The winner takes it all
Chapitre 3 ou Il y a quelque chose de pourri au royaume des démons
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Disclaimer : Je ne possède aucun droit sur ce manga, tout appartient à son auteur, Haruichi Furudate . De la même manière, il existe sans doute des fics qui ont été écrites en suivant la même idée, donc je n'ai aucune exclusivité là-dessus non plus.
Notes de l'auteur : Un chapitre un peu plus court, mais je ne pouvais pas faire plus long sans rajouter deux semaines d'attente derrière, désolée.
Warning : Shonen-ai ; Guerre
Bonne lecture !
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Sawamura Daichi.
Koushi était perplexe. Peu importe à quel point son esprit revenait sur leur rencontre, il ne pouvait même pas commencer à comprendre l'ange. Par trois fois, il leur avait sauvé la vie. La première, en intervenant dans un combat qui ne le regardait aucunement, sans la moindre protection, pour sauver ce qu'il pensait être trois civils ennemis. La deuxième, lorsque la bête avait réussi à passer sa défense. Il aurait pu, à ce moment-là, s'arrêter, juger que les sauver ne valait pas le risque qu'il encourait en révélant son identité et partir sans se retourner. Koushi ne lui en aurait même pas voulu. La troisième fois, il soigna ses blessures. Il avait été correct, d'assumer que les blessures du 'vieillard' – il ne savait toujours pas s'il devait en être amusé ou ennuyé – étaient trop graves pour lui permettre d'attendre l'arrivée de secours. Suga était conscient que s'il avait dû rentrer à la base dans l'état dans lequel il avait été, il se serait écroulé avant même d'avoir parcouru le cinquième du chemin. Mais non, l'ange l'avait soigné. Pire, il l'avait soigné tout en sachant pleinement qu'il n'était pas un civil mais un soldat ennemi qui finirait, quoiqu'il advienne, par tuer les siens sur le champ de bataille. Il avait été jusqu'à s'évanouir pour guérir les deux blessures qui auraient dû l'obliger à arrêter les combats. Cet homme allait lui filer une migraine.
« …et c'est pour cela que je pense qu'il y a un traître – plusieurs, même – parmi nos rangs. Il me semble impossible que les Rebelles aient pu savoir autrement où tendre leur embuscade et piéger Shibata. » Mais c'était mieux que d'écouter cet abruti assommer de ses paroles l'ensemble des capitaines participant à la réunion de débriefing. Et c'était la seule chose à laquelle il pouvait penser, concentrer suffisamment son esprit dessus, pour pouvoir sourire d'un air compatissant et hocher la tête sans que ses vraies pensées, qui tournaient dans les alentours de 'Oh. Alors c'est toi, le trou du cul pompeux à qui je dois mes blessures ? Connard. Ce n'était que des enfants, tu n'avais pas besoin d'envoyer quelqu'un pour les tuer.' et autres variations, n'apparaissent sur son visage et ne détruisent sa couverture.
Sugawara jeta un coup d'œil vers la place vacante, deux sièges à sa droite. Oikawa, le général de leur division, participait à une réunion stratégique auprès des autres généraux et de leur Roi, Ushijima. Si c'était le genre d'âneries qu'il entendait toutes les semaines, Suga ignorait comment il faisait pour maintenir sa façade. Cela faisait seulement trois heures que lui était assis là set il avait déjà envie d'envoyer son poing dans la figure de son interlocuteur.
Il faut dire qu'il n'appréciait pas vraiment les personnes qui essayaient de tuer des civils alors que tous les soldats présents dans cette guerre s'étaient battus pour les protéger. Encore moins lorsque lesdits civils étaient des enfants.
Cette mission n'était pas censée être différentes des autres. Des soldats étaient morts au front, laissant derrière eux des orphelins. Oikawa avait demandé à Suga de les récupérer et les mener en sécurité, rien de plus, rien de moins. Au lieu de cela, il s'était fait attaquer par un démon mineur qui, il venait de l'apprendre, avait été envoyé par l'un des capitaines de ce même général, obéissant aux ordres direct de leur Roi et si Suga ne questionnait pas déjà auparavant la vraie raison de cette guerre interminable, cette rencontre l'aurait fait pour lui. À la place, tout ce qu'il souhaitait, c'était trouver Oikawa, faire son rapport et partir s'entraîner parce qu'il avait besoin de se vider l'esprit.
