Salut tout le monde,
Je suis dans les temps cette semaine, avec le nouveau chapitre de Perfection. Au programme, une scène avec toute les filles assez amusante, un flash-back Emison plutôt mignon et surtout ma marque de fabrique... du suspens. Il va y avoir des secrets et de l'action en perspective. C'est que le commencement pour l'instant, je fonde les bases :) J'espère qu'il sera à la hauteur des autres, je fetais mes 21ans hier et j'ai eu qu'1h30 en tout et pour tout pour l'écrire et le poster. Enfin, profitez bien!
PS: Je risque à l'avenir de souvent abréger la fanfiction par SB car le titre original était 'Something Beautiful'. Je l'ai changé par Perfection juste parce que je tenais à garder un nom français.
Chapitre 3
le cœur est un chasseur solitaire
La cafétéria du lycée était bondée. Une douce odeur épicée flottait dans l'air les discussions entre étudiants ne cessaient de se fondre et se confondre dans la masse, jusqu'à ne plus former qu'un vaste bourdonnement informe.
Spencer poussa la porte et s'empressa de rejoindre leur table habituelle – celle centrale. Il était midi et demi. L'entrainement de Fields Hockey s'était encore éternisé. La brune avait dû d'abréger sa douche plus tôt que prévue. Son T-shirt semblait mouillé par endroit, là où sa peau n'avait pas totalement séchée, preuve qu'elle avait été forcée de se rhabiller en coup de vent.
« J'ai rien manqué, j'espère. » interrogea-t-elle en s'asseyant sur son siège – il paraissait pratiquement lui être attitré après deux ans.
Spencer s'attendait à ce qu'Hanna lui résume les quelques ragots de la journée, à la place, la blonde leva sa main pour l'interrompre, sans daigner lui jeter un coup d'œil.
« On est quoi ? » continua-t-elle incrédule, visiblement absorbée par la discussion en cours.
« On est invité à la fête de Noël Khan »
« On est quoi ? »
« Hanna ! Concentre-toi ! C'est la dixième fois que je le dis et je ne compte pas le répéter une fois de plus » averti Aria, d'un ton contrarié.
Qu'elles participent à cette soirée était une première l'artiste de la bande se doutait bien qu'Hanna serait excitée, mais à ce stade ça frôlait le ridicule.
« Excuse-moi. C'est promis je me tais maintenant. »
La table redevint silencieuse. Pour quelques secondes…
« Je suis désolée, mais… on est quoi ? »
L'expression d'Aria s'adoucit. Hanna pouvait se montrer certes excessive par moment – souvent – mais c'était aussi ce qui faisait son charme, et il fallait avouer qu'il était difficile de lui en vouloir longtemps. Spencer ne put retenir un rire. Alison étudia le contenu de son assiette avec indifférence.
« Tu ne peux pas te retenir de parler cinq secondes » remarqua Aria, amusée.
« D'habitude, je peux. Mais là, on parle de LA fête de Noël Khan ! Je rêve d'y être invité depuis la maternelle. »
Spencer roula les yeux.
« Il faisait pas de soirée en maternelle, Han »
« C'est un détail ! »
« Un sacré gros détail » murmura la seconde entre ses dents.
« Mon dieu les filles, il faut absolument que j'achète un carnet. Je raconterais d ma première fois ! »
« On parle toujours de la soirée là ? » questionna Aria, un large sourire au coin des lèvres.
Les rires allaient bons trains, seule Alison semblait ne pas y prendre part. Pour tout dire, la jeune fille n'avait décroché un mot de tout le repas. Elle fixait d'un air absent son plat resté intact ou, au choix, la place vide à côté de la sienne. Son attitude finit par alerter Spencer.
« Est-ce que tout va bien, Ali ? »
L'intéressé sortit de sa transe. Ses yeux bleu-glace, respirant d'ordinaire la sérénité, semblaient à présent torturés.
« O- Oui, j'ai juste pas très faim. »
« Tu as reçu un nouveau message de –A ? » demanda Hanna du tac au tac.
Spencer et Aria lui jetèrent un regard désapprobateur. La blonde et son tact légendaire, c'était quelque chose…
« Non » démentit Alison rapidement. « J'ai juste des problèmes en physique. Je n'ai pratiquement pas dormi de la nuit pour être au point sur ce fichu contrôle et je l'ai complètement raté. »
« Ça fait deux ans que je les rate. Je te jure, on s'en remet. »
« Je ne crois pas que tu sois vraiment une référence » objecta Spencer.
