EXCEPTIONNELLEMENT, et surtout pour vous remercier, je poste dès à présent la suite !
Je tenais également à remercier en début de ce chapitre les personnes qui me suivent, que ce soit depuis le premier post où bien qu'ils rejoignent l'histoire en cours. Grâce à ça, et à vos reviews, je peaufine toujours plus l'histoire. Si bien, que je me rends compte qu'au fil des chapitre mes mots n'avoisinent plus les 5 000 mots mais les 8 000 !
Mention spécial à ceux qui me laisses des Reviews, dites-moi ce que vous aimeriez-voir, ou non, dans la FF ;) Même si l'histoire est tracée, je peux toujours essayer de répondre à quelques une de vos attentes ;)
Merci donc à vous tous et j'espère que ce nouveau chapitre satisfera vos attentes !
Bonne lecture !
4.
Tendrement, elle déposa un baiser sur le front de sa fille et l'observa encore quelques secondes, comme pour admirer une oeuvre qu'elle continuait d'achever à travers le temps. Puis elle se détourna et prit la direction des escaliers, laissant Regina seule avec ses pensées qui se bousculaient en un ouragan dans son esprit.
Aimer Emma la tuerait, et la détester était désormais au dessus de ses forces. Il n'y avait pas d'issue possible.
Pour aucune d'entre elles.
Le jour se levait lentement sur Storybrooke dont l'épaisse couche nuageuse empêchait le moindre rayon du soleil de percer. Une pluie drue recouvrait la ville comme un manteau humide et seuls quelques courageux traversaient déjà les rues quasi-désertes, un parapluie bien serré au creux de leur main. Il régnait un temps qui n'était pas de saison et l'air frais s'engouffrait dans les ruelles pour mieux frigorifier les passants inconscients. Des flaques commençaient à se former çà-et-là, tandis que les feuilles des arbres chutaient au sol, surprises par ce soudain intempérie et aidées par le vent violent.
Allongée dans son lit, bien réveillée, Emma gardait les yeux fixés sur le plafond blanc, les mains croisées sur sa poitrine. Elle n'avait presque pas fermé l'oeil de la nuit et, après plus de trois semaines à ce rythme, le manque de sommeil commençait à peser cruellement autant sur son physique que sur son moral. A croire que le temps écoutait attentivement ses pensées pour que cette pluie ressemble autant à son humeur. Le réveil sur sa table de nuit n'allait pas tarder à sonner les sept heures et, comme à son habitude, elle le laisserait faire jusqu'à ne plus supporter ce petit son strident et désagréable. C'était son nouveau rituel depuis que la jeune femme avait emmenagé dans son appartement. Après sept jours à l'hôpital, cela lui avait fais un bien fou de retrouver son cocon, où chaque affaire se trouvait à une place familière. Elle s'y sentait en sécurité, entourée par des souvenirs pourtant si lointain. C'était au moins une chose tangible à laquelle se raccrocher dans son état.
Quelques bribes de mémoires lui étaient revenues entre-temps, éclaircissant quelques peu l'épais trou noir qui subsistait encore dans son esprit. Les patrouilles avec Graham, cette délicieuse patte d'ours qu'il aimait lui apporter le matin avec son sourire si charmeur et leur temps passé ensemble sur les enquêtes. Par ricochet, elle se souvenait de Red et des soirées qu'elles adoraient passées à discuter au Granny's. Emma se rappelait des regards blessés de David, assis seul au comptoir, et combien cette attitude l'avait poussé à lui parler, et à apprendre à le connaitre. Peu à peu, tout reprenait sa place.
Tout. Sauf Regina.
La sonnerie retentit dans un son affreux et Emma poussa un soupir. Sept heures. Une nouvelle journée qui commençait. Elle l'écouta jusqu'à n'en plus pouvoir et finit par lui assener une claque légèrement trop forte, comme elle put le contaster lorsqu'il s'écrasa au sol avec un bruit sourd qui lui arracha une grimace. Décidement, cette journée n'allait pas lui plaire.
