Blabla de début de chapitre : Okay je suis en retard (oui comme d'hab) mais ça va, cette fois c'est que de deux jours ! Et pour me faire pardonner, ce chapitre là est énorme ! Il fait quatorze pages sur Libre Office !

Bon, il manque de romance malgré sa longueur, mais c'était difficile d'en caser avec tout ce que je voulais mettre. Je la réserve pour l'épilogue !

Cette fic, après tant de soucis, d'abandons longs, de doutes et de prises de tête touche enfin à son terme. Vous aurez l'épilogue dans les prochains jours : je compte l'écrire demain et je ne sais pas si je le publierai dans la foulée ou si j'attendrai le week-end. On verra bien !

Je tiens quand même à vous remercier maintenant. Merci de m'avoir lue, encouragée, commentée. Merci d'être restés même quand je n'ai pas publié de chapitre pendant quatre mois. Merci de m'avoir suivie, merci aux lecteurs qui sont là depuis le début, merci à ceux qui sont venus plus tardivement, merci de vos adorables reviews, je vous aime tous.

Je n'ai aucun moyen de le savoir, mais j'espère que les lecteurs « de l'ombre », les invisibles, auront aimé cette fic, ou qu'elle vous aura touchés, ou que sais-je encore. Si j'ai pu vous faire ressentir quelque chose avec cette fic, alors je suis comblée.

Pour moi c'est un véritable soulagement : c'est la toute première fanfic à plus de deux chapitres que je termine (oui je considère qu'elle l'est vu que l'épilogue/dernier chapitre est obligatoirement en route de toutes façons) et c'était pas gagné d'avance. J'ai haï cette fic, et à l'heure où je suis sur le point de la terminer, j'arrive à la regarder d'un œil moins critique.

Alors, encore une fois…

Merci.


Chapitre 14

Arthur était au comble du stress et de la nervosité, assis dans le bureau du proviseur. Ce dernier n'était pas encore arrivé, mais il savait parfaitement pourquoi il était là.

Et il était mort de trouille.

Ce qu'il était soupçonne d'avoir fait était grave, vraiment. Il était certain de passer en conseil de discipline…

Il n'avait toujours pas trouvé de solution. Le week-end avait été rapide et terrifiant. Il l'avait finalement entièrement passé à l'internat, le proviseur ne pouvant venir récupérer la caisse.

Arthur n'avait même pas répondu aux messages et appels de Francis. Déjà parce que c'était en face qu'il voulait lui parler, et ensuite parce qu'il n'était pas capable de gérer ces deux choses en même temps. De toutes façons les vacances avaient commencé, il le verrait bien assez tôt, lorsqu'il serait rentré chez lui…

Qu'allait-il dire à ses parents ? Au fond de lui, il savait que la vérité était la meilleure solution. Mais avant tout, il devait parler à Cymru. C'était essentiel.

Avant qu'il ne puisse réfléchir davantage à sa situation, le proviseur entra dans le bureau. Sans un mot il s'assit face à Arthur, qui baissa la tête. Il n'était pas coupable. Il le savait. Mais il ne pouvait pas se défendre. Pas encore.

-Vous me décevez beaucoup, M. Kirkland, commença l'homme.

Arthur ne répondit pas, sentant son estomac se contracter douloureusement.

-Nous avons vérifié les comptes faits par Mlle Braginsky et il manque deux cents euros dans la caisse. Deux cents ! Les bénéfices ne sont pas non plus mirobolants alors ce manque est gros dans la somme totale ! Si encore il ne s'était agi que de quelques petits euros… j'aurais laissé couler. Mais je ne peux tolérer un tel vol ! À moins que vous n'ayez une autre explication à me fournir ?

Arthur sentait dans la voix du proviseur qu'il était près à le croire si Arthur lui offrait une autre explication logique et convaincante. Aussi, il baissa un peu plus la tête en répondait faiblement.

-Non, monsieur…

L'homme soupira longuement.

-Je ne comprends pas… vous n'êtes pas un mauvais élève, vous êtes calme, vous vous êtes beaucoup investi dans ce projet… et vous ne semblez pas stupide ! Vous saviez parfaitement qu'il y avait un compte et que vous seriez le principal suspect si de l'argent venait à manquer ! Vous n'avez aucune défense, aucune excuse à me proposer… je trouve tout ça très étrange…

Arthur redressa la tête, pour planter son regard dans celui de l'homme face à lui.

Bien sûr que c'était parfaitement illogique. Arthur n'avait rien d'un crétin fini.

Mais comment pouvait-il se défendre ? Sans vendre son frère ? Il ne voyait pas. Il n'en avait pas les moyens tant qu'il y avait la preuve que Cymru avait volé des choses au sein du lycée. Si Arthur ne recevait pas d'ennuis, ce serait Cymru qui en auraient. Et le petit blond refusait de laisser ses deux anciens bourreaux lui en attirer. Ce n'était pas juste.

-M. Kirkland… êtes-vous en mesure de me redonner ces deux cents euros ?

-Non, monsieur, déglutit-il.

-Vous ne voulez pas ou vous ne pouvez pas ?

-Je ne peux pas… je… je ne les ai vraiment plus…

Le proviseur fronça les sourcils. La voix d'Arthur était sincère. Fatiguée.