« Ali, ça arrive à tout le monde d'échouer à un contrôle » intervient l'artiste de la bande, ressentant à quel point cette histoire semblait affecter son amie. Elle posa une main rassurante sur son épaule.
« Dit ça à mes parents. Ils ont finalement accepté pour le voyage, à condition que je décroche que des A en science. Ugh…Je partirais jamais à Paris. » soupira Alison. - Elle jeta un nouveau coup d'œil désespérée à son assiette et décida qu'elle n'avait pas faim. Sa fourchette vacilla sans aucun but autour d'un point imaginaire, encore cinq bonnes minutes. Son esprit vagabonda un moment, ne pouvant s'empêcher d'espérer que la nageuse soit avec eux. Pour une raison étrange qu'Alison elle-même ne pouvait expliquer, lorsque la blonde était au plus bas, elle en revenait constamment à Emily. Sa seule présence constituait une source d'apaisement inépuisable. – « Où est Em ? »
Spencer leva les yeux instinctivement vers la place vide, habituellement occupée par la brune.
« Elle a un tournoi de natation. Je pense qu'elle ne devrait plus tarder maintenant. »
« Justement, quand on parle du loup… » s'exclama Hanna en lui faisant un signe de tête.
Alison l'imita. La nageuse portait le maillot bleu aux couleurs traditionnelles des Shark; le tissu était près du corps, accentuant de ses courbes avec une précision effrayante. Bien qu'elle mettait un point d'honneur à dissimuler ses émotions dernièrement, il était difficile de prétendre qu'une telle beauté laissait Alison indifférente.
Emily s'approcha. Elle était pratiquement arrivée à sa place – celle voisine avec la blonde – lorsque son téléphone vibra. Alison jeta rapidement un coup d'œil.
« Alors, Fields ? Verdict ? » questionna Hanna, débordant d'impatience.
Emily laissa planer le doute un instant, comme si elle avait voulu ménager le suspense.
« On est en final ! » annonça-t-elle euphorique. « Et j'en reviens toujours pas. »
« En parlant de choses dont tu n'en reviendras pas : on est invité à la fête de Noël Khan ce week-end. »
« On est quoi ? »
« Hanna ! » s'écrièrent à l'unisson Spencer et Aria.
« Bah quoi, j'ai le droit d'être surprise. »
« Pas la onzième fois »
Hanna esquissa une moue boudeuse. Une grimace se dessina sur le visage d'Emily en goutant les épinards. Ils étaient trop cuits. Elle attrapa son verre d'eau pour faire passer l'amertume.
« Je ne sais pas si ma mère me prêtera la voiture ce week-end. Tu crois que tu pourrais venir me chercher Ali ? »
Emily lui offrit un brillant sourire. En général, la blonde avait l'habitude de le lui rendre avec la même intensité – sinon plus - c'était pratiquement devenue comme un code secret entre elles après toutes ces années c'est pourquoi la brune fut surprise lorsqu'elle aperçut Alison dévier les yeux à la place, et quitter précipitamment son siège.
« J-je dois y aller. Je passe te prendre samedi, promis. »
Emily avait voulu ajouter quelque chose, mais son amie avait déjà disparu à travers la foule. Elle n'avait pu croiser le regard d'Alison qu'une fraction de seconde, mais l'orage quelle avait aperçu à travers l'ordinaire océan de tranquillité de ses yeux, ne la quittait plus. Son expression était sombre, si sombre, que c'était comme regarder derrière une vitre opaque.
« Où elle va ? »
« Aucune idée » répondit Spencer en avalant une bouché de son beignet. Elle ne semblait pas préoccupée par l'attitude d'Alison, Aria non plus.
Peut-être se méprenait-elle.
La nageuse secoua la tête.
Il avait peu de chose dont Emily était certaine, mais s'il y'en avait bien une où son instinct ne se trompait jamais, c'était au sujet Alison.
Quelque chose n'allait pas. Elle en était persuadée.
~ x ~
Domicile des Khan
Le chalet était bondé. Les invités ne cessaient d'affluer dans le hall – majoritairement des terminals, et quelques amis proches de Noël, plus âgé – Emily commençait sérieusement à penser que bientôt, il n'y aurait plus de place pour accueillir qui ce soit.
