13.
Les voix sournoises reculaient presque à contrecœur devant ses paroles et, inconsciemment, Regina relâcha peu à peu son emprise sur son cœur. Sa vision se fit plus net et elle aperçut le visage souillé de larmes de son enfant, agenouillé devant elle, tentant de lui faire lâcher prise.
- Henry ?
Le garçon hocha la tête et posa ses deux petites mains sur les joues de sa mère pour plonger son regard dans le sien.
- Je t'aime Maman.
Elle avait failli. Les ténèbres l'avaient presque englouti jusqu'à lui faire commettre l'irréparable et ce fut ce constat qui la fit lâcher brutalement son cœur. Aussitôt, l'air emplit ses poumons et la douleur physique se dissipa, ne laissait que la souffrance morale. Daniel, son père, Henry et Emma. Une énorme fatigue s'empara d'elle sans qu'elle ne puisse la combattre.
Son fils, lui, se précipita sur l'organe et le récupéra pour le tenir contre lui comme s'il s'agissait du plus précieux des trésors.
- Je suis si fatigué Henry, murmura Regina à travers ses sanglots.
- Je sais Maman, mais je suis là.
SQ SQ SQ SQ SQ
Depuis ce soir-là où Henry avait retrouvé sa mère le cœur à la main, prêt à le réduire en cendres, il veillait sur elle sans cesse. Dès le matin où il se levait pour aller à l'école jusqu'au soir où il rentrait, en passant par le midi où il ne loupait pas un appel pour prendre constat de son état. Le petit garçon partait la peur au ventre de retrouver Regina sans vie à son retour et la brune l'avait entendu pleurer de nombreuses fois. Si bien qu'ils avaient finis par en discuter sérieusement et elle lui avait promis que jamais plus elle ne ferait une chose pareille. Et bien qu'Henry avait acquiescé, il était loin d'être rassuré. Parfois il hurlait en pleine nuit, proie à un cauchemar, et demandait à dormir prêt de sa mère jusqu'au matin.
- J'y vais Maman ! cria Henry prêt de la porte d'entrée.
- Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'emmène à l'école ? Tu sais que je préfère que tu prennes la voiture quand j'ai du temps libre.
- Je t'assure Maman, j'ai envie de prendre le bus.
Regina fronça les sourcils et scruta le visage de son fils. D'habitude il ne manquait jamais une occasion. Pourtant elle ne remarqua rien d'anormal. Après tout, peut-être souhaitait-il simplement être avec des enfants de son âge qui lui ferait oublier les soucis de la maison. Et de toute façon, cela lui permettait de retourner voir Rumple.
- Très bien. Tu sais que je ne vais pas pouvoir répondre à ton appel ce midi mon chéri ?
- Oui je sais. Tu vas voir ton ami et après tu vas mange avec Robin.
Son visage s'était assombri en prononçant ses paroles. Il réajusta la bretelle de son sac à dos et s'apprêtait à sortir quand la jeune femme le rejoignit rapidement et s'agenouilla devant lui.
- Pourquoi est-ce que tu n'apprécies pas Mr Locksley, mon chéri ? Il est gentil et il essaie de bien s'entendre avec toi.
- Je ne veux pas qu'il soit mon ami. De toute façon il ne fait ça que pour toi. Il veut sortir avec toi, je suis pas idiot. Il t"invite toujours à mange, il a toujours envie de te voir.
- Et c'est pour ça que tu ne l'aimes pas ?
Henry plongea son regard dans celui de sa mère et elle y aperçut une pointe de douleur. Elle savait ce qu'il voulait l'entendre dire. Que elle ne souhaitait pas sortir avec lui, qu'elle allait moins le voir mais la vérité était simple, elle ignorait ce qu'elle voulait. Robin ne lui plaisait pas véritablement mais il avait au moins la prétention de lui faire penser à autre chose qu'à Emma. Et en ce moment, elle avait besoin de faire le vide concernant la blonde.
- Il veut remplacer Emma ! gronda le garçon, les larmes aux bords des yeux. Et toi tu comptes le laisser faire !
