Chapitre V
L'aide des amis

J'avais quitté l'appartement depuis quelques heures et j'attendais maintenant que la salle de concert ouvre ses portes. Il était étrange pour moi d'arriver à l'heure quelque part pour une fois. Quoi qu'en y réfléchissant, j'arrivais à l'heure aux répétitions de D-rock, aux entrainements de hockey il n'y avait qu'au lycée où j'arrivais constamment en retard.

La tension montait à mesure que de plus en plus de personnes se pressaient devant l'entrée, parfois en écrasant un pied ou deux.

Au bout de ce qu'il m'a semblé être une éternité, les portes se sont enfin ouvertes et tout le monde s'est précipité pour entrer la cohue était telle que je me félicitais intérieurement d'être un des premiers à entrer. J'allais être coincé au mariage de Dennis et Lydia, ce n'était pas pour me retrouver au fond de la salle ! L'apparition d'une chevelure blonde dans mon champ de vision restreint m'a sorti provisoirement de mes pensées : avec un peu de chance je ne passerais pas la soirée tout seul …

La salle était tout ce qu'il y avait de plus simple, un hangar qui devait servir pour toute sorte d'évènement. Des stands étaient installés ça et là, des vendeurs de hot-dogs, t-shirt et autre vinyles s'efforçaient de répondre à la demande grandissante.

Il faudra que je reparte avec un t-shirt…

J'ai essayé de me diriger vers la scène sans écraser qui que ce soit si bien que ça été mes pieds qu'on a écrasé plusieurs fois. Je me suis écarté juste à temps pour éviter de me faire emboutir par une armoire à glace de un mètre quatre-vingt dix.

- Attention petit ! m'a-t-il lancé.

Petit ? Moi ? C'était la meilleure !

Mais en m'écartant si brusquement, j'ai bousculé quelqu'un qui a poussé un cri de douleur si aigüe que je n'ai pas été surpris de tomber nez à nez avec une jeune fille d'à peu près mon âge, qui s'est empressé de me sourire comme si se faire à moitié écraser par moi était la meilleure chose qui lui soit arrivé de la soirée.

- Salut, a-t-elle lancé d'un ton avenant. J'accompagne juste une amie, mais maintenant (clin d'œil aguicheur), je me dis que j'ai bien fait de venir.

Je me suis brièvement demandé si j'étais aussi ridicule lorsque je draguais une fille… Nah, j'étais un maitre en la matière moi ; j'imaginais parfaitement l'air à la fois septique et indigné de Casey si j'avais fait cette réflexion à voix haute… Se m'éprenant sur la raison de mon sourire idiot, elle m'a tendu une main et s'est présenté :

- Moi c'est Emma.

Qu'attendaient-ils pour éteindre les lumières et jouer si fort qu'on ne s'entendrait plus parler ? Habituellement, je trouvais cela flatteur d'être abordé par des filles plutôt jolies, alors je ne comprenais pas ce qui m'agaçait autant tout à coup.

- Derek, ai-je cependant répondu en lui serrant la main.

Je ne me suis pas attardé, prétextant des amis à rejoindre et j'ai continué de me diriger vers la scène. Quand je suis enfin arrivé au bout de mon périple, je me suis arrangé pour m'arrêter à côtés de deux mecs en grande discussion. J'étais sauvé pour l'instant.

Enfin le groupe est entré en scène et mon esprit s'est vidé comme par enchantement. Il n'y avait plus de soucis, plus d'agacement, ni même de Casey et toutes les questions que je me posais à son sujet juste le son entêtant de la batterie et ma main mimant les accords de guitare.

oOo

La journée du lendemain est passé à toute allure (peut-être était-ce dû au fait que je me sois levé sur les coups de midi). Lydia était légèrement hystérique, Dennis essayait d'arranger les détails de dernière minute, et Casey, Lizzie et moi nous sommes retrouvés au milieu sans savoir que faire.

Et je me suis de nouveau retrouvé dans mon lit. Bien qu'il soit tard, je n'arrivais pas à dormir. Le fait de me tourner et de me retourner dans mon lit devenant insupportable, j'ai pris mon téléphone sans réfléchir et j'ai composé le numéro de Sam. Il était minuit passé, et j'espérais qu'il n'allait pas me tuer…

- Oui ? a enfin grogné Sam d'une voix endormie.

- Sam ? C'est Derek.

- Derek, aux dernières nouvelles il n'y a pas de décalage horaire entre New York et London, alors… pourquoi est-ce que tu m'appelles au beau milieu de la nuit ?!

- Je sais, désolé. Mais le mariage est demain, ce qui veut dire qu'on va bientôt rentrer à London, et… (j'ai pris une grande inspiration avant de prononcer les derniers mots) je sais pas quoi faire à propos de Casey.

Il n'y avait pas de quoi en faire toute une histoire, mais je ne parlais jamais de ce que je ressentais, pas même avec mon meilleur ami.

- Donc, a dit Sam d'une voix trainante. Si je comprends bien, tu me réveilles à…minuit et demi pour me parler de tes sentiments pour ta demi-sœur ?

- C'est pas ce que tu voulais depuis le début ? ai-je répliqué, sarcastique.

- Ok, crache le morceau…

En l'appelant je n'avais pas prévu de vider mon sac comme je l'ai fait. Je lui ai raconté notre semaine, en commençant par Lydia qui avait d'abord cru que je sortais avec Casey (ce qui l'a fait beaucoup rire), puis les journées passées ensemble sans se disputer, les regards et enfin cette impression diffuse et étrange que Casey m'appréciait peut-être aussi.

- Je sais vraiment pas quoi te dire Derek tu devrais essayer de lui parler.

L'idée m'a fait ricaner.

Comme si je n'y avais pas déjà pensé…

- Mais oui, et elle se foutra de moi jusqu'à la fin de ma misérable existence !

- Tu sais très bien qu'elle n'est pas comme ça… Elle serait plutôt du genre à t'éviter jusqu'à la fin de ta misérable existence, a-t-il plaisanté.

- Très drôle Sam, désolé mais l'idée ne m'enchante pas tellement.

- Ouais, tu m'étonnes… Hum, si j'étais toi j'irais quand même lui parler, tu sais qu'elle adore parler et au moins tu seras fixé.

- Je suis pas doué pour parler… ai-je bougonné.

- T'as qu'à l'inviter à danser alors. A un mariage, ça passera inaperçu.

Je l'ai entendu rire, comme si m'imaginer dansant avec Casey était la chose la plus hilarante au monde.

- Ou alors elle aura bu tellement de champagne qu'elle t'embrassera la première !

- Ok… Je crois vraiment que tu manques de sommeil, Sam.

- Mouais, à qui la faute ?

- Bonne nuit Sam. Et euh…merci.

- De rien. Et, Derek ?

- Mmm.

- Bonne chance.