-Vous n'avez pas quitté l'internat du week-end… je ne suis pas né de la dernière pluie, vous savez. Vous voulez sans doute protéger quelqu'un, ou je ne sais pas… mais je suis certain que vous n'avez pas été idiot au point de juste prendre de l'argent dans la caisse en priant pour qu'on ne vérifie pas le compte. Mais si vous ne dites rien, personne ne pourra faire quoi que ce soit pour vous. Ce sera le conseil de discipline. Et vous devrez rembourser les deux cents euros, naturellement…

Le proviseur continua de scruter Arthur qui était encore en proie à ses réflexions intérieures. Un mal de tête commençait à poindre le bout de son nez, et il n'en pouvait plus d'avoir l'impression que son cerveau s'était transformé en volcan.

-Je…

Arthur déglutit de nouveau. Il y avait certainement un moyen de tempérer tout cela… un nouveau coup d'oeil au proviseur lui indiqua que ce dernier était calme, certainement prêt à l'écouter.

-Je ne peux pas… pas… pas maintenant… donnez-moi un peu de temps… s'il vous plaît…

Son ton acheva de convaincre l'homme que tout cela n'était pas très net.

-Vous savez que si vous avez un gros souci, je suis là pour vous aider, n'est-ce pas ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

-Je sais Monsieur… mais j'ai juste besoin d'un peu de temps. S'il vous plaît.

Ils se regardèrent, yeux dans les yeux, silencieusement, pendant quelques instants, qui parurent très longs à Arthur. Puis, le proviseur soupira en brisant le contact visuel.

-Très bien… j'accepte de vous faire une nouvelle fois confiance, mais c'est bien parce que je sais que vous êtes un élève sérieux et travailleur… nous reparlerons de tout ceci à la rentrée. En attendant je vous épargne la conversation avec vos parents.

Il se leva, imité par Arthur. Le poids reposant dans le ventre et sur les épaules de ce dernier s'était allégé, bien qu'il n'avait pas totalement disparu. Le proviseur lui tapota l'épaule avec un regard encourageant. Le jeune homme se sentit touché. Après tout, l'homme aurait bien pu décider de ne se fier qu'aux apparences et de le punir en conséquence. Heureusement qu'il était juste et sympathique… et que lui-même avait toujours été relativement sérieux dans son parcours scolaire. Il ne faisait nul doute qu'un fauteur de troubles aurait eu une considération moindre.

Les jambes légèrement tremblantes, il s'empressa d'aller attendre la voiture de sa mère devant le lycée. C'était elle qui venait le chercher pour le ramener chez lui, et il hésitait à lui en parler ou à attendre. Le fait était qu'il ne savait pas si ses parents étaient au courant des frasques de Cymru… il ne voulait pas que son aîné se fasse disputer.

En attendant, il fouilla dans son sac pour trouver des cigarettes. Il n'en trouva pas et soupira en se tapant légèrement l'arrière de la tête contre les grilles derrière lui. Il avait tellement réduit sa consommation que ce n'était pas très grave, mais bon.

Au final, il allait vraiment finir par arrêter…

Quelques minutes passèrent, pendant lesquelles il sautilla dans le froid, les mains dans les poches, pour se tenir au chaud, puis sa mère se gara devant le lycée. Il monta bien vite dedans, à côté du fauteuil du conducteur, mettant ses affaires à l'arrière.

-Tout s'est bien passé ? demanda sa mère, fronçant les sourcils devant l'air nerveux que son fils ne parvenait pas à cacher.

-C'est compliqué. Je t'expliquerai un peu plus tard, avoua-t-il.

Sa mère acquiesça doucement, un peu inquiète. Depuis qu'elle avait appris qu'Arthur avait subi du harcèlement, elle s'en faisait bien plus. Arthur s'en voulait pour ça, d'ailleurs…

Mais pour l'heure, il devait d'abord parler à Cymru. Et à Francis aussi, même si c'était pour tout autre chose. À cette pensée, son cœur accéléra, et encore plus lorsqu'il visualisa leur baiser.

Beaucoup de choses allaient devoir être dites durant ce début de vacances…

Le trajet passa rapidement pour Arthur. Il était perdu dans ses pensées et ses soucis, et lorsqu'il arriva chez lui, il avait décidé de d'abord parler à Cymru avant de parler à Francis. Après tout, sa réaction lors du concert présageait d'une bonne réponse. A priori. S'il ne se faisait pas de faux espoirs, cela n'en serait que mieux après une discussion avec son frère.

Une fois arrivé, il sortit ses affaires de la voiture en essayant de ne pas laisser paraître son angoisse, et alla tout ranger dans sa chambre. Il dit bonjour à son père et ses frères au passage, s'arrêtant lorsqu'ils s'avancèrent pour le prendre dans leurs bras.

Puis, enfin, il inspira un bon coup devant la porte de chambre d'Elwyn et Cymru. Le premier était dans le salon et lui avait dit bonjour, le second il ne l'avait pas encore vu.

Tant mieux. Une discussion seul à seul était préférable, il ne voulait pas que lui ou le brun soient influencés par leurs aînés.

Il entra.

Son frère lisait tranquillement sur le lit, il redressa la tête et lui sourit.

-Hey Arty ! Comment tu vas ? Le week-end s'est bien passé ? Tu t'es pas senti trop seul ?

Arthur lui rendit son sourire malgré son nœud à l'estomac. Il présageait de la réaction de son frère. Ce dernier n'avait cessé de s'en vouloir pour le harcèlement dont le blond avait été la victime. Cela allait sans aucun doute se raviver et s'amplifier… mais il n'avait pas le choix, cette discussion était nécessaire pour trouver une solution, ou au moins les prémices.

