2.

Regina Mills, un sourire flottant à demi sur ses lèvres, semblait amusé par la situation. Emma se demanda si elle avait eu un problème au bureau, ou avec la ville, pour que le Maire de Storybrook se déplace jusqu'à sa chambre d'hôpital.

- Bonjour Miss Swan.

- Madame le Maire, salua poliment la jeune femme, légèrement mal à l'aise de se retrouver devant elle en position de faiblesse. Que puis-je faire pour vous ?

Sa réponse dut surprendre son interlocutrice car celle-ci eut un mouvement de recul presque imperceptible, perdant aussitôt de sa superbe, avant de lever un sourcil interrogateur. Manifestement, elle ne s'attendait pas à ce genre de salutation et la curiosité piqua Emma au vif. Mais l'action dura à peines quelques secondes et le Maire reprit son attitude sans plus paraître décontenancée.

- J'ai croisé le Docteur Whale dans les couloirs, annonça Regina sans prendre la peine de répondres aux question qu'on venait de lui poser. Il m'a annoncé que vous...aviez mystérieusement perdu la mémoire durant la nuit. Il m'a également fait part de votre petite scène après votre réveil.

Emma hocha la tête pour le confirmer, de plus en plus gené par la tournure de la conversation. Cette femme braquait sur elle un regard incandescent qu'elle n'était pas certaine de bien interpréter. Dans l'espoir d'atténué un peu son embarras, elle s'allongea dans son lit en prenant garde à sa cheville blessée, qui lui soutira malgré tout une grimace de douleur. Au moins comme ça, elle se concentrait sur autre chose que cette discussion.

Le plus idiot, c'est que la jeune femme était embarrassée de ne plus parvenir à se souvenir du pourquoi elle se retrouvait clouée dans un lit d'hôpital. Et elle avait apparament perdu la mémoire en une seule nuit. Cela devait paraître tellement riddicule. Et puis cela expliquerait au moins la présence de madame le Maire. Rien de mieux que de venir se moquer de sa situation. Ou bien...C'était autre chose.

Peut-être avait-elle commis quelque chose la veille, l'explication de sa cheville fracturée, et qu'à présent Regina venait rêgler ses comptes. Mais si tel était le cas, pourquoi gardait-elle cette attitude nochalente, les mains sur les hanches et le sourire toujours sur ses lèvres pulpeuses .? Elle n'avait pas l'air d'un membre de la ville prête à en découdre avec elle.

- Vous n'avez...plus aucun souvenir ? demanda le Maire en s'approchant lentement de quelques pas, la voix rauque. D'aucune sorte ?

Elle posa ses mains sur le rebord du lit, et le regard qu'elle lui lançait eu pour unique effet de faire frissonner Emma. Bien qu'elle ne se rapelle de rien, la jeune femme était persuadée qu'il n'était pas innocent. Tout comme le ton des paroles de Regina. Mais elle devait sûrement se faire des idées. C'était même fort probable dans son état, vu comment venait de démarrer sa journée. Une amnésie, des hallucinations et une crise de panique. Quoi de plus normal.

- Non, je suis totalement amnésique. Mes derniers souvenirs remontent à Novembre dernier mais le Docteur Whale est persuadé qu'il ne s'agit que d'une amnésie temporaire, rien de plus. Il pense que j'ai chuté cette nuit, sûrement à cause de ma cheville.

- Oui sûrement, répondit Regina en laissant ses doigts glisser sur la couverture. ¨Pour votre cheville non plus, pas le moindre indice de comment c'est arrivé ?

- Croyez-moi quand je vous dis que j'essaie plus que tout de me remémorer quelque chose.

Emma tâchait de ne pas faire attention au petit jeu du Maire, qui semblait prendre un malin plaisir à attirer le regard de la jeune femme sur sa main.

- Vous vous souvenez pourtant du reste ?

- Vous voulez parler de votre nature, à vous et au reste de la ville ? Bien sûr, n'oubliez pas que je vis ici depuis...

Elle s'arrêta, cherchant à retrouver depuis combien de temps elle avait choisi de s'installer à StoryBrook. Mais sa mémoire devait lui jouer un nouveau tour car elle ne parvenait pas à mettre le doigts sur cette information.

- Depuis un certain temps, acheva-t-elle. Rassurez-vous, Madame le Maire. Je n'ai pas oublié vos histoires de conte de fée, de méchante reine ou de Blanche-Neige.

