J'ai donc décidé de poster les chapitres le Lundi, Mardi au plus tard, à partir d'aujourd'hui. Comme j'aurais le reste de la semaine pour peaufiner tranquillement les chapitres.

Merci beaucoup à Stitch dont les reviews me font beaucoup rire ! ^^ Ainsi qu'à ceux qui m'en laissent, évidemment, et aux personnes qui continues de suivre cette histoire au fil des pages !

Bonne lecture !


5.

- Emma !

Le son lui venait de tellement loin qu'elle se demanda un instant si Regina venait vraiment de prononcer son nom. Elle voulut lui répondre, lui faire signe, mais sa vue se brouilla définitivement et elle se sentit sombrer dans l'inconscience.

Cela faisait plus d'une heure maintenant que Regina patientait dans la salle d'attente de l'hôpital. Prostrée, le front reposant sur ses mains, elle tentait de contenir les larmes qui menaçaient de l'assaillir à tout instant. Elle se sentait faible, coupable de ce qui venait d'arriver à Emma. La haine pour sa mère l'animait, tout comme sa colère envers Whale qui l'avait empêché de suivre le brancard. Il l'avait forcé à rester ici jusqu'à ce qu'il en sache plus et revienne vers elle avec des réponses, mais la patience n'était pas la plus grande de ses vertus et elle se serait certainement passé de ses conseils si le regret ne l'étouffait pas plus que tous les autres sentiments.

Si seulement elle s'était controlée. Si elle ne s'était pas laissée aller à l'embrasser et à céder aux sentiments qu'elle éprouvait alors Emma ne serait pas ici en ce moment. L'ignorer ces trois dernières semaines avait été une épreuve que Regina n'était pas sûre de pouvoir réussir, et son échec était devenu évident lorsqu'elle avait proposé à sa compagne de l'accompagner pour la protéger de la pluie. Elle n'avait pas supporté de la voir dans un tel état par ce temps, et toutes les fondations qu'elle avait érigé pour se tenir éloigner d'Emma s'étaient effondrées aussi facilement qu'un misréable château de cartes. Si la jeune femme n'avait pas provoqué leur dispute, Regina n'était pas certaine de ce qui aurait pu se produire. Grâce à elle, la Reine avait revêtu son impassibilité et l'avait repoussé aussi loin qu'elle le pouvait. Elle devait enfouir ses sentiments au plus profond de son être, pour qu'ils ne puissent pas lui faire de mal.

Et ce stratagème avait presque réussi.

Presque.

Jusqu'à ce moment au poste où elle n'avait pas su les contrôler ni les taire. Et voilà qu'Emma payait le prix de ses erreurs.

Un mouvement attira son attention et Regina releva aussitôt la tête, le regard plein d'espoir en direction d'un médecin qui ne lui accorda rien d'autre en retour qu'un sourire polie. Mais qu'est-ce que fichait Whale ? Pourquoi cet abruti n'était pas encore revenu ? Elle en avait plus qu'assez d'attendre qu'on veuille bien lui donner des nouvelles. A bout de nerfs, la jeune femme se releva, prit une seconde pour lisser distraitement le bas de sa robe avant de prendre fermement la direction par laquelle on avait emmené Emma loin d'elle. Elle venait presque d'atteindre les doubles portes lorsque celles-ci s'ouvrirent pour laisser passer le Docteur Whale.

- Madame le Maire ! s'exclama-t-il manifestement surpris.
- Comment va-t-elle ?

Du plat de la main, l'homme l'invita à s'éloigner du passage.

- Elle va bien, annonça-t-il avec un sourire. Elle a fait un malaise sûrement créer par le manque de sommeil. Elle m'a avoué être sujette à de graves crises d'insomnies et je crains que tout ne soit lié à sa perte de mémoire. Cela doit jouer sur sa santé d'une manière plus grave que ce que je ne pensais.

Regina avait envie de pleurer. Si Emma en était réduite à cela, c'était uniquement à cause d'elle. Tout était de sa faute, depuis le début.

Afin de retenir ses larmes, elle serra les poings, se concentrant sur la douleur qu'elle ressentit lorsque ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes. Son visage, lui, n'exprimait rien de plus.

- Je lui ai prescris des somnifères pour l'aider à dormir, et je lui ai également conseillé de voir le Docteur Hopper, poursuivit Whale. Mais je dois vous avouer, Madame le Maire, que ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.

Manifestement mal à l'aise par la tournure que prenait la conversation, il l'invita à s'assoir sur l'une des chaises de la salle d'attente et prit place à son tour. Il patienta quelques instants que le couloir se vide peu à peu de ses patients, puis se retourna vers Regina.

- Je suis le médecin d'Emma, débuta-t-il. Et je dois être tenue au courant de tout ce qui pourrait affecter sa santé. Tout du moins jusqu'à ce que sa mémoire revienne et qu'elle puisse reprendre une vie normale. Aussi, je m'excuse d'avance quant aux questions qui vont suivre, mais il apparait plus qu'évident que je me doive de les poser. Ne serait-ce que pour ma patiente.

Le ventre serré, Regina hocha la tête pour qu'il poursuive, sachant très bien ce qui allait suivre.

- Miss Swan et vous...balbutia-t-il, ignorant manifestement comment débuter sa phrase. Ce n'est plus un secret pour personne que vous entretenez une relation qui dépasse le simple professionnalisme.

Exactement ce à quoi elle s'attendait. En temps normal, la jeune femme aurait sourit du mal qu'il prenait à ne pas la brusquer sur ce point, mais à l'instant présent elle voulait seulement comprendre où il souhaitait en venir.

