Pour être honnête, je n'avais pas vraiment prévu de partager cette histoire au départ, parce que j'ai tendance à partir vite dans le cliché et le niais avec ce genre de choses (mais j'aime bien, ça me remonte le moral d'écrire des trucs pareils ahah) et je ne sais toujours pas pourquoi d'un coup j'ai changé d'avis de ne plus la faire que pour moi mais donc puisque c'est fait, voilà la suite, en espérant que ça vous plaise toujours ! Je ne pense pas que cette fiction sera très longue, quelques chapitres seulement, que je posterai quand ils seront terminés, donc sans réelle régularité.
OnceuponaSigne : comme tu l'as peut-être remarqué, je ne suis plus sur le forum, donc je ne peux plus te répondre là-bas (ni continuer à te lire, d'ailleurs…) (fais-toi un compte sur FF hihi) mais en tout cas merci beaucoup pour ta review ! J'y ai pensé aussi, au coup du cadeau géant, sauf qu'après je me suis dit que ça ferait quand même too much ahah. Sinon pour Walsh… eh bien tu verras :p
Puis merci aussi à Guest, Laurie et Lulu, et à tous les follows/mises en favoris !
Killian se tenait devant l'entrée du Jolly Roger, une main posée sur la poignée de la porte, hésitant à la presser. Plus le moment fatidique des retrouvailles approchait, et plus il avait l'impression d'avoir fait l'erreur de sa vie en montant dans cet avion en direction de Storybrooke.
A quoi avait-il pensé en acceptant la proposition de son frère ? Il savait pourtant que jamais Emma ne serait en accord avec cette idée de réapparaître dans sa vie sans qu'elle n'ait son mot à dire, pour quelques jours seulement, qui plus est, et la quitter ensuite. Encore.
Il allait la blesser – une fois de plus.
Et lui faire du mal était bien la dernière de ses intentions.
C'est pourquoi, l'espace d'un instant, il hésita à faire demi-tour, et rentrer chez lui, comme si de rien n'était. Sans qu'elle n'en sache jamais rien. Sûrement était-ce la bonne décision à prendre.
La meilleure, même.
Mais, alors qu'il commençait à faire quelques pas en arrière, prêt à regagner l'appartement de Liam où il logeait pour recueillir ses affaires, il reçut un deuxième message d'Elsa. Celle-ci comptait sur lui et sa présence, ce qui le fit réfléchir à nouveau.
Il ne pouvait décemment pas l'abandonner à la dernière minute, sans prévenir qui que ce soit. Maintenant qu'il avait fait son choix, il fallait qu'il l'assume – quelque soit le résultat.
Il pénétra donc dans le bâtiment après avoir pris une grande inspiration, le cœur battant à vive allure dans la poitrine. Et il crut que ce dernier allait s'arrêter lorsqu'il aperçut devant lui un inconnu – certainement ce fameux Walsh – agenouillé face à Emma, une bague tendue vers elle.
Aucun doute que cet homme était en train de la demander en mariage, et qu'il venait d'interrompre le moment par son arrivée, volant sa gloire. En effet, à l'entente du bruit de la porte qui se refermait, tous les regards s'étaient tournés dans sa direction – et en particulier celui de la jeune femme.
Elle avait appelé son nom en le reconnaissant, et ne pouvait à présent plus le lâcher des yeux, comme hypnotisée. Lui non plus ne pouvait pas retirer ses irises d'elle.
Elle n'avait pas beaucoup changé.
Ils demeurèrent un moment ainsi, submergés par leurs émotions, à se dévisager dans un silence pesant, oubliant les autres autour d'eux, oubliant Walsh toujours agenouillé devant sa petite-amie, oubliant tout, jusqu'à ce que la blonde ne soit la première à baisser ses prunelles émeraude, et qu'elle ne fasse un pas vers lui.
