Synthetic Bonds
Chapitre deux
By mypetelephant
Draco se redressa dans le lit, il plaça un oreiller contre la tête de lit et s'appuya dessus, sentant la soie grise de la taie d'oreiller contre son dos. Les longs rideaux verts étaient ouverts et ainsi, Draco pouvait voir le sommet des immeubles qui s'étalaient au-delà de la terrasse comme des tuiles élevées. Il croisa les jambes, tirant une partie des couvertures sur ses genoux. Il se pencha vers la table de nuit et prit une longue gorgée d'eau.
« - Tu n'as pas la gueule de bois, n'est-ce pas ? »
Draco se tourna vers la porte. Une haute silhouette musclée s'avança et se glissa lentement dans les draps et les couvertures emmêlés. Draco roula des yeux et renifla avant de prendre une autre gorgée.
« - Gueule de bois ? Vraiment, Blaise ? Je n'ai pas eu la gueule de bois depuis le lycée. »
« - Tu as eu la gueule de bois pour ton vingt-et-unième anniversaire. »
« - Tout le monde sait que le vingt-et-unième anniversaire ne compte pas. D'ailleurs, toi et Pansy m'avaient pratiquement forcé à boire tous ces verres. » Souligna Draco. « - Tout ce qui s'est passé durant cette nuit est de ta faute, pas la mienne. »
Blaise haussa un sourcil à cela. « - Même le vomi partout sur la banquette arrière ? »
« - J'aime penser que c'est un châtiment. »
« - Ta guerre biologique m'a coûté ridiculement cher. »
« - Eh bien, ça ne serait pas une vengeance si je ne te faisais pas souffrir. Par ailleurs, tu as assez d'argent pour t'acheter une dizaine de voitures neuves par an. »
« - Draco Malfoy. » Ricana Blaise. « - Tu ne comprends rien depuis vingt-quatre ans ! »
« - Blaise Zabini. » Rétorqua Draco. « - Tu rabâches la même chose depuis trois ans… »
Blaise se coucha sur le dos et se remit à rire, croisant les mains derrière sa tête. Il regarda Draco. « - Tu sais, tu as pris tout le lit de nouveau. Je ne vois pas comment à chaque fois que nous dormons ensemble, tu parviens à prendre tout le lit. »
« - D'une taille quatre fois supérieur à celui où nous avons dormi ensemble, tu essayes d'établir une tendance générale à mon comportement ? »
« - Hé ! N'essaye pas un de tes petits tours d'esprit Jedi sur moi ! Je me suis gelé la nuit dernière. »
Si Blaise cherchait des excuses, il s'adressait clairement à la mauvaise personne. Draco suggéra simplement : « - Dormir avec des vêtements aide. »
« - Ai-je besoin de te rappeler que ceci est mon lit ? »
« - Et c'est un lit merveilleux. » Dit Draco, lissant les couvertures. « - Mais je ne vois pas en quoi c'est pertinent. »
Blaise roula des yeux, se tournant sur le ventre. « - Je ne sais pas pourquoi je me fatigue. » Il mit un oreiller sous lui, croisant les bras dessous et posant sa tête dessus.
Draco laissa ses yeux dériver le long du dos de Blaise, admirant la façon dont les muscles roulaient sous la peau sombre alors que Blaise ajustait sa position. « - Tu sais, je ne vois pas pourquoi tu es gardien de but. Tu étais un génial milieu de terrain au lycée. »
Blaise tourna la tête pour le regarder. « - Les temps changent. Parfois, un changement de position est nécessaire. D'ailleurs. » Il sourit. « - Je n'aime pas qu'on me dise que je ne peux pas utiliser mes mains lorsque les balles sont en jeu. »
« - Ouf. » Draco grimaça. « - C'est un peu lourd de double sens. »
« - Je sais, je sais. » Concéda Blaise. « - Je tente d'y mettre le tout mais tout le monde finit par être déçu. »
« - Vraiment Blaise ? Tu as décidé que la meilleure façon de traiter des euphémismes maladroits était d'en ajouter un peu plus ? »
« - Avouons-le Draco, nous n'avons pas commencé à coucher ensemble à cause de mon éloquence. »
« - Non, si je me souviens bien, c'était un sentiment partagé de désespoir. »
Blaise grogna dans son oreiller. Draco balança ses jambes sur le côté du lit mais ne se leva pas. Il resta assit là, ne se focalisant pas sur les pensées qui s'étaient accumulées au fond de son esprit. La voix de Blaise remplit le silence. « - Tu vas vraiment le faire, n'est-ce pas. » Draco tourna la tête sur le côté pour que Blaise entre dans son champ de vision. Il ne dit rien cependant. Blaise attendait que Draco rompe le silence avec une réponse mais quand ça n'arriva pas, il se rendit compte qu'il devrait le forcer à parler. « - Tu vas épouser Harry. »
Draco haussa les épaules. « - Je ne sais pas encore. Mes parents lui ont laissé une semaine pour décider, alors il a encore quelques jours pour donner une réponse. »
« - Mais s'il dit oui. » Continua Blaise, la réalisation des mots de Draco le frappant pleinement. « - Tu l'épouseras. »
« - Ouais. »
« - Donc, nous n'aurons probablement plus de rapports sexuels. »
« - Probablement pas. »
« - Mais tu vas avoir des relations sexuelles avec Harry. »
Draco tourna la tête si brusquement qu'il fit craquer quelque chose dans son cou. Un début de ricanement commença à traverser son visage. « - Quoi ! »
« - Eh bien. » Répondit calmement Blaise, se tournant sur le dos et regardant pensivement le plafond. « - Tu vas te marier. Avec Harry. Et les gens qui se marient ont généralement des relations sexuelles. »
« - Pas toujours. » Répondit Draco, utilisant une sorte de nonchalance pour essayer de cacher son dégoût complet par une certaine perspective.