- En quoi ma relation avec Emma est-elle importante ? demanda-t-elle, les sourcils froncés.
- Auriez-vous des...comment dire...Des actes envers elle qui pourraient se révéler important à savoir pour une personne telle que moi ?

Regina était perdue.

- Je vous demande pardon ?
- Est-ce que cela vous arrive-t-il de la brutaliser ?

La question lui fit l'effet d'une bombe et elle ne put rien faire d'autre que le fixer pendant plusieurs secondes, la bouche entrouverte.

- Ecoutez, Madame le Maire, reprit Whale d'un ton sérieux. Emma possède de multiples traces de contusions. La plupart assez anciennes, peut-être n'était-ce qu'un accident. Il y a une trace, en revanche, qui ne peut dater que de quelques jours tout au plus. Je dois savoir s'il vous arrive de vous disputez et de dépasser le stade des simples mots.
- Bien sûr que non ! explosa Regina en se levant brutalement. Pour qui est-ce que vous me prenez ?
- Vous êtes la Méchante Reine, railla-t-il en guise de réponse. Et bien que vous ayez l'air d'avoir changé, ce genre d'attitude me laisse penser que vos vieux démons pourraient parfois se révéler plus fort que vous.

Il n'y avait plus rien d'aimable ou de compatissant dans sa voix. Comme s'il la jugeait déjà pour ce crime.

- La marque que possède Emma au cou n'a rien d'anodine et si jamais je découvre que cela a un rapport, de près ou de loin, avec votre relation, soyez certaine que je n'hésiterais pas à en alerter le sheriff. Maire de Storybrooke ou non.

Comme si sa tirade mettait un point final à leur conversation, Whale se leva à son tour et s'éloigna de Regina, sans savoir qu'il ne devait d'être en vie qu'à une extrême concentration de sa Reine. Elle sentait son pouvoir grésiller jusqu'au bout des doigts, alimenté par une haine sans nom envers ce misérable insecte qui se permettait de la juger. Qui se permettait de croire qu'elle aurait pu intentionnellement faire du mal à Emma.

Pourtant, n'était-ce pas elle qui l'avait combattu ce jour-là, dans la boutique de Gold ? Qui avait resserré son emprise sur sa gorge, assez pour l'étouffer ? Qui n'avait pas hésiter à user de ses pouvoirs pour la blesser ? En quoi était-ce différent de ce dont il l'accusait ?

Trop de sentiments se battaient entre eux et Regina commençait à étouffer sous leur poids. Littéralement. L'air ne parvenait plus à ses poumons et respirer devenait impossible. Une crise de panique. Elle était la proie d'une crise de panique. Elle s'assit rapidement et se força à reprendre sa contenance et à inspirer malgré sa gorge serrée. Emma avait besoin d'elle, elle ne pouvait pas se montrer aussi faible.

Il lui fallut de longues minutes pour reprendre le dessus, et Regina chassa d'un revers de main les larmes qui venaient perler à ses cils. Peu à peu, l'oxygène redevenait accessible et son corps se détendait. Henry avait déjà subi ce genre de crise étant enfant, alors qu'il était sujet à de terribles cauchemars, et elle ne devait qu'à lui d'avoir pu la reconnaitre et à l'avoir vaincus. Aussi la décision de rester encore immobile quelques secondes apparut comme la meilleure des solutions.
Regina avait la cruelle impression que tout lui échappait. Sa vie venait de se lier à une autre d'une façon qu'elle n'aurait souhaité à personne, et même ses propres sentiments devenaient incontrôlables lorsqu'elle était proche d'Emma. Tout se tranformait en un casse-tête qu'elle n'était pas certaine de réussir à résoudre un jour sans entraîner une issue fatale autour d'elle.

- Elle vous demande. Vous pouvez aller la voir.

La jeune femme n'avait même pas remarqué le retour de Whale, et ne posa pas les yeux sur lui, se contentant de le remercier d'un hochement de tête. Elle se leva ensuite pour le suivre dans les dédales de couloirs blancs avant qu'il ne la laisse devant une des portes et ne tourne les talons.

Etait-ce normal de se sentir aussi anxieuse ? D'être apeurée par ce qu'elle trouverait dans cette chambre au point de lui laisser un goût amer dans la bouche et les mains moites ?

Regina toqua faiblement contre le bois puis pénétra dans la pièce. Rien ne semblait la différencier de celle que possédait Emma seulement deux semaines auparavant, si ce n'était le sens du lit et des meubles. Quant à son occupante, sa vision serra le cœur de la Reine et l'enveloppa d'une tristesse étouffante.

Le teint pâle, les traits tirés, Emma semblait souffrir d'une fatigue immense et Regina s'en serait inquiétée si elle n'avait aperçu la marque dont Whale lui avait parlé un peu plus tôt. A l'endroit exacte où reposait sa main lors de leur baiser, il n'y avait plus désormais qu'une empreinte noircie sillonnée de veines bleutées. Certaines remontaient jusqu'à la mâchoire d'Emma, ou descendait en direction de sa poitrine. Elles perdaient peu à peu de leur couleur au fur et à mesure qu'elles s'éloignaient de l'épicentre et finissaient par se confondre avec sa peau.

Regina faillit prendre ses jambes à son cou et ne put en détacher son regard pendant de longues minutes.

- J'ai cru que Whale n'aurait jamais fini avec ses questions, s'exclama-t-elle lorsque son amante se fut assise sur le rebord du lit. Il n'a pas arrêté de me demander comment est-ce que je me suis fais...

Elle marqua une pause, le temps de désigner la marque sur son cou.

