The winner takes it all

Chapitre 2 Ou pourquoi est-ce qu'un plan ne fonctionne jamais comme on le souhaite.

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Disclaimer : Je ne possède aucun droit sur ce manga, tout appartient à son auteur, Haruichi Furudate . De la même manière, il existe sans doute des fics qui ont été écrites en suivant la même idée, donc je n'ai aucune exclusivité là-dessus non plus.

Notes de l'auteur : Je n'ai rien contre la réforme de l'orthographe, mais je reconnais que je suis un peu perdue au niveau des accents. Donc, bon. Je fais comme j'ai appris.

Warning : Shonen-ai ; Guerre

Bonne lecture !

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Cela avait été dur, mais Daichi avait fini par convaincre Kuroo et Kenma de marcher avec son plan. Deux jours avaient passé depuis le banquet et c'était donc demain qu'ils agiraient. Bien sûr, en tant que capitaine, il restait responsable de son bataillon, mais il en avait confié le commandement temporaire à son lieutenant, Iwaizumi. Celui-ci n'en avait pas été enchanté, mais il s'était retenu de poser des questions – Daichi le connaissait suffisamment pour savoir qu'il attendrait qu'il vienne lui en parler de lui-même – et avait acquiescé sans trop de difficultés. De toute manière, ce n'était pas comme s'il pouvait être parti pendant plus de quelques jours : comme tous, il avait le droit à sa part de congés, mais ils étaient en guerre et ils ne pouvaient pas se permettre de garder une unité hors combat trop longtemps. C'était un fait qui allait rendre sa tâche bien plus compliqué – il aurait préféré pouvoir rester plus longtemps en territoire ennemi – mais de toute façon, passer la frontière jours après jours était extrêmement risqué et il ne pouvait pas se permettre de se faire recaler juste parce que certains soldats doutaient de sa fidélité à la nation. D'où, des infiltrations espacées de plusieurs jours/semaines/mois. Tous dépendait de la vitesse à laquelle il pouvait obtenir ses congés sans élever les suspicions.

Tout en organisant son voyage, Daichi hésitait toujours, non pas à porter son armure car cela serait considéré comme une déclaration de guerre – et Dieu sait qu'ils n'en avaient pas besoin maintenant – mais au moins à cacher une petite dague dans ses vêtements. Entrer sans la moindre protection dans un territoire ennemi avec qui vous êtes en guerre depuis des siècles et dont les membres ont sans doute perdu au moins autant de proches que les vôtres portait l'inconscience à un tout autre niveau. Mais Daichi voulait faire cela bien. Il ne pouvait pas faire disparaître ses ailes, dû à leur volume, mais s'il se faisait repérer par quelqu'un du peuple ennemi, il voulait paraître le moins dangereux possible. Et surtout, il souhaitait à tout prix éviter d'engager le combat. Et si jamais c'était un membre de l'armée, et bien… Disons que la raison pour laquelle il avait été élevé au rang de capitaine n'était pas basée sur sa puissance d'attaque. Il saurait s'en sortir en défense.

Iwaizumi et Kuroo ne doivent jamais apprendre cela. Mais qui roulait-il ? Kuroo finissait toujours par tout savoir et il finirait par déballer son sac à Iwaizumi. Parfois, il se demandait s'il craignait plus ses coéquipiers ou l'armée ennemie.

Se forçant à sortir de ses pensées, il termina de s'habiller – une combinaison d'entraînement, solide et pratique – et mit son sac sur son dos. La frontière nord n'était pas l'endroit le plus proche d'où il se trouvait et s'il voulait arriver assez tôt pour mettre son plan en application, alors il lui fallait partir maintenant.

Alors qu'il pensait avoir réussi à n'attirer l'attention de personne en sortant du camp, Daichi fut interpellé. Affichant un air le plus naturel possible sur son visage, il se retourna, faisant face à Hinata et Nishinoya. Au moins, ce sont des membres de mon bataillon. « Hinata, Noya. » les salua-t-il « Que faites-vous ici ? »

« Le lieutenant nous a dit que vous serez parti pendant deux jours. » lâcha Hinata « On voulait vous dire au revoir. » En entendant l'explication, Daichi leur envoya un regard suspicieux. Que ses subordonnés agissent ainsi était loin d'être rare, mais pas le fait qu'ils ne le noient pas sous les questions. Mais il n'avait pas de temps à perdre et de toute manière, il n'allait pas réveiller le lion qui dort de plein gré – il craignait tout de même une mauvaise surprise à son retour comme, disons, une salle d'entraînement dévastée par une soirée.

« Merci. » leur répondit-il, un sourire amical aux lèvres « Noya, je compte sur toi pour garder un œil sur Asahi. »

Après un 'bien entendu' enthousiaste de la part de Nishinoya et des hochements de tête énergiques de la part de Hinata, Daichi se retourna et ne s'arrêta pas de marcher avant d'être sûr d'être hors du champ de vision du campement. Puis, déplaçant son sac de manière à le porter en bandoulière plutôt que sur son dos, il déploya ses ailes et fléchit ses jambes. Profitant de l'appel d'air créé, il sauta tout en donnant un puissant battement d'ailes et décolla, continuant à monter de plus en plus haut dans le ciel. Une fois qu'il jugea avoir atteint une hauteur suffisante pour que son identité ne puisse pas être découverte, mais que l'on ne puisse ignorer sa nature d'ange, il mit le cap vers le nord, volant au maximum de sa vitesse.