« - Non Draco, je suis sûr qu'ils le font. Au moins une fois. »
« - Eh bien, je suis sûr que nous nous en sortirons tout aussi bien sans ça. » Répondit Draco, essayant de masquer la tension dans sa voix. « - Je connais beaucoup de gens qui se marient et n'ont pas de sexe. »
« - Combien de ces gens sont heureux dans leur mariage ? »
« - Qu'est-ce que le bonheur a à voir avec ça ? » La voix de Draco était froide mais plus calme qu'elle avait été au début de la conversation. Quoi qu'il en soit, il se trompait en pensant à sa vie sexuelle imminente, il n'hésitait pas à admettre la réalité de ce qu'il attendait de son arrangement conjugal. Après tout, il y avait pensé bien longtemps avant cette conversation, aucun mariage dont il était témoin ne fonctionnait joyeusement. Les longues heures de travail de son père et les nombreuses soirées de sa mère étaient un bon témoignage. Mais au moins, ses parents pouvaient faire front unis quand c'était nécessaire. Draco avait vu beaucoup d'hommes mariés courir de manière flagrante après des femmes et prendre des maitresses, les conjoints étant loin de s'apprécier autant que ses parents qui arrivaient à se traiter avec respect en public.
« - Qu'en est-il des enfants ? » Blaise fixait toujours le plafond, assemblant tous les aspects techniques du mariage potentiel de Draco avec Harry comme s'il s'agissait d'une sorte de situation hypothétiquement incroyable qui devait être examinée sous toutes les coutures. « - Je veux dire, je suppose que tu devras avoir ton propre héritier à un moment. Ce n'est pas comme si tu pourras épouser quelqu'un d'autre une fois qu'Harry aura le poste. »
« - Adoption. » Draco sourit de pitié en pensant au futur enfant inconnu. « - Nous allons prendre un pauvre gamin et l'éduquer afin qu'il soit un bon membre de notre famille. »
« - C'est ce que font les familles, même sans l'adoption. Par ailleurs, ça a bien fonctionné pour Harry… prendre un orphelin et faire de lui un Malfoy. »
Draco grogna. « - Ce n'est pas comme s'il n'avait pas de famille pour prendre soin de lui. Nous ne l'avons pas pris. Mes parents… »
« - Ont juste pris soin de lui comme s'il était leur propre fils ? » Blaise lança un coup d'œil à Draco mais ce dernier l'ignora. « - Eh bien, ça lui a fait du bien. Tu te rappelles quand il a commencé l'école ? Son uniforme lui allait à peine, il était si maigre. Après quatre ans de vivre avec la bourse de la Société Malfoy et de travail à l'entreprise, il s'est transformé en quelqu'un de particulièrement appréciable. »
« - C'est le football. » Marmonna Draco. « - Et la fin de la puberté. Pas les parents. »
« - Donc, tu admets qu'il est particulièrement bien fait ? » Blaise sourit malicieusement à Draco. « - Je veux dire, je n'ai jamais voulu te le dire à l'école parce que je savais que tu me frapperais, mais il était déjà très bien construit. »
« - Qu'est-ce qui te fait penser que je ne vais pas te frapper maintenant ? »
« - Parce que si tu le fais. » Répliqua Blaise, son sourire s'agrandissant. « - Je vais t'accuser de défendre l'honneur de ton fiancé. »
Entendre Blaise dire fi… ce mot, Draco se figea. C'était une chose de reconnaître qu'il allait se marier avec Potter mais se référer à lui comme son fiancé faisait se rendre compte à Draco à quel point leur relation allait changer. Avec un nœud d'angoisse dans son estomac, Draco se força à considérer que Potter pouvait un jour être son mari et qu'il faudrait se référer à lui en tant que tel et non comme un ancien camarade de classe qui travailler pour son père. C'était idiot, pensa-t-il, qu'un seul mot pouvait faire une telle différence, surtout quand il était évident que si Potter était d'accord, ils seraient engagés en tant que fiancés puis mariés. Mais Draco avait repoussé cette pensée si loin dans son esprit que c'est seulement maintenant qu'il fut pris au dépourvu par sa situation actuelle, et il entreprit d'examiner pour la première fois depuis cette annonce fatidique ce que ça serait d'être marié à Potter.
