Chapitre 4 : La roue de la fortune ne tourne pas toujours dans le sens qu'on voudrait

Le dernier évaluateur avant le verdict… Mais le verdict n'était-il pas déjà tout trouvé ? N'avait-il d'ailleurs pas déjà été formulé avant même que Kondo n'entre dans la pièce ? Condamné depuis le début, le leader –ou plutôt ex-leader- du Shinsengumi ne voyait pas ce qu'on pourrait lui reprocher de plus.

Une fois encore la porte s'ouvrit et Kondo se trouva face à un homme qu'il n'avait jamais vu. Enfin… Jamais rencontré. Il l'avait déjà vu au détour d'un couloir, dans le château d'Edo où cette personne était autorisée à rencontrer directement le Shogun. Vêtu de blanc et de violet avec une ceinture rouge, il tenait fermement son éventail et sondait du regard tous les individus de la pièce. Ses yeux violacés s'arrêtèrent sur Kondo. Il avait l'étrange impression que l'homme ressentait à la fois de la compassion et un léger dégoût. Le contact visuel fut interrompu par le Supérieur qui demanda froidement à l'individu de décliner son identité, le poussant à tourner la tête pour faire face à la petite assemblée.

Seimei : Ketsuno Seimei, leader du clan Ketsuno et Onmyoji au service d'Edo. Il m'a été demandé d'évaluer l'influence du Shinsengumi et en particulier de Kondo Isao ci-présent sur la ville, à un niveau spirituel.

Le Supérieur : Et vos conclusions ?

L'onmyoji offrit un regard désolé au commandant, ce qui lui indiqua la teneur de ce qui était à venir. Le témoignage d'un exorciste ? Sérieusement ? Cela n'avait aucun sens : Un petit goril… Homme ! Un petit homme comme Isao était bien incapable d'influer l'ordre spirituel !… Non ?

Seimei : Il… A dire vrai, c'est incroyable. De ma carrière et même de toutes les légendes contenues dans les rouleaux du clan Ketsuno depuis les temps immémoriaux, je n'ai jamais vu une telle aura. Je me demande même comment cet homme est encore vivant. S'il n'était pas sous mes yeux en ce moment, je refuserai d'y croire. Et pourtant.

Le Supérieur : Abrégez, Ketsuno ! Où voulez-vous en venir ?

Il semblait perdre son sang-froid et était sur le point de casser son crayon. Seimei, lui, prêtait à peine attention au vieil homme énervé tant il était absorbé par Kondo qu'il regardait comme s'il s'était agi d'une créature fantastique. Faisant claquer son éventail, il se redressa et sorti de sa torpeur.

Seimei : L'aura du commandant du Shinsengumi Kondo Isao contient des miasmes pathogènes capables de souiller les organismes alentour et subséquemment d'influer sur l'équilibre des fortunes…

Le Supérieur : Soyez clair je vous prie !

Seimei : Il… porte la poisse.

En prononçant ses mots, il adressa au futur-ex-commandant une expression des plus compatissantes puis reprit :

Seimei : Pas simplement à un niveau normal comme on en voit souvent mais dans des proportions difficilement explicables à des non-initiés ! Pour tout vous dire, ce n'est pas qu'il soit encore de ce monde, mais que notre monde soit encore là malgré sa présence qui tient du miracle ! Je tiens cependant à préciser que cela est totalement indépendant de sa volonté ! A moins que… Avez-vous tenté d'invoquer Satan ou Cthulhu dernièrement ?

Kondo : Q… Quoi ?! Mais non !

Seimei : Désolé, je me devais de demander par curiosité professionnelle.

Le Supérieur : Merci de votre aide, Ketsuno. Ça sera tout.

Voyant que l'individu restait planté devant l'accusé, les deux jurés qui semblaient répondre aux ordres du troisième l'empoignèrent pas les bras et le trainèrent de l'autre côté de la lourde porte métallique.

Seimei : Mais vous ne comprenez pas ! Il faut impérativement qu'il reçoive un rituel de purification ou il pourrait provoquez un nouveau big ba…

La porte se referma sur l'Onmyoji qui venait de sceller le destin de Kondo avec ses inepties. Enfin… Kondo préférait croire qu'il s'agissait d'ineptie car si ce n'était pas le cas, cela voudrait dire qu'il était fichu depuis le début. Pas depuis le début de l'entretient, le début de l'enquête ou même le début du Shinsengumi, mais depuis le début de sa misérable existence. Fallait-il dès lors penser que tout était de sa faute ? La guerre des samurais, l'arrivée sur Terre des Amanto, la mort de L dans Death Note ? Il secoua vivement la tête. Non, il ne pourrait jamais supporter la culpabilité de la responsabilité de toutes ces injustices…