Deux heures plus tard, Oikawa entra dans la salle de réunion, prit place et les mêmes trous du cul pompeux décidèrent que leur général était incapable de lire un rapport et qu'il était de leur devoir de repasser sur tout ce qui a été dit précédemment, il y a cinq heures de cela. Si Koushi ne connaissait pas aussi bien son général, il penserait qu'il était réellement heureux de cette décision. Malheureusement pour lui, il avait été le témoin de trop nombreux accès de colère où il avait littéralement dévasté son bureau pour que ce parfait visage impassible ne l'embobine.
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Au final, la réunion avait continué jusqu'à tard dans la nuit et la lune avait déjà commencé à redescendre lorsqu'ils se séparèrent. En toute honnêteté, la réunion n'avait pas été si différente des autres. Chaque général avait fait un rapport des activités du mois passé ainsi que des informations importantes à mentionner. Ensuite, Oikawa avait pris la parole, résumant les points qui avaient été abordés lors de sa propre réunion et déléguant certaines tâches à ses généraux. Ce n'est qu'une fois ces causalités-là passées qu'on ne commença à parler stratégie et combats. Leur période de garde de la partie nord de la frontière allait être relevée d'ici cinq jours – Koushi ne pût s'empêcher d'être légèrement déçu, il avait espéré pouvoir revoir Dai-Sawamura pour obtenir quelques réponses – et leur régiment se retrouverait affecté au camp No.3. Même si cela n'avait pas été exprimé explicitement, le Roi semblait être prêt à engager ses armées dans un autre affrontement et afin d'éviter les soupçons, ils devaient voyager par étapes jusqu'au camp No.9, à raison de deux semaines d'intervalle entre chaque camp. Bien entendu, le reste de la frontière ne serait pas abandonné et chaque division se devait de laisser quelques hommes de garde à chacun de leur point de passage.
Alors que les autres capitaines quittaient la pièce, Sugawara resta subtilement en arrière, afin de laisser Oikawa l'appeler s'il souhaitait lui parler. Lorsque celui-ci était sûr le point de passer la porte, il lui jeta un coup d'œil discret et enchaîna de rapides signes de main à l'abri des regards. Koushi n'eut même pas besoin de les regarder pour connaître leur signification, ils avaient le même sens que ceux des fois précédentes : 'retrouve-moi dans mon bureau après le couvre-feu.'
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Le gouvernement du Roi Ushijima et sa politique sont quelque chose de fortement contradictoire.
Il n'était pas rare pour Sugawara d'entendre les généraux vanter la générosité dont leur Roi faisait preuve vis-à-vis de leurs ennemis, les tuant plutôt que de les laisser croupir dans des cachots, ne les torturant que dans le but d'obtenir des réponses et jamais par vengeance. Pourtant, cette 'bonté' dont il faisait preuve, quel malheur était-ce qu'il ne la dirigea pas envers ses propres sujets !
La guerre faisait rage et l'armée ennemie semblait invincible, ne faiblissant jamais ni ne diminuant malgré le temps et l'évolution de leurs propres méthodes de combat. Ce que Koushi attribuait maintenant à un pouvoir de guérison surpuissant, beaucoup auparavant l'associaient avec une possible immortalité des anges. Pour compenser, nombreux étaient les rois qui avaient décidé d'augmenter l'âge de la retraite ou de diminuer celui de l'entrée du service militaire. Femmes, vieillards puis enfants avaient été réquisitionnés dans l'armée et le nombre de civils avait diminué jusqu'à atteindre le strict minimum pour assurer la survie de leur nation – des agriculteurs, des éleveurs, des forgerons. Cependant, jamais un tel niveau de barbarie n'avait été atteint avant l'arrivée du Roi Ushijima sur le trône.