- Ca, acheva-t-elle. Je ne sais même pas depuis combien de temps je suis là.
- Un peu plus d'une heure, lui répondit Regina en baissant les yeux sur ses mains qu'elles trituraient, à défaut de pouvoir faire autre chose.

Voir son état était au dessus de ses forces.

- Je suis désolée, Emma...souffla-t-elle après une minute de silence.
- Hey...Ce n'est pas ta faute.

Elle sentit la jeune femme se rapprocher d'elle et passer ses bras autour de sa taille avant de poser sa tête contre sa nuque. Regina savait qu'elle devrait la repousser, l'éloigner et empêcher le moindre contact entre elles, mais comment l'empêcher alors que tout son être lui criait le contraire ?

- Whale pense que c'est lié à mes insomnies, expliqua Emma. Dès que j'aurais retrouvé un sommeil normal, tout redeviendra comme avant, tu verras.

Si elle savait comme elle se trompait.

Elles restèrent dans cette position pendant un moment, sans qu'aucune parole ne viennent le troubler. Regina sentait les battements du cœur de son amante contre son dos et résonner en harmonie avec le sien. Sans rien faire, ni rien lui dire, elle parvenait à l'apaiser avec son seul contact. Comme il avait su provoquer tant d'émotions chez elle au cours des deux dernières années. De la haine, du mépris autant que du respect et de l'admiration, même si elle ne lui aurait jamais avoué. C'était grâce à Emma qu'elle avait retrouvé ses pouvoirs ce jours-là dans le tribunal. Sans elle, le chapeau n'aurait jamais fonctionné. Et ce moment avait déclenché un torrent d'émotions que Regina ne parvenait plus à repousser désormais.

Peut-être que...Peut-être que si elle lui racontait toute la vérité, Emma la comprendrait et lui pardonnerait. Peut-être qu'ensemble elles pourraient trouver une solution à tout ça et s'opposer à sa mère, délivrer Storybrooke de cette malédiction. Il lui suffisait simplement d'ouvrir la bouche et de laisser l'histoire se raconter d'elle-même. Lui expliquer ses sentiments naissant, ses peurs et ses craintes. Lui avouer toutes les choses maléfiques qu'elle avait commise sans penser à mal. Dire la vérité.

- Emma...débuta-t-elle sans vraiment trop savoir par où commencer son récit.

Mais elle n'eut pas le temps de poursuivre.

Regina la sentit avant même de la voir et son corps se tendit brusquement. Elle ne s'aperçut même pas de la façon dont elle venait de se dresser entre Emma et la porte pour la protéger de celle qui devenait son pire cauchemar. Et quand enfin elle s'ouvrit, son pouvoir électrisa chacun de ses sens, prêt à être utilisé en cas de besoin.

Cora pénétra dans la pièce, toujours armée de son habituel sourire, et Regina reconnut immédiatement l'homme qui l'accompagnait. Il n'y avait qu'un seul être dans tout le Royaume Enchanté pour arborer cet air narquois et arrogant, ces habits de cuir immondes et cet affreux crochet à la place de la main. Hook. Il était encore plus suffisant que dans ses souvenirs et lorsqu'il posa le regard sur Emma en se passant délibérément la langue sur les lèvres, Regina dû faire appel à tout son contrôle pour ne pas lui arracher le cœur et l'écraser sous ses doigts en un misérable tas de cendre.

- J'espère que je ne dérange pas, s'exclama sa mère en ouvrant théâtralement les bras.

Cette fois, la colère que la jeune femme percevait ne lui appartenait pas et elle eut un instant de surprise. C'était le sentiment d'Emma qu'elle parvenait à ressentir, comme si leur être était connecté, relié par quelque chose de plus puissant que n'importe quel sort. Lorsqu'elle y sentit également de la peur, sa haine vis à vis de Cora se décupla et elle posa sur sa mère un regard noir remplit de rage.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle froidement, toujours dressée entre son passé et son futur.
- Vous m'avez menti, Miss Swan, se contenta de dire Cora. Lorsque vous m'avez dis ignorer où se trouvait ma fille. Et voilà que je vous retrouve avec elle.
- Je l'ignorais, répliqua Emma. Elle est venue me rendre visite.

Regina voulait s'immiscer dans la conversation, mais elle sentait grâce à cette étrange connexion avec la blonde qu'elle devait lui laisser rêgler ses propres comptes sans qu'elle n'intervienne. Pour le moment, tout dû moins. Chacun de ses muscles étaient tendu au-delà du possible et elle toisait avec dégout le pirate qui arborait toujours les mêmes mimiques écœurantes.

- Oui, j'ai appris que vous aviez fais un malaise au poste. Une chance que quelqu'un ait été là pour vous emmenez aux urgences, vous ne pensez pas ?

La question ne demandait aucune réponse.

- D'ailleurs, à quoi cela est dû ? poursuivit Cora, dégoulinante d'hypocrisie. Vous aviez l'air d'aller parfaitement bien lors de notre...entrevue.
- Il faut croire que ce n'était pas le cas, répliqua Emma. A quoi dois-je le plaisir d'une seconde visite aussi tôt dans la journée ?
- En réalité ce n'est pas vous que je viens voir, Miss Swan. Mais ma fille. Regina ? Aurais-tu la gentillesse de m'accompagner dans le couloir quelques minutes ?

Regina était incapable de laisser Emma dans cet état et faillit refuser si sa mère ne l'avait pas coupé pour ajouter d'une voix mielleuse :

- Hook va rester avec elle pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien pendant que nous discutons.