Et il y pensa. Il y pensa durant toute la nuit, incapable de dormir parce qu'il ne pouvait pas s'arrêter de penser. Quand ses parents avaient annoncé leur plan à Potter, ce dernier était resté bouche bée comme si toute pensée intelligente avait quitté son cerveau. Non pas que Draco reconnaissait l'existence d'une pensée intelligente résidant quelque part dans le crâne de Potter. Draco avait essayé de faire semblant qu'il avait mal entendu, que ses parents n'avaient pas décidé de le marier à Potter. Bien sûr, Draco savait qu'en surface, c'était une bonne idée. Il était clair que Potter était la seule personne en qui ils faisaient le plus confiance pour la société. Il s'était avéré être plus compétent que Draco voulait l'admettre et il avait la confiance des actionnaires les plus influents. Draco se souvint des réceptions données quand il était au lycée, où certains cadres de la société s'avançaient vers lui et lui demandait ou se trouvait son 'charmant camarade d'école'. Même à la fête, Draco avait vu avec quelle facilité Potter avait évolué parmi les hommes d'affaires et leurs épouses. Potter avait donné l'impression qu'il devait avoir un top model glamour à son bras alors qu'il parlait des actions et des taux d'intérêt et des investissements et autres affaires.
Pris dans la tourmente de ses pensées, Draco n'entendit pas Blaise derrière lui, lui demandant si tout allait bien. Parmi l'afflux de pensées refoulées, il prit conscience de la voix de Blaise et Draco se reprit. « - Écoute, je n'ai pas vraiment envie de parler de ça. »
Même s'il ne comprenait pas le soudain changement de ton, Blaise pouvait sentir la colère monter en Draco. « - Bien, bien. Si tu ne veux pas en parler, je ne te pousserais pas à le faire. C'est juste que je ne comprends pas pourquoi tu veux aller jusqu'au bout. » Draco se détourna quand Blaise dit cela, pas désireux de voir le regard inquiet sur le visage de son ami. « - Ce n'est pas comme si tes parents te forçaient à l'épouser… n'est-ce pas ? »
« - Il n'y a rien à comprendre. »
« - Vraiment ? Es-tu sûr ? » L'expression de Blaise devint sceptique. « - Parce que la dernière fois que j'ai vérifié, j'étais celui qui devait vous empêcher physiquement de vous massacrer durant les entraînements de football au lycée. »
« - Nous nous bousculions juste. »
« - Ouais, nous savons tous combien vous deux vous bousculiez. »
Draco se leva et se retourna, la frustration inscrite sur son visage. « - Où veux-tu en venir, Blaise ? Transformer cette conversation en une sorte de thérapie maintenant ? Parce que si nous devons parler de nos problèmes, je pense que nous devrions arrêter de parler de quelque chose qui ne se fera jamais et se concentrer peut-être sur tes problèmes. »
Blaise se redressa avec colère aux implications des mots de Draco mais également avec peur d'avoir poussé Draco trop loin. Mais avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, Draco avait déjà quitté la pièce, regroupant certains de ses vêtements alors qu'il partait. Blaise soupira et sortit du lit, suivant Draco dans le couloir. Le blond avait déjà enfilé son caleçon et sa chemise. Il regardait autour de lui, essayant de trouver ses autres vêtements.