Mais, alors que Killian pensait qu'elle allait le prendre dans ses bras, et qu'il anticipait le moment avec impatience, ce geste qui lui avait tant manqué pendant ces trois années séparés, elle se contenta de passer à ses côtés sans même plus un coup d'œil pour lui, et se hâta de quitter le bar.
Elle avait besoin d'air, après tout ce qu'elle venait de vivre en quelques minutes seulement – la fête, la demande en mariage de son compagnon, et ce retour inattendus. Elle se sentait étouffer, et avait besoin d'être seule pour pouvoir reprendre ses esprits, et réfléchir correctement.
S'enfuir s'était donc montrée la solution idéale. C'était ce qu'elle savait faire de mieux, après tout.
Dans la salle, après son départ, il ne demeura plus qu'un lourd silence, interrompu par Elsa qui, avec un enthousiasme qui sonnait faux, accueillit l'anglais à bras ouverts dans l'espoir de faire se dissiper le malaise ambiant. Il tenta de lui sourire en retour, mais n'y parvint pas ; il s'en voulait trop pour cela. Il avait gâché la soirée d'Emma, cette soirée organisée en son honneur, alors qu'il avait seulement souhaité lui faire plaisir.
Il l'avait deviné, pourtant, qu'elle réagirait de cette manière.
– Qui êtes-vous ?! interrompit le court de ses pensées une voix.
Devant lui se tenait Walsh, qui l'avait rejoint, et le contemplait à présent d'un air mauvais. Il ne pouvait cependant pas lui en vouloir, de très certainement le détester.
Après tout, il venait de mettre à mal sa demande en mariage, le rendant par la même occasion quelque peu ridicule auprès de tout le monde, même s'il ne l'avait pas fait exprès.
– Killian Jones, informa-t-il son interlocuteur accompagné d'un rictus gêné, une main perdue derrière son oreille. Je suis désolé pour…
– Qu'est-ce que vous faites ici ? l'interrompit l'autre, se moquant bien de ses excuses. Je n'ai jamais entendu parler de vous, avant.
Même s'il avait parfaitement conscience que la jeune femme ne devait pas mentionner son nom très souvent – si ce n'était jamais ? –, et encore moins avec celui qui partageait sa vie, il ne put retenir la boule qui venait de se former dans son estomac à l'entente de cette information. C'était toujours aussi douloureux de se rendre compte qu'elle avait vraiment réussi à le sortir définitivement de son quotidien.
(Quoique, peut-être pas entièrement, puisqu'il avait pu remarquer avec soulagement pendant leurs quelques minutes de retrouvailles qu'elle portait toujours autour du cou la bague qu'il lui avait offerte – et qu'elle n'avait cessé de la triturer entre ses doigts durant tout leur échange visuel.)
– Je… je suis… chercha-t-il la bonne définition pour se présenter à son interlocuteur.
– C'est nous qui l'avons invité, intervint alors David pour lui venir en aide. C'est son meilleur ami d'enfance ; ils ont grandi ensemble, mais il est parti vivre en Angleterre il y a trois ans et… on pensait que ça lui ferait plaisir de le revoir. On voulait lui faire la surprise.
– Meilleur ami, hein ? ironisa Walsh en scrutant l'intéressé de la tête aux pieds. Eh bien, il faut croire que vous ne la connaissez pas si bien que ça, parce que ce n'est clairement pas la réaction que quelqu'un a en revoyant son « meilleur ami » après si longtemps…
– Vous avez raison. Si j'étais juste un ami pour elle, mon retour ne l'aurait pas empêchée d'accepter votre demande en mariage, répliqua l'anglais avec insolence.
Cette remarque lui valut un coup dans les côtes de la part du châtain à ses côtés, mais il se souciait guère d'aller trop loin, et d'insinuer des choses fausses – ou l'étaient-elles vraiment ?
C'était plus fort que lui. Il ne supportait pas cet inconnu.