Il ne lui laissa pas le temps de réagir. D'un mouvement du poignet il ouvrit la porte et se précipita au dehors, courant à grandes enjambées en direction du portail. Regina ne chercha même pas à le retenir. Elle savait qu'il souffrait autant qu'elle du départ d'Emma et même si elle aurait tout donné pour trouver un moyen d'atténuer sa douleur, elle en était incapable. Alors elle se contenta de le regarder s'éloigner. Au moins s'il était énervé contre elle, il serait moins inquiet de son état.
Lorsqu'il grimpa dans le bus, Regina s'empara de son propre manteau ainsi que de son sac et suivit le chemin emprunté par son fils pour rejoindre sa voiture. Rumplestilskin l'attendait à sa boutique. Il l'avait averti il y a plusieurs jours que Cora était certainement au courant de sa présence en ville à présent qu'il ne se cachait plus et la jeune femme était étonnée de ne pas encore avoir aperçu sa mère roder dans les environs. Elle s'attendait à un appel ou une visite de sa part pour lui demander son aide afin de mettre fin au règne du Ténébreux. Mais rien.
Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre le centre ville et s'engouffrer dans la boutique. Pour quelqu'un qui passait sans faire attention devant le magasin, personne ne se serait douter qu'un être magique y vivait. La pièce était en permanence plongée dans le noir et aucun mouvement n'attirait l'attention. La poussière continuait de s'accumuler sur les meubles, rien n'était réparé. Tout était exactement comme lorsque Regina avait affronté Emma, il y a si longtemps.
Elle se dirigea sans aucune hésitation vers l'arrière boutique et se retrouva enfin face à Rumple. L'homme avait les mains posées à plat sur son bureau et fixait d'un regard énigmatique la tasse ébréchée, cette chose qui le reliait à Belle. Ce pièce de vaisselle était la dernière preuve de leur amour passé qui, ici, n'existait pas. A cet instant, la jeune femme pouvait comprendre mieux que personne ce que pensait ou ressentait Gold et elle compatissait. Pourtant, elle n'en laissa rien paraître et s'éclaircit la gorge pour signaler sa présence.
- Majesté, salua Rumple en se redressant avec un sourire. Te voilà. J'attendais ta visite il y a de ça plusieurs jours.
- J'ai été...occupé. Mais me voilà. Comptes-tu enfin me dire sur quel point tu voulais qu'on s'entretienne ou vas-tu rester à fixer cette stupide tasse le reste de ta misérable existence ?
- Je vois que l'on a sorti les griffes ce matin.
- C'est l'effet de ta présence.
Elle n'arrivait pas à ôter de son esprit que si Rumple n'avait jamais existé, alors rien de tout ceci ne se serait passé. Elle ne serait pas devenue cette affreuse Reine, n'aurait jamais bouleversé la vie de nombreuses personnes.
L'homme garda les yeux fixés sur elle pendant un temps, puis finit par prendre presque religieusement la tasse ébréchée et la remettre à l'abri dans une armoire derrière le bureau. Puis il s'empara d'un livre quelconque.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Regina en haussant un sourcil.
- Ceci ma chère, c'est la clé de tout. Afin de briser une malédiction, il existe plusieurs solutions. La première, tu la connais mieux que personne.
- Le baiser d'Amour véritable.
- Exact. Mais ici, ce n'est pas ce qui nous intéresse. Cora a fais appel à des forces extrêmement puissantes et obscures et seules celles-ci sont capable de défaire ce qui a été fait.
- Tu es le Ténébreux. Je ne doute pas que tes talents nous servent dans ce cas.
- Tu surestimes ma puissance, rétorqua Rumple. On ne parle pas simplement d'une Malédiction quelconque. Elle a distordu le temps, ramener, d'une certaine façon, des morts à la vie, effacer des mémoires et alterner des souvenirs. Je suis même étonnée que ta mère ait eu assez de puissance pour pouvoir la lancer. Mais je me suis souvenue de deux choses. La première c'est que Cora a été l'une de mes apprenties les plus prometteuses.
Regina n'avait aucune envie d'entendre ce genre de chose. Elle retint pourtant une grimace et s'empara du livre pour le feuilleter.
- Et la seconde ? questionna-t-elle.
- La seconde c'est qu'elle a été aidé par l'élève dont je suis le plus fier. Tes pouvoirs sont immenses, Regina. Et cet apport de puissance a permis à ta mère de pouvoir lancer cette malédiction. Sans toi, elle n'aurait pas été abouti ou Cora y aurait laissé la vie.