Rien n'aurait manifestement fait plus plaisir au pirate qui s'inclina en guise de remerciement, passa près de Regina avec un petit rire, puis s'installa au bord du lit avec un grand sourire.

- Je reviens, assura la jeune femme en se retournant vers Emma.

Sa compagne lui répondit d'un hochement de tête entendue puis elle emboita le pas à Cora dans le couloir désert.

- Détends-toi Regina, suggéra sa mère. J'arrive à sentir ton pouvoir de là où je me trouve.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Nous étions supposées nous retrouver ce matin, si je ne me trompe. Et je suis restée seule dans les locaux municipaux en attendant ta venue.

Regina éclata d'un rire sans joie.

- Tu es venue jusqu'ici pour me parler d'une fichue réunion ?
- Je suis venue pour vérifier par moi-même que ton idiotie vis à vis de cette fille était bien réelle, rétorqua Cora. D'après la trace qui s'étale sur son cou, je constate que tu n'as pas pris mes mises en gardes au sérieux. Je t'ai averti des conséquences que cela aurait sur Emma si tu continuais à éprouver des sentiments pour elle, mais tu n'as pas l'air de vouloir écouter mes bons conseils. Mais après tout, peut-être devrais-je te laisser faire. Peut-être devrais-je te laisser la tuer et récupérer ensuite ce qui restera de toi. Tu auras sans doute retrouver la raison d'ici là.

Malgré sa colère, Regina devait donner raison à sa mère. Elle l'avait bel et bien mise en garde mais elle n'en avait fais qu'à sa tête et à présent Emma en souffrait, allongée dans ce lit d'hôpital. Elle s'était montrée faible et les conséquences se faisait ressentir.

- Ne crois pas que cela m'amuse de te voir souffrir, Regina, reprit Cora avec un semblant de douceur. Aucune mère ne souhaite cela pour son enfant. Mais ton esprit a été perverti par cette...sauveuse. Avant cette malédiction, tu étais de mon côté. Nous travaillions main dans la main pour récupérer la dague de Rumplestilskin et reconstruire un monde toutes les deux.
- Il faut croire que te voir l'exécuter sous mes yeux n'a pas eu un effet positif sur moi.
- Aides-moi à nouveau, ma chérie. Aides-moi à le retrouver, et je te promet que nous trouverons ensemble un moyen de sauver Emma. Tout ce que tu as à faire, c'est d'être de mon côté. Comme avant.

Elle tendit une main en direction de sa fille, et le doute s'insinua dans l'esprit de Regina. Sa mère possédait-elle vraiment le pouvoir d'annuler le terrible sort qu'elle avait jeté à son amante ? Lui suffisait-il de l'aider à retrouver Rumple ?

- Nous trouverons un moyen pour que vous soyez ensemble, poursuivit Cora en se rapprochant. Tout le monde aura ce qu'il désire le plus. N'est-ce pas ce que tu souhaites, au plus profond de toi ?

Bien sûr qu'elle le désirait plus que tout. Elle en avait assez de se battre à chaque seconde, contre sa mère, contre elle-même. Elle souhaitait plus que tout lâcher prise, s'éloigner de cette rage qu'elle ressentait depuis ses seize ans et pouvoir enfin profiter de sa vie.

- Tout ce que tu as à faire, c'est m'aider à m'emparer de la dague du Ténébreux.

Regina fronça les sourcils, puis releva les yeux pour les plonger dans ceux de Cora. Elle aurait accepté sa proposition, si seulement elle n'y avait pas vu sa seule obsession pour le pouvoir.

- Non.

La réponse résonna dans le couloir. Aucune des deux n'ajouta quelque chose, se contentant de se toiser du regard. Regina pouvait lire la déception sur le visage de sa mère.

- Très bien. Tu as fais ton choix, annonça-t-elle. Laisse-moi donc te donner un conseil que j'ai prodigué à Emma un peu plus tôt dans la journée.

Elle s'approcha de sa fille et baissa la voix.

- Ne te mets pas en travers de ma route. Ou bien je te prendrais tout ce qui t'es le plus cher et je te briserais. Comme je l'ai toujours fais.

Elle déposa un baiser sur la joue de Regina, puis commença à tourner les talons pour rejoindre la chambre.

- Mère !

Cora se retourna et regarda sa fille se diriger vers elle, le menton redressé, le regard plus noir que tout ce qu'elle n'avait jamais vu.

- Je n'ai que faire de tes menaces. Et quand je retrouverais Rumple, et tu peux être certaine que cela va arriver, je te conseille de trouver une bonne cachette et de t'y terrer pour longtemps. Car si tu te dresses contre moi, je n'hésiterai pas une seule seconde à te détruire.
- Je suis ta mère !

Mais Regina eut un sourire sadique.

- Tu as toujours voulu créer un monstre. Tu peux être satisfaite de ta réussite.

Et elle se détourna de la sorcière sans plus un regard, rejoignant d'une allure royale la chambre d'hôpital. Entendre Cora proférer des menaces contre sa famille avait provoqué en elle un désir de vengeance plus puissant que tout ce qu'elle avait ressenti. Un besoin de destruction qui résonnait dans tout son être jusqu'à ses entrailles. Son pouvoir grandissait à chacun de ses pas et elle savait. Elle savait que sa mère ne pourrait rien contre elle. Elle était la méchante Reine, et elle ne laisserait plus rien se mettre en travers de sa route.

Elle rentra sans douceur dans la pièce et aboya à Hook de sortir, ce qu'il fit sans se faire prier, avant de s'avancer vers Emma et de s'emparer de ses béquilles pour les lui fourrer dans les mains, sans même prendre le temps de répondre à son air surpris.