Non content d'envoyer sur le front ceux pour lesquels ses soldats se battaient, Ushijima se mit à organiser des 'programmes d'entraînement spécialisés' afin de créer des super-soldats. Rares étaient les personnes au courant de ce fait, car c'était un des secrets les mieux gardés de l'État, la création d'une arme surpuissante capable d'anéantir l'ennemi. Aussi, il ne réquisitionna pas de militaires, préférant utiliser des personnes qui ne possédaient plus aucun lien avec le reste de la société. Et qui de mieux que des orphelins ayant perdu leurs parents à la guerre ? Animés d'un fort esprit de vengeance, ils n'en seront que plus facile à conditionner, créant ainsi des pions fidèles et puissants, obéissant aveuglément aux ordres de leur Roi.
Quelle ironie ! Ushijima, considéré 'bon' envers ses ennemis, ne voyait même plus sa propre nation comme des êtres-vivants, mais plutôt comme des outils, des armes qui lui permettraient de mettre fin à une guerre interminable.
Enfin, après un énième tournant, Sugawara arriva face à la cabine de son supérieur. Vérifiant une dernière fois que personne ne se pouvait l'apercevoir, il entra sans prévenir de sa présence.
C'était choquant.
Oikawa était aussi parfait qu'habituellement, ce qui n'était pas une surprise en soit, mais la pièce était également intacte. Là, c'était inquiétant. Non pas parce que le démon était quelqu'un de désordonné ou que c'était un fait inhabituel, mais parce que Koushi avait été certain de sa fureur lors de la réunion, en était toujours certain, et que cela signifiait qu'il l'avait déversée tout entière sur une pauvre âme qui n'avait probablement rien fait de mal.
Il se résolut d'aller trouver Kageyama dès qu'ils en auraient fini. Au cas où.
Néanmoins, il ne poussa pas le sujet – il connaissait mieux que confronter Oikawa là-dessus – et commença son rapport. Il expliqua tout. Son départ du campement, le moment où il récupéra les deux orphelins, le voyage – à pied, car le plus jeune ne savait pas très bien voler – l'attaque du démon mineur, l'arrivée de l'ange – il avait hésité un instant sur celle-là, mais il décida de garder son nom pour lui. Il lui devait au moins cela – son sauvetage, le soin des blessures, sa décision de le laisser partir vivant, la fin du voyage – sans autres désagréments – sa demande pour que les enfants gardent la rencontre secrète – ou leur tête à tous les trois finiraient sur la potence – et pour finir, les mauvaises surprises de la réunion. Tout le long, Oikawa resta silencieux, un air contemplatif gravé sur le visage. Pendant longtemps, rien ne se passa. Koushi n'ajouta rien, trop habitué aux interminables silences que son général affectionnait.
« Je vois. » fut, pendant un instant, sa seule réponse. Oikawa l'asséna du regard, jugeant quelque chose que Koushi ne pouvait même pas commencer à imaginer. Il savait que son supérieur avait remarqué son hésitation lors de son rapport, cela ne pouvait pas en être la raison. « C'est… intéressant. » ajouta-t-il après avoir marqué une légère pause. « Je prendrais cela en compte. »
Suga ne posa pas les questions qui se précipitaient dans son cerveau. En compte de quoi ? 'Je vois' quoi ? 'Intéressant' ? N'est-ce pas plutôt inquiétant ? N'était-il pas un traître ? Il savait quand est-ce que sa présence n'était plus souhaitée. Il fit demi-tour, s'apprêtant à sortir.
« Oh, et Koushi ? » l'appela-t-il une dernière fois avant qu'il ne passe la porte. Suga se retourna, l'invitant à continuer. « Comment est-il ? »
Jamais Sugawara n'était sorti aussi vite d'une pièce.
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Enfin, Sugawara avait eu le droit à sa séance d'entraînement. Enfin, il avait eu l'occasion de faire le vide, oublier, se défouler. Il s'était donné à fond. La fatigue, déjà présente due aux quarante-huit heures passées sans la moindre goutte de sommeil, avait redoublé d'intensité et il avait été sûr qu'une fois qu'il toucherait l'oreiller, il s'écoulerait et dormirait sans que rien ne puisse le réveiller.