- Et donc ? Où cela nous mène ?
- Si nous voulons avoir la moindre chance, nous devons travailler en parfaite harmonie. Tu devras affaiblir ta mère au maximum jusqu'à ce que je puisse l'anéantir et ainsi briser cette malédiction. Hélas, comme pour chaque sort, ce qui a été fais ne peut plus être défait mais les habitants de la ville retrouveront leurs souvenirs d'origine et Cora sera hors d'état de nuire. Mais pour cela, tu dois pouvoir explorer au maximum les ténèbres au fond de toi. Ne serait-ce que pour la dernière fois.
- Et si je n'arrive pas à les contrôler ? Si je me laisse définitivement envahir par l'obscurité, comme je l'ai fais par le passé ?
C'était une chose qui la tétanisait. Au vu des récents événements elle doutait plus que tout d'être en mesure de refouler ces ténèbres une fois qu'elle les aura embrassé. La jeune femme sentait cette noirceur prête à dévorer son âme à la moindre erreur, à la moindre inattention. Et elle ne supporterait pas de redevenir un tel monstre sans cœur, sans pitié.
Rumplestilskin la fixa pendant un long instant sans rien dire, se contentant de l'observer tourner les pages du livre pour tenter de masquer la peur qu'elle ressentait.
- Si tu ne prends pas ce risque, Majesté, alors ta mère aura gagné. Elle n'attend qu'une occasion pour m'anéantir et devenir elle-même le Ténébreux. Si elle ne l'a pas déjà fais c'est parce qu'elle ignore encore de quel côté tu te situes. Elle se doute sûrement que nous sommes entrés en contact mais elle patiente le bon moment pour intervenir. Elle sait que si elle me défie maintenant, tu te rangeras certainement de mon côté. Tu es encore trop affectée par le départ d'Emma par sa faute. Mais quand tu auras cicatrisé, que tes blessures sont refermées, rien ne lui indique que tu continueras à rester de mon côté. Cora est extrêmement intelligente et plus vite nous unirons nos pouvoirs, plus vite nous pourrons la contrer.
Il avait certainement raison, Regina en était consciente. Il connaissait sa mère aussi bien qu'elle-même et tout ce qu'il venait de dire était parfaitement vrai. S'ils devaient agir, alors il faudrait le faire vite. Avant que Cora ne bouge ses pions ou que la jeune femme se perde brutalement dans l'obscurité.
- Alors ? Quelle décision prends-tu ? Nous avons peu de temps pour agir, quelques semaines tout au plus.
- Pourquoi des semaines ? s'étonna Regina.
- Il faut que nous achevions de développer les ténèbres autour de toi. Tu vas avoir besoin d'énormément de puissance pour combattre ta mère et bien que te voir évoluer dans le bon côté était...étonnant, ce n'est pas de magie blanche dont nous aurons besoin. Il faut que tu redeviennes cette sorcière implacable que tu as été, et que tu te transformes en quelque chose de pire encore.
Un silence s'installa entre eux. Les pensées de Regina partaient dans tous les sens, tantôt vers la malédiction, tantôt vers son fils. Que dirait Henry si elle sombrait sans plus jamais s'en relever ? Qu'aurait pensé Emma ?
Emma...si jamais cette situation prenait fin, la jeune femme n'y survivrait pas. Elle mourrait à l'instant précis où la malédiction serait brisée et la brune ignorait totalement si elle aurait la chance de la revoir, au moins une dernière fois. Un dernier adieu.
- Regina ?
Elle releva la tête du livre qu'elle avait continué de feuilleter distraitement. Il attendait une réponse. Un simple mot.
- Très bien, annonça-t-elle en refermant l'ouvrage. Faisons ça. Mais je veux quelque chose en échange.
- Un marché ? En général c'est moi qui dicte les règles de ce genre de pacte.
- Sauf qu'ici tu as besoin de moi pour sauver ta vie.
- Très bien, accorda-t-il avec un mouvement de tête. Que souhaites-tu ? Que puis-je t'offrir en échange de ton aide pour anéantir ta mère ?
- Quand tout cela sera terminé, je veux que tu me débarrasses de toute cette noirceur.
La demande surprit l'homme. Il ficha sur son interlocutrice des yeux écarquillés.
- Je me vois flatté par ta demande, Majesté, mais je doute savoir comment m'y prendre.