« - Ton pantalon est dans l'entrée. » Draco ne répondit pas mais marcha tranquillement vers l'entrée et trouva son pantalon froissé. « - Écoute Draco, je suis désolé. Je ne vais pas te mettre en colère. Je veux juste savoir si tu vas bien. »
Draco soupira et s'appuya contre la porte. « - Bien sûr que je ne vais pas bien. Mais ça ira. Je veux dire, je savais que cela allait arriver, que ce soit lui ou une autre personne à qui mes parents voulaient me marier. Et aussi loin que mes parents soient probablement concernés, ce n'est pas le pire qu'ils auraient pu faire. »
« - Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils envisageraient quelqu'un. » Blaise essaya de garder une voix calme. « - Au lycée, tu te moquais des choses comme le mariage. Et maintenant, tu parles de te marier comme si c'était complètement hors de ton contrôle. »
« - Écoute Blaise, je sais que tu veux bien faire. » Répondit Draco, sa voix contenant une note défaitiste que Blaise avait rarement entendu sortir de sa bouche. « - Mais c'est une chose dont je ne veux vraiment pas parler. Si Potter déclare qu'il est prêt à aller jusqu'au bout de cela, alors nous irons jusqu'au bout. »
« - Ok, très bien mais si tu as besoin d'en parler à quelqu'un, viens me… »
« - Je sais que tu seras là. »
« - Exactement. »
Les deux hommes se sourirent, sachant silencieusement que cela ne se reproduirait pas, même si Potter n'acceptait pas l'offre des Malfoy. Draco regarda Blaise. « - Tu devrais lui dire, tu sais. » Il connaissait le nom de la personne qui intéressait Blaise : « - Nous pouvons continuer de baiser aussi longtemps que cela nous convient mais tu n'obtiendras rien si tu continues à te torturer pour savoir si oui ou non ce gars a besoin de toi. »
« - Draco, nous glissons vers une conversation que je ne veux pas avoir. »
« - C'est très bien, je peux la faire moi-même. 'Blaise aime quelqu'un'. 'Non, vraiment ?'. 'Ouais, mais il a peur parce que même si c'est une grande et virile star du football, il pense qu'il n'a pas la moindre chance avec l'autre grande star du football.' »
« - Ha, ha, ha. Draco. »
Draco sourit timidement. « - Écoute, tu es celui qui m'a fait réfléchir à l'idée d'avoir des relations sexuelles avec Potter. Je me venge juste. »
« - Oh, toi et ta putain de vengeance. » Blaise souriait cependant.
« - Tu sais, je me ferais un plaisir de l'accueillir à la noce si tu lui demandais d'être ton cavalier. »
« - Très bien alors. » Blaise posa une main sur le cœur et déclara de façon théâtrale. « - Mais quand mon cœur sera brisé en mille morceaux, je ferais en sorte d'être très désagréable à ton mariage et frapper ton nouveau mari. »
« - Oh mon dieu, s'il te plaît fais. »
Harry avait passé la majeure partie de la journée à faire des tâches stupides, essayant de garder son esprit loin de la question qui lui avait été posé lors de la réception chez les Malfoy. Il avait presque incendié trois secrétaires qui avaient fait l'énorme erreur d'avoir commis des fautes mineures dans la présentation de différents dossiers dont Harry avait besoin. Il avait bousculé un stagiaire qui s'était trouvé entre lui et sa tasse de café. Ce n'était que quelques-uns des accrocs à la patience d'Harry qui lui rappelait qu'il y avait radicalement quelque chose d'anormal dans son monde et ce mal se nommait Draco Malfoy.
D'accord, eh bien, techniquement, Malfoy n'avait rien fait de mal mais Harry était furieux que cette décision incroyablement tragique qu'il devait faire semblait tourner autour de ce gars dont il fuyait toute interaction. Il avait prévu de le voir durant des rassemblements, être forcé d'échanger quelques banalités sur leurs familles et prétendre que tout cela n'était jamais arrivé, c'était le plus qu'Harry avait prévu avec ses futures interactions avec Malfoy. Mais un mariage ? C'était certain de dire qu'Harry n'y avait même jamais pensé.
Mais la réalisation qu'il envisageait même cette idée était ce qui faisait se serrer la poitrine d'Harry et son esprit se fermer. Il savait que cela signifiait que Lucius pourrait faire d'Harry son successeur. Cela signifiait qu'il pourrait se reposer en toute tranquillité en sachant que son entreprise serait transmise à quelqu'un qui savait ce qu'il faisait. Cela signifiait qu'il pouvait éviter l'inévitable guerre civile interne qui se déclencherait si Lucius était contraint de se tourner vers d'autres branches de sa famille pour trouver un successeur approprié. Cela signifiait la sécurité de la Société Malfoy et la société était assez importante pour Harry pour qu'il ne refuse pas immédiatement la proposition.
Avant la Société Malfoy, Harry était juste un enfant solitaire dont les parents étaient morts avant qu'il ait pu avoir des souvenirs d'eux. Son oncle et sa tante qui l'avaient pris en charge avait fait en sorte qu'il sache à quel point il était indésirable, le faisant parader en public seulement quand ils voulaient que leurs invités s'émeuvent devant la générosité et le soin qu'ils prodiguaient à leur neveu orphelin. Harry savait qu'il ne devait pas dire aux invités que la seule fonction qu'il avait dans la maison Dursley était de servir de punching-ball à son cousin Dudley. Tout cela avait changé quand il avait fait une demande de bourse dans une école privée via la Société Malfoy.