D'un mouvement, elle repoussa ses couvertures et s'accorda quelques secondes, assise au bord du lit. Puis elle s'empara de ses béquilles qui reposaient à côté de sa tête de lit et se mit debout, prête à partir à la recherche d'un bon chocolat à la canelle. Le manque de sommeil lui donnait l'affreuse impression d'avoir perpetuellement la tête dans les nuages et elle faillit renverser plusieurs fois sa tasse sur le chemin qui séparait la cuisine de la table du salon. Autant dire seulement quelques mètres. Elle s'accorda même un sourire de ravissement lorsqu'elle parvint enfin à s'assoir.
Emma avait besoin de sortir, de voir du monde. Bien que ses souvenirs d'amitié avec Red remontent à la surface, la jeune femme se sentait encore un peu mal à l'aise et préféra se rabattre sur Graham. Au moins avec lui, elle n'avait pas besoin de faire semblant. Il la comprenait et son humour à propos de sa situation facheuse l'aidait à se détendre bien plus que toutes les paroles réconfortantes que Ruby pourrait lui sortir. Quelqu'un de naturel, voilà exactement ce dont Emma avait besoin à cet instant précis.
Après avoir rapidement avalé son petit-déjeuner, Emma se dépêcha de se préparer et passa son blouson de cuir rouge sur les épaules. Avec ce temps, le parapluie qui trônait dans un coin ne serait pas de refus. Elle le saisit donc fermement, avant de se figer devant ses béquilles.
- C'est pas vrai ! jura-t-elle.
C'était à la limite du riddicule. Elle avait besoin de ses deux mains pour avancer, et le parapluie devenait soudainement une option qu'elle ne pouvait plus choisir. Il ne lui restait plus qu'à espérer que la pluie cesse le temps que durerait le trajet jusqu'au poste.
Ainsi, et sans arrêter d'incendier à tout va, la jeune femme descendit prudemment une à une les marches de l'immeuble pour rejoindre la porte d'entrée.
- Faites qu'il ne pleuve plus...faites qu'il ne pleuve plus.
Le vacarme des trombes d'eau se fit entendre bien avant qu'elle n'actionne la poignée et lui tira un nouveau juron.
- Foutue journée ! s'exclama-t-elle lorsque les premières gouttes glacées s'écrasèrent sur le sommet de son crâne.
Au contraire de ce qu'Emma avait espéré, elles redoublèrent d'intensité et elle sentit bien vite le froid s'insinuer dans ses vêtements et la tremper jusqu'aux os. En temps normal, et sans béquilles, il lui aurait seulement fallu une quinzaine de minutes pour rejoindre le poste. Là, elle avait juste l'impression d'être une candidate dans un des stupides jeux télévisés qu'Henry adorait regarder le soir.
Emma fronça les sourcils en se figeant soudainement au beau milieu de la rue. Pourquoi venait-elle d'avoir la pensée du fils de Regina en train de regarder la télé dans son propre appartement ? C'était impossible qu'une telle scène ait déjà pu se produire, elle connaissait à peine ce gamin, et certainement pas assez pour qu'elle l'ait invité chez elle.
Son esprit tentait veinement de rassembler les pièces du puzzle de sa mémoire mais la jeune femme savait très bien que c'était un jeu auquel elle avait déjà perdu d'avance. Elle se concentra pourtant tellement qu'elle faillit ne pas entendre les coups de klaxon répétés qui étaient manifestement pour elle.
- Miss Swan ?
La voix inquiète la tira de ses pensées et elle posa un regard désabusé sur Regina. En la reconnaissant, elle faillit éclater d'un rire sans joie mais parvint à se retenir. Sa journée n'allait décidement pas en s'améliorant.
- Bonjour Madame le Maire, répondit-elle d'un ton neutre.
La pluie était tellement forte que, malgré la vitre baissée, Regina devait hausser le ton pour se faire entendre.
- Mais enfin, que faites-vous dehors par ce temps ? Et sans parapluie !
Emma haussa les épaules et montra ses béquilles sans un sourire.
- J'en avais plus qu'assez de tourner en rond chez moi, expliqua-t-elle simplement. Il fallait que je prenne l'air. Et comme je n'ai que deux mains...