Elle jeta un coup d'œil aux danseurs. Hanna se déhanchait dans un rythme effréné, enchaînant avec une facilité déconcertante les pas de danses, accompagné d'un Caleb qui ne savait plus où donner de la tête. La brune résista à la tentation de lever les yeux au ciel en apercevant Spencer discuter avec M. Karter – leur professeur d'histoire.
Un serveur lui proposa des toasts. Emily refusa poliment. Elle avait bien conscience que cette soirée était une occasion rêvée. la brune pourrait – elle devrait - tenter au moins de discuter avec quelques filles et voir où cela la mène mais son esprit n'y était pas.
Tout ce dont elle était capable, c'était penser à Alison. Deux semaines s'écoulées depuis leur baiser à la bibliothèque, et ni l'une, ni l'autre, n'avait été assez courageuse pour l'évoquer. Même si c'était l'un de ses sujets de préoccupation principaux, cela inquiétait moins Emily que cette soudaine distance qu'Alison s'obstinait à mettre entre elles. Dès que la nageuse s'approchait d'Alison, la blonde trouvait toujours un prétexte pour ne pas rester. Mieux, aux intercours, elle semblait se débrouiller pour arriver à son casier plus tôt que tout le monde pour ne pas avoir à la croiser. Le même schéma ne cessait de se répéter depuis des jours, à tel point qu'Emily n'avait pas pu profiter de sa présence plus de cinq minutes, en tout et pour tout. Et elle avait compté.
La musique était assourdissante. La nageuse se fraya un chemin à travers la foule, à la recherche d'un coin plus calme. Elle était sur le point de prendre l'air lorsqu'elle aperçut une silhouette familière.
Alison.
Elle était à l'écart, jouant seule, penchée au-dessus d'une table de billard. Cette vision réveilla un lointain souvenir.
—
La pièce de théâtre de fin d'année n'avait jamais eu un tel succès. Emily osa enfin lever les yeux. Tous les parents se tenaient là devant elle. En général, ils ne venaient qu'acclamer leur enfant sur scène, certains habitués, d'autres nouveaux, pourtant à cet instant, tous étaient admiratifs et suspendus à ses lèvres.
Il fallait admettre que sa voix était un véritable spectacle. Elle résonnait comme une mélodie à travers la salle, un timbre grave et suave, que son public buvait avec ivresse exactement comme le café que l'on servait ici.
« Tout est plus difficile à percevoir à travers une glace », déclara-t-elle sans détacher son regard de la foule.
Emily récitait et il n'avait pas été question de l'interrompre.
Pas une seule fois.
Ce n'était ni une règle, ni vraiment une tradition, mais plutôt un contrat silencieux que personne n'avait eu l'audace ou l'envie de rompre.
La musique classique, à peine inaudible, n'était pas moins forte - sinon plus - pourtant elle paraissait fade à ses côtés, comme si elle n'était plus digne d'être entendue. Paradoxalement, les mots d'Emily étaient parfaitement distincts, eux.
Ce n'était pas surprenant, à mieux y réfléchir. Peu de choses avaient l'opportunité de prendre sens ou d'exister lorsqu'elle parlait. Tout s'évanouissait soudain.
Ils étaient pris au siège à l'intérieur d'une bulle, leur bulle, qui les isolait du reste du monde.
« Tout est plus difficile à percevoir à travers une glace », reprit-elle. « Si trente ans d'existence avait bien servi qu'à une chose, c'était le lui confirmer. Et il se tenait en ce moment même devant la vitre du salon, cette vitre derrière laquelle il avait observé durant des heures le spectacle de la ville, ses éclairages chamarrés aux couleurs de noël ses devantures alléchantes, l'odeur des sapins et la foule - vaste agglomérat de fourmis sans but - une société heureuse à laquelle il n'appartenait pas. Cette même vitre, aussi brisée que l'était son cœur lorsqu'il voyait son père partir le soir. L'écran de sa télé, toujours cette vitre, qui diffusait en gros plan la vie parfaite de célébrités dont il ne connaissait que le nom, alors que la sienne était plongée dans la perdition et le chaos. »
Emily reprit son souffle. La brune jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Les regards étaient toujours rivés sur elle.
« Mais tandis que ses yeux s'attardaient sur le miroir de la salle de bain, pour la première fois, James sentit que sa vie venait de prendre un sens. »
Cette fois, la nageuse marqua une pause. Elle réfléchit rapidement aux prochaines tirades. Soudain, la brune réalisa.