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Le trajet avait été long, mais n'avait présenté aucune difficulté. La météo avait été plus clémente que Daichi ne l'avait prévu et les vents l'avaient porté sur de longues distances, lui permettant d'arriver avec plus d'une heure d'avance, ce qu'il mit à profit pour observer son entourage. L'endroit où il avait décidé de passer la frontière n'était pas directement visible depuis les points d'observation du camp, mais il n'était pas non plus trop loin de celui-ci, afin de diminuer le risque de tomber sur une patrouille. Il traversera quelques heures après la relève, lorsque l'attention des gardes, exacerbée par les risques occasionnés par de tels changements, se relâchera un minimum. Normalement, il s'était arrangé avec Kuroo pour que ce soit son équipe qui s'occupe de ce secteur, mais ultimement, ce n'est pas lui qui prenait la décision finale et il était possible que les plans soient changés. Cela serait une plaie, mais il ne reculera pas pour autant.

Heureusement pour lui, les heures passèrent et lorsque la relève arriva, il lui fut aisé de reconnaître l'armure tape-à-l'œil du capitaine et celle plus discrète de Kenma. Il était accompagné uniquement des membres de son bataillon – Yaku, dont la petite taille cachait une grande mobilité et une grande puissance d'attaque, Kai, le lieutenant de Kuroo et Yamamoto, probablement leur membre le plus puissant. C'était rassurant, car si l'un d'eux le repérait, Kuroo avait suffisamment d'autorité sur eux et inspirait suffisamment de respect de leur part pour qu'ils acceptent de passer cela sous silence s'il le leur demandait.

Plus vite qu'il ne l'aurait cru, l'heure qu'ils avaient convenue arriva et lorsque Daichi sortit de sa cachette, il fut soulagé de voir que Kuroo avait tenu parole et avait envoyé les membres de son équipe patrouiller dans une autre direction, lui laissant la voie libre pour traverser la frontière. Il devait être rapide : il ignorait ce qui se trouvait de l'autre côté – un camp semblable au leur devait être dans les parages, en toute logique – et même une fois en territoire ennemi, cela ne servirait à personne – et surtout pas à lui – s'il se faisait repérer par une patrouille, ange ou démon. Il n'avait rien à faire là-bas et les risques énormes qu'il prenait pouvait très facilement déclencher une nouvelle vague de sang – et séparer sa tête et ses ailes de son corps.

D'un mouvement fluide, il ouvrit son sac et en sortit une cape qu'il enfila. Puis, il cacha le bagage dans un buisson afin qu'on ne le retrouve pas et rabattit le capuchon, cachant son visage sous un masque d'ombre. Il aurait apprécié une cagoule, mais un ange masqué infiltré dans un territoire de démon ? Cela faisait tellement espion qu'on ne lui laisserait même pas une chance de s'expliquer. Pas que cela soit mieux comme ça, mais bon. On fait avec ce qu'on a.

Daichi inspira afin de se donner un moment pour se détendre et calmer les tremblements – d'excitation ? de peur ? – qui parcouraient son corps. Lorsqu'il relâcha sa respiration, sa tête était claire et il était dans le même état d'esprit qu'avant l'entrée sur un champ de bataille.

Il s'élança.

Le désavantage des frontières surveillées en temps de guerre, c'est que l'environnement qui les entoure est complètement désert, permettant une vue panoramique imprenable quel que soit l'endroit où il se trouve. Il était impensable pour lui de passer par les airs – avec deux nations ailées, c'était comme mettre une cible sur son dos et hurler 'Je suis là !' – et la cape l'empêchait de déployer ses ailes suffisamment pour faire du rase-mottes. Il se résolut donc à courir au maximum de sa vitesse sur les cinq cents mètres qui le séparaient de la prochaine couverture d'arbres, priant pour que personne ne jette un coup d'œil dans sa direction et que Kuroo surveille ses arrières.

100 mètres.

Un hurlement retentit, figeant presque Daichi dans sa course. Il eut une seconde de flottement, mais combattit l'envie de s'arrêter pour chercher la direction de bruit et redoubla de vitesse vers sa prochaine cachette. C'était une chance inespérée : quel que soit le camp concerné, l'attention des gardes allait se tourner vers la source du cri, lui donnant quelques secondes de plus pour se mettre en sécurité.

Juste alors qu'il atteignait le couvert des arbres, le hurlement s'éleva à nouveau, plus proche. Il y avait clairement une note de peur cachée derrière celui-ci, lorsque le premier n'avait été que surprise. Sans perdre une seconde, Daichi changea de trajectoire et se dirigea en direction du bruit, vers le nord-est, s'enfonçant plus profondément encore dans la forêt.

Il essaya d'être le plus discret possible dans sa course, mais ce n'était pas quelque chose qui allait de pair avec la vitesse et le temps qu'il atteigne la source des cris – il y en avait eu deux de plus, depuis – il était prêt à parier que l'assaillant l'avait entendu et repéré.

La vue sur laquelle il tomba le figea net dans sa course.