Cela avait été l'idée de Sirius en fait. Son parrain avait pris soin de lui, même s'il n'était pas réellement autorisé à le faire de la manière qui aurait vraiment aidé Harry et il était celui qui avait fait croire à Harry qu'il avait une chance d'avoir la bourse. Harry l'avait fait, surtout en désespoir de cause. Hermione allait aller dans une école supérieure qu'il n'avait pas la chance d'intégrer à cause de ses résultats de l'époque. Elle était l'une de ses rares amies et la perspective de faire l'école secondaire avec Dudley sans elle avait fait souhaiter à Harry que le temps s'arrête pour ne pas faire face à l'avenir, tellement il était terrifié.
La bourse lui avait offert une chance d'avenir différent. En contrepartie de sa scolarité entièrement payée, Harry devait faire un stage dans l'entreprise durant toutes ses années d'études, puis y travailler pendant au moins deux ans après l'obtention du diplôme. Quelques examens et entrevues plus tard, Harry s'était retrouvé vêtu de l'uniforme de la Serpentard Académie, le logo de l'école vert et argent brodé sur le blazer noir. Tout ce qu'il avait à faire maintenant, était de garder ses notes au maximum et travailler avec sérieux dans l'entreprise et Harry serait en mesure de garder la bourse.
Mais la bourse avait fait plus pour Harry que ce qu'il n'avait jamais imaginé. Ne plus avoir à compter sur son oncle et sa tante pour payer des choses comme sa scolarité lui avait donné une sorte de liberté qu'il n'avait jamais connu auparavant. Il n'avait plus à subir des moments terrifiants pour affronter l'oncle Vernon et demander quelques dollars pour acheter les fournitures dont il avait besoin pour l'école. Il n'avait plus besoin de demander à la tante Pétunia de nouveaux vêtements qui finissaient toujours par êtres des loques que Dudley ne mettait plus, qui était toujours cinq fois trop grand pour la silhouette frêle d'Harry. Sa bourse lui payait les fournitures et les uniformes dont il avait besoin et elle lui offrait une petite somme qu'il pouvait dépenser comme il l'entendait.
Dans cette nouvelle école, Harry avait évolué. Il n'avait plus à faire face à une école pleine de gens qui étaient terrifiés par son cousin. En fait, cette nouvelle école contenait le genre de gamin dont la présence faisait même trembler Dudley. Ce n'étaient pas qu'ils étaient plus grands ou plus forts mais la plupart d'entre eux grandissaient en sachant que le monde allait ployer sous leurs machinations. La force physique pouvait être en mesure de les renverser mais au final, ils n'étaient pas battus car ils grandissaient tous pour devenir assez puissant qu'un simple coup de poing qui pouvait être facilement oublié.
C'était incroyable ce que la perte de l'intimidation pendant les classes avait fait pour lui. Harry pouvait pleinement se concentrer sur son travail en classe sans se soucier du chemin jusqu'à son casier. Il pouvait faire ses devoirs sans avoir à donner toutes les bonnes réponses à Dudley en premier. Son oncle et sa tante avaient cessés de le tourmenter, de peur des représailles si la puissante société qui offrait la bourse d'Harry l'apprenait. Même s'il était toujours un élément indésirable dans leur foyer, il était un indésirable qui avait une prestigieuse bourse d'étude et un emploi dans une entreprise dont l'oncle Vernon serait prêt à se couper le bras droit pour avoir un semblant de contrat avec. Tout cela pour dire qu'il n'avait plus eu à subir l'intimidation de Dudley à la maison non plus.
Mais ce n'était pas seulement l'élimination des menaces physiques qui avait rendu la vie d'Harry mieux. La Serpentard Académie lui avait donné de nouveaux amis et un sentiment d'appartenance. Pour la première fois, Harry pouvait faire partie de quelque chose qui était plus grand que lui. Il pouvait faire partie d'une équipe sportive ou un club scolaire. Il pouvait rivaliser amicalement avec des gens. Bien sûr, la seule personne avec qui il avait vraiment été en concurrence était Malfoy.