Elle laissa sa phrase en suspens et commença malgré elle à détailler la femme assise dans la voiture. La dernière fois qu'elle avait pu la voir était à l'hôpital, le jour même de son réveil. Depuis que Regina s'était éclipsée sans aucune explication, ni un au revoir, après leurs ébats et ne lui avait plus donné signe de vie. Elle restait toujours aussi belle et ténébreuse, avec sa coiffure parfaite, ses yeux sombres concernés par sa propre situation et cette bouche peinte de rouge qui lui rappelait des moments qui suffisaient à eux-seuls à la réchauffer. Mais l'indignation qu'elle ressentait quant à la façon dont Regina était partie prenait le dessus sans aucune difficulté. Elle lui accorda donc un sourire polie et lui souhaita une bonne journée avant de reprendre sa route.
- Emma, attends !
Une portière qui s'ouvre et se referme brutalement, puis le son des talons qui claquent sur le bitume lui indiquèrent que le Maire venait de sortir de la voiture et se précipitait vers elle, un parapluie à la main qu'elle s'empressa de maintenir au dessus d'elles. Se retrouver si près d'elle, alors même qu'elle attendait un signe de sa part, fit accélérer le coeur d'Emma et elle ne fut plus certaine de si elle devait la fuir ou l'embrasser sur le champs.
- Laisse-moi t'accompagner, dit Regina d'une voix douce. Tu ne vas pas aller Dieu sait où par ce temps et dans ton état.
- Je peux très bien me débrouiller par moi-même, répliqua Emma brusquement sans réfléchir.
Sa compagne afficha une mine blessée qui ne dura qu'à peine quelques secondes, avant de se précipiter derrière un masque d'impassibilité.
- Ne faites pas l'enfant, Miss Swan.
- Moi, je fais l'enfant ?
Le ton était monté malgré elle, et Emma jeta un coup d'oeil autours d'elles, remerciant la pluie qui vidait les rues.
- Tu es partie de l'hôpital sans même m'avertir, poursuivit-elle. Et depuis, je n'ai plus entendu parler de toi. Alors qu'on a...Qu'on est...bref ! La moindre des politesses aurait été d'au moins me prévenir que ce bon temps qu'on a passé ensemble n'allait pas se reproduire ! Je ne suis pas une marionnette !
Elle ignorait pourquoi elle se trouvait aussi en colère contre Regina. Après tout, elle lui avait bien expliqué qu'elles se voyaient seulement pour assouvir leurs pulsions, et rien de plus. Emma aurait dû s'en contenter, vu que les rêgles venaient directement d'elle, mais elle ne parvenait pas à réfléchir convenablement. Et encore moins alors que la jeune femme se tenait aussi près d'elle et que des envies de la plaquer contre un mur pour lui retirer ses vêtements se faisaient difficiles à contrôler.
Elle avait été blessé par son attitude, et comptait bien lui faire comprendre.
- Si tu me dis que c'est encore moi qui ai imposé ces fichues rêgles de "pas de nouvelles entre deux coucheries" je te préviens, Regina, je les change sur le champs, reprit-elle férocement. Je ne me rapelle peut-être de rien, mais je ne suis pas ce...ce genre de personne. Et tu ne peux pas en profiter à ta guise comme bon te semble et ensuite faire comme si je n'existais pas et que -
- Vous avez fini, Miss Swan ? la coupa brutalement le Maire avec impatience. Je suis sortie de ma voiture sous un déluge pour vous proposer mon aide et vous empêcher d'attraper la mort. Ce qui dans votre état ne serait pas de refus. Maintenant, si c'est pour entendre ces jérémiades, j'ai un enfant en pleine adolescence à la maison qui me pose déjà assez de soucis comme ça sans que vous n'en rajoutiez. Et puisque apparament vous n'avez pas besoin de mon aide, je n'ai plus qu'à vous souhaitez une bonne journée, Adjointe du shériff.
Et sans même lui accorder un nouveau regard, ou une chance de répliquer, Regina la laissa planter là, au milieu du trottoir, et regagna sa voiture avant de démarrer en trombe pour s'éloigner. Emma était estomaquée. La bouche entreouverte, la pluie s'abbatant sur elle, elle fixa les feux arrière du véhicule jusqu'à ce qu'ils eurent disparu au coin de la rue.