-Le week-end s'est bien passé… et si, un peu, mais ça va, je trouve que ça s'est passé vite… et pour être franc, non, ça ne va pas vraiment… pas du tout, même.

Il reprit une respiration un peu plus normale, soulagée de son honnêteté. Ce que ça faisait du bien de ne pas tout garder pour soi et de crever l'abcès rapidement après le début du problème…

Cymru se redressa, les sourcils froncés.

-Comment ça ? Tu es malade ? Il s'est passé quelque chose ?

Son cadet vint s'installer face à lui, en tailleur, sur le lit. Il arbora un visage calme malgré la panique qui le rongeait.

-J'étais convoqué chez le proviseur tout à l'heure, avant de rentrer.

Cymru écarquilla les yeux et ouvrit la bouche pour poser une question, mais Arthur le prit de vitesse.

-Il manque deux cent euros à la cagnotte gagnée au concert. Forcément, je suis le suspect. Mais ce n'est pas moi. Quand je suis rentré vendredi soir, les deux mecs qui me harcelaient m'attendaient. Ils m'ont pris de l'argent dans la caisse, et pour que je ne dise rien, ils m'ont fait chanter.

Cymru posa une main sur son bras, un air très grave sur son visage.

-Arthur… il faut que tu le dises, tu m'entends ?! Peu importe le chantage ! Il ne faut pas les laisser faire, c'est très grave l'accusation qui pèse sur toi ! Et il va falloir rembourser ! Maman et Papa n'accepteront jamais s'ils savent que tu n'es pas coupable, et…

-Cym… soupira Arthur. Le chantage, c'est des photos de toi en train de voler des trucs au lycée… et les photos étaient très nettes…

La pression sur son bras se relâcha. Les yeux écarquillés, Cymru se recula. Il avait la bouche ouverte mais aucun son n'en sortait.

Un silence pesant s'abattit sur la petite pièce.

-Oh, fit le brun.

Son air ébahi et choqué ne le quittait pas, et il fixait Arthur, horrifié.

-Oh merde.

Pour la première fois de sa vie, Cymru réalisait quelles conséquences pouvaient avoir ses actes apparemment insignifiants. Il avait peur.

Même pas pour lui. Pour son frère.

-Eh… commença-t-il d'une voix tremblante. Tant pis. Dis-le au proviseur que c'est pas toi. J'assumerai. Je peux pas te laisser avoir des emmerdes à ma place. Je… je suis l'aîné.

Sa voix n'étant pas aussi assurée qu'il l'aurait souhaité, Arthur devina aisément que son frère n'était pas prêt à assumer, même s'il était parfaitement sincère dans sa demande.

-Non… écoute. On doit trouver une autre solution, sans que ni toi ou moi n'ayons d'ennuis, répondit Arthur en plongeant ses yeux dans ceux du brun.

Cymru plongea sa main dans sa chevelure déjà ébouriffée, d'un air décontenancé.

-P-putain…

-On… on devrait en parler aux parents… non ? souffla Arthur.

-O-oui ! Bien sûr que oui on doit ! s'exclama-t-il sans hésitations. Ils savent très bien ce que j'ai pu faire de toutes façons…

Cymru posa ses mains sur son visage en soupirant longuement.

-Je suis tellement désolé Arty… tellement désolé… Je… je ne pensais pas que… je ne voulais pas…

Sa voix se brisa sur les derniers mots et son petit frère vint l'enlacer bien fort.

-Eh… je t'en veux pas moi, alors t'en veux pas non plus, please… De toutes façons le mal est fait, on y peut rien… la seule chose à faire maintenant c'est de trouver une solution… et on va la trouver… Okay ?

Cymru redressa son visage vers Arthur, arborant un air coupable.

-D'accord… soupira-t-il. D'accord…

Il hésita quelques instants, posa sa main sur les cheveux d'Arthur pour les frotter doucement.

-Tu veux qu'on aille en parler aux parents tout de suite ? demanda-t-il enfin.

Arthur secoua la tête. Maintenant qu'une bonne partie du poids reposant sur ses entrailles s'était envolé, il avait bien besoin d'avoir une conversation avec Francis. Bien sûr, l'appréhension demeurait, mais… il avait beaucoup d'espoirs. Il se rappelait du baiser échangé, et Francis ne l'avait pas repoussé. Au contraire.

-Je dois parler avec Francis… je peux plus attendre…

Cymru fronça légèrement les sourcils, interrogateur. Arthur répondit à sa question muette.

-On… on s'est embrassés à la dernière pause du concert… j-juste embrassés… j'ai rien pu lui dire…

On vit plusieurs émotions se succéder sur le visage de son frère. Le choc, la surprise, le ravissement, et enfin une moue boudeuse.

Arthur éclata de rire.

-Tu peux me refaire ça mais version parlée ? se moqua-t-il gentiment.

Cymru leva les yeux au ciel puis lui tira la langue.

-Si tu y tiens tant…

Le jeune homme se racla la gorge.

-QUOI ?! s'exclama-t-il. J'y crois pas ! Mais c'est génial ! Pourquoi tu m'as rien diiiiiiiit ?

Arthur rit de plus belle, rejoint par Cymru.

-Pitié, ne commence pas à faire comme une commère… pouffa le blond.

-Ah, excuse-moi mais tu es mon petit frère et ça fait je sais pas combien de temps que tu nous bassines avec ton Français ! Et vu tout ce qui s'est passé avec ça, j'avais bien le droit de savoir ! Je suis ton frère ! On vit ensemble !