- Je te fais confiance sur ce point-là. Tu as toujours trouvé une solution pour les problèmes qui obstruaient ton chemin. J'attend de toi que tu y mettes la même ardeur pour celui-ci. Alors, avons-nous un accord ?
La jeune femme tendit la main devant elle, la mine indéchiffrable. Elle resta ainsi quelques instants, le temps que Rumple prenne sa décision. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Elle ne lui en laissait pas. S'il voulait contrer Cora avec son aide et ainsi sauver sa vie et conserver ses pouvoirs, il devrait en échange débarrasser son cœur de l'obscurité qui l'avait envahi.
- Très bien, annonça-t-il en serrant sa main. Marché conclu.
SQ SQ SQ SQ SQ
Regina ne parvenait pas à se calmer. Cela faisait une heure que les professeurs, aidés par Graham et plusieurs autres personnes, cherchaient partout dans la ville pour retrouver Henry. Elle avait reçu l'appel de Mary-Margareth alors qu'elle rejoignait Robin à la caserne. la jeune femme s'inquiétait de l'état de santé du garçon et souhaitait prendre des nouvelles directement auprès de sa mère. Ce fut comme cela qu'elle découvrit la disparition de son garçon. Par un simple coup de téléphone. Et depuis, l'angoisse qu'elle ressentait grandissait au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient. Evidemment, le pompier avait tenu à l'accompagner pour la soutenir et participer lui-même aux recherches pour retrouver l'enfant mais à cet instant Regina était cramponnée à son bras sans pouvoir le lâcher. Tant et si bien qu'il avait passé sa main autours de sa taille et la maintenant contre lui dans un geste protecteur.
Graham s'approcha une nouvelle fois de la brune, la mine inquiète, les traits sombres.
- Je suis désolé de vous demander ça une nouvelle fois, Madame le Maire, mais êtes-vous certaine qu'il n'a rien dis en partant à l'école ce matin ?
- Non je...Il a refusé que je l'emmène à l'école, il tenait à prendre le bus. J'ai pensé que c'était pour passé du temps avec ses amis. Nous avons eu...quelques difficultés ces derniers jours et je pouvais comprendre que mon fils veuille être avec des enfants de son âge.
- Rien qui n'aurait pu indiquer qu'il aurait pu vouloir fuguer ?
Le cœur de Regina se bloqua dans sa poitrine. Henry avait déjà fugué de nombreuses fois par le passé mais pourquoi l'aurait-il fais aujourd'hui ? Il était tellement inquiet pour sa mère que la jeune femme doutait fortement qu'il ait véritablement voulu la laisser.
- Pas de disputes ? De situations particulières ?
- Il est parti légèrement énervé, avoua la brune au bord des larmes. Mais ce n'était rien de grave.
- Pour quelles raisons ?
Elle leva les yeux vers Robin, ne souhaitant pas discuter de cela devant lui mais l'homme ne comprit pas le message et se contenta de resserrer son étreinte autour de sa taille pour la maintenir contre son torse, comme pour la protéger de tous ses problèmes.
- Madame le Maire ?
- Il n'accepte pas que je passe autant de temps avec Monsieur Locksley, répondit finalement Regina à contrecœur. Il pense que Robin cherche à prendre la place d'Emma et il m'en veut de...
- De ? l'encouragea Graham.
- Il m'en veut de le laisser faire. Henry est un petit garçon très perturbé depuis le départ d'Emma et avec l'incendie il est devenu très protecteur envers moi. C'est pour cela que je suis certaine qu'il n'aurait pas pu fuguer.
- Shériff !
L'appel figea aussitôt Regina qui tourna la tête en direction d'un homme. Celui-ci s'approchait à vive allure, tenant dans les mains un sac à dos que la jeune femme reconnut immédiatement. Elle étouffa un sanglot dans la paume de sa main et se dégagea de l'étreinte de Robin.
- Où avez-vous trouvé ça ? demanda Graham, visiblement inquiet.
- Prêt de l'avenue principale, en direction de la sortie de la ville.
- Il faut concentrer nos recherches dans ce secteur ainsi que dans la forêt. Je veux que plusieurs groupes et qu'il y ait au moins une radio pour chacun.
L'homme hocha la tête en signe de compréhension et s'éloigna aussitôt.