Surtout lorsqu'il osait affirmer qu'il ne connaissait pas Emma.
C'était lui, plutôt, qui ne la connaissait pas vraiment. Il ne savait rien de leur histoire, encore moins la raison pour laquelle elle l'avait sorti de sa vie.
(Certainement n'était-il pas non plus au courant de leur baiser échangé avant son départ. Personne ne l'était.)
Mais il avait tout de même raison sur une chose : la blonde ne semblait pas vouloir avoir affaire à lui. Pas pour l'instant, du moins.
– Je vais aller la chercher, finit par prendre la parole Walsh, les dents et les poings serrés, choisissant d'ignorer les dires de l'autre homme pour ne pas faire déraper les choses.
– Allez voir au port, elle y sera sûrement, ne put s'empêcher de lui indiquer l'autre, un grand sourire provocateur au bord des lèvres.
L'intéressé lui lança un regard noir en retour, avant de sortir du bar en claquant la porte.
– Tu sais, tenta de le rassurer Elsa quand ils furent à nouveau seuls, s'approchant de lui et posant une main sur son épaule. Elle m'a dit juste avant les cadeaux qu'elle avait espéré que tu sois là. Et que tu lui manquais beaucoup.
Pour toute réponse, il se tourna dans sa direction et lui offrit un rictus. Faible, certes, mais un véritable, cette fois.
Après avoir passé près de vingt minutes à parcourir les rues de la ville sans grand résultat, Walsh dut se résoudre à se rendre au port, où il trouva sa petite-amie assise sur un muret à contempler l'horizon, comme le lui avait prédit Killian. Il détestait penser que cet inconnu avait eu raison.
Et peut-être n'était-ce alors pas la seule chose sur laquelle il avait vu juste, la concernant. Peut-être était-ce bien à cause de lui qu'Emma n'avait pu accepter sa demande.
Peut-être était-ce d'ailleurs la raison pour laquelle elle ne lui avait jamais parlé de ce « meilleur ami » ; parce qu'elle avait des sentiments pour lui, comme le brun avait pu le sous-entendre.
Toutefois il préféra se sortir ces sombres pensées de la tête, et se dirigea vers la jeune femme, s'installant à ses côtés. Autant lui en parler directement.
– Moi qui pensais que le pire serait que tu dises non, démarra-t-il la conversation d'un ton qui se voulait léger pour ne pas la brusquer. Appeler le nom d'un inconnu qui, paraît-il, s'avère être ton meilleur ami dont tu ne m'as jamais parlé puis partir sans rien ajouter ne faisait clairement pas partie de ce que j'avais imaginé pour ce moment.
Suite à quoi elle regarda son compagnon, un air quelque peu honteux sur le visage.
– Walsh, s'adressa-t-elle à lui. Je suis désolée. Ce n'était pas… je… j'ai été prise par surprise. Et j'ai eu un peu trop de surprises pour ce soir.
– Comme le retour de ce Killian, hein ? ne put-il s'empêcher de mentionner l'anglais. Pourquoi est-ce que je n'ai appris son existence qu'aujourd'hui ?
– C'est… compliqué, baissa la tête Emma.
– En quoi est-ce compliqué ? insista l'autre. Il s'est passé quelque chose entre vous, et tu es toujours amoureuse de lui, c'est ça ? Si c'est ça tu ferais mieux de me le dire maintenant, tu sais.
– Non, bien sûr que non ! s'offusqua la blonde. Il ne s'est jamais rien passé – ne se passera jamais rien –, je te le promets. Et je te promets aussi de tout t'expliquer, mais juste… pas ce soir, s'il-te-plaît.
Il ne voulait pas en rester là, souhaitait en apprendre plus sur cette jeune femme qui lui paraissait encore pleine de secrets pour lui, mais il accepta tout de même sa requête. Après tout, ils avaient quelque chose de plus important à régler pour l'instant – cette histoire de mariage, par exemple.