Depuis leur première rencontre lors d'un déjeuner organisé par les Malfoy en l'honneur du bénéficiaire de la bourse, Harry et Malfoy étaient immédiatement entré en rivalité. Malfoy l'avait pratiquement ignoré durant toute la réception. Mais Harry avait été disposé à oublier tout cela, se disant qu'il s'agissait d'une sorte de timidité de la part de Malfoy. Bien sûr, cela ne cadrait pas avec la confiance qu'affichait l'héritier blond en souriant aux autres invités. Et Harry pouvait encore se souvenir de la forte et froide pression de sa main quand Malfoy l'avait salué lors de leur première rencontre. Non, la timidité n'était pas l'explication.
Plus tard au cours de ce déjeuner, Harry s'était perdu dans la maison pour se retrouver dans une gigantesque bibliothèque. Draco était appuyé contre une étagère de livres, parlant à deux garçons que plus tard, Harry connut comme Crabbe et Goyle. Harry les vit à travers la pièce mais ils ne semblaient pas l'avoir remarqué. Il se demandait si oui ou non il devait s'avancer et se présenter à nouveau quand il entendit Malfoy prononçait son nom et 'le dernier cas de charité de mes parents' dans la même phrase. Harry ne se souvenait de rien d'autre qui avait été dit après, seulement que Malfoy avait regardé par-dessus ses deux amis et fixé Harry droit dans les yeux en souriant. Ce trou du cul lui avait souri, le premier de ce qui serait beaucoup de sourires supérieurs tout au long de leurs années de lycée.
Et c'est là qu'Harry s'était rendu compte que lui et Malfoy ne seraient jamais amis. À partir de là, Harry et Draco étaient entrés en concurrence dans tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils n'avaient pas à le faire mais ils ne pouvaient pas s'en empêcher. En classe, sur le terrain de football, lors de leurs stages respectifs dans la société : Harry et Draco avaient réussi à transformer quelque chose comme une petite bataille en une longue guerre.
Mais considérant ce que la Société Malfoy avait donné à Harry, c'était assez pour être capable d'oublier la colère de Draco à son égard. La société lui avait donné la possibilité de ne pas juste être sa propre personne mais devenir plus que ce qu'il pouvait être. Pour la première fois, il n'était pas inutile pour quelqu'un, enfant victime d'intimidation. Il était quelqu'un qui faisait un travail impressionnant et qui gagnait le respect des gens dont ça signifiait quelque chose. Et Harry aimait le travail qu'il faisait. La Société développait l'électronique et travaillait dans des endroits où les nouvelles technologies étaient découvertes et fabriquées. Sachant qu'il faisait partie de ce processus et que ses actions avaient une réelle influence, Harry se sentait satisfait d'une manière qu'il savait que beaucoup de gens n'étaient pas quand il s'agissait de leur carrière.
La question maintenant était de savoir si cette satisfaction valait la perspective d'être marié à Malfoy. Harry n'avait pas songé au mariage, n'ayant jamais trouvé une relation qu'il pensait être utile d'avoir toute une vie. L'idée de devoir vivre avec Malfoy pour le restant de sa vie rendait Harry quelque peu mal à l'aise. Mais la chose la plus étrange de toute, c'était que la décision lui revenait entièrement, comme si l'opinion de Malfoy n'était pas importante. Malfoy avait éclaté de colère face à la proposition pendant la réunion puis Lucius lui avait clairement dit que tout ce qu'il dirait ne changerait rien à la situation. Après cela, Malfoy s'était tu. Il était retourné contre son étagère derrière Harry et était resté debout là. Harry avait souvent envié Malfoy pour sa capacité à se retrancher dans son silence, mais à ce moment, son silence avait terrifié Harry. Si Malfoy s'était insurgé, crié et battu, peut-être qu'Harry trouverait sa situation plus facile. Mais face à sa complaisance et résignation, c'était difficile pour Harry de traiter tout ce qui se passait. Il avait passé ces dernières nuits à penser à ce choix, parfois envisageant la possibilité que peut-être le mariage avec Malfoy serait intéressant pour le bien que ça apporterait à la société qui comptait tant pour lui, et puis à d'autres moments, il décidait que ce mariage ne pouvait qu'aboutir à ce que Malfoy et lui s'entre-tuent.
Harry se trouvait dans le bureau qu'il occupait actuellement et provisoirement en attendant de prendre sa décision mais il avait encore du travail à faire et généralement c'était une distraction utile quand il était troublé. Mais à cet instant, le travail n'était pas suffisant pour l'empêcher de se torturer avec son dilemme. Le téléphone sonna, sortant Harry de ses pensées. Une voix de femme lui dit de se rendre dans le bureau de Lucius, complètement indifférent au fait qu'elle venait d'interrompre le processus de pensé d'un employé très angoissé. Il mit de côté ses dossiers qui étaient négligemment éparpillés sur son bureau et se leva pour se diriger vers le bureau de Lucius. Quand il y arriva, une secrétaire bien habillée le fit entrer.
