Bonus 3
ou
Souvenirs d'un Ver Luisant
Dans leurs aventures, Ophélie et Marine avaient eu l'occasion de croiser un certain nombre de personnages, qui les avaient appréciées ou non, mais auxquels elles avaient laissé un souvenir impérissable. L'un de ces personnages n'était autre que ce fameux démon qu'elles avaient affublé de ce ridicule surnom : le Ver Luisant. Il était la seconde personne qu'elles avaient rencontrée une fois mortes (après Dumbledore/Saint Pierre) et sans doute celui qu'elles avaient le plus traumatisé.
Assis derrière son pupitre sur lequel était posé le registre des entrées des âmes en Enfer, le démon - que nous appellerons simplement Ver pour des raisons pratiques (Bon et aussi parce que c'est galère d'écrire le Ver Luisant tout le temps … D'ailleurs qui a eu cette idée stupide? Vous n'auriez pas pu l'appeler Luciole ou Sauterelle?) - repensait tranquillement à tout ça. Il poussa un soupir et se passa une main sur son crâne brillant dans la lumière des néons crasseux du couloir.
oOo
Ce jour-là, il était tranquillement en train de griffonner quelques croquis sur une feuille volante posée sur le registre. Car, oui, Ver avait une passion : il adorait dessiner tout ce qu'il pouvait. Autant dire que les murs de la cellule qui lui servait de chambre étaient tapissés de dessins en tout genre (Oui, c'est bien lui qui a dessiné cette très belle jonquille … Et ce charmant papillon également … Oui, c'est aussi lui qui a dessiné ce champ de bataille recouvert de corps salement amochés et de têtes enfoncées sur des piques …). Bref. Ver était donc présentement en train de dessiner quand le bruit de la sonnerie de l'ascenseur lui avait fait lever la tête. Enfin, un peu de travail! Les portes de la machine s'ouvrirent laissant passer une âme humaine aux courts cheveux bruns qui avait l'air méfiante, mais avait le plus grand mal à masquer sa curiosité quant à l'endroit dans lequel elle avait atterri. Elle s'était d'ailleurs arrêté pour prendre le temps d'observer de plus près un des murs du couloir. Ver décida qu'il était temps pour lui d'intervenir.
- Bon, t'avances, assbutt?
La petite âme perdue sursauta légèrement et se tourna vers lui. Un léger sourire vint prendre place sur ses lèvres. Sûrement était-elle heureuse de voir qu'il y avait quelqu'un d'autre dans ce couloir ô combien glauque. Elle s'avança jusqu'au pupitre de Ver qui poussa son dessin pour accéder au registre, avant de se saisir d'un stylo.
- Ton nom.
- Bonjour à vous. Ophélie. Le Purgatoire fait le compte de ses âmes en perdition?
Elle était sacrément drôle cette petite âme humaine. C'est alors que Ver réalisa qu'elle ne plaisantait pas en voyant sa mine sérieuse. Ce qui le fit éclater de rire.
- BWAHAHAHA! Le Purgatoire? Ici c'est l'Enfer, ma mignonne. Ah ces humains.
Il avait ouvert les portes de l'Enfer et y avait poussé cette âme humaine. Les portes s'étaient ensuite refermées, laissant Ver de nouveau seul. L'ennui le prit rapidement et il décida de se remettre à gribouiller. Cependant, il n'eut pas le temps de poser le stylo sur la feuille que l'ascenseur s'ouvrait de nouveau sur une autre âme humaine. Bon sang! C'était la fête aujourd'hui! Celle-ci, une petite blonde cette fois-ci, avait l'air beaucoup plus méfiante que celle d'avant. Il la vit avancer lentement jusqu'à lui. L'âme haussa les sourcils.
- C'est une boîte de nuit?
- Ton nom, gamine.
- Marine. Dites, vous lustrez votre crâne pour qu'il soit aussi … luisant? À moins que vous soyez un ver … un ver luisant!
Elle rit de sa vanne idiote tandis que Ver la fusillait de son regard d'encre. Pendant que cette âme stupide continuait de rire, il inscrivit son nom sur le registre.
- Et sinon, on est où?
- Bienvenue en Enfer, gamine, grogna-t-il en ouvrant la porte qui se trouvait derrière lui.
oOo
Jamais il ne pourrait oublier cette rencontre. C'était depuis ce jour qu'on le surnommait Ver. Après l'avoir entendu de la bouche des deux humaines, ses collègues l'avait adopté. De même que son patron, le sieur Crowley. Ce qui l'avait passablement vexé.