- Mais quelle journée de merde ! explosa-t-elle.
Elle n'arrivait pas à croire à la façon dont Regina était partie, sans même un regard en arrière. A croire que ses paroles n'avaient que rebondi sur sa carapace sans l'atteindre. Comme si ce qu'elle pouvait lui dire ne la concernait même pas.
Emma reprit la route du poste sans arrêter de rager contre sa compagne, et ce fut toujours aussi fulminante qu'elle poussa les portes du bâtiment et boitilla dans le couloir jusqu'à rejoindre la pièce principale où Graham se tenait déjà assit sur un bureau, une tasse de café fumant dans une main et un journal replié dans l'autre.
- Emma ! s'exclama-t-il avec un sourire lorsqu'il posa les yeux sur elle.
Qui disparut bien vite quand il s'aperçut de son humeur massacrante.
- Bizarrement, en te regardant, je n'ose pas te demander comment ça va.
- Tu fais bien, répondit la jeune femme en s'écroulant dans une chaise, trempée et frigorifiée. Je me demande bien pourquoi je me suis levée ce matin.
- Manifestement pour faire une balade sous la pluie.
Elle voulut le fusiller du regard mais ne put empêcher son sourire communicatif de l'atteindre et de lui arracher un petit rire. Elle attrapa l'un des gros blousons qui trainait sur le dossier et le passa autour de ses épaules avec un soupir de contentement.
Pendant plusieurs minutes, ils parlèrent de tout et de rien, de la ville, de ses habitants et des dossiers qui commençaient à s'accumuluer sur le bureau du Shériff. Puis, comme si toutes ces discussions n'étaient qu'un prélude au sujet principal, Graham reprit un air sérieux.
- Alors, tu vas me dire ce qu'il s'est passé ou tu vas continuer à ruminer en pensant que je ne te vois pas faire ? demanda-t-il en tirant une chaise pour prendre place à ses côtés. Laisse-moi tenter de deviner. La mine sévère, le regard noir...
Il fit mine de réfléchir pendant plusieurs secondes, puis claqua des doigts et afficha un sourire victorieux.
- Ne serait-ce pas à cause de notre chère Maire de Storybrooke ?
Evidemment, Emma n'avait pas mis longtemps à se confier à son ami après leurs petits ébats à l'hôpital. L'information avait déjà fais le tour de la ville à sa sortie, et Graham lui avait appris que non seulement les murs étaient fins, mais que les infirmières ne pouvaient pas garder un secret entre elles. Passée la honte d'avoir été entenduet découverte, il lui avait expliqué que Storybrooke était bien sûr au courant depuis des mois, mais que personne n'aurait jamais rien dit par peur de Regina. Alors il était devenu tout naturellement son confident.
- Je l'ai croisé avant de venir, abdiqua finalement Emma en gromelant.
- Et bien voilà une bonne nouvelle ! Toi qui commençait à te demander si elle n'avait pas quitté la ville.
Cette fois-ci, il n'échappa pas au regard noir de sa collègue. Elle lui raconta toute la scène, les joues rouges de honte d'avoir été humiliée à ce point par Regina et blessée par son attitude désinvolte. La revoir lui avait serré le coeur plus que de raison, et se sentir rejetée lui faisait bien plus de mal que ce qu'elle aurait du ressentir.
- Tu penses que j'ai été trop loin ? demanda-t-elle, la tête reposant sur le bureau. Que je n'aurais rien dû dire ?
- Disons que si j'étais à sa place, pas sûr que j'aurais apprécié non plus, répondit-il avec un sourire désolé. Elle te proposait son aide, faisait un pas vers toi, et tu lui as sauté à la gorge. Tu aurais peut-être pu être plus...diplomate.
- Alors c'est moi la fautive ?
- Je ne dis pas qu'elle a raison et que tu as tords. Je dis juste que je n'aurais pas non plus aimé.
Emma poussa un gémissement de chien blessé et reposa son front contre le bois.