- Regina, qu'est-ce que tu fais ?
- On part, ordonna-t-elle froidement.

D'un geste elle rassembla les affaires de sa compagne et récupéra sa veste et son sac à main.

- Maintenant.

Elle ne ressentait plus les émotions d'Emma mais elle était prête à parier, à voir sa mine inquiète, qu'elle ne comprenait rien à la situation. La jeune femme n'émit pourtant aucune protestation et se contenta d'emboiter tant bien que mal le pas à Regina. Le personnel du service hospitalier les regardèrent sans aller avec étonnement, chuchotant sur leur passage des choses dont la Reine ne se donna même pas la peine d'écouter. Elle était toujours la proie d'une colère sans nom, et il lui semblait qu'un voile noir remplit de haine venait de tomber sur le monde.

Elles passèrent les doubles portes et s'apprêtaient à prendre la direction de la sortie si le Docteur Whale ne s'était pas précipité vers elles pour leur barrer la route.

- Madame le Maire vous ne pouvez pas -

Il n'eut pas l'opportunité de continuer.

Sans réfléchir, Regina releva la main et l'homme s'écrasa avec force contre le mur d'en face, soulevé du sol par une force invisible. Les yeux écarquillés de terreur, ses pieds se débattaient lamentablement dans le vide pour trouver un appui invisible. Ses mains s'agitaient autour de son cou, cherchant un moyen de retrouver l'oxygène dont lui privait désormais la Reine.

- Regina !

Son visage, d'abord rouge, prit une couleur violacée et ses mouvements se firent plus désespéré quand la jeune femme le souleva plus haut. Elle allait l'écraser comme le misérable insecte qu'il était. De quel droit osait-il s'opposer à elle et lui barrer le chemin ?

- Regina je t'en prie ! Arrête !

Depuis qu'elle avait emmené Emma à l'hôpital, il n'avait fais que se mettre en travers de son chemin. Elle avait envie de le réduire en poussière depuis qu'il la suspectait de la brutaliser et il avait eu de la chance que Regina puisse se contrôler.

Mais pas cette fois.

Des cris s'élevèrent dans le couloir tandis qu'une main se posa sur son bras et elle faillit faire subir le même sort à l'idiote qui tentait de lui faire lâcher prise. Mais le visage d'Emma apparut devant le sien et sa colère recula quelque peu. Les yeux de son amante plongèrent dans les siens, si loin qu'elle était certaine qu'elle pouvait lire dans son âme. Et ce qu'elle y découvrirait ne serait que noirceur et ténèbres.

- Regina...Lâche-le, murmura la blonde. Tu n'es pas cette personne.

Bien sûr qu'elle l'était. Sinon pourquoi ressentirait-elle autant de plaisir à entendre les gémissements d'agonie de Whale et à le voir s'agiter comme un cafard contre un mur ?

- Arrête, la supplia Emma. Je t'en prie.

Elle posa le bout des doigts sur le visage de Regina et d'un coup tout s'effondra. Sa haine venait de disparaître subitement et l'horreur du geste qu'elle commettait lui apparut dans toute sa brutalité.

Comme si elle venait d'émerger d'un cauchemar, elle relâcha la pression sur le cou de Whale et ses forces la quittèrent, aspirées par cette méchanceté qu'elle avait autorisé à prendre le contrôle sur son esprit.

Un attroupement se fit aussitôt autour de sa victime, qui cherchait vainement à reprendre sa respiration. Mais Regina ne lui accordait aucune attention. Ce qu'elle venait de faire, la façon dont la noirceur avait pris possession d'elle...Elle avait ressenti une puissance qu'elle n'avait jamais eu auparavant et cela la terrifiait. Elle s'était sentie sombrer et n'avait pourtant rien fais pour s'en sortir. Et si Emma n'avait pas été là...

Emma !

Elle releva un regard apeuré en direction de la jeune femme. Terrifiée par ce qu'elle était devenue le temps de quelques secondes. Et par le mal qu'elle avait failli lui faire. Sa compagne avait toujours la main posée sur sa joue et ne prononçait aucun mot. De toute façon, qu'aurait-elle pu dire après ce qui venait de se passer ? Mais Regina pouvait voir toute la peur, l'incompréhension et, malgré tout, le soulagement que ressentait Emma à cet instant.

- Emma...Je suis désolée, s'excusa-t-elle, les larmes aux yeux. Je ne sais pas ce qui m'a pris je...j'ai...
- Tout va bien Regina, chuchota la jeune femme en la serrant contre elle. Tout va bien.

Le visage enfoui dans son cou, elle faillit éclater en sanglot mais une pression autour de ses épaules la força à relever la tête.

- Ne restons pas là, l'encouragea la blonde.

Elles gagnèrent rapidement la sortie, laissant derrière elles un hôpital en pleine effervescence que la colère de Regina venait de provoquer. Personne ne les en empêcha, ni même ne chercha à leur barrer la route. Ils étaient sans doute trop terrifiés pour oser quoi que ce soit, et trop aveugles pour s'apercevoir de l'état de celle qui les apeurait.

Dehors, la pluie avait enfin cessé, laissant désormais la place à un vent glacial qui fut pourtant le bienvenue pour le Maire. L'air frais sur son visage brûlant l'apaisa quelques secondes et elle ferma les yeux pour en profiter, l'acte qu'elle venait de commettre tournoyant en boucle dans son esprit agité. Ce pouvoir...Cette puissance. Elle s'était sentie invincible.

- Tu trembles, entendit-elle.

Emma avait raison. Elle tremblait comme une feuille.