- Je veux vous accompagner, annonça Regina. Laissez-moi venir !
- Je ne peux pas. Vous ne pourrez que nous gêner dans nos recherches.
- Je peux vous être utile, mes pouvoirs -
- Nous ne sommes pas dans un cas d'événements magiques ! riposta Graham d'une voix forte qui la surprit. Au mieux nous avons sur les bras une fugue, et dans le pire des cas...qui sait ! Laissez-moi faire mon job et je vous suggère de ne pas me gêner dans mon enquête ! Rentrez chez vous Madame le Maire, je vous avertirais à la moindre avancée.
Il ne lui laissa pas le temps de riposter et s'éloigna aussitôt, laissant Regina effondrée au bord des larmes. Elle tremblait et plus aucune pensée cohérente ne lui traversait l'esprit. Seule Henry lui importait, si bien qu'elle sursauta lorsque Robin posa sa main sur son bras.
- Viens Regina, laisse les enquêteurs travailler. Rentrons.
Elle n'eut d'autre choix que de le suivre malgré elle et le laissa la reconduire au manoir. Il lui ouvrit la porte d'entrée et la passa à sa suite avant de la suivre dans le salon. Regina ignorait complètement si elle avait envie que Robin reste ou bien qu'il la laisse seule. Est-ce que sa présence l'aidait à gérer la disparition de son fils ou au contraire, était-ce uniquement les bras d'une toute autre personne qui pourrait l'apaiser à cet instant ?
Elle s'assit sur le canapé et plongea sa tête dans ses mains. Graham avait-il raison ? Était-il possible que Henry ait fugué suite à leur dispute de ce matin ?
- Tout va bien se passer Regina, déclara Robin en prenant place à ses côtés. Je suis certain qu'Henry va bien et qu'ils ne vont pas tarder à le retrouver.
- Il a disparu depuis ce matin et je ne m'en suis même pas aperçue. Quelle genre de mère je suis ?
- Tu es une mère formidable, n'en doute pas une seule seconde. Comment aurais-tu pu savoir qu'il n'était pas allé à l'école ? Ils n'ont appelé que pendant la pause. Tu n'as rien à te reprocher, ce n'est pas de ta faute.
- Je n'aurais pas du le laisser partir énervé ce matin. J'aurais dû insister pour l'emmener moi-même à l'école.
Robin attira Regina contre elle et elle se laissa aller à enfouir sa tête dans son cou, s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage. Son être tout entier désirait que ce fusse Emma à la place de l'homme, ses bras autours d'elle et sa voix douce lui murmurant des paroles réconfortantes. Mais elle n'était pas là. Et Henry avait disparu.
Pendant un long moment ils restèrent ainsi, blottis l'un contre l'autre. Robin ne cessait de caresser les cheveux de la jeune femme, l'embrassant de temps à autre sur le haut de la tête. Ce n'était pas Emma mais sa présence l'apaisait légèrement. Il n'y avait plus rien à faire d'autre qu'attendre des nouvelles de Graham.
- Je ne pensais pas que ma présence dérangeait autant Henry, murmura-t-il soudainement. J'avais bien conscience qu'il ne m'appréciait pas énormément mais de là à provoquer une dispute entre vous...
- Henry était très proche d'Emma. Son départ nous a anéanti et il n'accepte pas que tu puisses entrer dans nos vies et prendre sa place.
L'homme passa son doigts en dessous du menton de Regina et l'obligea doucement à croiser son regard.
- Je ne compte pas prendre sa place, assura-t-il avec douceur. Je ne vais pas prendre sa place car elle t'a quitté. Elle t'a abandonné alors que moi je ne le ferais pas. Tu mérites mieux qu'une fille paumée qui te laisse sans le moindre remords. Tu mérites un homme.
Regina savait qu'elle aurait dû le repousser brutalement et laisser la colère qui venait de s'emparer d'elle à l'entente de ses paroles. Il se trompait sur toute la ligne, il ne connaissait rien à leur histoire, ni à Emma et ce qu'elles partageaient. Personne ne la méritait plus que la blonde mais c'était elle qui avait tout gâché avec ses mensonges et ses trahisons. Comment pouvait-il croire avoir ne serait-ce qu'une chance de la remplacer ou de conquérir son cœur ?