- Quelle idiote...marmonna-t-elle, plus pour elle-même que pour son ami.
Graham lui tapota gentiment l'épaule.
- Il y aura d'autres occasions, ne t'en fais pas.
Une sonnerie retentit derrière eux et le jeune homme s'excusa auprès d'elle puis passa dans son bureau pour répondre au téléphone. L'appel ne dura pas très longtemps et bien vite Graham raccrocha et s'empara du blouson de sheriff étalé sur le dossier de sa chaise, ainsi que de son parapluie.
- Une voiture a dérapé du côté du Pont, expliqua-t-il rapidement. Rien de bien méchant mais il faut que j'aille vérifier sur place.
- Va secourir le monde, l'encouragea Emma en tapant la main qu'il venait de lever dans sa direction.
- Quant à toi, arrête de broyer du noir. Occupes-toi. Tries les dossiers !
Il évita de justesse le rouleau de scotch qui lui fonça dessus et disparut dans le couloir dans un grand éclat de rire. Sa jovialité avait au moins le mérite d'être communicative, et Emma se sentait un peu mieux d'avoir pu le voir et lui parler.
Profitant de ce regain d'énergie qu'il venait de lui offrir, la jeune femme fouilla la pièce des yeux et se leva tant bien que mal pour en faire le tour. En effet, sans elle pour l'aider, Graham laissait s'entasser les dossiers au milieu d'une armée de tasses et de gobelets. Elle devait avouer que le travail commençait cruellement à lui manquer, et tourner comme un lion en cage dans son appartement n'aidait pas à améliorer son humeur déjà massacrante.
Ce fut donc en l'abscence de son ami que Emma commença à ranger le désordre. Elle se plongea dans la pile de paperasse et perdit la notion du temps. Regina avait disparu de son esprit, tout comme sa blessure et sa perte de mémoire. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression que rien ne s'était passé et que tout redevenait comme avant. Quand tout était simple. Elle se sentait utile à nouveau et apaisée, même si cela ne devait durer qu'une heure ou deux.
Elle n'aurait sû dire combien de temps s'était écoulé depuis le départ de Graham mais un toquement léger mais ferme sur la porte de la pièce principale lui fit relever la tête du dossier qu'elle étudiait, et la jeune femme faillit s'étouffer lorsqu'elle reconnut le sourire machiavélique de Cora Mills.
Que donc venait faire la mère de Regina ici ?
- Bonjour Miss Swan, salua-t-elle en s'avançant dans sa direction.
Vêtue de noir et de pourpre, les cheveux dressés en un chignon sévère, Emma ne parvenait pas à reconnaitre une trace de Regina en elle. Si leurs yeux étaient sans aucun doute de la même couleur, ils ne possédaient rien d'autre en communs. Là où l'intensité et le mystère brillaient dans les yeux de l'une, elle ne voyait en l'autre que froideur et dédain.
- Madame Mills, répondit simplement Emma. Puis-je vous aider ?
- Regina et moi devions avoir une réunion dans les locaux municipaux, mais elle ne s'est toujours pas présentée et je me demandais si elle n'était pas avec vous.
Le mépris qu'elle parvenait à discerner chez cette femme lui donnait la nausée, mais Emma feignit la surprise et l'ignorance. Peut-être, avec un peu d'espoir, que les rumeurs concernant leurs ébats à l'hôpital ne lui étaient pas encore remontées aux oreilles.
- Pourquoi serait-elle ici ? Je l'ai croisé tout à l'heure en venant au Poste mais c'est tout. Vous avez essayé de la joindre ?
- Allons, Miss Swan. Je préfère que nous arrêtions dès à présent ces faux-semblant entre nous, rétorqua Cora, toujours aussi calme. Je sais que vous couchez avec ma fille. Et comme la voiture du sheriff n'est pas là j'ai préféré venir vérifier par moi-même que vous n'étiez pas en train de l'éloigner de son devoir de Maire. Ce qui serait fâcheux, vous en conviendrez comme moi.
Le ton qu'elle venait d'employer déplut fortement à la jeune femme qui redressa la tête, à défaut de ne pouvoir se lever brusquement pour lui faire face. Quoi qu'elle soit venu chercher ici, il apparaissait très clairement que ce n'était pas Regina.