Ver replongea dans ses souvenirs.
oOo
La première fois qu'il avait eu affaire aux deux âmes humaines après leur inscription sur le registre n'avait pas attendu longtemps. En effet, elles étaient dans la file d'attente (le Roi de l'Enfer avait tout de même des idées, certes qui fonctionnaient, mais très étranges). Et de toute évidence, cela leur faisait l'effet de vacances. Elles étaient d'ailleurs plus efficaces que la torture mise en place pour persécuter les autres âmes. En entendant ces dernières se plaindre plus fort que d'ordinaire, Ver décida qu'il était temps pour lui d'intervenir, se demandant ce qui provoquait tant d'agitation.
- Moi j'ai ça trouvé drôle, répondit la seconde âme qu'il avait admis.
- Merci, répondit son acolyte brune.
- Pitié!
- Qu'est-ce qu'il se passe ici?
- Eh! Mais c'est le ver luisant! S'exclama la blonde.
Il ne se doutait pas que c'étaient ces deux maudites âmes qui faisaient autant de boucan avant de s'approcher d'elles.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici? Répéta Ver, franchement agacé d'être ainsi appelé devant les autres.
- De toute évidence, ils n'ont pas compris la blague et je crois que ça les tourmente, expliqua patiemment la brune.
- Elles ont parlé d'une histoire de voiture-garou, intervint un démon qui gardait les damnés. Ce serait une voiture qui, quand elle mord quelqu'un, la transforme en voiture. Et elle erre sur la route 66.
- Quoi?
- Dites donc, vous êtes vachement lents à comprendre. C'est moi qui ai du sang suisse normalement!
- J'en ai assez de vous deux. Je vais en référer au maître, se plaignit un autre démon avant de partir, suivi de quelques autres.
Ver le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière une porte. Il reporta ensuite son attention sur les deux âmes qui continuaient de discuter et rire comme si de rien n'était. Mais qu'est-ce qu'était donc que ces humaines?
oOo
Ver n'avait plus entendu parler d'elles pendant quelques temps après cette épisode. En effet, les deux âmes avaient été envoyées en salle de tortures, histoire de les calmer. Ce qui, d'après les rumeurs, n'avait eu aucun effet. Apparemment, le seigneur de l'Enfer avait piqué une crise mémorable. Ver se félicitait d'ailleurs de ne pas avoir été dans son bureau à ce moment-là. Après cette histoire, les deux âmes avaient été séparées et envoyées à l'isolement. Ver se fit la réflexion qu'elle ne s'en sortiraient pas cette fois-ci.
Ce fut sur cette pensée qu'il retourna vaquer à ses occupations. On lui avait donné plus de travail. En plus de gérer le registre, il devait surveiller les âmes damnées. Tout ça à cause des ces foutues humaines qui avaient envoyées en psychothérapie plus d'un de ses collègues. Ver soupira en collant un coup de pied à un damné qui essayait de sortir de la file.
oOo
Pourquoi? C'est la question qui tournait en boucle dans l'esprit de Ver. Qu'est-ce qui avait donc pris au seigneur des démons d'engager ces deux enragées? Et puis d'abord, comment faisaient-elles pour s'en sortir à chaque fois? L'isolement n'avait eu aucune prise sur elles. Elles en avaient même traumatisé certains de leurs geôliers. Et Crowley … Pourquoi ne les avait-il pas torturé lui-même si rien d'autre ne fonctionnait? Non, il avait, pour une fois, abdiqué. Probablement s'était-il dit que ces deux horreurs lui serait utiles.
- … Oh! Regarde! S'exclama une de ces deux folles d'humaines un peu plus loin. Y a un démon qu'est tombé dans les pommes.
- Il a dû s'évanouir d'ennui … ou il a fait une crise d'hypoglycémie.
En effet, Ver était épuisé. Depuis qu'elles étaient arrivées, il n'avait plus une seconde pour lui. Sa charge de travail avait triplé et, même s'il était un démon ayant moins de besoins qu'un humain, il n'en demeurait pas moins qu'il n'en pouvait plus. Raison pour laquelle il s'était effondré sur le sol.
Soudain, l'humaine blonde apparut dans son champ de vision. Un cookie dans la main, de ce qu'il pouvait en voir, elle lui adressait un regard sadique qui n'augurait rien de bon.
- Bah alors Monsieur le Ver Luisant, on est tombé dans les pommes? Vous voulez un cookie?
- Dégage vermine! Qu'est-ce qui a pris à Crowley de vous engager?
- Oh! Vous remettez ses décisions en question? Ce sera dit, répété et amplifié.
Ver commença à paniquer. Soudainement, l'humaine disparut de son champ de vision. Il entendit la voix de la brune. Elles avaient du s'éloigner parce que leurs voix lui paraissaient de plus en plus faibles. Ver s'autorisa un soupir de soulagement. Enfin tranquille pendant quelques temps.