« - Ah, Harry, merci d'être venu si rapidement. » Déclara Lucius dès qu'Harry entra dans le bureau. « - J'ai été très occupé ces derniers temps mais je voulais parler avec toi. »
« - Bien sûr. Je suis en train de vérifier certains points pour l'accord Nimbus. »
« - Oh, génial, génial. Ok, eh bien, malheureusement, je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai un vol à destination de Hong Kong dans une heure. » Lucius tapota légèrement sa montre. « - Mais je voulais te voir et te demander si tu avais réfléchi à la proposition que Narcissa et moi t'avons fait. »
Réfléchi ? Harry dut se retenir de rire à l'absurdité de cette déclaration étant donné le nombre de pensée contradictoire qui se bousculaient dans sa tête. Au lieu de cela, il répondit simplement : « - Euh, oui, j'ai réfléchi un peu. Je ne comprends toujours pas très bien mais… »
« - Oh non, bien sûr que non. Ne t'inquiète pas, je ne veux pas te forcer à prendre une décision tout de suite. » Harry soupira intérieurement. « - Mais Narcissa et moi reconnaissons que nous mettons beaucoup de pression sur toi. Nous serions ravis de te donner plus de temps mais malheureusement, nous ne pouvons pas. » Harry voulait lui demander pourquoi il ne pouvait pas avoir plus de temps mais le ton de Lucius indiquait clairement que c'était une question qui ne concernait pas Harry… ce qui était étrange étant donné que toute l'affaire le concernait définitivement. « - Quoi qu'il en soit, nous avons pensé que ça serait peut-être utile si toi et Draco apprenez à vous connaître. Vous ne vous êtes pas vus depuis longtemps, de sorte qu'il serait peut-être bon pour vous de passer une soirée ensemble. »
« - Euh, ouais… ça parait être une bonne idée. » Harry ne dit pas que ça ressemblait à une très mauvaise idée. Une soirée en compagnie de Malfoy ? Cela sonnait comme un désastre certain. Mais comment était-on censé dire à son patron qu'on détestait son fils avec la passion d'un millier de soleil ardents et qu'on est susceptible de passer la soirée à essayer de le faire disparaitre en utilisant la puissance de son esprit… mais toujours tenu par l'idée de l'épouser ?
Lucius ne semblait rien entendre de la haine profonde d'Harry envers Draco dans sa voix. Il continua comme si Harry venait de dire que passer la soirée avec Draco serait le meilleur soir qu'il connaîtrait. « - Génial ! Nous avons réservé une table pour vous deux ce soir à dix-neuf heures au restaurant Chez Pierre. »
« - Oh, vous voulez dire ce soir ? »
« - Est-ce un problème ? »
« - Euh… non. Hum, c'est très bien. »
« - Ok, très bien. Nous allons envoyer une voiture pour venir te chercher. »
Et ce fut tout. Harry allait devoir aller à un rendez-vous avec Draco. Il se détesta quand sa première pensée fut : « Que vais-je porter ? »
Un rendez-vous ? Avec Potter ? Malfoy avait vérifié son téléphone plusieurs fois pour s'assurer qu'il fonctionnait correctement quand son père lui avait envoyé le message. Qu'est-ce que ses parents avaient à lui envoyer de terribles nouvelles sur Potter via message de toute façon ?
Il n'avait pas de cours ce jour-là, après sa soirée passé avec Blaise. Mais il s'était rendu au laboratoire pour faire quelques expériences, seulement pour les voir presque exploser à son visage. Il était rentré à la maison plus tôt, espérant que peut-être il pourrait regarder la télévision et qu'après quelques émissions de télé-réalités merdiques plus tard, la journée serait moins nulle. Mais bien sûr, cela ne pouvait pas arriver.
Il lui restait encore quelques heures mais maintenant ce rendez-vous était tout ce à quoi il pouvait penser et il se retrouva à choisir la meilleure tenue en bougonnant : « - Je te déteste et ne pense pas que tu vaux mon temps ou mes efforts mais je peux m'habiller mieux que toi. » Il venait d'enfiler sa chemise quand des coups furent frappés à sa porte. En regardant par le judas, il vit deux grands hommes en costume qu'il n'avait pas revu depuis un moment.