- Ce que nous faisons, avec votre fille, ne vous regarde pas, Madame Mills. Et soyez certaine que si elle ne se trouve pas à votre réunion, je n'en suis certainement pas la cause. Pouvez-vous en dire la même chose ?
Les yeux de Cora se rétrécirent. Manifestement, elle détestait Emma et le cachait à grand peine, bien que la principale intéressée ignorait pourquoi se donner tant de mal alors que son mépris était inscrit sur son visage.
L'invitée dû pourtant se contenir et tenta un nouveau sourire.
- Avez-vous retrouver la mémoire ?
- Non. Mes souvenirs commencent juste à revenir. En quoi cela peut-il vous intéresser ?
- J'aurais voulu que Regina perde ses souvenirs elle aussi, cracha Cora en braquant sur la blonde un regard meurtrier. Qu'elle vous oublie une bonne fois pour toute. Vous lui êtes néfaste, j'espère que vous êtes au courant.
Le cerveau d'Emma réfléchissait à toute vitesse sur le sens de ces paroles, mais cela devait faire partie des choses dont elle ne pouvait se rappeller.
- Je vous suggère de partir, demanda-t-elle calmement.
- Et moi je vous suggère de faire attention, Miss Swan. Vous avez peut-être les attentions de ma fille, mais j'ai vu qui vous étiez réellement. Je ne sais pas quel pouvoir, quel emprise vous avez sur Regina, mais je vous conseille d'en profiter tant que vous le possédez encore. Cela pourrait très vite se terminer.
- Est-ce que vous êtes en train de me menacer ?
Se faire détester par cette femme était une chose, mais se laisser menacer en était une autre qu'Emma était très loin d'accepter si facilement. Son caractère la poussait à ne jamais plier devant l'ennemi, et Cora en était clairement une. Tout son être respirait le dégoût qu'elle tenait pour elle.
- Un avertissement, répondit Madame Mills. Seulement un avertissement. J'ai vu clair dans votre jeu depuis longtemps, Swan. Vous pensez pouvoir lui convenir et la rendre heureuse ? Sachez que jamais je ne laisserais faire une telle chose. Regina est ma fille, et je ferais tout pour la protéger. Ai-je été assez clair ?
- Je ne force pas votre fille à me voir, répliqua Emma, la voix dangereusement basse. Et je ne ferais jamais rien pour cela. Mais je vous conseille de ne pas vous mettre en travers de mon chemin.
Elle la détestait de toutes ses forces. C'était sûrement idiot, étant donné qu'elle restait encore amnésique, mais son être en entier lui hurlait toute la haine qu'elle éprouvait pour la mère de Regina. Comme un sentiment ancré en elle et qu'elle ne pouvait refouler en sa présence. Quoi que Cora désire pour son enfant, Emma était certaine que cela n'avait rien à voir avec son bonheur.
Lentement, menaçante, la femme s'approcha du bureau et posa ses mains dessus, se penchant légèrement comme pour surplomber la blonde.
- Faites attention Miss Swan, je n'ai pas pour habitude que l'on s'oppose à moi.
- Ca tombe bien, moi non plus.
L'ai crépita autours d'elles, sûrement dû au fait que Cora avait toutes les peines du monde à ne pas laisser exploser sa magie, mais parvint finalement à se contrôler et à se reprendre.
- Si jamais vous croisez ma fille, murmura-t-elle, faites-le moi savoir.
- Comptez sur moi, retourna Emma avec le même ton, sans jamais baisser les yeux devant le regard haineux de la visiteuse.
Elles se défièrent silencieusement pendant encore de longues secondes, puis Cora se redressa et prit la direction de la sortie sans plus se préoccuper de son ennemie. Quand elle disparut complêtement de sa vision, Emma sortit son téléphone et envoya un simple texto à Regina.
"Ta mère vient de passer au Poste."
Deux confrontations avec les femmes du clan Mills en une seule journée était trop pour la jeune femme, quand bien même elle n'aurait pas été préalablement dans un tel état d'énervement. Elle n'eut cependant pas à attendre bien longtemps pour que sa compagne se manifeste.
