureuse, hurler pour laisser libre cours à son propre désespoir. Il priait, il souhaitait avec une force acharnée, à s'en rendre fou, que ses parents eussent pu revenir à la vie. Mais cela ne pouvait arriver ; il n'avait plus cette jeunesse naïve qui croyait aux contes et aux fables. Leur disparition si brusque, si impitoyable, laissait un vide effroyable et glaçant ; et il cherchait maintenant en son être, avec détresse, cette bravoure qui pourrait apporter suffisamment de réconfort tant à lui-même qu'à sa petite Eowyn.
Un chœur de femmes, aux voix douces et vibrantes, entonna un thrène mélancolique, alors que l'on mettait le corps de Théodwyn en terre. Il avait fallu l'arracher, quelques instants plus tôt, à l'étreinte opiniâtre de sa fille qui s'était refusé à la quitter. La figure voilée, elle disparaissait maintenant sous leurs yeux, comme avalée par les entrailles poussiéreuses de la terre. C'était la dernière fois qu'il la voyait, et bientôt ses mémoires allaient-elles former le berceau de ces fragiles fleurs blanches, souvenirs éternels.
Eomer serrait ses poings jusqu'à en sentir poindre la douleur. Il ne pleurait pas – il ne pleurerait plus. Ce temps était passé ; il n'était plus un enfant. Il avait désormais la sensation d'avoir trop souffert pour espérer retrouver cette innocence perdue. Il ne lui restait que sa jeune sœur, qui s'était à cette heure muée en une pelote de chagrin à vif, à cet âge pourtant si candide où ne devrait importer que les rires et les jeux ; et il se jura alors de la préserver tant qu'il pourrait de la souffrance et du tourment.
L'on scella l'entrée du tertre. Avec une tendresse fraternelle, silencieuse, il prit Eowyn dans ses bras. La fillette s'agrippa farouchement à son frère ; peu à peu, ses pleurs cessèrent. Sa respiration, alors saccadée, s'apaisa. Eomer de Rohan se sentit empli d'une volonté digne et nouvelle. Une sérénité étrange, posée, sembla envelopper leurs esprits de son souffle berçant.
A leurs pieds, les symbelmÿnes reluisaient de leur pureté éclatante sous les rayons du soleil. Il fit alors le serment, en leur âme et leur cœur, de la protéger et de la chérir jusqu'à la fin de leurs jours.
Eowyn de Rohan resta à ses côtés tout le jour durant. Ce n'est que lorsque le sommeil emporta sa conscience, une fois la nuit venue, qu'elle lâcha finalement sa main.
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Les dernières lueurs finissaient de disparaître au loin. Il prit sa main, dans un geste de réconfort, familier. Elle lui adressa un regard fugace mais ne prononça pas un mot, serrant la sienne en retour.
Ils s'étaient juré de se préserver l'un l'autre, mais les Ténèbres grandissantes qui s'insinuaient sur les terres libres du Milieu faisaient chanceler la vigueur de leur promesse sous leurs assauts sinistres.
Aucun dialogue dans ce texte ; les paroles sont parfois superflues, je crois.