Deux phrases.
Seulement deux phrases, et la pièce prendrait fin.
A cette idée, son estomac se noua, tiraillé entre le sentiment de tristesse et d'accomplissement.
Depuis qu'elle s'était arrêtée de réciter, une excitation palpable s'était emparée de la salle. L'odeur de la caféine et semblait plus forte que jamais, comme si elle avait cherché de cette manière à renforcer le contraste entre ce silence assourdissant et l'ambiance électrique.
Emily mit un terme au suspens.
« Il admira sa femme à travers le reflet du miroir. Son épouse lui offrit un sourire. Et alors il sut. »
Elle fixa son public.
« Tout est plus difficile à percevoir à travers la glace… sauf elle ».
La salle entière lui souriait. Ils applaudissaient alors qu'une lueur brillait dans leur regard. Voyez, Madame fait même naitre les étoiles dans leurs yeux.
La pièce de théâtre avait pris fin. Tous les parents félicitaient leur enfant tandis qu'en parallèle, les stands de jeux s'ouvraient peu à peu. Emily quitta un instant la salle. Elle avait besoin de passer aux toilettes.
Une fois de retour, la jeune fille poussa à nouveau la porte de la salle principale en sens inverse. Ses jambes cherchèrent à faire un pas en avant, mais le reste de son corps se figea devant le spectacle.
En l'espace de dix minutes, l'endroit s'était métamorphosé. La scène qui servait à la représentation s'était transformée en piste de dance. Les sièges avaient disparu au profit des stands de jeux.
La nageuse était perdue. Elle scruta la foule à la recherche de ses parents mais ne les trouva pas. Toutes les pièces étaient plongées dans une semi-obscurité. Des lumières fluorescentes dansaient par vague sur les murs.
Le bourdonnement incessant des basses devint inconfortable. Emily décida de s'isoler à l'étage. Elle trouva une place vide près du stand de boisson. Ici, la musique était toujours très forte, mais au moins c'était supportable.
« Qu'est-ce que tu veux boire ? »
Le garçon la fixa d'un air impatient. Il fit glisser le torchon sur son épaule.
« Je peux avoir une limonade ? »
Le serveur arqua un sourcil. Il l'observa du coin de l'œil, d'un de ces regards mauvais qui vous mettent mal à l'aise.
Il sortit un citron. Le garçon commença à presser le fruit avec difficulté afin d'en sortir le jus, sans aucune dextérité.
L'homme soupira. Il déposa sa commande sur le rebord, sans aucun effort d'amabilité.
« Pas très accueillant les garçons dans le coin, n'est-ce pas ? » remarqua une voix cristalline dans son dos.
La question prit Emily de cours. Elle mit un terme à ses réflexions silencieuses et détourna les yeux des glaçons qui avaient déjà commencé à fondre dans son verre.
Une jeune fille, blonde et à la silhouette angélique, venait de la rejoindre.
« Pour sa défense, je dois avouer que je n'ai pas pris la commande la plus simple. Une limonade sans presse citron, c'est pas commode. Il avait plus de jus sur son T-shirt que dans le verre. »
L'inconnue étouffa un rire. Bien que l'endroit fût plongé dans une semi-obscurité, Emily remarqua qu'elle portait un chemisier indigo très chic. La tenue lui seyait à merveille et faisait ressortir d'une manière sublime son regard azuré.
Ce n'était pas une nuance très commune d'ailleurs. Elle n'en avait jamais vu de semblable. Le sien était d'un bleu profond, glace, à travers lequel ne cessait de se fondre, se confondre, la fragilité de l'enfance et la beauté des conquérants.
Inconsciemment, cela lui rappela l'océan.
La jeune fille but une gorgée de sa boisson. Elle leva la tête dans sa direction et Emily se souvint subitement qu'elle était toujours focalisée sur ses yeux.
Embarrassée, la nageuse décida de s'abandonner dans une contemplation stoïque du glaçon à moitié fondu dans son verre, comme si ce spectacle était soudain devenu incroyablement intéressant, comme s'il allait brusquement changer d'état d'une minute à l'autre.
Non pas que la jeune fille avait semblé détester l'attention, ou pas vraiment du moins - pas du tout, pour être clair – mais elle, ça la dérangeait. Ces derniers temps, Emily commençait à saisir certaine chose à propos de ce qui lui plaisait, et ça l'effrayait de plus en plus. Dans un coin de sa tête, elle se promit de ne pas laisser cet écart se reproduire.