A peine cinq minutes plus tard, Regina apparut au beau milieu de la pièce dans un volute de fumée violette, arrachant un sursaut de surprise à Emma et manquant de lui faire renverser une des tasses qu'elle venait de prendre en main.
- Bon sang Regina, jura-t-elle en se raccrochant au bureau après qu'une de ses béquilles ait glissé sur le sol. Tu ne peux pas emprunter la porte comme tout le monde ?
- Qu'est-ce qu'elle te voulait ?
L'urgence dans sa voix piqua la curiosité d'Emma au vif et elle se retint de récupérer l'objet tombé au sol pour se concentrer sur son amante. Quelque chose avait changé depuis leur rencontre dans la rue, mais la jeune femme n'aurait su vraiment expliquer quoi. Sa coiffure n'avait pas bougé, ses vêtements restaient impeccablement lisses et son maquillage parfait. Seuls ses yeux trahissaient son inquiètude, et Emma se demanda un instant si c'était lié à leur nouvelle entrevue, ou sur ce que souhaitait sa mère.
- Est-ce que tout va bien ? ne put-elle s'empêcher de demander.
Regina hocha seulement la tête, sans rien dire. Et cela valait sûrement mieux qu'un mensonge. D'un mouvement de la main, elle invita Emma à s'assoir, puis prit place auprès d'elle. Manifestement, leur dispute de ce matin était oubliée, ou tout du moins mise de côté grâce à l'affaire Cora, et la jeune femme pensa que cette sorcière avait peut être contribuée à quelque chose de bien pour cette journée.
- Je veux que tu me racontes absolument tout, ordonna Regina sans une once de méchanceté dans la voix. N'omets aucun détail.
Alors Emma s'exécuta. Elle répéta la conversation qu'elles venaient d'avoir, encore bien présente dans son esprit, et scruta le visage du Maire à chacune de ses paroles. Malgré son masque impassible, le mouvement qu'elle fit en se crispant ou en serrant la mâchoire indiqua à sa compagne qu'elle n'appréciait aucunement l'échange qui venait de se dérouler. Et quant elle lui expliqua la menace de sa mère, elle crut apercevoir un reflet violet dans ses yeux sombres tournoyer un instant avant de disparaître, si vite qu'elle n'était même pas certaine de l'avoir véritablement vu.
Sans s'arrêter, elle acheva de lui retranscrire la scène. Et lorsqu'elle eut fini, seul le silence résonna dans la pièce comme un vacarme assourdissant. Emma ne savait pas ce que tout cela signifiait. Les paroles de Cora, la réaction plus qu'évidente de Regina. Tout devenait une nouvelle pièce du puzzle mais cette fois elle comptait bien comprendre ce qui se tramait.
- La garce, murmura finalement Regina, les yeux braqués dans le vide avec tellement de haine que la jeune femme ne réfléchit pas une seconde.
Elle posa tendrement sa main sur celle de son amante, priant pour que ce contact l'apaise.
- Ce n'est pas la première fois que l'on me menace, rassure-toi, lui assura-t-elle avec un sourire.
Mais la Reine n'avait visiblement aucune envie de plaisanter. Elle lui jeta un regard méprisant et retira sa main sans douceur.
- Comment osez-vous penser que la situation soit drôle, Miss Swan ? cracha-t-elle. Que vous pouvez vous permettre d'en rire ? Vous ne comprenez rien, comme d'habitude. Vous ne pensez jamais aux conséquences.
- Non Regina, je ne comprends pas, admit Emma, blessée par ses paroles. Je ne comprends pas ce qui se passe dans ma vie depuis que je me suis réveillée à l'hôpital. Je m'efforce de rassembler les morceaux et de les assembler mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression que mon existence est un immense trou noir et ça me fait peur. Je ne sais pas pourquoi j'ai été tellement en colère contre toi ce matin, ni pourquoi j'ai eu envie de te revoir depuis cette soirée-là. Je ne comprends pas pourquoi mes souvenirs ne sont pas encore revenu, ni pourquoi ta mère a débarqué ici comme si je menacais quoi que ce soit. Je suis seulement une misérable adjointe du sheriff amnésique dans une ville gouverner par les sorcières d'un lointain Royaume enchanté. Comment je pourrais seulement l'inquiéter !