- Parfait, voilà au moins une chose dont je n'aurais pas besoin de vous rappeler. Le Docteur Whale souhaite vous garder en observation encore quelques jours, afin de s'assurer que tout va bien et...

- Mais...

- Et il n'y aura aucune discussion possible Miss Swan ! la coupa Regina avec un mouvement de main exaspéré. Pourquoi êtes-vous toujours en train de vouloir polimiquer une décision ?!

Emma trouva plus judicieux, à cet instant, de ne rien ajouter et referma la bouche qu'elle venait d'ouvrir pour protester. C'était un fait avéré qu'elle ne pouvait simplement se plier aux décisions la concernant, et cette partie de sa personnalité était parfois dur à refouler. Souvent même. Mais l'inquiétude qu'elle avait perçu vibrant dans la voix de Regina était une bonne raison de se taire, même si le Maire prenait un air faussement agacé.

- Seriez-vous inquiète ? osa timidement Emma sans savoir d'où lui venait cette pointe d'insolence.

- Inquiète que vous souhaitiez reprendre le travail, même avec un pieds dans le plâtre et que vous ne coutiez encore plus d'argent à la ville en provoquant inutilement des accidents parce que vous n'en faites qu'à votre tête.

La main de Regina quitta aussitôt le lit et elle croisa les bras, la fusillant d'un regard noir qu'Emma déchiffrait très bien comme une remontrance envers son idiotie avérée. Sans vraiment savoir pourquoi, le fait de voir bouder la puissante Regina Mills lui mit le sourire aux lèvres et elle retint à grand peine un petit rire amusé. Elle ne souhaitait pas prendre le risque que la méchante Reine se sente humilier en croyant à une quelconque moquerie. Mais manifestement, rien ne pouvait échapper à cette femme.

- Peut-on savoir ce qui vous amuse, Miss Swan ? questionna-t-elle sèchement.

- Je ne pensais pas que vous seriez du genre à bouder, risqua Emma, attendrie.

- Je ne boude pas.

- Bien sûr que vous boudez. Regardez-vous.

Elle vit l'effort surhumain que fit Regina afin de ne pas regarder sa position, et préféra lever les yeux au ciel d'un air à nouveau exaspéré.

- Miss Swan ?

Le Docteur Whale, la tête passée par l'entrebâillement de la porte, hésita à pénétrer dans la chambre. Manifestement, l'effet de terreur qu'imposait Regina ne s'était pas atténué avec les mois. Craignant d'avoir interrompue une conversation, il prit finalement son courage à deux mains et s'avança dans la pièce, tenant fermemant une grande enveloppe marron.

- J'ai reçu les résultats de votre radio, expliqua-t-il avec un coup d'œil en direction de l'invitée. Je suis désolée, Madame le Maire, mais j'aimerai discuter avec Emma en privée. De docteur à patient.

Regina acquiesça, avant de plonger son regard dans celui de l'adjointe du shériff.

- Je ne suis pas loin si vous avez besoin de quelque chose, l'informa-t-elle. Je vais revenir.

Avec un mouvement de tête en direction de Whale, elle sortit de la pièce, seuls ses talons résonnant sur le sol, et referma la porte derrière elle. Emma savait qu'elle aurait dû, à partir de cet instant, prêter attention à ce que son médecin était en train de lui expliquer mais, en plus de déjà savoir que sa cheville était brisée, elle ne parvenait pas à penser à autre chose qu'aux derniers mots de Regina. La façon dont elle les avait prononcé, avec une douceur dissimulée mais bien là, accompagnés de ce regard inquiet, remuait la jeune femme bien plus qu'elle ne l'aurait souhaité. Elle désirait retrouver la mémoire et que tout ce qu'elle avait oublié lui revienne car c'est là que se trouvait les réponses à ses questions. Elle en était certaine. Quelque chose avait changé entre le Maire et elle, et cette foutue amnésie ne lui laissait aucune chance de se souvenir de quoi.

- Est-ce que Regina et moi sommes amies ? s'enquise-t-elle brutalement, coupant sans douceur la parole au docteur.

- Et bien...je...Quoi ?

- Est-ce que Regina et moi sommes amies ? Est-ce que nous le sommes devenues pendant ces mois que j'ai oublié ?