Son air à la fois content et outré lui donnait un air de hibou ébouriffé, et Arthur repartit dans un fou rire qu'il ne put contrôler. Cymru râla en le voyant partir, les larmes aux yeux, se tenant les côtes.

-Mon frère est complètement cinglé… marmonna le brun.

Lorsqu'Arthur fut enfin calmé, Cymru ne le lâcha pas avant qu'il ne s'explique.

-Franchement, il ne s'est rien passé d'autre de spécial, insista le blond. On s'est promenés. Je me sentais bizarre… l'atmosphère du concert, et tout… comme si j'étais là sans vraiment être là. Je sais même pas ce qu'il m'a prit. Jamais je l'aurais embrassé dans un état plus normal. J'ai même pas eu le temps d'y réfléchir que c'est arrivé… et il y a répondu…

Il sentit sa voix trembler à la fin, et s'interrompit. Cymru avait un grand sourire sur ses lèvres.

-Ah parce qu'en plus c'est toi qui a fait le premier pas ?! Tu t'améliores dis-donc ! Je suis sacrément fier de toi ! Et puis, bien sûr qu'il t'a répondu ! Ça fait un moment que je… enfin qu'on se doute, avec Al et El, que c'est réciproque !

Arthur gonfla légèrement les joues.

-Quoi ? Mais vous m'avez rien dit !

-Tu nous aurais vachement crus, tiens ! railla l'aîné. Qu'est-ce que tu fous encore ici, alors ? Va le voir ! Now ! On parlera de nos problèmes plus tard, ça c'est carrément plus important !

Arthur eut un petit sourire timide et incrédule. Cela lui avait toujours fait plaisir que sa famille le soutienne, mais la façon dont son frère parlait de l'importance de ses sentiments lui mettait du baume au cœur.

Sans attendre, les jambes tremblantes et le cœur battant, il quitta la chambre de Cymru. Puis il annonça à la cantonade qu'il se rendait chez Francis avant de sortir de sa maison.

En avançant vers la maison du grand blond, il eut la sensation étrange de ne plus se sentir marcher, comme si ses jambes s'étaient soudainement transformées en coton.

Son cerveau enrobé dans du coton, il sonna à la porte.

Marianne Bonnefoy vint lui ouvrir, et il s'entendit répondre à son « bonjour ». Elle lui affirma que, oui, Francis était bien là, dans sa chambre, et qu'il pouvait le rejoindre.

Ce n'était pas possible, son cœur allait forcément s'arrêter de battre avant qu'il n'atteigne la porte…

Et pourtant, il tint bon. Francis répondit « Entrez ! » lorsqu'il frappa à la porte, et il s'exécuta avant de s'arrêter sur le pas de la porte.

Les yeux d'émeraude croisèrent le regard profondément bleu du Français. Il leur sembla que les secondes s'éternisaient, et ils retinrent leur souffle en se contemplant.

Une gêne intense s'empara d'Arthur.

Que devait-il dire ? Quoi ? Comment ?

-Arthur… souffla Francis, la voix tremblante. Tu…

Le petit Anglais attendit qu'il finisse sa phrase, et déglutit.

-P-pourquoi tu n'as pas répondu à mes messages ?

Le « après ce qu'il s'est passé l'autre soir » était muet mais tangible dans l'air. En tout cas, Arthur saisit parfaitement le sous-entendu.

-J'ai… commença-t-il, l'appréhension lui mordant le ventre. J'ai eu un gros problème… qui m'a empêché de… de me concentrer là-dessus… e-et puis… je voulais t'en parler en face à face…

Étrangement, il se sentait l'esprit parfaitement clair. Sa voix hésitait de moins en moins. Il savait ce qu'il avait à dire, et il était soulagé de le dire enfin. Il ne s'était jamais réellement parlé à cet instant, se disant toujours qu'il improviserait sur l'instant, mais les mots lui venaient naturellement.

Tout semblait étrangement… en place. Coordonné, comme si ça ne pouvait pas se passer autrement.

-Un gros problème ? s'enquit Francis en fronçant les sourcils.

-On en parlera après, du problème ! s'exclama Arthur. C'est vraiment le cadet de mes soucis, là…

Le blond aux yeux bleus se tut alors, attendant la suite.

-J-je sais pas ce que tu penses de ce qui s'est passé… souffla Arthur. … Mais pour moi c'était pas une erreur ou je sais pas quoi. C'est… exactement ce que je voulais te dire, ce que je devais te dire après le concert… c'est la raison pour laquelle je me suis éloigné de toi à la base, parce que j'avais peur. J'ai eu peur pendant longtemps, et des gens ont profité de cette peur, d'ailleurs… mais c'est fini, ça. J'ai plus peur maintenant, et j'avais plus peur quand je t'ai embrassé. J'ai plus peur de… de t'aimer…

Sa voix était devenue bien plus douce sur la dernière phrase, et il l'avait prononcée en regardant Francis droit dans les yeux, les poings serrés.

Un silence suivit sa déclaration, puis Francis se leva lentement.

Il s'approcha d'Arthur et posa sa main sur sa joue, la caressant, et faisant ainsi rougir le petit blond.

Leurs regards ne s'étaient pas lâchés, et pour la seconde fois, ils s'embrassèrent.

Tout était bien plus réel que la première fois. Le baiser était très doux, léger, simple, comme une caresse. Leurs lèvres se pressèrent l'une contre l'autre avec tendresse et Arthur eut l'impression de ne plus sentir son cœur tellement ce dernier s'était emballé.