- Viens, l'encouragea la jeune femme.

Elle se laissa entraîner jusqu'à la voiture et accorda même à ce que sa compagne fouille son sac à la recherche de ses clés. Lorsqu'elles se furent installées, Regina derrière le volant, Emma s'empara de ses mains et les frictionna entre les siennes.

- Calme-toi Regina, murmura-t-elle. Tout va bien.
- Non, tout ne va pas bien. Tu étais là. Tu as vu ce que j'ai fais à Whale.
- Ce n'était pas toi.

La jeune femme s'empara de ses doigts pour l'empêcher de continuer et la força à plonger son regard dans le sien. Il fallait qu'elle lui fasse comprendre.

- Au contraire Emma. Je suis cette personne, et j'avais envie de l'être, admit-elle, terrifiée. Je n'ai jamais ressenti autant de puissance en moi, et j'ai aimé ça.
- Regina...
- J'avais envie de le tuer. De lui briser la nuque. J'allais le faire si tu n'avais pas été là.

Des larmes se mirent à couler sur ses joues mais elle n'esquissa aucun geste pour les chasser. Emma devait s'éloigner d'elle, la rejeter aussi loin qu'elle le pouvait. Car la prochaine fois, Regina n'était pas certaine de parvenir à se contrôler et la peur de lever la main sur elle faisait imploser son cœur.

La jeune femme passa sa main derrière sa nuque et l'attira une nouvelle fois contre elle. Le Maire n'opposa aucune résistance et se laissa faire, éclatant en sanglot dans les bras d'Emma. Elles restèrent ainsi pendant moment, même après que ses larmes se soient taries et que la pluie ai reprise son incessante chanson sur le toit métallisé de la voiture. Le temps semblait s'être arrêté. L'oreille posée contre le cœur de la blonde, les paupières closes, Regina ne prêtait attention qu'à leurs battements réguliers qui apparaissaient comme une douce musique. Ne penser à rien, ne pas réfléchir et arrêter de souffrir.

Mais les paroles de sa mère débutaient lentement leur ascension terrifiante jusqu'à son esprit et elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils, avant de finalement rouvrir les yeux sur le monde. Tout cet instant n'était qu'éphémère. Une mascarade qu'elle devait arrêter avant que ça n'aille plus loin. Elle devait se rendre à l'évidence que tant que Rumplestilskin serait dehors, sans protection, alors jamais elle ne pourrait être avec Emma. Et même en supposant que Regina le retrouve avant sa mère, elle n'était pas certaine que le Ténébreux puisse lever le terrible sort qui pesait sur elles.

Mais tenter était la meilleure chose à faire. La seule chose à faire.

- Nous devrions rentrer, proposa-t-elle sans émotions tandis qu'elle se redressait.
- Nous ?
- Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous laisser retourner dans votre appartement miteux dans votre état, Miss Swan ?

Se réfugier derrière le vouvoiement était une solution plus qu'efficace. Il lui donnait l'impression de creuser un fossé entre Emma et elle, et c'était exactement ce dont avait besoin Regina en ce moment. Ne surtout pas se concentrer sur ses sentiments, et les enfouir le plus loin possible en elle. Mais ne rien ressentir ne signifiait pas qu'elle ne pouvait pas la protéger de sa mère. Et elle savait ce qui lui restait à faire.

Les mains sur le volant, le visage aussi lisse que la roche, la jeune femme prit sans plus une hésitation la route qui les conduirait directement chez le Maire. Elle tenta de ne pas prendre garde à la mine inquiète de sa passagère et gardait les yeux rivés devant elle durant tout le temps que leur prit le trajet jusqu'au manoir Mills. Lorsque la voiture se gara devant l'allée, Regina prit une seconde pour étudier les alentours en quête du moindre danger. Elle ne voulait plus être la proie que l'on traque, mais le prédateur.

Quand tout lui parut sécurisé, elle sortit de la voiture et aida Emma à en descendre sans cesser d'épier les environs, et ce manège dura jusqu'à ce qu'elles aient disparu à l'intérieur de l'imposante bâtisse. Il régnait à l'intérieur une agréable chaleur qui tranchait avec le froid et la pluie de l'extérieur. Un petit feu ronronnait paresseusement dans la cheminée du salon, et Regina nota mentalement qu'elle devait rappeler à Henry de ne pas toucher à l'âtre pendant qu'elle était absente de la maison.

- Henry ? appela-t-elle tout en aidant Emma à s'installer sur le canapé. Je suis rentrée.

Des pas précipités se firent brusquement entendre, dévalant sans doute l'escalier à toute vitesse, et son fils apparut dans son champ de vision. Le sourire qu'il lui accorda aurait suffi à chasser tous les démons du monde, et le cœur de Regina fit un bond dans sa poitrine. Sans attendre, il se précipita vers elle et s'engouffra dans ses bras tendus pendant quelques secondes, avant de lancer un coup d'œil curieux en direction de la visiteuse.

- Henry, tu te souviens d'Emma ?
- Oui, répondit le garçon en s'avançant dans sa direction. Vous travaillez avec Graham ! Wow, qu'est-ce que vous avez au cou ?

Encore un an auparavant, la vision de son enfant ignorant la véritable identité de sa mère biologique aurait été une victoire écrasante pour Regina. Elle aurait regardé cette scène avec délectation, le sourire aux lèvres et l'œil pétillant. Mais aujourd'hui, les voir se détailler comme deux étrangers faisait naître en elle une tristesse qu'elle ne laissa pas apparaître. Elle devait simplement briser la malédiction, et sa famille serait réuni pour de bon.

S'ils lui pardonnaient ces actes...