Jamais encore Emma n'avait vu un homme rougir aussi vite. Sa peau blanche ressemblait à une tomate trop mûre et les balbutiements d'adolescent qu'il tentait de sortir restaient incompréhensibles. Allons bon, il n'était pas capable d'aligner deux mots ? Ou au moins de répondre par oui ou non ?

Ses doigts tripotaient machinalement l'enveloppe de la radio et ses yeux fuyant se posaient à peu près n'importe où, sauf sur sa patiente. Qui commençait d'ailleurs à perdre patience. Ce n'était pourtant pas une question difficile.

- Je...Je crois que vous devriez avoir la discussion avec le Maire, réussit enfin à prononcer Whale. C'est elle la concernée après tout.

- Je vous demande juste de me dire si on est amies, je ne demande pas la lune, répliqua Emma, agacée.

- Ecoutez reposez-vous, ordonna le médecin sans cesser de rougir. Peut-être que demain, vos souvenirs seront revenus. En attendant, tout ce que je peux vous dire c'est que...c'est compliqué.

- Compliqué ?

Elle voulut l'interroger d'avantage, mais il reprit son commentaire de la radio, agrémenté de quelques explications concernant le plâtre, et Emma renonça. Après tout, il avait sûrement raison. Ca ne regardait que Regina et elle. Surtout s'il disait vrai et que c'était en effet compliqué entre elles.

Le monologue de Whale dura encore de longues minutes durant lesquelles sa patiente n'y prêtait pas vraiment attention. une des infirmières apporta une paire de béquilles, et le médecin lui remit religieusement la radio de sa cheville en lui indiquant qu'elle n'avait qu'à appuyer sur le bouton au dessus de son lit si elle avait besoin de quoi que ce soit. Puis, après lui avoir assuré qu'on lui apporterait son repas dans un peu plus d'une heure, il afficha un grand sourire et se retira de la chambre manifestement soulagé que la jeune femme n'ait pas poursuivi son interrogatoire sur le sujet Regina.

Les heures qui suivirent furent agitées. D'abord laissé à sa solitude, les infirmières se succédèrent pour venir prendre sa tension, effectuer une prise de sang et tout autre examen qu'Emma n'était pas certaine de comprendre. Puis on lui apporta son repas, et Graham, son patron et ami, choisit cet instant pour venir lui rendre visite. La jeune femme ressentit une vive émotion en le voyant, ne sachant vraiment pourquoi, et ils passèrent un long moment à discuter de tout et de rien. Elle tentait de combler les trous de sa mémoire avec les informations qu'il lui donnait et elle se sentait reconnaissante. Ce fut un choc d'apprendre que Mary-Maragaret, qui paraissait prête à tout pour sa relation avec David Nolan, avait finalement décidé de le quitter et était désormais fiancé au Docteur Whale. Apparemment, elle avait trouvé Charmant trop ennuyeux et lui avait préféré Frankenstein. Tout comme ce fut étrange d'apprendre que Graham sortait depuis quelques mois avec Ruby, au grand désespoir de sa Grand-Mère. Un loup et un chasseur ne faisaient pas bon ménage d'après elle. Mais Emma était sincèrement heureuse pour son ami, surtout qu'elle se souvenait se sentir mal depuis qu'elle avait repoussé ses avances. Quand vint le moment de partir, la jeune femme ne put s'empêcher de se blottir dans ses bras et retint une larme qui menaçait de couler sur sa joue de nacre. Elle ressentait une impression étrange, comme celle d'avoir retrouvé un être cher disparu trop tôt, et le jeune homme, bien qu'amusé, se résolut à la laisser tranquille. En réalité, il avait été mis à la porte par une infirmière peu commode qui lui rappela que les visites étaient fermées depuis plus d'une quinzaine de minutes.

Emma était fatiguée, éreintée. Son corps entier semblait courbaturé et à présent qu'elle était seule, elle ne pensait plus qu'à une chose. Une bonne douche chaude. Whale avait eu l'extrême gentillesse de lui donner une protection étanche afin de protéger son plâtre de l'humidité, et elle s'empara rapidement de ses béquilles pour filer dans la salle de bain. L'eau brûlante l'apaisa aussitôt, coulant sur sa tête et résonnant désagréablement contre la protection. Ses pensées dérivaient à sa crise de panique, au fait qu'elle ait appelé son père. Trimballée de foyer en famille d'accueil, personne ne lui avait jamais donné la moindre information sur lui. Pas plus que sur sa mère. Si bien qu'elle ignorait même s'ils étaient en vie, s'ils l'avaient abandonné où si tout simplement ils n'avaient pas eu le choix, pour une raison ou pour une autre. Son ex, Neal, lui avait souvent reproché de trop penser à tout ça, et que c'était la cause de son refus catégorique de ne pas fonder une famille avec lui. Elle restait obstinément contre l'idée d'avoir un enfant, et même aujourd'hui elle ne l'envisageait pas. Elle refusait de donner naissance à un bébé qui pourrait ne plus avoir de parents et se retrouver dans la même situation que la sienne, des années auparavant. Non, c'était décidé, elle n'aurait jamais d'enfant.