Les vacarmes sonores de la musique, assourdissante, se succédaient. Toujours aucune trace de ces parents. L'inconnue tenait à la main un verre elle aussi. Juste une grenadine.
« Tu joues ? »
Emily leva la tête vers l'inconnue. Elle désignait du doigt la grande table de billard, surplombant la pièce centrale. La brune étudia sa proposition un instant.
Que risquait-elle de perdre à une partie de billard ?
Pas grand-chose.
« Okay. »
Elle avait crié mais sa voix avait été immédiatement aspirée dans la moiteur, l'effervescence et les cris. C'est pourquoi Emily s'étonna lorsqu'elle vit quand même sa partenaire acquiescer silencieusement – à moins que ce ne fût qu'une impression inspirée par l'endroit, qui semblait tout réduire au silence à côté de ces bruits.
« Tu sais jouer au moins ? » questionna la blonde amusée.
Emily se rapprocha avant de lui répondre.
« J'ai grandi dedans, dit-elle honnêtement. Mon père est militaire. Quand il revient de mission, il passe son temps devant les tables de billard. Il a un don. J'en ai pas hérité, mais c'était un pro. »
« Ton père se débrouille alors. »
« Moi, je me débrouille. Lui, c'était un artiste. »
Emily déposa son verre sur le bord. L'inconnue disparut un instant puis revint quelques secondes plus tard, deux manches en bois dans les mains. Elle lui tendit le premier. Quinze boules étaient disposées en triangle sur la table.
La blonde l'invita à commencer.
« Nouvelle par ici, devina la fille en frappant dans le tas. »
« Comment tu sais ? »
L'aggloméra de boule, jusqu'alors minutieusement ordonné, se transforma en une mosaïque anarchique et difforme.
« C'est une petite ville. Je connais tout le monde. »
« Alors qu'est-ce que tu fais ici, en solitaire ? »
La blonde se pencha légèrement sur la table, le visage sérieux et appliqué sur son objectif. Après un moment de concentration intense, elle avança son bras et insuffla au manche une trajectoire maîtrisée, quasi parfaite, et la boule numéro quinze disparut dans l'un des trous.
Emily tenta de cacher son étonnement mais échoua misérablement, ce qui se traduisit par un froissement un peu maladroit de la commissure des lèvres.
Elle sourit.
« Qu'est-ce qui te fait croire que je suis venue seule ? interrogea-t-elle triomphante. »
« J'ai deux théories, murmura-t-elle doucement. En admettant que tu sois venue à la pièce avec tes parents, tu serais probablement en train de discuter avec eux, ou au moins à proximité. Ce qui m'amène à penser que tu es là pour t'amuser mais que tu as besoin d'être loin de certaine personne pour le faire. »
« Et la deuxième théorie ? »
Emily ne lui accorda pas un regard. Elle était focalisée sur le plateau de jeu et son prochain coup. Dans la pièce voisine, les enfants enchainaient les jeux aux stands.
« Théorie numéro deux… »
Emily fit le tour. Elle avait repéré la boule six dans le coin, qui semblait prometteuse.
« …Tu es un agent secret. »
Elle avait dit cela avec une nonchalance légendaire, tout en avalant une gorgée de son verre. La remarque fit pratiquement recracher celle de sa partenaire sur l'homme d'en face, qui, soit dit en passant, inspirait tout sauf confiance.
Emily frappa la boule.
« Et de quel genre de logique sors-tu ça ? » s'enquit-elle hilare.
La boule six manqua sa cible. Les lèvres de la nageuse se tordirent en une petite moue boudeuse. La jeune fille, elle, éclata de rire à nouveau.
Emily s'arrêta pour l'écouter. C'était un son réellement magnifique. A partir de cet instant, elle décida qu'elle n'avait plus vraiment envie de gagner de toute manière.
« Eh bien, je ne sais pas. Tu es assez mystérieuse. Tu m'as demandé de venir jouer avec toi, ici, à l'écart de tous et je t'ai vu sonder la foule plusieurs fois, ce qui pourrait signifier que tu es en mission. Et surtout… »
Elle s'assit sur le bord de la table de Billard et la regarda droit dans les yeux.