Non. Il ne fallait pas y penser. Elle n'avait pas le droit de se mettre à douter sous pretexte que lever le sort pourrait tout aussi bien marquer la rupture définitive avec les deux personnes qu'elle aimait le plus. Elle leur devait tous les efforts possibles pour ramener Storybrooke et ces habitants à la normale. Regina leur accorda tout de même un instant pour échanger quelques banalités et briser la glace, puis elle prit son fils par l'épaule et l'invita à le suivre dans la cuisine, loin d'Emma.

- Est-ce qu'elle va rester déjeuner à midi ? demanda-t-il.
- Ecoutes-moi Henry, j'ai une mission très importante à te confier, annonça la jeune femme en se baissant vers lui.

Les mots lui firent tendre l'oreille et il se rapprocha de sa mère.

- J'ai quelque chose à faire dehors, et je ne sais pas combien de temps ça va me prendre.
- Où est-ce que tu vas ?
- Ce n'est pas important, chéri, répondit-elle avec un sourire rassurant. En revanche, je veux que tu veilles sur Emma pendant mon abscence. Tu penses pouvoir faire ça ?

Manifestement, ces lèvres le brûlaient de ne pas pouvoir poser de question mais il continua à se retenir et hocha la tête, comme s'il venait de se voir confier une mission des plus vitale.

- Si jamais tu aperçois quelqu'un roder autour de la maison, ou quoi que ce soit d'anormal, je veux que tu m'appelles immédiatement. Et tu ne laisses rentrer personne à part moi. Tu m'as bien comprise ?
- Maman...Est-ce que tu as des ennuis ?

La mine inquiète de son fils lui serra le cœur et elle l'attira contre elle pour le serrer dans ses bras.

- Bien sûr que non Henry.

Regina détestait devoir lui mentir, mais elle le devait pour sa sécurité. Quand elle le repoussa gentiment, la jeune femme mit le genou à terre et plongea son regard dans le sien.

- Alors, tu penses pouvoir le faire ? demanda-t-elle.
- Oui, Maman.
- Ca c'est mon petit prince, sourit-elle avant de lui embrasser le front et de retourner en direction du salon.

Sans un coup d'œil pour sa compagne, elle s'empara de ses affaires et se força à rester sourde à ses appels tandis qu'elle se dirigeait vers la porte.

- Regina, attends !

La jeune femme n'eut d'autre choix que de se figer sur le perron lorsque les bruits de béquilles se firent entendre. Pourquoi Emma n'arrivait pas à comprendre que plus elle restera loin d'elle, moins elle aurait de problème ?

- Je n'ai pas de temps à vous accorder, Miss Swan.
- Où est-ce que tu vas ? demanda son amante en lui barrant la route.
- Mes affaires ne vous regardent pas.
- Ecoute, débuta Emma, les dents serrées. Je ne sais pas ce qui te prends. Un instant tu me protège de je ne sais quoi et le moment d'après tu m'envois sur les roses. Il faut que tu m'expliques.

Evidement qu'une explication s'imposait. Si une course contre la montre ne s'était pas déjà engagée contre Cora pour retrouver Rumple.

- Je ne vous dois rien, rétorqua Regina d'une voix dure. Ecartez-vous de mon chemin, Miss Swan.
- Très bien.

La colère d'Emma était palpable dans l'air mais le Maire ne voulait pas y prendre garde. Un jour, elle comprendra que cet instant n'était destiné qu'à la protéger de forces qui la dépassaient. Mais, là où Regina s'attendait à la voir rentrer à l'intérieur du manoir, elle leva le sourcil, surprise de constater qu'elle clauquediquait en direction du portillon d'un air déterminé.

- Peut-on savoir ce que vous faites ?
- Tu ne veux rien m'expliquer ? Parfait ! Je rentre chez moi ! Dans mon appartement !

Ca, c'était hors de question.

D'un mouvement de la main, Regina fit disparaître Emma, pour la ramener à l'intérieur de la maison et agita la seconde, faisant brièvement apparaître un voile miroitant tout autour de la demeure avant de se fondre dans le décor.

- Non mais qu'est-ce qui te prends ! s'exclama la blonde avec colère.

Elle voulut de nouveau passer le pas de la porte mais une force invisible l'en empêcha et elle jeta un regard mauvais en direction de Regina.

- Regina, ne t'avises même d'essayer !

- Reste ici, fut la seule réponse que la Reine lui accorda avant de s'évanouir à son tour dans la nature, transportée par son habituelle fumée violette.

Il lui fallut toute la fin de la journée pour se rendre compte que trouver Rumplestilskin ne serait pas aussi simple que ce qu'elle imaginait. Elle venait de passer l'après-midi entière dans les bois, fouillant chaque recoins et priant pour trouver ce petit gnome qui persistait à rester invisible. Au point qu'au bout de plusieurs heures de recherche infructueuse, elle finit par crier de rage au milieu d'une clairière, laissant une profonde trace dans le tronc d'un arbre en face d'elle. Elle en avait assez que tous ses plans échouent et la colère qu'elle ressentait grandissait avec ses échecs.

Désirant uniquement se laisser submerger par cette émotion, Regina ferma tout de même les yeux et força à se détendre. Une respiration après l'autre. Lentement.
Peu à peu, le bout de ses doigts cessa de fourmiller et le poids qui comprimait sa poitrine se fit plus léger, lui rendant les idées claires. Elle avait beau ignorer ce qui n'allait pas chez elle ces derniers temps, la jeune femme était certaine que cette fois le calme serait son unique allié. A moins qu'elle ne veuille un nouvel incident comme celui de l'hôpital, elle ne devait en aucun cas écouter la noirceur de sa colère, ni l'attraction qu'elle éprouvait à sentir une puissance nouvelle en elle. Face à Cora, elle ne pouvait laisser cette méchanceté gagner du terrain sur la personne qu'elle souhaitait être pour Emma, et pour leur fils.