Mais non.
Actuellement dans son lit, il tournait et se retournait sans pouvoir contrôler ses pensées. Sawamura Daichi occupait à nouveau tout son esprit.
Il y avait quelque chose, dans la manière dont il s'était comporté, de dérangeant. Il ne les avait pas traités comme des ennemis, ni même comme des démons. Il les avait traités comme des camarades, s'inquiétant sur leur santé, faisant passé leur état avant le sien. C'était troublant. Et, maudit soit Oikawa, mais il ne pouvait pas le nier.
L'homme était beau.
Pas 'beau' dans le sens où les incubes et les succubes, ces démons séducteurs, l'étaient.
Pas 'beau', non plus, dans le sens d'un physique hors du commun – même s'il devait admettre que c'était la première fois où il voyait vraiment un ange, sans les couches de protection, les traces de torture ou l'expression de haine sur leur visage.
Mais 'beau' dans le sens où il y avait eu quelque chose de charmant à son propos. Quelque chose qui le démarquait des autres. Sans doute le même quelque chose qui l'avait poussé à lui faire confiance et à se découvrir – ni la beauté 'pure', ni le savoir de sa mort imminente n'auraient suffi pour cela.
Et dire qu'il lui avait laissé un hommage. C'était ridicule, leur deux peuples ne partageaient sans doute pas les mêmes traditions. Mais cela avait paru logique, sur le moment, d'arracher les dents de l'adversaire qu'il avait vaincu à la loyale et de les lui offrir en remerciement. C'était normal, c'était ce qui se faisait lorsqu'on rencontrait un adversaire important et qu'on souhaitait reconnaître sa valeur. Ce qu'il avait fait n'était qu'une version détournée de cette coutume. Il ne se rendait compte que maintenant que cela pouvait être vu comme offensant – voire comme une déclaration de guerre. D'un point de vue objectif, des dents ensanglantées n'étaient pas forcément un cadeau de bienvenue.
Les pouvoirs de guérison de l'ange étaient, eux aussi, une des raisons de la migraine qu'il n'allait pas tarder à avoir.
Pourquoi n'avaient-ils jamais entendu parler d'anges possédant des pouvoirs de guérison ?
Ils avaient, au cours des siècles, capturé un nombre d'ennemis incalculable – le contraire était également vrai. Tous ces ennemis, et encore plus depuis que Ushijima était arrivé sur le trône, avaient été interrogés de toutes les manières possibles, dans le but de gagner des informations, obtenir un certain avantage dans les combats à venir.
Cependant, jamais, jamais, n'avaient-ils entendu parler d'ange avec des pouvoirs de guérison. Koushi pouvait facilement admettre que la caractéristique pouvait ne pas être commune à tous les anges et que, de la même manière que les démons étaient divisés en sous-catégories, eux-mêmes possédaient des individus avec des capacités qui leur sont propre, permettant un classement identique au leur.
Néanmoins, même en admettant ce fait, il était improbable, douteux même, que cet ange soit le seul à posséder ce pouvoir et que, comble du reste, aucun des prisonniers qu'ils aient fait n'en soit au courant. Et Koushi avait vu des séances de torture. Il avait été présent, il avait noté leurs déclarations, il avait participé. Il était impossible que, non pas un, mais tous leurs prisonniers aient été capables de conserver suffisamment de volonté pour ne pas laisser cette information s'échapper.
Il ne voulait pas penser aux conséquences qu'impliquaient cette pensée.
Se forçant à quitter ce terrain miné, Suga finit par s'endormir, mais le lendemain matin, ses inquiétudes envahissaient toujours son esprit.
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Deux mois, presque trois, s'étaient écoulés depuis que Koushi avait rencontré l'ange et la force des choses l'avait obligé à repousser Daichi et les questions qu'il avait soulevées au fin fond de son esprit.
Il ne s'était pas trompé : Ushijima préparait un nouvel affrontement.