Il était arrivé sur une clairière. À l'intérieur, il lui était facile d'apercevoir deux enfants. Une jeune adolescente et un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de dix ans. La fillette le serrait contre elle, comme si son corps suffirait à le protéger de leur attaquant. Tous deux avaient des ailes écaillées, d'un bleu-vert que les rayons du soleil reflétaient à la manière de vitraux. La vue aurait été magnifique, si ce n'était pour les expressions de pure terreur qui peignaient leurs visages et le bras en sang de la jeune fille. Ils étaient surplombés par la plus grosse bête que Daichi avait eu l'occasion de croiser. À mi-chemin entre le canidé et le félin, elle faisait à peu près le double de volume d'un ours des montagnes. Rien que sa mâchoire devait faire la taille de sa tête et les dents qui la parsemaient, sans ordre particulier, étaient suffisamment grosses pour qu'il soit certain qu'une morsure à pleine puissance lui broierait le bras. La fourrure de la bête était hirsute et son échine hérissée, prête à bondir. Daichi ne regarda même pas les pattes, sachant d'instinct que les griffes qu'il y trouverait seraient aussi dangereuses que les dents de l'animal. Étendant son regard à la scène complète, il fut capable d'apercevoir une touffe de cheveux gris et des reflets violets qui gisait sur le côté de la clairière. Sans doute le grand-père des deux enfants. Il avait dû essayer d'affronter la bête pour leur donner une chance de fuir, alors même qu'il savait sans doute qu'il perdrait. C'était respectable.

Sans même une pensée pour le fait que ces personnes étaient clairement des démons, et donc ses ennemis, Daichi s'élança dans la bataille. En un éclair, il fut aux côtés des enfants, surprenant les deux partis par son arrivée. Profitant de l'effet de surprise, il se saisit d'eux et repartit à la même vitesse là d'où il venait. La scène avait eu lieu en moins de cinq secondes. Il en avait sans doute trois autres pour trouver une solution avant que quelqu'un ne réagisse. Son cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse.

Que faire ?

Son objectif final n'était pas de vaincre la bête – cela serait suicidaire, il était désarmé et utiliser ses ailes était hors de question – mais de protéger les deux enfants et, s'il lui était permis, vérifier l'état du grand-père, malgré le peu d'espoirs. Fuir n'était pas non plus une solution envisageable. S'il avait été seul, la solution aurait déjà eu un taux de réussite très faible, alors accompagné de deux enfants terrorisés et blessés, c'était un échec assuré. Il fallait qu'il trouve quelque chose et déjà, la bête semblait sortir de sa torpeur et se tourner vers eux.

Et bien, puisqu'eux ne pouvaient pas fuir, il fallait que la fuite vienne à eux.

L'animal avait maintenant récupéré tous ses esprits et bondissait vers eux. Avant qu'il ne puisse s'approcher davantage des enfants, Daichi s'élança à nouveau, droit sur la bête. Alors qu'il allait la percuter de plein fouet, il se laissa tomber au sol, sur le dos et pieds en avant. Emportée par son élan, elle lui passa au-dessus, ses mâchoires se refermant sur le vide. Sans lui laisser le temps de réagir, il lui envoya le coup de pied le plus puissant qu'il put dans l'abdomen, visant le plexus de l'animal. Celui-ci était plus lourd qu'il ne l'avait imaginé, mais il réussit tout de même à le faire tomber sur le flanc en faisant basculer son centre de gravité. Daichi se releva rapidement et avant que la bête n'ait pu reprendre son souffle, il partit à la recherche d'une arme, veillant à rester constamment entre les enfants et elle. Il trouva enfin ce qu'il cherchait lorsqu'il repéra une branche suffisamment épaisse pour servir de massue. Pourvue qu'elle ne se brise pas au premier coup porté…

Sans quitter l'animal des yeux, il s'empressa de ramasser son arme improvisée et de revenir en position de combat. Du coin de l'œil, il remarqua que le vieil homme avait commencé à bouger, reprenant vraisemblablement ses esprits. Il allait avoir une personne de plus à protéger, mais Daichi était rassuré : les enfants n'auraient pas à se débrouiller seuls. Il préférait ce scénario-là.

La bête, plutôt que de l'attaquer à nouveau, avait commencé à décrire un arc de cercle autour de lui. Daichi fronça les sourcils. Pourquoi cherche-t-il autant à attaquer ces enfants ?! Plus déterminé encore à les protéger, il ne perdit pas de temps à lancer une nouvelle attaque. Sans perdre de vue son but initial, il s'avança, bâton brandi en avant.

L'animal reflétait chacun de ses mouvements. Il avançait d'un pas, elle reculait. Il allait vers la gauche, elle se déplaçait sur sa droite. C'était à le rendre fou. Un tel animal ne devrait pas avoir une capacité de réflexion aussi avancée ! C'était comme s'il avait un plan derrière la tête, quelque chose autre que 'foncer dans le tas' pour le vaincre !

Mais c'était un bon moyen pour l'éloigner des enfants et de l'homme à terre, alors malgré le risque de tomber dans un piège, Daichi continua à avancer, encore et encore, jusqu'à ce que plus de la moitié de la clairière ne les sépare des trois victimes. C'était lorsqu'il s'y attendait le moins que l'animal agit. Sans même prendre le temps de se ramasser sur lui-même, il bondit, passant bien au-dessus de sa tête et atterrissant deux à trois mètres derrière lui, il continua à pleine vitesse sa course vers sa cible. Paniqué, Daichi se retourna, ne remarquant pas que sa capuche était tombée entre temps. Il n'avait plus le choix. Le vieillard s'était redressé et se tenait bravement entre l'animal et les enfants, mais il était en bien trop mauvais état pour espérer le retenir plus d'une seconde, si ses vêtements tachés de sang signifiaient la moindre chose.