– D'accord, fit-il donc. De toute façon, je n'étais pas vraiment venu pour parler de lui. Ce que je voulais te dire, c'est que… justement, te surprendre avec ma demande faisait partie de mon plan, mais je vois que ce n'était pas une bonne idée, alors…
– Tu n'as pas l'impression qu'on va trop vite ? le coupa Emma. Comme tu l'as si bien fait remarquer, on ne vit même pas encore ensemble, et ça ne fait pas un an qu'on se côtoie ! Comment… comment est-ce que tu… que nous… pouvons savoir que ce n'est pas une erreur ?
– Emma, en ce qui me concerne, j'ai su que je voulais être avec toi à la minute où tu es entrée dans ma boutique de meubles, répliqua le jeune homme avec un sourire, et posant une main sur la sienne, qu'il serra légèrement entre ses doigts.
Elle lui offrit un tendre sourire en retour, avant d'avouer, le cœur battant :
– Je t'aime. Tu le sais, n'est-ce pas ?
– Oui, je le sais. Et je t'aime aussi.
– Mais… hésita-t-elle. Je ne suis pas très douée lorsque les choses vont… vite.
– Je comprends, voulut la rassurer Walsh. Et je sais bien à qui j'ai fait ma demande. Je savais que tu dirais ça – que ça va trop vite. Mais on n'a pas besoin de se marier tout de suite, on peut attendre un an, ou plus. Ça m'est égal. On pourrait se marier à soixante-cinq ans que ça me serait tout aussi égal ! Tout ce que je sais, c'est que je veux passer le restant de ma vie avec toi.
Emma le dévisagea, quelques larmes perlant au coin de ses yeux. Elle se sentait mal de ne pas pouvoir offrir à cet homme pourtant si attentionné ce qu'il voulait. Mais c'était plus fort qu'elle. Elle avait tellement souffert par le passé, qu'il était difficile de faire tomber tous les murs qu'elle avait forgé autour de son cœur pour se protéger.
– Est-ce que… est-ce que je peux avoir un peu de temps pour y réfléchir ? questionna-t-elle donc, incapable de dire oui, mais encore plus incapable de dire non.
Elle se sentait tellement perdue, et détestait ce sentiment.
– Tu as tout le temps qu'il te faudra. Je serai là, quand tu seras prête.
Puis, pour accentuer ses dires, il rapprocha la blonde de lui en une étreinte, et l'embrassa dans les cheveux. Ils restèrent ainsi l'un contre l'autre un certain temps, jusqu'à ce que les battements du cœur de la jeune femme ne se calment enfin légèrement.
Quand elle se sentit un peu mieux, bercée par le bruit des vagues et le souffle régulier de son petit-ami à ses côtés, elle lui proposa :
– On retourna au bar ?
D'un hochement de tête, il accepta. Il l'aida à se relever en lui prenant la main, et tous deux se dirigèrent d'un même pas jusqu'au Jolly Roger.
– Attends-moi là, il faut que je règle quelque chose, le prévint-elle une fois à l'intérieur, et se détachant de lui après un dernier baiser.
– Hey…
Killian était installé au comptoir, tenant une bouteille de rhum qu'il buvait directement au goulot, se noyant dans l'alcool pour oublier sa peine, lorsque l'on vint prendre place à ses côtés. Il ne se rendit pas tout de suite compte que c'était à lui qu'on s'adressait, jusqu'à ce qu'une main ne vienne timidement se poser sur son épaule, et qu'une voix ne l'interpelle doucement :
– Killian ?
Cette même voix qui avait prononcé son nom quelques heures auparavant, avant de disparaître de son champ de vision sans même un regard dans sa direction, sans une autre parole ajoutée pour lui, après pourtant trois ans de séparation. Trois ans de silence.
Trois années de souffrances.
– Tu es revenue, fut tout ce qu'il trouva à lui dire quand il leva les yeux dans sa direction.