Cela faisait quelques jours déjà qu'ils étaient arrivés au camp No.9 et ils avaient pu le découvrir en pleine effervescence. Le général Yamiji était déjà présent et avait pris en charge une part majeure des préparatifs. Retrouver le capitaine Bokuto avait été un soulagement autant qu'un léger désespoir. Soulagement, car l'homme était l'un des meilleurs combattants qu'il connaisse et que l'avoir parmi ses camarades était toujours un bonus, désespoir parce qu'en dehors du champ de bataille, il était si versatile qu'il en devenait ingérable. Néanmoins, le démon et son lieutenant faisaient partie des personnes en qui Suga avait le plus confiance et il était bon de les avoir à ses côtés.
Les préparatifs allaient bon train, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'ils ne leur restaient plus rien à faire, d'autant plus qu'ils attendaient encore l'arrivée d'une troisième division.
Cela promettait d'être une des plus grosses batailles de la décennie.
Il était rare que trois généraux soient réunis en un même point, le reste de la frontière se retrouvant trop à découvert. Cependant, la force de frappe apportée était alors tellement importante que si l'attaque surprise fonctionnait, l'avancée des troupes en devenait plus que conséquente et permettait de redessiner les frontières – mais ce qu'ils gagnaient était toujours récupéré ailleurs et au final le front n'avait pas bougé depuis des siècles.
Oikawa avait donc divisé les tâches et pendant qu'une partie des troupes aidait à monter les tentes, à récolter suffisamment de nourriture dans l'optique d'un prolongement des combats – le cas était arrivé bien trop souvent pour être ignoré – créer des munitions, ou encore fabriquer des armes, les capitaines avaient été conviés à de nombreuses réunions stratégiques, sans qu'aucune d'entre elles n'ait eu de réelle utilité.
Entre deux réunions, Sugawara n'était pas au-dessus d'aider ses camarades avec l'entretien du camp, mais il aimait également s'isoler pour s'entraîner. Parfois, le plus souvent en fait, Kageyama – une des nouvelles recrues les plus prometteuses – l'accompagnait et l'entraînement se transformait alors en duel. Pour lui, Kageyama était le pire adversaire qui soit, ou peut-être était-il le meilleur : tous deux étaient des combattants à longue, voire moyenne portée, préférant la distance aux attaques rapprochées et pour qui il était plus facile de combattre en soutenant les autres qu'en se trouvant dans les premières lignes. Mais sur le champ de bataille, rien de tout cela n'importait et il leur était impossible de choisir leur adversaire. Se retrouver face à quelqu'un ayant les mêmes préférences de combat était le plus souvent à leur désavantage et affronter Kageyama, même en entraînement, lui permettait de gagner de l'expérience sur ce plan.
Mais aider Kageyama à s'améliorer lui coûtait beaucoup. Le garçon, malgré son jeune âge, avait des compétences hors du commun et un esprit plus qu'acéré. Sa présence était de plus en plus souvent requise aux réunions et il était dis que le Roi envisageait une promotion future. Kageyama se trouvant sous sa direction, cela se ferait à son désavantage et le rétrograderait de ses fonctions. Aider Kageyama à s'améliorer, c'était un peu comme être un participant actif de sa propre démise.
Koushi se détestait pour penser cela.
Mais il savait que l'enfant était rejeté de ses pairs pour ses capacités et son caractère. Son général, qui était censé être un soutien pour chacun des soldats de sa division, le mettait à l'écart, par jalousie et crainte. Koushi ne le lui reprochait pas, il était difficile de ne pas avoir peur, mais les autres suivaient son exemple et Kageyama en souffrait – son comportement n'aidant pas sa cause.
Parfois, Suga souhaitait que la personnalité de Kageyama corresponde un peu mieux à son comportement. Il aurait voulu qu'il soit réellement cette personne solitaire, méchante, hautaine qu'il semblait montrer, il serait alors facile de le haïr, l'accuser comme les autres de sa supériorité. Mais Koushi avait appris à connaître le démon, il savait que sous ses apparences se cachait un enfant qui travaillait dur pour devenir le meilleur et qui exigeait seulement la même chose de ses coéquipiers, un garçon enthousiaste envers tout ce qu'il entreprenait, un démon qui recherchait sans cesse quelqu'un en qui il pourrait avoir confiance, quelqu'un qui le soutiendrait dans n'importe quelle épreuve, un ami.