Mais à cet instant, l'inquiétude et la peur l'empêchèrent de riposter quoi que ce soit. A la place, elle ne put rien faire d'autre que de le regarder s'approcher d'elle, centimètres par centimètres, jusqu'à venir poser ses lèvres sur les siennes. Le baiser était doux et se voulait rassurant, réconfortant. Les bras forts de Robin la maintenaient contre lui et Regina n'avait pas la force de le repousser. C'était si différent d'Emma...
Au bout de longues secondes, il se sépara d'elle et laissa sa main glisser sur la joue de Regina. Il caressa sa peau, les yeux plongés dans les siens.
- On va retrouver Henry, promit-il d'une voix tendre. Et quand ce sera fait, je lui parlerai. Je lui expliquerai que j'apprécie...énormément sa mère. Je ne cherche pas à vous blesser ni l'un ni l'autre. Et je me battrai contre l'ombre d'Emma pour me faire une place dans votre famille si jamais...si jamais tu le souhaites.
Elle ne voulait pas de lui. Elle désirait simplement Emma mais le choisir lui était tellement plus facile que d'affronter toute cette réalité toute seule. Se reposer sur quelqu'un, être épaulée par quelqu'un. Être aimée de nouveau.
Ce fut cela qui la poussa à reposer une nouvelle sa bouche contre celle de Robin dans un second baiser, plus profond, auquel l'homme répondit sans aucune hésitation.
- J'attend ça depuis que je t'ai sauvé de cet incendie, avoua-t-il lorsqu'ils se séparèrent. Depuis que je t'ai vu allongé sur le sol. Même ainsi je t'ai trouvé magnifique et je n'ai plus arrêté de penser à toi après qu'on soit sortie de la Mairie.
Regina ferma les yeux, empêchant les larmes de couler. Ce n'était pas les mots de Robin qui la touchaient. Ils ne faisaient que couler sur elle sans l'atteindre comme ils auraient du le faire. Non, c'était justement qu'il les prononce qui lui faisait mal. Elle ne voulait pas les entendre, pas de lui. Pas comme ça et certainement pas à cet instant.
Son fils avait disparu, la femme qu'elle aimait était mourante et évanouie dans la nature. Elle ne devrait pas être là, à embrasser cet homme alors qu'Henry était quelque part dehors, tout seul.
Prise d'une peur nouvelle, Regina se sépara brusquement de Robin, à la grande surprise de celui-ci, et se leva précipitamment.
- Regina, que se passe-t-il ?
- Je devrais être dehors, à chercher mon fils. Je suis désolée je ne peux pas rester ici batifoler alors que mon enfant est quelque part.
- Tu as raison. Rejoignons le Shériff, peut-être aura-t-il du nouveau. Peut-être même est-ce qu'ils auront retrouvé Henry.
Silencieusement ils reprirent la voiture du pompier pour rejoindre les abords de la ville. Quelques groupes se discernaient çà et là, sûrement en train de fouiller les alentours. Ils se garèrent près de la lisière de la forêt, là où Graham devait rechercher. Ils ne leur fallut que quelques minutes pour les retrouver, guidés par les cris et les appels. Manifestement, ils n'avaient toujours pas récupéré Henry.
Ils y passèrent la fin de l'après-midi et plus les heures passaient, plus Regina désespérait. Ses pensées devenaient moins cohérentes et la colère, mélangée à la peur qu'elle ressentait, ne cessait de se décupler. Si bien que lorsqu'ils rejoignirent la place centrale à la tombée de la nuit, ses pouvoirs ne demandaient qu'à s'exprimer. Elle en voulait à Mary-Margareth qui n'avait pas eu le bon sens de la prévenir immédiatement lorsque son fils ne s'était pas présenté ce matin. Elle en voulait à Graham d'être aussi impuissant, de ne servir à rien d'autre que de brasser de l'air sans aucun résultat. Elle s'en voulait à elle pour avoir été aussi idiote.
- Nous ne pouvons pas continuer les recherches ce soir, annonça le Shériff à contrecœur. Nous les reprendrons demain matin à la première heure.
- Alors c'est tout ? Vous abandonnez ? s'écria Regina. Vous êtes inutile Shériff !