Cette conviction lui rappelait pourtant combien elle pouvait apprécier le fils de Regina, Henry, lorsqu'il passait la voir au poste. C'était un gamin curieux et attentif, à l'imagination débordante. Si elle aurait dû avoir un enfant, elle aurait souhaité qu'il lui ressemble. Même s'il passait son temps à mettre son nez partout dans les affaires de la police.

Un claquement de porte la fit sursauter et elle tira le rideau juste à peine pour apercevoir Regina debout devant la douche. Emma laissa échapper un petit cri de surprise, et tenta de couvrir son corps nu avec le pan de plastique vert pomme.

- Madame le Maire ? Que faites-vous ici ? Les heures de visite sont terminées et je...

- Vous êtes nues, acheva Regina sans pour autant bouger.

Un silence s'installa entre les deux femmes et Emma se demanda un instant si la visiteuse allait attendre qu'elle la mette dehors, ou si son bon sens le lui indiquerait avant.

Finalement, elle prit les devants.

- Ecoutez, attendez-moi dans la chambre et nous pourrons discuter si vous le souhaitez, tenta-t-elle, les joues rouges de honte. Je sors dans une minute.

- J'ai lu quelque chose sur les amnésies, eut pour réponse Regina qui s'avança de plusieurs pas, forçant Emma à se terrer un peu plus derrière le rideau. Il paraît que lorsqu'un sujet à perdu la mémoire, le meilleur moyen de lui rappeler est encore de lui faire revivre des scènes qu'il a vécu, ou bien de lui faire visiter un lieu qu'il connait dans l'espoir qu'il se souvienne du moindre détails.

- C'est très intéressant mais...

- Alors je me suis dis que j'allais faire la même chose avec toi.

Le tutoiement étouffa la protestation de la jeune femme. Son cœur battait la chamade et ses doigts serraient si fort le rideau qu'elle en avait des crampes douloureuses. Son regard restait fixé sur Regina et elle manqua de se retourner lorsqu'elle l'aperçut déboutonner lentement sa veste de tailleur beige, révélant une chemise blanche qui ne tarda pas à rejoindre l'autre vêtement par terre.

- Qu'Est-ce que vous...balbutia Emma, choquée par le spectacle qui se déroulait devant elle. Qu'Est-ce qui...

- J'appliqua à la lettre les recommandations en cas d'amnésie, Emma. Je vais essayer de t'aider à retrouver la mémoire.

Avec le plus grand calme, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, Regina se débarrassa de ses talons, de sa jupe, et de tous les autres vêtements qu'elle portait avant de s'avancer et de monter à son tour dans la douche.

Le cerveau d'Emma ne parvenait plus à fonctionner correctement. Cela devait sûrement être une autre hallucination, une conséquence de sa chute. A la limite, un fantasme ! Mais ça ne pouvait pas vraiment se passer !

Amusée, Regina attrapa du bout des doigts le rideau toujours furieusement plaquée contre le corps de la jeune femme, et l'écarta lentement.

- Très bien, murmura-t-elle assez fort pour couvrir le vacarme de l'eau qui continuait de ruisseler, insensible à la détresse d'Emma. A présent que nous sommes nues toutes les deux sous cette douche, est-ce qu'il y a quelque chose qui te revient en mémoire ?

Elle était incapable de répondre quoi que ce soit. Elle restait pétrifiée face au Maire et commençait à envisager l'option de partir en courant de la douche, de la chambre, voir de l'hôpital lui-même.

Manifestement peu patiente à attendre une phrase, Regina se rapprocha encore et colla son corps à celui d'Emma qui retint un frisson.

- Si rien ne te revient, on va essayer autrement.

Sa bouche caressa la sienne et la jeune femme retint son souffle à l'instant précis où ses lèvres vinrent épouser les siennes.