Puis, ils se séparèrent, de peu. Ils restaient assez proches pour sentir leurs respirations s'entremêler, et ils voyaient clairement les joues rouges de l'autre.

-Arthur… moi aussi je t'aime… je t'aime vraiment…

Ils se regardèrent en souriant, l'un plus timide que l'autre. Arthur avait envie de se presser contre Francis, de l'étreindre et de disparaître contre lui dans un bonheur ouaté. Ce qu'il ressentait à cet instant était parfaitement indescriptible, et cela effaçait complètement sa panique. Il ne l'avait pas oubliée… mais presque. En tout cas, en cet instant précis, elle ne comptait plus.

La main de Francis, douce, revint contre sa joue.

-Pourquoi tu ne m'as rien dit ? soupira tristement le Français. Pas sur tes sentiments, parce que je suis mal placé pour te jeter la pierre. Mais quand je t'ai avoué que je suis bi… pourquoi tu n'as pas…

-Je n'ai pas pu, souffla Arthur. E-en fait… à ce moment-là, deux gars de la classe de Cym me harcelaient. Si je faisais ce qu'ils me disaient ou que je ne répétais pas tout ce qu'ils me faisaient subir, ils ne répétaient pas à tout le lycée que je suis gay. Et… et depuis que je sais que je le suis, je suis terrifié. Vraiment. Enfin… quand mes parents et mon frère l'ont su, le harcèlement s'est arrêté et j'ai commencé à me sentir mieux vis-à-vis de ça… mais…

Francis sentit son cœur se serrer lorsqu'il vit le regard d'Arthur. Il se sentait atrocement mal de n'avoir rien su de tout cela… et en colère aussi. Non. Pas en colère.

Il était furieux. Que quelqu'un ait pu ainsi faire du mal à Arthur… pour ça ! Forcément, tout se teintait enfin d'un nouveau sens, à présent. Il comprenait tout. L'attitude d'Arthur, pourquoi il avait commencé à être très mal quelques mois auparavant, pourquoi un beau jour il avait semblé revivre… pourquoi il l'avait évité…

Oui, cela expliquait tout.

-Je comprends, souffla-t-il. Je… je ne suis pas exactement passé par la même expérience que toi, c'est vrai… déjà parce qu'en étant bi, la perception des gens est… différente. Ils croient sans doute que c'est rattrapable…

La dernière phrase avait été ponctué d'un air sombre et Arthur soupira.

-Ce n'est pas plus facile… je sais comment c'est, enfin j'ai lu pas mal de trucs à ce sujet…

Francis haussa les épaules.

-Disons que certains pensent que ce n'est qu'une phase, certains trouvent ça dégoûtants, d'autres pensent qu'on saute sur tout le monde ou qu'on est polygames… mais ça fait mal. Ça donne… je sais pas… l'impression que notre existence n'est pas reconnue. Forcément, les gens hétéros ne comprennent pas, et certaines personnes gays ne comprennent pas non plus. Mais pour les hétéros c'est facile en même temps, ils ne se rendent pas compte de leurs privilèges.

-C'est comme ça dès qu'il y a des minorités, aussi…

-Je sais… mais c'est horrible de renier les sentiments des gens comme ça. Et puis je ne comprends pas pourquoi ça paraît si dingue que ça qu'on puisse être attiré par les filles et les garçons…

Arthur se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser légèrement.

-Ne pense pas à ça… on affrontera tout ça ensemble, maintenant. D'accord ? Ensemble.

Francis acquiesça et sourit avant de serrer son Anglais contre lui. Avoir confessé ses sentiments, mais également l'amertume qu'il avait pu ressentir vis-à-vis de son statut lui avait fait du bien. Beaucoup de bien.

Il se sentait heureux… vraiment heureux… comme il ne l'avait encore jamais été…

Caressant doucement les cheveux d'Arthur, il plongea de nouveau son regard dans le sien.

-Tu parlais d'un gros problème tout à l'heure… il s'est passé quelque chose de grave ? s'inquiéta-t-il.

-Oui, avoua Arthur. Mais je dois en parler à mes parents avant tout… j'en ai déjà parlé à Cymru…

Le regard de Francis devint plus ferme.

-Arthur. Cette fois, je veux que tu me dises tout. Je comprends que tu veuilles en parler à tes parents, mais je suis resté suffisamment longtemps dans l'ignorance sur plein de sujets. Je mérite de savoir… non ?

Son regard suppliant fit craquer Arthur.

Et puis… il se sentait apaisé avec Francis.

Apaisé comme jamais.

Il le sentait, tout était enfin de se régler. Il allait finir par avoir le droit d'être serein et heureux, lui aussi…

oOoOoOo

Arthur et Cymru avaient tous deux parler à leurs parents du problème. Leurs frères avaient également été présents. Le brun s'était fait disputé, suffisamment pour que l'envie de recommencer à voler lui passe, mais Elizabeth et Herbert savaient être justes. Ils n'avaient pas insisté en voyant que leur fils s'en voulait réellement.

La famille Kirkland avait donc commencé à réfléchir à une solution, de même que Francis de son côté. Il avait été horrifié du chantage et s'était demandé comment quelqu'un pouvait aller si loin pour nuire à autrui. Forcément, lui qui était si gentil…

Ce fut finalement Cymru qui apporta la solution au beau milieu des vacances.

Entrant dans la chambre d'Arthur alors que celui-ci faisait consciencieusement ses devoirs, il s'installa sur son lit tandis que le blond était à son bureau.

-J'ai une solution à notre problème. Mais elle est risquée.