Merde.

Courir derrière l'animal ne servirait à rien – quatre jambes valaient mieux que deux – et les quelques secondes qu'il lui avait fallues pour se remettre de sa stupeur avaient suffi pour le placer hors de portée s'il décidait de lancer sa massue.

Merde !

Il était hors de question que ces enfants meurent alors qu'il avait décidé de les protéger. En un seul mouvement, s'il sauta le plus haut qu'il pût et se défit de sa cape. Lorsqu'il fut au sommet de son saut, il déploya ses ailes et se dirigea plein gaz vers l'animal, qui s'était stoppé sous le choc. Prenant avantage de l'effet de surprise, Daichi descendit en piqué, visant le cou. La massue connecta et les cervicales se brisèrent en un lourd 'crack' qui résonna dans le silence de la forêt. Il resta en position pendant un instant, prêt à repartir à l'attaque, mais lorsque la bête ne bougea plus, il se détendit et se releva, les muscles de son dos criant d'avoir volé si rapidement. Il allait se retourner lorsqu'il sentit la pointe d'une épée être pressée contre sa nuque.

« Lâchez votre arme » ordonna une voix jeune et masculine. Quelqu'un d'autre avait dû regarder le combat et décider de n'intervenir que maintenant. Daichi obéit. Il n'y avait pas grand-chose qu'un bout de bois pouvait faire face à une épée. « Posez vos mains sur votre tête, paumes aplaties. Ne bougez pas. » Là encore, il fit ce qu'on lui demandait. Il attendit quelques secondes, mais lorsque l'autre ne reprit pas la parole, il décida de s'interposer.

« S'il vous plaît ! » La pression imposée par l'épée augmenta. Daichi se dépêcha d'enchaîner. « Je connais des sorts de soin ! La jeune fille et le vieil homme sont blessés : s'ils ne reçoivent pas un traitement rapidement, ils risquent de ne pas pouvoir s'en remettre. » Vu l'état dans lequel s'était tenu le grand-père, il n'était même pas sûr que celui-ci puisse survivre, mais il passa cette information sous silence. Les enfants avaient déjà subi suffisamment de chocs comme cela. « Je peux les aider ! Laissez-moi au moins faire en sorte qu'ils puissent tenir jusqu'à l'arrivée d'un médecin plus compétant ! »

La pointe de l'épée vacilla un instant, mais reprit sa position initiale si rapidement que Daichi se demanda s'il ne l'avait pas imaginé. « Qu'est-ce qui me dit que vous n'allez pas les empoisonner ? Les tuer ? Ou les kidnapper ? » La voix restait claire, mais les mots semblaient avoir du mal à sortir.

Daichi prit un instant pour réfléchir à la question. S'il essayait, il pouvait sans doute s'éloigner suffisamment de l'épée pour fuir et rentrer au campement, mais cela signifierait qu'il laisserait deux personnes blessées derrière lui et il n'était pas sûr de pouvoir se pardonner s'il le faisait. D'un autre côté, comment peux-tu prouver à une nation contre laquelle ton peuple est en guerre depuis des siècles que tu ne leur veut pas de mal ? Que tu souhaites les aider, même ? L'homme qui tenait l'épée était sans doute un soldat, qui a tué tes camarades, dont tu as tué des camarades. Le vieil homme, probablement un retraité de l'armée et les deux enfants, de futurs soldats. En temps de guerre, il n'y a pas tellement de choix de profession. Daichi serra les poings. « Si j'avais souhaité les blesser, ou même les tuer, j'aurais laissé cette… chose le faire. » déclara-t-il. Son adversaire avait été bien trop intelligent pour être un animal. « Quand à la possibilité d'un enlèvement… » Il força sa voix à ne pas trembler. Avoir une épée pointée à sa nuque était une chose, ce qu'il s'apprêtait à proposer en était une autre. « Si vous n'avez pas confiance en moi, vous n'avez qu'à conserver votre épée là où elle est lorsque je les soignerais. » Il serait alors incapable de s'enfuir. Cela n'était même plus risqué, c'était inconscient. Le soldat dans son dos devait le savoir autant que lui. À nouveau, la prise sur l'arme vacilla. Cette fois, il était sûr de l'avoir senti.

« D'accord. » répondit-il. Daichi essaya d'abaisser ses mains, mais l'épée revient contre son cou et avec vengeance.

« Je vais avoir besoin de mes mains pour les soigner. » tenta-t-il dans une voix qu'il espérait apaisante. À ses oreilles, cela semblait plus tremblant qu'autre chose. « C'est impossible autrement. »

L'arme appuya à nouveau contre sa nuque, perçant légèrement la peau, puis relâcha un peu de sa pression. Un avertissement. Pendant de longues secondes, nul ne bougea, nul ne parla. Puis la jeune fille avança dans son champ de vision, serrant son bras contre elle. Elle avait l'air autant terrorisé par sa présence qu'elle ne l'avait été par celle de la créature. Daichi lui offrit un sourire rassurant, espérant la mettre en confiance. « Bonjour, » commença-t-il, hésitant sur la marche à suivre. Offrir son nom présentait un risque, mais si elle ne lui faisait pas un minimum confiance, jamais elle ne s'approcherait davantage « Je m'appelle Sawamura Daichi. Tu es blessée au bras n'est-ce pas ? Me permettrais-tu de le regarder ? » Il n'avait toujours pas modifié sa position, attendant la permission de la jeune fille pour ramener ses mains à ses côtés. Enfin, après un moment qui parut interminable, elle hocha la tête d'un coup sec et avança vers lui. Lorsqu'elle fut à moins d'un mètre, elle s'arrêta et lui tendit son bras, un air tellement déterminé sur le visage que Daichi en fut impressionné. Il lui offrit un sourire éclatant et lentement, descendit ses mains pour les poser sur le bas de sa manche.