Cette paix dura approximativement deux minutes et quarante-trois secondes. En effet, après le départ des deux terreurs un vacarme à réveiller un mort s'était fait entendre. Il venait de la porte d'entrée de l'Enfer. De même que ses collègues, Ver se dirigea vers celle-ci pour empêcher ce qui essayait de rentrer … de … de rentrer en fait. Dans les rangs des démons il se murmurait qu'il s'agissait d'anges. Manquait plus que ça!
- Vous là! Cria un démon lambda à côté de lui. Venez nous aider!
- Non, on va vous laisser galérer, répliqua l'humaine blonde un peu plus loin, qui était revenue avec sa comparse.
Ver reporta son attention sur la porte. Cependant, malgré tous leurs efforts, les démons ne purent empêcher la porte de s'ouvrir. Ver s'envola alors à travers la pièce. Il percuta un mur et tomba inconscient sur le sol.
Quand il rouvrit les yeux, il s'aperçut que les âmes discutaient avec les intrus, des anges. Soudain, une voix lui parvint, malgré le fulgurant mal de crâne qu'il avait.
- Et on peut faire chier le ver luisant en toute impunité.
Il rencontra un regard qui lui fit froid dans le dos. C'était impossible, elles n'avaient jamais été humaines. Une seule explication lui vint, tandis qu'il gémissait pitoyablement à l'attention des deux âmes.
- Non … ne m'approchez pas … démons …
Il retomba dans l'inconscience.
oOo
Après tout ça, Ver avait appris que les humaines avaient été emmenées au Paradis. Un soupir de soulagement s'était fait entendre dans les rangs des démons quand sa majesté, le sieur Crowley, leur avait annoncé la nouvelle. Ver était soulagé. Il allait pouvoir reprendre sa petite vie tranquille derrière son pupitre.
Ce qu'il avait fait. Il se trouvait donc de nouveau derrière son pupitre, stylo en main, toujours en train de gribouiller quelque chose qui ressemblait vaguement à … un singe?
En fait, quand il y réfléchissait, sa vie lui paraissait peut-être un peu trop calme maintenant. Oui, en fait, il devait s'avouer qu'il s'ennuyait de ces deux tarées d'humaines. Elles avaient au moins eu le mérite de mettre un peu d'ambiance dans ce coin glauque et désolé. Ver soupira. Qui aurait cru que ces deux terreurs pouvaient lui manquer à présent? Avec toutes les saloperies qu'elles lui avaient faites? Comme ce cupcake piégé qui lui avait explosé à la figure (Très vieux gag, mais qui fonctionnait encore du tonnerre!) ou quand elles avaient inondé le couloir qui menait à l'ascenseur alors qu'il s'y trouvait?
Une voix le sortit de ses souvenirs. Ver posa les yeux sur un démon beaucoup plus petit que lui et aux yeux rouges. Qu'est-ce qu'un démon des croisements pouvait bien lui vouloir? Ce dernier lui tendit alors une enveloppe bleue ciel.
- On m'a demandé de te remettre ça, lui dit le démon avant de disparaître.
Ver observa l'enveloppe, se demandant bien ce qu'elle pouvait contenir. Il l'ouvrit alors et vit une invitation qui lui était destinée.
« Cher Monsieur le Ver Luisant,
Ma comparse, Ophélie, et moi-même, avons le plaisir de vous inviter à la réouverture de notre bar sur terre.
Nous serions honorées de vous comptez parmi nos invités.
Nous vous donnons donc rendez-vous au Cumulus Branlant, le lundi 13 avril à 19h00.
Cordialement,
Les deux terreurs de l'Enfer, toujours à votre service, Marine et Ophélie. »
Ver relut la missive deux fois, cherchant le piège. Il dut alors admettre qu'il n'y en avait pas. Il décida donc de se rendre à cette soirée. Après tout, elles lui manquaient ces deux horreurs. Quand il accompagna le seigneur Crowley, qui avait également été convié, il se méfiait encore, se demandant comment allait se dérouler cette soirée. Il fut donc ravi de voir que tout s'était bien passé. Il avait même réussi à s'amuser en voyant que les célèbres frères Winchester avaient été piégés et humiliés. Décidément, ces deux folles portaient bien leur surnom de « terreurs de l'Enfer » … Et pour une fois que ce n'était pas lui qui faisait les frais de leurs blagues plus que douteuses.
A la suite de cette soirée, il remercia les deux humaines pour leur invitation en leur offrant un charmant dessin les représentant dans une posture victorieuse, les cheveux flottant dans le vent, sur une colline composée de corps de démons, dont certains se retrouvaient avec la tête plantée au bout d'une pique.