Arthur fronça les sourcils en se détournant de sa tâche.

-Je t'écoute ?

Cymru prit le temps de bien peser ses mots avant de se lancer.

-Tu as dit que c'était Julien qui avait les photos. Bon. Et on a pas vraiment d'autres solutions autre que la violence ou d'autres menaces. En gros, du vent. Donc… on a pas grand-chose à perdre.

-Oui ?

-Ils sont dans ma classe, et Julien et moi on a tous les deux la même option, du Droit.

Arthur eut un petit rictus devant l'ironie de la chose.

-On a deux heures de Droit le jeudi après-midi, et ma prof nous laisse environ quinze minutes de pause entre les deux heures… tout le monde sort à ce moment-là, de toutes façons on est pas nombreux. Je suis pas vraiment certain, mais… je crois avoir déjà vu Julien laisser son portable dans ces moments-là… si jamais c'est vrai… je peux prendre son portable, effacer les photos, et hop.

Arthur soupira.

-Et tu feras quoi s'il te chope ?

-Oui, c'est le risque mentionné, avoua Cymru. Mais qui ne tente rien n'a rien…

-Mais… s'il a un code ou un truc du genre ?

-Me semble qu'il a un code à symbole. J'essayerai l'initiale de sa copine. Si ça marche pas, je prends la carte SIM et la carte mémoire. Il a pas un smartphone, je peux très bien enlever la coque…

Arthur soupira en se pinçant l'arête du nez. Le jeune homme réfléchissait à toute vitesse.

-Papa et Maman te laisseront jamais prendre ce risque.

-Papa et Maman ne seront pas au courant, et El ou Al non plus ! argua Cymru. Ok, comme ça, ça ressemble à un plan foireux. Et si ça se trouve l'autre mec a aussi des photos. Mais on peut faire quoi d'autre ? Je suis en tort de toutes façons ! Ils me dénonceront s'ils le peuvent ! Si c'est pas toi qui prend, c'est moi, si c'est pas moi qui prend, c'est toi !

Arthur le regarda d'un air désespéré, puis céda.

-Très bien… très bien… fais ce que tu veux, mais tu as intérêt à assumer si jamais tu te fais prendre ou quoi !

-T'en fais pas. Si ça arrive, j'improviserai une solution de secours. Je m'en tire toujours !

Il lui fit un clin d'oeil agrémenté d'un sourire qui peina à convaincre Arthur…

oOoOoOo

Cymru déglutit. La sonnerie allait bientôt retentir dans tout le lycée, lui permettant de mettre son plan en action.

Pourvu que Julien laisse son téléphone sur sa table… il allait falloir faire vite. Vraiment vite. Et surtout, rester naturel.

Feignant d'être détendu et indifférent à ce qui l'entourait -excepté le cours-, Cymru s'adossa tranquillement sur sa chaise. L'autre ne se doutait de rien.

Bientôt, le bruit strident résonna dans les couloirs et la prof finit de dicter son paragraphe avant de leur permettre de prendre une petite pause. Julien se leva, prit son portable… Cymru ferma les yeux, jurant intérieurement.

-Hey, Julien ! retentit une voix.

Son comparse de toujours venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Il enjoignit son camarade à le rejoindre, ce que ce dernier fit en laissant son téléphone sur la table. Parfait. Cymru commença d'abord par sortir avant le garçon, pour que ce dernier le voit bien. Puis, quand les deux harceleurs d'Arthur disparurent au coin du couloir, il rentra dans la salle, prétextant auprès d'une camarade de classe qu'il faisait trop froid.

La salle était vide. Le cœur battant, il attrapa l'appareil téléphonique. L'allumant, il essaya de tracer l'initiale de la copine du garçon sur l'écran tactile.

Peine perdue.

Il essaya sans grande conviction la propre initiale du garçon.

Cymru leva la tête en voyant l'appareil se déverrouiller. N'importe quoi…

Fébrilement, il se dépêcha de trouver le dossier contenant les photos, et serra les dents en les trouvant. Les connards… comment avait-il fait pour ne pas les voir ? Ils savaient depuis un moment ou quoi ? Il doutait que ces photos aient été pris spontanément.

Quoiqu'il en fut, il les effaça toutes, fouillant même un peu plus au cas où. Il regarda même les messages que s'étaient échangés les deux comparses. Cette fois-ci, ce furent ses poings qui se serrèrent.

Des moqueries contre lui, contre son petit frère… et un sourire satisfait barra ses lèvres. L'autre demandait à Julien s'il avait bien toujours les photos, puisque, autrement, ils n'avaient plus de moyen de pression.

Cela confirmait que seul un des deux avait les preuves.

Parfait. Comme si de rien n'était, il sortit de la salle pour se rendre aux toilettes, et revint en même temps que les deux harceleurs. Il sentit ces derniers le toiser, mais Cymru n'y fit pas attention.

« Mischief managed ! » pensa-t-il en souriant légèrement.

oOoOoOo

Arthur n'avait pas hésité un seul instant quand Cymru lui avait annoncé le succès de sa mission. Il avait attendu frénétiquement la fin de son heure de mathématiques, puis avait foncé instantanément dans le bureau du proviseur lorsque la sonnerie eut retentit.

L'homme le fit patienter, étant au téléphone. Puis, il le fit entrer et s'installer sur sa chaise.

-Vous vous êtes enfin décidé à venir me voir, constata le proviseur. Avez-vous réfléchi pendant les vacances ?