« Je vais avoir besoin de déchirer ton t-shirt. Cela ne te dérange pas ? » Pendant un instant, la détermination sur son visage laissa place à de l'hésitation, mais elle hocha malgré tout la tête. Avec des mouvements amples de manière à ce que le soldat puisse voir ce qu'il faisait, il coupa la manche en deux, jusqu'à son épaule. En voyant les quatre traces des griffes qui parcouraient la totalité de ses biceps et qui terminait sur le haut de son avant-bras, Daichi ne pût retenir une grimace de dégoût. La plaie était sale, le sang coulait à flot et la blessure avait l'air horrible. « Cela laissera sans doute une cicatrice. » commenta-t-il a voix haute.

Toujours en surveillant ses mouvements, il déchira une partie de sa propre manche, qu'il utilisa pour nettoyer du mieux qu'il pouvait les plaies de l'enfant. Propre, la blessure était pire encore. Les griffes avaient traversé la peau vraiment profondément et Daichi ne pouvait s'empêcher de se demander s'il était capable de refermer les muscles suffisamment bien pour ne laisser aucune séquelle. Il l'espérait.

Sans perdre plus de temps, il se mit au travail. Il banda le tissu au-dessus des plaies, à la manière d'un garrot et une fois qu'il fut certain que cela tiendrait, il plaça ses mains sur le haut de la blessure, de manière à recouvrir chacun des tracés. Puis il ferma les yeux et inspira, faisant appel à sa magie. Il était loin d'être un médecin professionnel – c'était le rôle de Kyoko – mais il avait participé à suffisamment de combats pour apprendre à soigner ses propres blessures ou celles de ses camarades le temps de permettre aux secours d'arriver.

Il se concentra afin de canaliser sa magie dans ses mains et une fois qu'il en avait réuni une quantité qu'il jugeait suffisante, il l'expulsa d'un coup sec à travers sa paume. Il ne relâcha pas immédiatement sa prise – pas tant qu'il pouvait encore sentir la chaire bouger sous ses mains. Elle ne cria pas et il lui en fut reconnaissant. Le processus était douloureux, il le savait. Lorsqu'il fut certain qu'il ne pouvait pas faire mieux, il plaça ses mains sur la partie basse de la blessure et recommença le processus. Le résultat final n'était pas beau à voir – quatre croûtes rouges qui creusaient une peau auparavant lisse – mais Daichi supposa que c'était une meilleure solution que se vider de son sang et défit le garrot.

« Es-tu blessée autre part ? » s'assura-t-il. Un hochement de tête négatif lui répondit. « Et ton frère ? » Deuxième hochement de tête. « Tant mieux. Je suis désolée de ne pas pouvoir faire quelque chose de plus propre, par contre » ajouta-t-il en pointant son bras du menton. La jeune fille parut surprise par ses mots et sans que rien ne le laisse deviner, elle s'inclina à quatre-vingt-dix degrés.

« N-ne vous ex-excusez pas ! » bafouilla-t-elle maladroitement. « Je. Hum. Merci beaucoup pour avoir traité mes blessures. Et. Hum… et pour nous avoir aidé, aussi. » termina-t-elle dans une petite voix.

Daichi lui offrit un sourire rassurant. Elle était mignonne, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas côtoyé des enfants. « Ne t'inquiètes pas pour ça. » affirma-t-il « C'était naturel. Je n'allais pas laisser deux enfants se faire attaquer. » Il gigota, ignorant comment amener la question sans se faire trancher la gorge. « Et… Pour le vieil homme ? Son état me préoccupe, il avait l'air vraiment mal en point. » La jeune fille était retournée aux côtés de son frère mais le grand-père n'avait toujours pas pris sa place. Il entendit le soldat faire un pas en arrière, mais l'arme resta contre sa nuque.

« Retournez-vous » ordonna-t-il d'une voix ferme. Daichi, surpris par l'ordre, obéit, veillant à rester à portée de l'épée pour ne pas éveiller les suspicions – et l'envoyer trois pieds sous terre.

Tout ce à quoi il pouvait penser à ce moment disparut complètement lorsqu'il porta les yeux sur la personne qui lui faisait face.

Il oublia qu'il se trouvait à découvert, en territoire ennemi. Il oublia que quatre démons connaissaient son identité. Il oublia qu'il avait une épée contre sa gorge et qu'à tout moment il pouvait mourir. Il oublia que si ses supérieurs apprenaient ce qu'il avait fait, la mort serait une douce utopie.