C'était si triste de se rendre compte qu'il ne trouvait pas les mots, alors qu'auparavant, ils pouvaient converser pendant des heures entières sans le moindre moment de blanc. C'était si triste de se rendre compte que pour la première fois, tout semblait avoir changé entre eux.
Et pas forcément pour le meilleur.
(Il ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même – c'était lui qui avait décidé de partir.)
(Mais ce soir, un peu trop alcoolisé, et submergé par un tas d'émotions, il lui en voulait aussi à elle, de ne pas avoir voulu croire en eux, d'avoir pensé qu'il serait comme tout le monde sans même lui laisser une chance de lui prouver le contraire – alors qu'il lui avait prouvé le contraire à maintes reprises. Il le savait – comme toutes les autres fois, les kilomètres et le temps qui passe n'auraient rien changé.
Le fait que cette séparation soit un choix ne changeait rien.)
– Je suis désolée, lui répondit-elle après un court silence.
– De quoi ? De m'avoir ignoré pendant toutes ces années ? demanda-t-il, toujours perdu dans ses songes.
– Euh… je parlais de m'être enfuie comme une voleuse quand tu es entré dans le bar, mais… oui, pour ça aussi, je suis désolée. J'aurais dû te faire confiance quand tu me disais que tu ne m'abandonnerais pas.
– Tu aurais dû, oui, répliqua-t-il froidement.
Puis, contre toute attente, ce fut à son tour de détourner le regard et de quitter le bar d'un pas chancelant, prenant sa précieuse bouteille avec lui – il allait en avoir grand besoin. Cependant Emma ne tarda pas à le suivre, n'hésitant pas une seule seconde à lui courir après, sous le regard suspicieux de son petit-ami qui les observait de loin depuis le début.
– Est-ce que vous savez qui est vraiment cet homme, et quelle relation ils ont, tous les deux ?! chercha-t-il une réponse à ses interrogations auprès de la petite rousse non loin de lui.
– Ils partagent le grand amour, même s'ils s'entêtent à le nier ! déclara l'intéressée avec un naturel déconcertant, et un rictus niais sur le visage alors qu'elle les regardait partir. Et vous, vous êtes ?
– Son petit-ami.
La jeune femme perdit alors immédiatement son sourire, comprenant qu'elle venait de dire quelque chose qu'il ne fallait pas – comme c'était bien souvent le cas, d'ailleurs. Mais ce n'était pas de sa faute si les deux camarades allaient si bien ensemble…
– Oh… Enchantée, je suis Anna, tenta-t-elle de détourner la conversation en lui tendant une main.
Mais il ne l'attrapa pas dans la sienne en retour, et se contenta de s'éloigner, la laissant seule.
Quelle conne, pensa-t-elle alors.
Malgré son état d'ébriété qui l'empêchait de marcher droit, Killian se déplaçait d'un pas rapide, prenant quelques gorgées de son rhum de temps en temps sans s'arrêter pour autant, ni sans faire attention à Emma qui le suivait en trottinant derrière, entêtée. Elle ne le laisserait pas partir sans qu'ils aient pu parler, alors qu'elle était la raison même de son retour. Elle ne ferait pas la même erreur une deuxième fois, de l'ignorer.
Et elle n'allait certainement pas le laisser faire la même erreur qu'elle non plus.
– Merde, Killian, ralentis ! finit-elle par le rattraper, prenant son bras pour l'arrêter quand elle arriva à sa hauteur.
N'étant pas des plus stables, ce geste inattendu le fit vaciller quelque peu, et la blonde dut le retenir contre elle, les bras enroulés autour de sa taille, pour lui éviter de tomber. Il s'accrocha à elle en retour, et s'exclama, un léger sourire charmeur au bord des lèvres devant leur position :
– Eh bien, il était temps…
Elle lui lança un regard noir en retour, peu amusée, ce qui lui fit perdre tout rictus, mais elle ne bougea pas pour autant afin de se défaire de son emprise. Il replaça alors instinctivement une mèche de cheveux derrière son oreille et, dans un élan de lucidité, lui chuchota :
– Je suis désolé, chérie.