-Oui, répondit Arthur en reprenant son souffle. Ce n'est pas moi qui ait volé l'argent. On m'a fait du chantage.

L'homme fronça les sourcils et croisa ses mains sous son menton. D'un signe de tête, il enjoignit Arthur à poursuivre. Ce dernier donna alors les noms des deux garçons, racontant au passage le harcèlement dont il avait été la victime.

À la fin de ses aveux, le proviseur se leva.

-C'est très grave ce que vous me dites là ! s'exclama-t-il. Je vais les convoquer tout de suite dans mon bureau ! Avez-vous des témoins ?

-Il ne les a pas vus faire, mais mon frère peut attester de ce que ça a engendré…

Le proviseur acquiesça et appela la vie scolaire. Il leur demanda d'appeler au micro les trois Terminales afin qu'ils se rendent dans son bureau.

En attendant qu'ils arrivent, le gérant du lycée posa quelques questions supplémentaires à Arthur, qui y répondit volontiers. Il lui expliqua pourquoi il ne les avait pas dénoncés tout de suite, sans expliquer la nature du chantage, bien entendu.

Bientôt, les adolescents arrivèrent. Les deux harceleurs jetèrent un regard méfiant au petit blond, tandis que Cymru lui sourit d'un air tranquille.

-Bien, messieurs. Il semblerait que vous ayez causé un grand tort à votre camarade ici présent, et qu'en plus vous ayez dérobé une somme conséquente de la cagnotte du concert. J'attends des explications de votre part !

Le proviseur avait les sourcils froncés et une voix mesurée mais furieuse. Les deux fautifs parlèrent au même moment.

-C'est pas nous m'sieur ! fit le premier.

-Sale petit rat ! cracha l'autre en regardant Arthur.

Un silence pesant suivit. Le plus grand garçon regardait son comparse, abasourdi. Il venait littéralement d'avouer à demi-mot leur faute alors que, sans témoins pour les inculper, ils avaient encore une petite chance de s'en sortir.

-Bien, fit froidement l'homme en face d'eux. Je crois que c'est suffisant. M. Kirkland… non, pas vous Arthur, votre frère. Vous pouvez confirmer que votre frère a subi un harcèlement scolaire de la part de vos deux camarades de classe ?

Cymru acquiesça calmement.

-Oui Monsieur… et Arthur l'a très très mal vécu… il avait perdu du poids, il ne dormait plus, ils lui donnaient leur travail à faire, ils l'ont malmené… on a bien cru que cela allait finir de façon bien pire… souffla-t-il. Heureusement ça s'était arrêté. Jusqu'au soir du concert…

Il gratifia les deux garçons d'un regard haineux.

-On a peut-être fait ça mais lui c'est un voleur ! tenta Julien. Et j'ai des preuves ! Regardez !

Il sortit son portable et fouilla furieusement dedans, avant de se figer en constatant l'absence de photos.

-Nan, c'est pas vrai… souffla-t-il.

Son comparse le regarda d'un air éberlué.

-T'as plus les photos ? Je t'avais dit de garder les photos ! s'énerva-t-il. Putain Julien !

-Ça suffit ! cria alors le proviseur. Cessez votre comédie ! Ce que vous avez fait est inqualifiable ! Je vais appeler vos parents et je vais m'assurer que vous soyez renvoyés de cet établissement !

Sa voix grave et puissante réduisit au silence les deux harceleurs qui n'en menaient plus large.

-Messieurs Kirkland, vous pouvez disposer. Je n'en ai pas fini avec ces individus.

Arthur et Cymru sortirent, tous deux avec un large sourire sur leurs visages.

-Tu es un génie ! Un génie du crime, mais un génie quand même ! s'exclama silencieusement Arthur.

-Je sais ! répondit modestement son aîné. Bon ! Tu prends le bus ce soir ! Ils seraient foutus de te tomber dessus ces salopards, pour se venger ! On prévient Papa et Maman que le problème est réglé, tu rentres à la maison, tu te reposes et on verra tranquillement ce qui se passe ensuite !

Arthur acquiesça avant de prendre vivement son frère dans ses bras, pour le serrer fort. Son cœur un peu trop malmené ces derniers mois battait fort. C'était fini. Enfin fini.

Sans attendre, laissant son frère sur place, il s'en fut à vive allure. Il entendit le rire de Cymru derrière lui et sourit un peu plus.

Le jeune homme finit par trouver Francis dans le hall du lycée. Ce dernier était en deux parties séparées par un mur. La deuxième était peu fréquentée, mal éclairée. C'est là que le Français se trouvait, en compagnie de ses deux meilleurs amis.

Il fonça droit vers celui qu'il aimait, et se dressa sur ses jambes pour l'embrasser avec détermination.

Tout d'abord surpris, le grand blond finit par sourire contre ses lèvres et l'enlaça pour lui rendre son baiser. Les huées gentiment moqueuses d'Antonio et Gilbert ne les dérangèrent pas plus que cela, et les deux garçons finirent par laisser les amoureux en paix pour qu'ils puissent passer un peu de temps tranquille ensemble.

Arthur avait après tout une bonne nouvelle à partager…

oOoOoOo

L'adolescent était soulagé de descendre du bus. Il faisait nuit, puisque l'hiver était encore là, mais il ne restait plus beaucoup de trajet jusqu'à chez lui. En marchant d'un pas rapide, il serait chez lui au bout d'une dizaine de minutes.

Commençant son chemin, il sourit en repensant à sa journée. Enfin son problème avait été réglé, et il avait plus que hâte d'en faire part à ses parents. Puis, il avait passé d'excellents moments avec Francis, moments qui n'avaient pas été entachés par l'inquiétude qui, auparavant, ne le lâchait presque jamais.