Elle n'avait prononcé ses mots sans aucune colère. Ils reflétaient juste sa pensée et sa lassitude face à tous ses évènements qui échappaient à son contrôle. Elle avait envie de pleurer, là maintenant, ici même dans cette pièce. Le manque de sommeil et le fait qu'elle se sentait à bout de nerf n'aidaient en rien et elle du se concentrer pour empêcher les larmes de couler sur ses joues. Elle voulait tant comprendre, et pourtant malgré tous ses efforts elle n'y parvenait pas. Regina allait sûrement lui rire au nez, ou bien s'en aller, drapée dans sa colère et son impassibilité habituelle. La jeune femme venait de lui offrir ses points faibles, il ne restait plus qu'à les exploiter.
Mais, au lieu de tout ce qu'elle attendait, une main se posa sous son menton et la força à relever la tête. Emma pensait croiser un regard méprisant, froid ou colérique, mais son coeur rata un battement dans sa poitrine quand elle ne perçut au fond des yeux de Regina que douceur et tendresse. Un sourire tristement amusé se dessina sur ses lèvres.
- Si tu savais, Emma, murmura-t-elle, combien tu peux l'effrayer. Quel danger tu représente pour elle.
La jeune femme savait qu'elle aurait dû exiger des réponses sur le champ et éclaircir ce mystère, mais toute son attention restait fixée sur Regina. Sans pouvoir bouger, ni même penser. Elle ne pouvait que ressentir. Sentir sa main qui venait de glisser jusqu'à son cou, le rythme de son coeur tambourinant à lui faire mal. Sentir le moindre de ses souffles sur sa peau, et la façon dont son regard restait obsedé par sa bouche. Comment pourrait-elle exiger de cette femme qu'elle assouvisse uniquement des pulsions primaires ? Comment Emma pouvait-elle croire que rien n'en sortirait ?
Le temps sembla se suspendre, et elle ne put que retenir sa respiration quand elle vit Regina se pencher dans sa direction, presque douloureusement, et déposer ses lèvres sur les siennes. Une explosion d'émotion se déversa dans tout son corps. Elles n'avaient été qu'une seule fois ensemble, mais il lui semblait retrouver une partie d'elle-même qui lui manquait cruellement. Comme si elle était à nouveau entière avec ce baiser.
Non, pas avec ce baiser. Avec Regina.
Sa main sur son cou la rapprocha d'avantage et Emma se laissa faire sans même y réfléchir, perdue dans tout ce que ce moment lui apportait. Elle poussa un gémissement de plaisir quand sa langue frôla celle de sa compagne. Son parfum l'enivrait et la douceur de sa peau contre la sienne lui donnait presque le vertige mais pour rien au monde elle ne l'aurait repoussé. Quand bien même la tête commençait à lui tourner, qu'importe qu'elle sente son coeur s'emballer plus vite que jamais. Elle n'avait que faire du bourdonnement dans ses oreilles. Tout ce qu'elle voulait, c'était Regina.
Puis tout s'arrêta brutalement. Un vide froid s'installa à la place de la bouche brûlante de son amante et la força à ouvrir les yeux. Elle voulut apercevoir la jeune femme, mais la vision d'Emma se troubla instantanément et elle tangua sur sa chaise avant d'être fermement rattrapée.
- Emma !
Le son lui venait de tellement loin qu'elle se demanda un instant si Regina venait vraiment de prononcer son nom. Elle voulut lui répondre, lui faire signe, mais sa vue se brouilla définitivement et elle se sentit sombrer dans l'inconscience.
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! J'espère que cette suite vous aura plus !
Le prochain chapitre est déjà écrit, et je voulais savoir si vous préférez que je poste les chapitres en début, milieu ou fin de semaine ! N'hésitez pas à me dire si vous trouvez les chapitres trop longs, où au contraire trop court ;)
A bientôt pour la suite !
