Chapitre 2 : Tout est une question de point de vue

Quelques coups timides résonnèrent contre la porte en fonte qui s'ouvrit pour dévoiler un homme dont la tignasse châtain clair négligée et l'air gêné contrastaient violemment avec sa stature athlétique accentuée par un costume de ninja. Il tenait une fine pochette à élastique dans une main et se grattait la tête de l'autre, semblant encore plus paumé que Kondo. Le Supérieur prit à nouveau la parole.

Le Supérieur : Si cela convient à mes collègues, je mènerai les entretiens.

Les collègues en question acquiescèrent et sortir des crayons, prêts à prendre des notes.

Le Supérieur : Bien. Monsieur Hattori Zenzo, ninja de profession et leader du groupe Oniwabanshu, est-ce bien cela ?

Zenzo : Euh… Oui… Oui, c'est ça.

Le Supérieur : Etes-vous prêt pour votre déclaration ?

Zenzo : Oui… Enfin… C'est-à-dire que si je pouvais juste faire un tour au …

Le Supérieur : Bien. Nous allons donc débuter.

Zenzo : Ah ! Mais je… Enfin… D'accord…

Très clairement mal-à-l'aise et les genoux serrés, le ninja ouvrit sa pochette et en sortie plusieurs rapports accompagnés de photographies.

Zenzo : Vous m'avez chargé, il y a de cela plusieurs mois, de prendre en filature le commandant du Shinsengumi, Kondo Isao, pour analyser ses qualités de leader et la nature de son travail au sein de son organisation.

Le Supérieur : Tout à fait. Continuez.

Zenzo : J'ai tout d'abord établi ma planque à proximité des locaux du Shinsengumi…

Le Supérieur : Choix judicieux.

Quoi ? Il avait donc été espionné ! Et sur une longue période en plus. Kondo baissa les yeux, se sentant tout honteux de n'avoir rien remarqué alors même qu'il était censé être un soldat d'élite. Il mordit sa lèvre inférieure pendant que l'homme qui avait été interrompu reprenait.

Zenzo : … Pensant ainsi n'avoir à la quitter que lors des interventions d'envergure. Cependant, j'ai rapidement dû me rendre à l'évidence que cette supposition était erronée, dans la mesure où Kondo Isao passe en réalité très peu de temps dans ces bâtiments.

Le Supérieur releva la tête de sa feuille et interrogea le ninja du regard. Kondo n'eut pas besoin de faire de même pour savoir de quoi l'intervenant allait parler.

Zenzo : En effet, la majorité des journées de Kondo Isao se déroulent dans le quartier Kabuki, et plus précisément aux alentours du dojo Kôdôkan. Ce dojo est tenu par la fille ainée de la famille Shimura, Otae Shim…

Le Supérieur : Vous êtes en train de nous dire que cet individu faillit à sa tâche en passant le plus clair de son temps auprès de sa maitresse ?!

Zenzo : Je… Je ne dirai pas ça, non… C'est-à-dire que Kondo Isao est plus ce qu'on pourrait qualifier de « stalker » pour cette jeune femme. Ou plutôt un « cafard »… Enfin, une sorte de déchet humain dont on veut se débarrasser au plus vite. D'après mes observations ils entretiennent une sorte de relation sadomasochiste où il revient constamment vers elle alors même qu'elle lui fait subir des sévices physiques et émotionnels à chacune de leurs entrevues. C'est à la fois perturbant et pathétique à regarder…

De grosses gouttes de sueur roulaient désormais sur la peau du Commandant du Shinsengumi qui ne savait plus où ce mettre : c'était de l'ordre du privé, comment pouvait-on l'humilier ainsi ?

Il n'était cependant pas le seul à se sentir mal car le ninja avait les cuisses serrées au possible et commençait désormais à se tortiller en lançant des regards désespérés vers la porte.

Le Supérieur : Et lorsqu'il est au quartier général du Shin…

Zenzo : Qu'il y soit ou pas ne change pas grand-chose, c'est Hijikata Touchiro qui se charge de tout ! Est-ce que je peux…

Le Supérieur : Finalement, y a-t-il des points positifs que vous souhaiteriez évoquer ?

Zenzo : Je… Arg, désolé, je dois y aller !

Le ninja s'élança vers la porte à une vitesse ahurissante et disparut dans le couloir. Pourquoi n'avait-il pas commencé par les points positifs ? Kondo frappa sa main contre son visage. Pour ces hommes qui lui faisaient face, il n'était plus qu'un pervers inutile, un déchet. Il était foutu.