En ce moment, il avait devant les yeux la personne la plus belle qu'il lui ait été donné d'observer et c'était la seule chose à laquelle il pouvait penser. Le démon avait des cheveux blonds-cendrés aux reflets argentés, de grands yeux noisettes, un grain de beauté sous l'œil et les traits les plus doux que Daichi air jamais rencontrés. Objectivement, il savait que l'homme n'était pas magnifique, pas de la même manière que la reine et ses suivantes l'étaient. Peut-être n'était-il même pas beau, car la beauté est quelque chose de fugace qui disparaît avec le temps, alors que la personne qui se tenait devant lui semblait être du genre à conserver son charme en vieillissant. Mais là maintenant, Daichi se foutait de l'objectivité car lui le trouvait superbe. Distraitement, il nota la queue violette qui sortait du bas du dos de l'inconnu et les deux ailes aux écailles de même couleur qui s'agitaient de manière impatiente dans l'air, faisant varier les reflets créés par le soleil.

Il ne sortit de sa torpeur que lorsque le soldat toussota légèrement.

« Uh. Vous n'êtes pas un vieillard. » Wow, Daichi. Joli moyen pour s'enfoncer. « Je-je veux dire... Désolé. » Il s'obligea à fermer sa bouche avant de ne sortir une autre ânerie. C'est alors qu'il remarqua enfin que le démon était ensanglanté de la tête aux pieds et que ce qu'il avait pensé au premier abord être une pâleur naturelle était sans doute le résultat d'une trop grosse perte de sang. Comment est-il encore conscient lorsqu'il est dans un état pareil ?!

Sauf que… sauf qu'il y avait une différence entre sauver la vie à un civil et sauver la vie à un soldat. S'il aidait ce soldat, il ne faisait aucun doute que celui-ci le dénoncerait à ses supérieurs, qui prendrait des mesures pour répondre à cet affront. De plus, c'était un soldat qui allait retourner sur le champ de bataille pour tuer ses compagnons. Le laisser mourir ici sauverait des vies, peut-être même celles des membres de son bataillon. Il pourrait s'enfuir. Ce qu'il avait pensé être un soldat en pleine forme et prêt à le tuer était en fait un pauvre – et magnifique – démon pour qui tenir debout relevait du miracle. Il pourrait se retourner et s'envoler sans le moindre effort. Retourner au campement. Oublier et faire comme si rien ne s'était passé. Il pourrait même le tuer à mains nues, effacer toute preuve, tout témoignage de sa présence et assurer ses arrières. C'était un plan logique, avantageux, même et avec une grande probabilité de réussite. Une chance.

Vu le triste sourire que le soldat lui offrait, il avait dû également réfléchir à tout cela.

Sauf que… Sauf que c'était un démon qui avait du mal à se tenir debout parce qu'il avait protégé deux enfants d'une mort certaine, qu'il avait été prêt à risquer sa vie pour servir de dernier rempart entre eux et leur attaquant et Daichi, peu importe à quel point il se maudissait, ne pouvait pas ignorer quelque chose comme cela. Il ne savait pas si le démon avait parfaitement cerné sa personnalité et qu'il s'agissait d'un plan très élaboré pour se faire soigner avant de le tuer, ou s'il avait réellement décidé de parier sur sa bonne âme et de lui faire confiance pour cette fois, mais en s'offrant à lui de cette manière, il aurait pu tout aussi bien donner son épée à Daichi que le résultat en aurait été le même. Il soupira.

« Enlevez votre t-shirt et asseyez-vous. Rester debout ne vas pas arranger votre état. » Il enleva son propre t-shirt. Il allait avoir besoin de beaucoup de tissu. « Lâchez votre épée, pendant que vous y êtes. Elle gênerait plus qu'autre chose. » Le visage du soldat, qui jusque-là n'avait pas transmit de réelle émotion, changea un instant, mais l'expression fut trop rapide pour que Daichi puisse la déchiffrer. Surprise, peut-être ? Néanmoins, il fit comme demandé et s'assit tandis que Daichi s'occupait en déchirant dans son t-shirt différentes bandes de tailles égales.

Le démon était vraiment, vraiment amoché, remarqua Daichi en s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur. Il avait dû subir quatre, non, cinq attaques différentes de la bête. Son avant-bras gauche portait la marque nette de deux crocs – et s'il regardait bien, il pouvait voir deux tâches blanches et bon sang, tous les combats ne l'avaient jamais habitué à l'horreur des blessures – son torse portait la trace de deux coups de griffes, moins profonds, heureusement, que celles de la jeune fille. Les organes vitaux n'avaient, avec un peu de chance, pas été touchés. Il pouvait voir également la trace d'une autre griffure qui partait de son épaule droite et semblait descendre dans son dos. Son pantalon était également déchiré au niveau de la cuisse et Daichi n'avait pas vérifié, mais il ne serait pas étonné de trouver une autre blessure là-dessous.

Il n'aurait jamais suffisamment de réserves magiques pour soigner tout cela. Comment tenait-il encore debout ?! Rien que la perte de sang causée par ses blessures aurait dû le mettre KO, ne parlons même pas de la douleur engendrée ! La blessure à traiter en premier lieu était la morsure – on pouvait voir l'os, par Dieu ! – il pouvait réfléchir au reste plus tard.