– C'est plutôt moi qui devrais l'être…
Après quoi ils demeurèrent muets, toujours dans leur étreinte au beau milieu de la rue, mais cette fois pas parce qu'ils ne savaient pas quoi se dire ; ils n'avaient juste pas besoin de mots pour se comprendre.
– J'allais me rendre au Joyau quand je suis parti du bar… Est-ce que tu veux te joindre à moi ? finit par proposer le brun à son amie, sa colère miraculeusement envolée.
Le Joyau du Royaume – ou plus communément surnommé le Joyau – était le bateau de son frère, qui était aussi devenu le sien ; tous deux étaient de grands amoureux de la mer et de son calme apaisant.
– Avec plaisir, accepta Emma.
Ils se séparèrent donc enfin, et se dirigèrent d'un même pas cette fois jusqu'au petit navire sans prononcer la moindre parole. Ils montèrent à l'intérieur et, alors que la jeune femme s'installait autour de la table qui ornait la pièce, Killian partit leur chercher des verres, qu'il remplit de son rhum. Il s'assit ensuite face à elle, et tous deux trinquèrent.
– A ton anniversaire, s'exclama le jeune homme. Je suis désolé de ne pas te l'avoir souhaité en premier cette année mais je voulais te le dire en face, puisque je venais.
– A ton retour, aussi, ajouta la blonde en souriant.
L'anglais se raidit à l'entente de ces paroles et, mal-à-l'aise, il voulut la reprendre pour ne pas qu'elle se fasse de faux espoirs :
– Ce n'est pas…
– Définitif ? l'aida-t-elle à terminer sa phrase. Je sais, ne t'inquiète pas. Tu restes jusqu'à quand ?
– Fin octobre, normalement.
Elle hocha la tête pour toute réponse. Un silence pesant s'installa ensuite, où les deux amis burent leur verre sans rien dire, jusqu'à ce qu'Emma ne propose, pour changer de sujet :
– Tu as toujours le DVD de Princess Bride ici ?
– Oui, pourquoi ?
– Ça te dirait qu'on le regarde… comme au bon vieux temps ?
Enthousiasmé par cette idée de faire quelque chose comme au bon vieux temps, le brun se leva d'un bond et, accompagné d'un clin d'œil entendu, il répliqua :
– Comme tu voudras.
Ce qui fit rire la jeune femme, heureuse de retrouver pour la première fois depuis son retour cette complicité avec Killian qui lui avait tant manqué. Peut-être que tout n'avait pas tant changé que cela entre eux, finalement… Peut-être qu'elle avait eu tort de ne pas essayer de garder contact avec lui.
Et peut-être que le fait qu'il soit là, pour elle, était une chance de se rattraper.
Puisque la télévision se trouvait en face du lit – une petite couche une place –, ils s'y installèrent, forcés de se blottir l'un contre l'autre s'ils voulaient rentrer à deux. Retrouver cette proximité fut gênant pour eux au départ, surtout pour Killian, qui ne voulait pas être trop intrusif maintenant qu'il savait que sa camarade avait quelqu'un qui partageait sa vie (il se souvenait encore des crises de jalousie de certains pour un simple câlin) mais ils se détendirent bien vite, la tête de la blonde logée dans le creux du cou de l'anglais et ses jambes sur les siennes.
Ils restèrent concentrés pendant toute la durée du film, ou du moins jusqu'à la scène du mariage, qui rappela à l'anglais la situation dans laquelle se trouvait sa camarade. Alors, curieux, il lui posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis un certain temps déjà :
– Au fait, tu lui as répondu quoi, à Walsh ?
– De… de quoi ? demanda l'intéressée, confuse, en détournant la tête de l'écran.