Cette fois-ci, il en était certain, le problème était réglé.

À peine eut-il cette pensée qu'une voiture s'arrêta près de lui, les pneus crissant sur le bitume.

Il se tourna vers le véhicule, plissant les yeux pour distinguer quelque chose.

Son sang se glaça.

Évidemment. Il avait fallu que l'un d'eux ait le permis.

Il avait fallu que, très certainement, ils suivent son bus.

Il avait fallu qu'ils attendant qu'il soit seul, dans le noir, pour le prendre à part.

Pas fou, le jeune homme se mit à courir à toute vitesse, gêné par son lourd sac de cours. La voiture ne tarda pas à se mettre en travers de sa route, sur le trottoir, et les deux adolescents en sortirent avant qu'il ne puisse s'enfuir par un autre côté.

Ils avaient l'air très menaçants.

Arthur lâcha son sac et serra les poings.

Il ne faisait clairement pas le poids face à ces deux-là, mais il n'allait pas les laisser faire sans se défendre. Cette fois-ci, il allait leur montrer qu'il pouvait frapper, et fort.

Arthur esquiva le premier coup de poing en se baissant rapidement et sauta de côté pour éviter le coup de pied qu'il se serait pris en pleine figure.

Il laissa venir un coup de poing à l'estomac, douloureux, mais qui lui permit de renchérir par un coup de pied dans les rotules. Son adversaire grogna de douleur, et il sentit qu'on lui prenait les cheveux, et que l'on tirait très fort. Ses yeux le piquèrent, et il lança au hasard un coup de genoux, qui atterrit dans le foie de son opposant. Ce dernier en eut le souffle coupé et se plia en deux, mais Arthur ne put esquiver le coup de coude dans la figure que lui envoya le deuxième. Il sentit une douleur intense parcourir son crâne et un liquide chaud et poisseux commença à couler sur son visage. Il atterrit sur le trottoir, déséquilibré.

Son pied repoussa son agresseur, qui le lui prit par la suite pour mieux lui asséner un grand coup dans le creux du coude. Arthur sentit une douleur irradier à cet endroit, et il n'arriva plus à lever son bras pour se défendre. Il ne lui restait plus qu'une jambe et un bras de libre, mais il se débattit comme un beau diable, frappant au hasard. Il réussit à faire mouche plusieurs fois, mais un autre coup violent porté à son visage le fit à moitié sombrer dans l'inconscience.

« Ils vont me tuer. » pensa-t-il.

C'était une certitude dans son esprit. Ils ne s'en rendaient pas forcément compte, mais Arthur sentait que s'ils continuaient à le frapper aussi fort, rien ne pourrait le sauver. Une peur atroce lui déchira les entrailles. Il se voyait déjà dans les faits divers… Si seulement quelqu'un pouvait passer par là ! N'importe qui ! Une distraction ou n'importe quoi !

Il n'était pas sûr de pouvoir fuir, mais il était prêt à tout tenter.

-EH ! tonna une voix.

Arthur en aurait pleuré de soulagement.

Alister.

Son grand frère était venu le chercher à l'arrêt de bus.

-DEGAGEZ DE LA !

Elwyn ?

Oh bon sang…

Souriant, le jeune homme s'autorisa à se laisser aller.

Ses deux agresseurs n'auraient pas fait le poids contre Alister, alors si son autre aîné était là lui aussi…

-Putain… on fout le camp ! VITE ! cria l'un des garçons.

Arthur les entendit décamper.

-REVENEZ ICI !

La voix furieuse d'Alister augurait un très mauvais moment pour eux. Des bruits de course, puis des coups et des chocs retentirent.

Arthur sentit vite des doigts frais contre son visage.

-Putain… les enflures… articula Elwyn, la voix emplie d'une colère retenue. Je vais les buter… Arty ! Tu m'entends ? Arty !

Le blond cligna des yeux, et le roux poussa un soupir de soulagement.

-Je vais te ramener à la maison ! s'exclama son frère. Il faut te soigner et vite ! Tu pisses le sang !

La panique était aisément audible dans sa voix, et Arthur se sentit soulevé dans les airs par les bras de son grand frère.

De façon plus ténue, comme si du coton commençait à couvrir ses tympans, Arthur entendit des cris de douleur, et la voix pleine de rage d'Alister.

-C'est bon, ils ont eu leur compte, Al ! s'exclama Elwyn. Va pas les tuer non plus ! Appelle-les flics et surveille-les, je ramène Arthur à la maison !

Ce furent les derniers mots que le jeune homme entendit avant de sombrer dans l'inconscience, enfin en sécurité dans l'étreinte protectrice de son grand frère.


PS : Juste une petite remarque en passant... la discussion d'Arthur et Francis sur la bisexualité m'a été inspirée par un article du blog "Les petits mensonges de Mr Q", au sujet de la biphobie. Ne faisant pas partie de la communauté LGBTQA, j'ignore pas mal de choses sur les discriminations que peuvent subir les gens... mais ça m'a tellement touchée que j'ai voulu en parler ici. Après tout, tout le monde a le droit d'être visible, entendu. Voilà, c'était un petit message en passant, si vous voulez aller voir l'article, c'est actuellement le dernier en date du blog !

Bisous et bon courage à tout le monde ! Ce n'est pas parce que vous ne correspondez pas à une "norme" que vous n'êtes pas une personne fantastique !