« - Crabbe ? Goyle ? » Demanda Draco en ouvrant la porte. « - Qu'est-ce que vous faites ici ? » Les deux hommes entrèrent, observant le salon de Draco et regardant ses divers manuels qui se trouvaient sur la table basse comme s'ils étaient les plus terrifiants objets du monde. « - Les gars ? Je pense que c'est le moment où l'un de vous doit dire quelque chose. »
« - Euh… ouais… d'accord. » Balbutia Crabbe, Goyle le regardant avec l'espoir qu'il allait commencer. « - Comment vas-tu ? »
« - Je vais bien, Crabbe. Mais je doute fortement que vous ayez fait tout le chemin jusqu'ici pour me demander comment je vais. »
Goyle prit la parole cette fois. « - Eh bien… euh… nous avons entendu dire que ton père va te faire épouser Potter afin qu'il puisse être à la tête de la société. »
« - Où avez-vous entendu ça ? »
« - Nous en avons entendu parler… »
« - Eh bien, ça a été mentionné. » Répondit Draco. « - Mais ce n'est pas officiel. »
« - Mais nous ne voulons pas ! » Dit Goyle avec plus de passion que Malfoy avait réalisé qu'il était capable de faire. Mais il se rendit compte qu'il ne devait pas être surpris. Crabbe et Goyle avaient commencé à travailler dans la Société Malfoy parce que leurs pères le faisaient mais c'était la seule qualification qu'ils détenaient. Potter était responsable du retrait d'une partie importante de leur budget quand il avait découvert qu'ils dépensaient de l'argent pour un grand nombre de dépenses personnelles. Ce n'est que grâce à certaines relations qu'ils avaient pu conserver leur emploi.
Malfoy les regarda froidement, lui rappelant terriblement l'époque où il était au lycée, quand il était à la tête de leur petit groupe. « - Alors, que voulez-vous de moi ? »
Crabbe parla cette fois. « - Eh bien, tu ne veux pas être PDG ? »
Malfoy fit une pause pendant quelques secondes avant de répondre. « - Vous me voulez comme patron ? »
« - Eh bien… » Crabbe et Goyle se regardèrent, la confiance augmentant. « - Oui. »
« - Et pensez-vous que quelqu'un d'autre voudrait que je sois le PDG de la société un jour ? »
« - Euh… euh… nous avons parlé à quelques personnes… »
Draco roula des yeux. « - J'espère que vous n'avez pas parlé à quelqu'un qui pourrait vous causer des ennuis… »
Crabbe et Goyle secouèrent énergiquement la tête. « - Oh non… non, non. Seulement ceux qui n'aiment pas Potter. Et tu ne l'aimes pas non plus ! »
« - Et alors ? Avez-vous un plan ou quelque chose ? Ou avez-vous simplement l'intention de former un groupe de soutien pour montrer que vous détestez Potter ? Êtes-vous ici pour me recruter en tant que membre ? »
« - Nous avons un plan. Pour que tu sois PDG de la société. »
Draco les regarda tous les deux, déterminant si oui ou non ces deux-là étaient réellement capable de faire un vrai plan. Puis il leur sourit. « - Ok alors, nous allons parler de comment vous compter faire de moi le patron. »
Harry ajusta sa cravate à nouveau. Regardant autour de lui, puis se rappelant que non, il n'y avait personne d'autre dans la chambre d'hôtel, il effectua un rapide reniflement de ses aisselles. Il ne voulait pas spécialement sentir bon pour Draco mais il ne voulait pas sentir mauvais non plus. La dernière chose dont il avait besoin était un ricanement de Draco pour ça. « - D'accord. » Marmonna-t-il. « - Je crois que c'est bon. »
Il prit l'ascenseur puis monta dans la voiture. Alors que le conducteur l'emmenait vers le restaurant, Harry essaya de trouver une liste de raison pour lesquelles il ne pouvait pas s'y rendre. Peut-être que la voiture serait coincée dans la circulation. Peut-être qu'ils auraient un terrible accident mais pas dangereux. Peut-être qu'un de ses amis lui téléphonera pour une urgence qui exigerait sa présence immédiate. Mais non, il n'y eu pas de trafic ou d'accident ou d'urgence.
Malfoy était déjà au restaurant. Les yeux d'Harry se posèrent aussitôt sur lui dès qu'il entra. Il était assis, étudiant la carte des vins avec un regard d'approbation. Il portait une chemise blanche avec une cravate rouge, ce qui donnait l'impression qu'il n'avait jamais besoin de faire d'effort pour avoir l'air aussi bien qu'il l'était toujours. Harry baissa les yeux vers sa cravate, ne sachant pas si ou non il avait vraiment choisi la meilleure tenue pour la soirée. Malfoy leva les yeux et nota l'arrivée d'Harry puis reprit sa lecture de la carte des vins quelques secondes plus tard, comme si la présence d'Harry n'était pas nécessaire pour les procédures de la soirée.
Eh bien, pensa Harry, ce sera amusant.
À suivre…
