Notes : Une mise à jour ! Yay !
J'avance lentement – très lentement, certes – mais sûrement. Cette fois-ci, voici une petite amourette de Hobbits, remplie de tendresse sans conséquence (ou pas ?). Je n'arrive pas à me figurer l'âge que l'on pourrait leur donner dans ce texte – hormis quelque part dans l'enfance !
Le principe de cette fic est toujours explicité sur la page du premier chapitre. Bonne lecture !
I. La Comté : Peregrin Touque & Diamond de Long-Cleeve
Sur un air bien connu.
o o o
Sa main fusa à la surface de l'étang, leste et agile, dans un carillon de gerbes d'eau – un instant trop tard. Les minuscules têtards échappèrent à sa poigne, frétillant dans l'onde calme. Un soupir bref franchit ses lèvres, se mêlant à la chaude brise estivale. Des grillons chantaient non loin, tapis, placides, au sein du bruissement des feuillages.
Avec une détermination silencieuse, il se remit à l'affût. Les jeunes créatures ondoyaient sous ses yeux, à peine venaient-elles troubler la surface de l'eau. De nouveau il guetta, scruta et épia encore, empli d'une patience reine – et son bras bondit sous l'onde miroitante. Ses doigts se refermèrent sur un essaim de têtards qui s'éparpillèrent par mille chemins, avec une prestesse insolente.
Las ! Deux malheureux innocents pourtant ne purent passer ces barrières de chair et d'os.
Le jeune Hobbit brandit ses captifs avec un sourire éclatant, victorieux. Mais alors que, relâchant sa prise, celle-ci allait rejoindre le restant de sa pêche, immergée au fond d'un petit bocal de verre bleuté, son attention fut distraite par un écho fortuit qui résonna dans le bois.
Au loin, une voix pure et frêle chantait.
Un, deux, trois
Nous irons au bois
Surpris, abandonnant là sa chasse, il partit, fort de cette nouvelle quête, vers la candide mélodie. Le moelleux tapis d'herbe soyeuse étouffait ses pas, et venait chatouiller ses chevilles du bout de ses brins. La voix se rapprocha, se fit plus claire et plus vibrante, il lui sembla même qu'il lui suffisait de tendre la main pour la saisir, quand soudain…
Elle s'arrêta, net.
Il se figea, stupéfait, sa tête tournant de tous côtés alors qu'il observait, à l'entour, les yeux écarquillés. Le temps d'une minute – peut-être deux ? – il resta ainsi immobile, cerné par le pépiement joyeux et moqueur des moineaux ; jusqu'à ce que quelque chose vienne heurter le sommet de son crâne. Il se frotta les cheveux, par réflexe davantage que par douleur, et découvrit à ses pieds une petite cerise aux courbes rebondies.
Un rire jaillit, au-dessus de lui, du cœur de la frondaison des arbres.
« Peregrin ! Peregrin ! »
Alors il aperçut, couronné de feuilles d'un vert tendre et de fleurs d'été, un visage juvénile et familier.
« Diamond ?! Que fais-tu là-haut ? »
Quatre, cinq, six
Cueillir des cerises
Elle leva les yeux au ciel, l'air taquin et – quoique fort légèrement – narquois.
« Je cueille des cerises, nigaud. »
Pippin fronça le nez, un tantinet vexé.
« Je vois bien, merci, maugréa-t-il. Mais je doute que ta mère serait ravie de te voir ainsi côtoyer les écureuils.
- Oh, tu es bien trop jeune pour jouer les rabats-joies, Pip ! Viens donc me rejoindre. »
Le jeune Hobbit ne se fit pas prier deux fois. Il grimpa le long de l'écorce rêche du cerisier en quelques gestes, pour se retrouver assis à califourchon sur une branche alourdie de dizaines de perles rouges et chatoyantes. A ses côtés, balançant ses jambes dans le vide, des griottes jumelles pendues à ses oreilles comme s'il se fût agi de dormeuses serties de rubis et de grenat, Diamond de Long Cleeve croquait autant de cerises qu'elle n'en mettait dans son panier. Un océan de verdure, piqueté de cent couleurs de fleurs et de fruits, leur faisait face.
« La vue est belle d'ici, n'est-ce pas ? » dit-elle entre deux bouchées.
Elle lui lança un regard en coin – puis ajouta, toute de naïveté et d'innocence drapée :
« Sans doute l'est-elle encore davantage sur les plus hautes branches, là où perce le soleil… Et les fruits y sont si mûrs et si gros ! Me rendrais-tu un service ? Irais-tu les cueillir, s'il te plaît… »
Elle lui offrit son plus charmant sourire, coloré de jus de cerise.
« … Pour moi ? »
… Auquel il répondit par une moue sceptique, qui laissait bien peu paraître, en vérité, l'envol enflammé des battements de son cœur.
« Ne peux-tu y grimper toi-même ? fit-il, hésitant, tandis qu'une partie de son être lui intimait de se taire avec force injures.
- On voit bien que tu n'as jamais porté de jupes. »
Le regard brillant et implorant sous une pluie de boucles châtain, elle lui tendit son panier à moitié plein.
Le jeune Touque ne résista guère plus longtemps.
Sept, huit, neuf
Dans mon panier neuf
Ainsi reprit-il son ascension. Tandis que Diamond, quelques toises plus bas, fredonnait guillerettement, il entreprit d'ôter de leur nid les cerises vermeilles, caressées par les rayons brûlants de l'astre solaire. Glissant sur les branchages traîtres et fragiles, il manqua de choir une fois, deux fois, mais parvint enfin à redescendre, sans plus de heurts, un plein panier de fruits à son bras. Il fut accueilli par les applaudissements enthousiastes de la jeune Hobbite qui tintèrent, ébranlèrent son âme comme mille trompettes glorieuses acclamant un héros triomphant.
Alors qu'ils savouraient tant ce repos si bien mérité que le fruit de leur cueillette, bercés par le souffle du vent dans la ramure des arbres et les trilles gracieux de quelque rossignol, Diamond se redressa soudain, deux doigts sur les lèvres, réprimant à moitié un sourire mutin.
« Oh ! J'oubliais ! »
Dix, onze, douze
Elles seront toutes…
Se tournant vers un Pippin tout esbaudi, elle saisit sa main et déposa, sur sa joue empourprée, un baiser sucré.
… Rouges !