Alors Suga mettait sa jalousie et sa crainte de côté, les repoussait au fin fond de son esprit, les y enfermait à triple tour et essayait de prendre le rôle de cette personne que Kageyama recherchait désespérément.
Mais ce n'était pas suffisant.
Peut-être était-ce parce que Suga était son supérieur, peut-être était-ce parce qu'il le voyait comme une personne à dépasser, peut-être était-ce parce que malgré tous ses efforts, Suga n'avait pas réussi à effacer cette idée de 'Danger' et qu'elle se reflétait, inconsciemment, dans son comportement, peut-être était-ce parce qu'ils étaient trop différents pour être réellement compatibles, peut-être n'était-ce pour rien de tout cela.
Kageyama le considérait comme un camarade, un ami, un confident, quelqu'un sur qui compter, mais ce n'était pas suffisant. Il n'était pas suffisant.
Cependant, Suga ne savait pas quoi faire d'autre pour l'aider, alors il continuait à faire ce qu'il connaissait le mieux. Il était présent lorsque Kageyama voulait s'entraîner et ne trouvait personne d'autre, lorsqu'il avait besoin de conseils face à une certaine situation, mais il y avait des fois où il le voyait si énervé qu'il était à la limite des larmes et où il ne pouvait pas trouver le courage de s'approcher pour le réconforter parce que c'était trop personnel et que cela ne serait pas apprécié.
Koushi jalousait Kageyama et se détestait pour cela, mais il tenait également à lui, comme à un petit frère et cela faisait mal de le voir dans cet état et de savoir qu'il ne pouvait rien faire pour l'aider.
Alors Suga continuait sa routine, accueillant allègrement Kageyama dedans et priait pour qu'une solution à ce problème finisse par apparaître.
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Cela n'était pas censé se passer ainsi.
Leur attaque aurait dû leur permettre de les prendre par surprise et d'avoir l'avantage du nombre et de la préparation.
Mais non. Face à eux s'était dressé une armée aussi conséquente que la leur.
Pour la première fois depuis bien longtemps, Suga avait eu peur de la mort.
Une telle peur était inutile sur le champ de bataille, elle mettait plus en danger son porteur qu'elle ne l'aidait à survivre. Ceux qui réussissaient à grimper les échelons n'étaient pas ceux qui avaient peur de la mort, c'était ceux qui l'embrassaient et qui y survivaient. Mais cette fois-là était différente : ils savaient qu'ils allaient attaquer et ils étaient prêts à les recevoir.
Koushi n'avait pu empêcher le sentiment de danger absolu, de catastrophe imminente de s'installer dans son esprit.
Lorsqu'il envoya ses troupes sur les ordres de son général, ce sentiment était toujours présent.
Lorsqu'il fut séparé de Kageyama, ce sentiment n'en fut que renforcé.
Lorsqu'il vit, de loin, Kageyama tomber au combat, touché, le sentiment n'avait pas disparu.
Il ignorait si le garçon était déjà mort ou simplement blessé, mais il était à terre, sur le champ de bataille. Peu importe son état actuel où l'issue de la bataille, le résultat serait le même : Kageyama ne se relèverait pas.
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Peut-être allait-il finir de la même manière.
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Notes de l'auteur : Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu et vous a donné envie d'en lire plus!
Sur les updates... Je suis vraiment désolée de revenir sur mon propos, mais je vais vous demander d'oublier les mises-à-jour régulières. Je continue à écrire, mais à une vitesse d'escargot et ne parlons même pas des corrections orthographiques derrières.
Bref, un gros merci à Noyume et Erin Blitzkrieg pour avoir reviewer au chapitre précédent ! Merci également à ceux qui ont mis la fic en favori et ceux qui se sont décidés à me suivre, ça fait plaisir!