« J'ai eu le temps de finir mon verre, mais le tien est toujours intact. Quel genre de personne commande une grenadine mais ne la boit pas ? »
Sa partenaire fit glisser délicatement le manche en bois entre ses doigts puis déposa son menton sur l'extrémité.
« Intéressantes théories. L'une des deux est définitivement juste. Il semble que finalement tout ne soit pas si difficile à percevoir à travers la glace ».
La jeune fille désigna le verre qu'il tenait à la main et le glaçon à moitié fondu, derrière lequel Emily l'observait.
Elle l'avait écouté jouer durant la pièce de théâtre. Ça n'aurait pas dû l'étonner – après tout, c'était l'intérêt de la soirée – mais portant elle l'était.
« Je ne pense pas que l'auteur parlait de cette glace-là », remarqua-t-elle après un temps.
« Je sais. »
Et avec ces mots, elle redéposa le verre de grenadine qu'elle n'avait toujours pas touché – ou si peu. Elle aussi. Emily la fixa un instant. Si elle devait retenir quelque chose de cette nuit, c'était bien son visage.
Une telle grâce se dégageait de l'inconnue qu'il était difficile de ne pas la regarder en face. Ce n'était pas une élégance conventionnelle, de celle que l'on goûte avec les yeux. Evidemment, elle était magnifique et le nier eut été une chose tout à fait impossible, mais ce n'était pas ce qu'elle admirait véritablement.
Emily était douée pour lire les émotions. C'est pourquoi elle savait différencier le regard de quelqu'un qui faisait semblant d'être fort et quelqu'un qui l'était réellement.
Elle appartenait à la première catégorie.
Jamais encore la nageuse n'avait vu des yeux bleu-glace aussi torturés. Si chez la plupart des gens ce n'était pas une souffrance agréable à regarder, chez elle il y avait là une sorte de perfection, quelque chose de presque subtile, et Emily ne savait pourquoi mais elle aimait l'idée d'être la seule à la percevoir distinctement.
Toutes les histoires ont leurs cicatrices.
La brune répéta mentalement sa dernière phrase. C'était pas mal, songeait-elle satisfaite. Peut-être la trouverait-elle dans une prochaine pièce de théâtre ?
Non.
Un nouveau client s'était installé près du stand de boisson. Emily ne l'aurait pas remarqué en temps normal, mais l'homme portait un sweat sombre et une capuche, ce qui l'interpela.
Elle reporta son attention sur la jeune fille.
« Comment tu t'appelles ? »
La blonde releva la tête et l'observa à nouveau. Emily retient son souffle.
« Estella. »
Emily secoua la tête.
« Ce n'est pas ton vrai prénom, contredit-elle immédiatement. »
Elle ne savait pas d'où lui venait cette soudaine assurance, simplement l'effervescence certainement. L'inconnue fixa la piste de danse au loin, sans prendre la peine de confirmer ou d'infirmer son hypothèse. Emily décida alors qu'elle avait vu juste.
« Je parie que ça reste quand même un prénom en trois syllabes, quelque chose de beau, mais que tout le monde raccourci par facilité. »
Prononcé par n'importe qui d'autre, cette phrase aurait semblé tout droit sortie du manuel du charmeur. Pourtant, la manière dont elle avait coulé sur ses lèvres, d'un timbre doux et sincère, respirait l'innocence. Ses yeux en amande lui donnaient l'air d'un éternel enfant, ce qui ne faisait que renforcer cette impression.
« Tu es douée, répondit-elle enfin après un long silence. J'ai tout de suite vu qu'il y avait quelque chose de différent chez toi. »
La nageuse rougit. Son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine. Ses bleu-glace étaient un spectacle à eux tout seuls, une beauté fascinant dont elle ne se lassait pas.
« Emmy ! »
La nageuse fit volte-face. Elle aperçut son père se frayer un chemin à travers la foule.
« C'est mon père. Je dois y aller. J'ai adoré jouer avec toi Estella. »
« Alison », corrigea la blonde avec un sourire.
La lumière dansait par vague sur les murs. Toutes les deux laissèrent leur regard s'attarder l'une sur l'autre, sans un mot. Autour d'elle, la musique continuait de tourner, les danseurs se déhanchaient comme jamais, pourtant tout s'était soudain effacé.
Au milieu de l'agitation il n'y avait qu'elles Alison et Emily, Emily et Alison.
Parfois, c'est aussi à ça que ressemble l'éternité.