À nouveau, lui plaça un garrot et nettoya la plaie. Le silence était pesant et il mourait d'envie de poser des questions – Qui êtes-vous ? Quelle était cette créature ? Qu'est-ce que ces enfants font seuls dans une forêt ? Est-ce que les démons sont vraiment cannibales ? – mais moins il en savait, plus il aurait de chance de repartir vivant sans se battre. Lorsqu'il ferma les yeux et fit appel à sa magie, il se concentra sur la régénération des tissus musculaires et de la chaire uniquement. Le corps du démon serait capable de recréer le sang par lui-même et il allait avoir besoin de toutes ses réserves disponibles. Fermer cette blessure prit plus de temps que celle de l'enfant et lorsqu'il rouvrit les yeux, la peau avait récupéré son apparence initiale mais lui était aussi essoufflé que s'il avait couru un marathon en plein cagnard.

« Est-ce que ça va aller ? » s'inquiéta le démon. Prit par surprise, Daichi releva d'un seul coup la tête et oh, ils étaient proches, il pouvait sentir la respiration de l'autre de là où il se trouvait. Il essaya de reculer le plus discrètement possible. Lorsqu'il fut remis du choc – il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'on lui adresse la parole, pas plus qu'à ce que le démon soit si proche de lui – il hocha la tête et obligea sa respiration à récupérer un rythme correct.

« Ça devrait aller. Les blessures sont plus profondes que ce à quoi je m'attendais, mais… je vais y arriver. » lui affirma-t-il avec un sourire rassurant. Il baissa à nouveau les yeux sur le corps devant lui. Les blessures situées sur le torse étaient grandes, certes, mais elles avaient l'air peu profondes – il avait dû se protéger. L'épaule en revanche… « Est-ce que je pourrais voir votre cuisse, s'il vous plaît ? » C'était une question, mais cela ressemblait plus à un ordre. Sans lever les yeux, il augmenta le trou déjà présent dans le pantalon pour mieux pouvoir observer la blessure. Là encore, c'était une morsure, mais... « Impossible. Les os sont brisés ?! » s'écria-t-il d'une voix rendue aiguë par le choc. Il était resté debout pendant plus de vingt minutes avec une cuisse en morceaux ! Ses yeux retournèrent se fixer sur le visage de son interlocuteur à la recherche de quelque chose, quoique ce soit, qui contredise ce qu'il vient de découvrir. Un genre 'Ah. C'est une blague, on t'a bien eu !' parce que là, c'était trop de choses bizarres en trop peu de temps. Mais non, tout ce que le démon fit en échange, c'était craquer un petit sourire désolé et ce n'était pas du tout la réponse que Daichi aurait voulu avoir. Grommelant dans sa barbe, il se remit au travail et répéta le processus. Les os brisés étaient tellement plus embêtants.

Il y avait eu deux autres fois où il avait dû s'occuper d'une blessure à l'os. La première fois, Kyoko avait été débordée après une certaine bataille et lui avait demandé de s'occuper d'un de ses patients. La seconde, c'était en plein combat. La retraite avait été sonnée et un des soldats avait la jambe cassée. Plutôt que de le laisser derrière, Daichi l'avait soigné du mieux qu'il pouvait et ils étaient retournés au camp ensemble. Globalement, il y avait deux moyens de s'occuper d'une fracture. La première est de régénérer l'os au niveau de la cassure, la deuxième est d'ajouter une couche de cellules sur l'ensemble de l'os pour accélérer la guérison et de le laisser se réparer seul. La technique utilisée dépend surtout du lieu, de la situation et des personnes impliquées. Kyoko, par exemple, préférait la seconde solution car elle permettait à l'os de se reconstruire plus dur. En combat, la première solution est souvent la plus efficace et les conséquences d'une telle action sont gérées après coup, lorsqu'on a le temps.

Sauf que là, l'os n'était pas cassé, mais brisé et il n'avait ni le temps, ni le talent, ni les réserves pour jouer aux puzzles avec les morceaux restants. Il allait devoir improviser. « Ça va faire mal. » précisa-t-il inutilement.

À nouveau, il prépara un garrot et ferma les yeux. Les mâchoires avaient brisé l'os en trois gros morceaux distincts, qu'il replaça assez facilement à leur place d'origine. Le plus difficile restait à faire. Il ne pouvait pas réformer la chaire qui avait été arrachée tant qu'il y restait des morceaux d'os. Cela rendrait le simple fait de marcher un enfer et ce démon était un soldat : cela pouvait lui coûter la vie. Il avait déjà observé Kyoko gérer des blessures comme celle-là – elles étaient loin d'être rares. Plutôt que de dupliquer les molécules une à une pour recréer le muscle, les vaisseaux sanguins ou la chaire, elle renversait le processus et les désintégrait. C'était un peu comme si elle versait de un acide puissant dessus, à une échelle microscopique. Et cela faisait au moins aussi mal. Il fit appel à sa magie, mais cette fois, plutôt que de la regrouper dans l'ensemble de ses mains, il la concentra dans la pointe de son index. La pression était énorme – c'était comme essayer de faire loger l'eau d'une piscine dans une bouteille d'un litre – mais la précision était nécessaire. Désintégrer le reste de la jambe en même temps que les bouts d'os visés ne ferait que lui rajouter du travail.