- Que voulez-vous que je fasse Madame le Maire ? Nous avons tous besoin de repos et nous ne pouvons pas chercher Henry dans la nuit noire ! Si vous avez une autre solution je vous écoute ! Sinon en attendant je suis désolé mais nous ne pouvons rien faire de plus !
Pourquoi était-il toujours là à lui répondre sans vouloir l'écouter ? Il avait toujours une objection, toujours une excuse, quelque chose à dire ! Cet idiot était bien mieux mort. Vivant il ne lui servait à rien sauf à l'exaspérer.
Prise dans sa colère, elle ne s'aperçut pas que la foule avait reculé de plusieurs pas en découvrant ses yeux devenir violets. Et pire encore, se teinter de noir. Sa magie crépitait en elle et ne souhaitait qu'une chose : s'exprimer.
- Regina, calme-toi, entendit-elle à ses côtés.
Mais elle se dégagea de la poigne de Robin.
- Me calmer ? s'écria-t-elle. Comment veux-tu que je me calme quand mon fils est dehors tout seul ?
- Peut-être que si vous aviez gardé Henry à l'œil, rien de tout cela ne serait arrivé ! rétorqua Graham.
- Qu'avez-vous dis ?
- Vous m'avez bien entendu. Vous étiez tellement concentrée sur vous depuis le départ d'Emma que vous avez laissé votre fils de côté ! Toutes les fois où je l'apercevais en ville, triste et abattue parce que sa mère était là à se morfondre !
Personne dans la foule ne prononçait un mot à part le shériff. Mais plus il parlait et plus les gens voyaient la haine de Regina se décupler. Ils reculaient, apeurés à l'idée que la méchante Reine ne laisse exploser sa rage. Même Robin avait fais quelques pas en arrière, bien que tentant toujours de raisonner la jeune femme.
- Vous feriez mieux de vous taire, murmura la brune. Ou je vous jure que je vous brise la nuque sans aucune pitié.
- Et bien faites-le, Majesté. Après tout, c'est votre spécialité n'est-ce pas ? Tuer les gens. C'est pour ça qu'Emma est partie de Storybrooke ? Parce qu'elle était en train de mourir prêt de vous ? Alors quoi vous comptez assassiner tous les habitants de la ville ?
Les flammes qui se formèrent au creux de sa main ne la surprirent même pas. Elle n'avait qu'une envie c'était de lancer cette boule de feu au visage de cet homme et de le réduire en cendres devant ses yeux. Elle ne savait même plus vraiment ce qui la retenait de le faire. Ses mots la transperçaient avec cruauté et la haine qu'elle éprouvait à son égard ne faisait que se décupler. Son corps tremblait de rage.
- Regina arrête ! plaida Robin en reculant encore. Ça ne va rien résoudre.
- Allez Regina, faites-le. Montrez à tout le monde que j'ai raison. Peut-être même est-ce vous qui avez forcé Henry à fuir. Peut-être qu'il ne supportait plus que sa mère soit une femme aussi cruelle que vous.
La jeune femme perdit tout contrôle sur elle. Ses flammes gonflèrent brusquement et troquèrent leur couleur orangée contre un noir profond et visqueux. Son visage était déformé par la haine.
- Maman !
Regina se figea brutalement. Cette voix ne pouvait appartenir qu'à son fils et au vu des yeux écarquillés du reste de la foule, il était là, debout derrière elle. Il la voyait user de magie noire alors qu'elle s'était promis qu'elle ne le ferait plus. Pour lui, pour Henry.
La tentation de tuer Graham dès à présent était extrêmement forte. Si forte qu'elle doutait pouvoir arrêter son geste. Pourtant, lentement, elle referma le poing, étouffant par ce geste les flammes qui brûlaient en son centre. Puis, enfin elle se retourna vers son fils.
Il était bien là, à quelques mètres d'elle seulement. Son visage était terrifié mais Regina ignorait si c'était du à ce qu'elle s'apprêtait à faire où à ce qu'elle dallait lui dire. Car sa présence ne signifiait qu'une chose, il avait bel et bien fugué.
Pourtant, son regard glissa aux côtés de son fils. Si son cœur avait encore été dans sa poitrine, il aurait sûrement louper de nombreux battements. Car Henry n'était pas revenu seul. Une main sur son épaule, le regard fixé sur elle avec tant de profondeur que la brune en frissonna, Emma était debout devant elle.
Elle était revenue.