« Au revoir. » murmura finalement Emily en reculant vers son père.
Ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'Alison partagerait sa vie l'année suivante et toutes celles d'après.
—
Emily chassa le souvenir de sa mémoire. Elle observa distraitement la blonde aligner les boules, les unes après les autres. La brune songea un instant à ce qu'elle avait dit des années plus tôt. Son père était doué certes, mais Alison, c'était définitivement elle l'artiste.
« Ali. » appela-t-elle doucement.
La blonde interrompit son geste, mais ne se retourna pas. Emily ne pouvait pas voir son visage, mais elle pouvait sans mal deviner l'expression inconfortable et son regard torturé – le même qu'elle affichait depuis des jours.
« Je peux ? » questionna la nageuse, en désignant le manche qu'Alison tenait dans ses mains.
La blonde n'opposa aucune résistance.
Emily frappa la boule devant soi. Celle-ci s'écrasa contre le rebord du plateau, de l'autre côté.
« J'ai fait un rêve à propos de nous. On était ici. » confessa la nageuse. Elle voulait amener Alison à se confier et espérait qu'en baissant sa garde – par le biais d'une information personnelle – l'inciterait à en faire de même. « On jouait sur une des tables de billard, exactement comme celle qu'il y avait ce fameux jour où on s'est rencontré. Je crois qu'aucune soirée n'a pu égaler celle-ci depuis »
Alison leva les yeux vers elle, pour la première fois depuis des jours. Emily sentit son cœur rater une pulsation en apercevant son regard bleu-glace plonger à travers les siens, comme si souvent par le passé. Leur nuance était différente cependant. Plus sombre.
« Moi aussi. » avoua-t-elle. Sa voix vibrait de sincérité.
« Ali » murmura la nageuse dans un souffle. « Tu parais préoccupée ces derniers temps. Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ? »
La blonde se mura dans le silence. Emily voyait se jouait dans ces yeux le reflet d'une guerre intérieur conflictuelle et douloureuse, entre son envie de lâcher prise et la peur.
Le combat cessa. Finalement, elle avait choisi.
« Je d-dois y aller » dit-elle enfin, son regard évitant celui de son amie.
Emily l'observa disparaitre à travers la foule, l'effervescence et les cris, avec impuissante. Malgré la confusion que la blonde avait semée derrière elle, son esprit était une prison de clarté.
Alison souffrait d'un secret, et si elle refusait de se battre…
Alors Emily se battrait pour deux. Elle se battrait pour elle.
Fin du chapitre 3 ! J'espère que l'histoire vous plait toujours. Que se passe-t-il avec d'Alison ? A votre avis, qu'est-ce qu'elle cache et pouquoi est-elle si distante envers Em ? N'hésitez pas à laisser vos théories, elles me font toujours sourire. Sinon je suis vraiment agréablement surprise, parce que beaucoup de gens pointe dans les reviews le fait qu'ils apprécient mon style d'écriture, c'est juste l'un des plus beau compliment parce que ça veut dire que je m'améliore. J'ai très peu de temps pour écrire les chapitres (1h30 en tout avec le texte corrigé et posté.) - donc j'avais peur que ça se ressente.
En tout cas, continuez de laisser vos avis et reviews, vous êtes géniaux! Mes textes seraient pas là sans vous :)
Je répond à vos commentaires:
Gossip Monkey: Merci! c'est vrai qu'il y a peu d'écrivain Emison français. Mais bon, je survie au milieu des anglais mdr! Je ne me rendais pas compte que mon écriture est poétique - en même temps, j'ai l'habitude de me lire donc... - c'est plutôt flateur :)
PrettyLittleCarmen: T'inquiete pas, je suis ici encore pour un moment. J'aime trop le Emison pour ça. A chaque fois que j'essaie d'arrêter les Fanfiction pour écrire mon propre livre, je reviens toujours ici au bout du compte... Elles sont parfaites.
Emison4Ever: Merci pour ta review! Je suis contente si tu aime la façon dont j'écris les sentiments d'Ali. J'adore écrire ces passages aussi.
ChloeBourgois: Merci beaucoup! Je suis vraiment contente de savoir que tu aimes ma façon d'écrire, c'est beaucoup de travail pour arriver à ces résultats. Ah ah, je comprends pour la frustration. Je suis frustré aussi en écrivant ces scènes et ça risque de durer un peu. Mais ça en vaut la peine, promis!
A bientôt!