Lorsqu'il jugea avoir amassé suffisamment d'énergie pour s'occuper de tous les morceaux ciblés, il la relâcha. Il sentit plus qu'il ne vit le démon se tendre sous la douleur, mais il ne s'arrêta pas pour autant. La magie était avant tout une question de volonté et de connaissances. S'il voulait recréer un muscle, il était nécessaire qu'il connaisse la façon dont s'enchaînent les molécules qui forment le tissu, la volonté ne venait qu'en second lieu. Les connaissances, l'armée s'en était chargée – un soldat capable de se soigner sur le champ de bataille était un soldat qui pouvait continuer à se battre. La volonté, et la créativité dans un second temps, était propre au soldat. C'était elle qui le différenciait d'un bon médecin. Plus les ordres étaient précis, plus maîtriser sa magie était aisé. Par exemple, vouloir 'réformer le bras du démon' ne fonctionnerait qu'à la condition d'avoir d'énormes réserves et beaucoup de chance, tandis que souhaiter 'dupliquer telle molécule dans telle direction pour la lier avec telle autre molécule' était bien plus efficace et bien moins vorace en énergie. Un ordre à demi-souhaité était un ordre accomplit à moitié. Connaissance et volonté allaient donc de paire.

Daichi n'avait aucune expérience dans la désintégration de molécules. D'une part, parce qu'il n'avait jamais eu besoin de le faire et d'autre part, parce que c'était contraire à leur nature. Créer pour soigner était facile, c'était naturel, inné. Détruire, même pour mieux reconstruire, c'était comme s'obliger à respirer sous l'eau, à ceci près que ça n'était pas mortel. C'était douloureux, gênant, mal. Mais il avait les connaissances et il avait la volonté alors, petit à petit, il détruisit les morceaux d'os qui s'étaient perdus dans les vaisseaux sanguins et les tissus musculaires du démon.

Il ne s'arrêta pas là. Immédiatement après avoir fini sa tâche, sans laisser de temps à l'adrénaline pour s'effacer ou à la douleur pour se faire sentir pleinement, il inversa le processus et réforma l'os, les muscles et la chaire. Il ne coupa le flux qu'une fois certain d'avoir entièrement fini la guérison.

Il s'écroula.

Il ne perdit pas connaissance à proprement parler, mais lorsqu'il relâcha la pression, c'était comme si tout son corps s'était rappelé à lui en même temps. Ses épaules le tiraient, ses mains le brûlaient, sa tête tournait et parce qu'il avait utilisé jusqu'à la dernière goutte de ses réserves, son corps entier était un mixte des trois précédent. Il n'était même plus capable de s'asseoir. En fait, Daichi était sûr que s'il essayait, il serait incapable de bouger le moindre muscle.

La tête du démon apparut dans son champ de vision et il n'eut même pas la force d'être surpris. Pitoyable.

L'homme qui lui faisait face avait une expression clairement inquiète sur le visage et c'était juste mal,car Daichi était en train de trouver que cela lui allait bien mieux que le masque indifférent qu'il portait précédemment et que c'était l'ennemi et qu'on ne trouve pas l'ennemi mignon !

Sa vision était floue et rien que forcer ses yeux à faire le point demandait un effort considérable. Son ouïe n'était pas en meilleur état de marche et si le touché ne le trompait pas, il était à peu près sûr qu'il saignait du nez. Le tableau qu'ils devaient offrir aux deux enfants devait être ridicule : un magnifique démon couvert de sang qui avait le temps de s'inquiéter pour les autres et un ange dont la seule blessure était un petit saignement de nez qui était incapable de contrôler son corps. Vraiment pitoyable. S'il en avait eu la force, Daichi aurait rigolé.

Sa tête tourna une fois de trop et il fut forcé de fermer les yeux. L'action sembla diminuer légèrement l'engourdissement qui avait pris possession de son cerveau et lui permit de récupérer quelque peu ses sens.

Lorsqu'il fut capable de rouvrir les yeux, les trois démons avaient disparu, le cadavre de la créature avec eux. Daichi ne put s'empêcher d'être légèrement déçu, mais c'était le meilleur cadeau qu'ils pouvaient lui faire – lui laisser la possibilité de retourner à la frontière, lui faire confiance. Il semblerait qu'il n'ait pas été le seul fou de l'histoire. Il resta allongé au sol pendant de longues minutes. Distraitement, il remarqua que sa cape avait été déposée sur lui à la manière d'une couverture, sans doute pour cacher ses ailes, trop blanches pour le vert et le rouge qui l'entouraient.

Il se redressa. Son corps hurlait de douleur, mais c'était supportable et il ne pouvait pas attendre plus longtemps : il devait être rentré avant que Kuroo soit relevé de sa garde. En remettant son vêtement, il remarqua qu'il était quelque peu… déséquilibré. Plus lourd d'un côté que de l'autre. Et en effet, en fouillant les poches à la recherche de ce qui avait causé ce déséquilibre, il trouva deux crocs recouverts de sang séché. Daichi devait reconnaître qu'il ne savait pas vraiment quoi en faire, alors il les remit là où il les avait trouvé et prit le chemin du retour.

Une chose était sûre. Jamais on ne le reprendrait à faire ce genre de bêtises. Une fois suffisait.

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Notes de l'auteur : Merci d'avoir lu ce premier chapitre, j'espère qu'il vous a plu et vous a donné envie d'en lire plus! C'était le dernier avant la rentrée, alors je m'excuse d'avance si les autres ne sont pas très réguliers...

Bref, un gros merci à AsterRealm et Erin Blitzkrieg pour avoir reviewer au chapitre précédent : cela m'a fait vraiment plaisir de voir que cette fic vous plaisait autant !