Le reste de la journée, Regina la passa en ville à explorer les endroits où Gold pourrait se terrer. Sans succès. Mais la véritable surprise fut de passer devant sa boutique d'antiquité, et de s'apercevoir pour la première fois que son état insalubre n'était pas juste un reflet de son imagination. Les vitres poussièreuses empêchaient la lumière d'y pénétrer, et le magasin semblait abandonné depuis un moment. En plissant les yeux, le Maire aperçut des objets fracassés au sol et les vitrines éventrées, certaines reposant par terre dans un état lamentable. Si ce n'était la devanture, à l'intérieur rien n'avait bougé depuis le combat qui s'y était déroulé ce jours-là. Chaque recoin était emplis de souvenirs que Regina aurait préféré oublier, mais qui lui rappelait les erreurs qu'elle ne pouvait plus se permettre de commettre.

Elle poussa un soupir. Manifestement, Gold ne se trouvait pas là-dedans. Et elle commençait à épuiser ses idées de recherche pour l'instant.
Elle voulut pourtant se remettre en route lorsque son portable sonna une nouvelle fois dans sa poche et elle leva les yeux au ciel avant de s'en emparer. Emma avait tenté de la joindre toute la journée, alternant entre des messages vocaux bien sâlés dans lesquels elle lui exprimait sa façon de penser de son attitude, et des menaces comme prévenir Graham qu'elle venait d'être kidnappée. Mais cette fois-ci, le nom affiché n'était pas celui de Miss Swan. Mais de son fils.

- Henry ? décrocha-t-elle, soudainement inquiète. Tout va bien ?
- Oui on va bien mais...Maman je crois que tu devrais rentrer à la maison. Il se passe quelque chose de bizarre avec Emma.

Le cœur de Regina rata un battement et un tourbillon de pensées négatives volèrent brutalement dans son esprit, manquant de la faire défaillir.

- Maman ?
- J'arrive immédiatement, le prévint-elle d'une voix sourde.

Et aussi vite qu'elle en était partie, Regina se trouva dans son allée en un claquement de doigts. Sans réfléchir, elle se précipita en direction de la porte, levant au passage le charme de protection érigé tout autour de la demeure, et l'ouvrit sans ménagement.

- Henry !

Le garçon sortit du salon et se précipita dans les bras de sa mère.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle. Où est Emma ?
- Dans ta chambre. Elle est enfermée là dedans depuis un moment et elle refuse d'en sortir. Elle dit qu'elle n'en sortira que lorsque tu seras là.

La peur commençait à ronger le ventre de Regina. Ne pas avoir de réponses sur ce qui était en train de se passer était une chose qu'elle détestait par dessus tout.

- Raconte-moi ce qui s'est passé, Henry.

Son fils ouvrit la bouche, comme pour lui obéir, mais il resta dans cette position quelques secondes avant de la refermer et de secouer la tête.

- Elle est comme toi, Maman !

Comme elle ? De quoi Henry parlait-il ?

La jeune femme jeta un coup d'œil anxieux en direction de l'étage. Il fallait qu'elle monte la voir, s'assurer que tout allait bien.

- Je veux que tu ailles voir Paige, tu peux faire ça pour moi ? ordonna-t-elle d'une voix douce. Et tu ne rentres pas tant que je n'ai pas rêglé ce problème avec Emma.

Il répondit par l'affirmatif et s'agita le temps de prendre son sac à dos et de courir hors de la maison. Regina ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il eut tourné au coin de la rue, puis respira un grand coup avant de monter les escaliers. Arrivée devant la porte de sa chambre, elle tenta de calmer les battements irréguliers de son coeur et toqua doucement.

- Va t'en Henry ! s'exclama une voix étouffée à l'intérieur.

- C'est moi, répondit la Reine. C'est Regina.

Il y eut un instant de silence, puis un bruit de pas et enfin le verrou sauta, lui permettant l'accès. Emma se tenait debout, le dos tourné comme pour ne pas croiser son regard. Et cette position n'était pas pour rassurer son amante.

- Henry m'a appelé, expliqua-t-elle doucement tout en s'approchant. Qu'est-ce qu'il se passe Emma ?

Sa compagne ne répondit rien et ne bougea pas jusqu'à ce Regina se retrouve près d'elle et veuille poser les mains sur ses hanches. Au frôlement de ses doigts, la blonde se défit brutalement de son emprise.

- Ne m'approche pas ! ordonna-t-elle, manifestement paniquée par une chose que la Reine ne comprenait pas.
- Explique-moi, dis moi ce qu'il t'arrive.

Elles restèrent un moment sans esquisser un geste puis, finalement, Emma pivota lentement en direction de Regina. Visiblement terrifié, les yeux rouges d'avoir sûrement pleuré et la mine plus cadavérique que ce matin, la jeune femme tendit ses bras devant elle. Elle tremblait comme une feuille, et son amante comprit d'où lui venait sa peur lorsqu'elle suivit son regard et que ses yeux se posèrent sur les mains de la blonde.

Elle retint un hochet de surprise.

Elles brillaient d'une lueur blanchâtre qui ne pouvait signifier qu'une chose. La magie d'Emma était revenue malgré la Malédiction.


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! J'espère que cette suite vous aura plus !

A bientôt pour la suite !