– Pour le mariage.
– Ah… je lui ai dit que j'avais besoin de temps pour y réfléchir.
Cette réponse enleva un poids de la poitrine du brun qu'il ne savait même pas qu'il portait. Égoïstement, il ne pouvait s'empêcher de se sentir soulagé qu'elle n'ait pas dit oui.
(Mais elle n'avait pas dit non, non plus.)
– Qu'est-ce que tu penses de lui ? souhaita connaître son avis sur le jeune homme Emma.
– Moi ?! s'étonna l'autre. Je ne pense pas être le mieux placé pour le juger, tu sais. Après tout, je ne le connais pas, on s'est parlé une seule fois, et ce n'était pas vraiment dans les meilleures conditions, puisque je venais de lui gâcher sa demande en mariage.
– Allez, dis-moi ! insista son amie. Tu as bien eu une première impression, non ? Tu as toujours eu de bons pressentiments à ce propos. Regarde avec Neal, tu ne le connaissais pas vraiment non plus lorsque tu t'es rendu compte qu'il n'était pas celui pour qui il voulait bien se faire passer. Et si je t'avais écouté… je n'aurais pas eu le cœur brisé, ni ne me serais embarquée dans tous ces problèmes avec lui. A la place, je pensais bêtement que tu me faisais simplement une crise de jalousie.
– J'étais jaloux ! avoua Killian. C'était ton premier copain, alors j'avais peur que ça change tout entre nous. Mais si tu veux vraiment savoir mon avis sur Walsh… il a l'air d'être un gars bien, et de tenir à toi. Tu devrais accepter sa demande… si tu penses que c'est la bonne chose à faire, et que ça te rendra heureuse.
Il fut difficile pour l'anglais de laisser ces mots sortir de sa bouche, mais il voulait simplement le bonheur de sa camarade. Et si ce bonheur était de se marier avec Walsh… alors il devait l'accepter. Ils n'avaient partagé qu'un baiser d'adieux, rien de plus. Et, de toute façon, il allait repartir d'ici quelques jours. Il fallait donc qu'il se rende à l'évidence : il ne se passerait jamais rien entre eux.
Il devait déjà se considérer chanceux qu'elle ait l'air de vouloir qu'il fasse à nouveau partie de son existence, tel son ami.
Néanmoins cette révélation perturba la jeune femme, qui ne s'attendait clairement pas à une réponse pareille. Au contraire, elle aurait pensé qu'il allait lui dire de ne pas l'épouser, que c'était une erreur, et beaucoup trop tôt. Mais non, il la poussait à le faire…
(Une voix au fond d'elle, qu'elle préféra ignorer, lui fit remarquer que ce n'était pas ce qu'elle pensait allait être la réaction de l'anglais, mais que c'était surtout ce qu'elle aurait aimé entendre, pour se donner une raison de refuser.)
– Je ne sais plus ce qui est la bonne chose à faire ou non, avoua-t-elle après un court silence.
Elle n'ajouta rien d'autre, mais Killian comprit qu'elle ne faisait pas que référence à la demande en mariage de son compagnon – elle parlait de lui, aussi, et du fait qu'elle avait pensé que le sortir de sa vie avait été la bonne chose à faire, à l'époque.
A l'époque, oui…
Cependant il ne répondit pas, et tous deux reportèrent alors leur attention sur le film. Puis, quand celui-ci fut terminé, l'anglais se leva pour éteindre la télévision, puis reprit rapidement sa place aux côtés d'Emma sous les couvertures, qui le dévisageait étrangement.
– Qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea-t-il, gêné qu'elle le fixe ainsi.
– C'est quoi cette barbe ?! s'expliqua-t-elle simplement en la caressant du bout des doigts.
Ce geste, et la proximité dans laquelle elle les avait installé – elle avait rapproché son visage du sien, à tel point qu'ils n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre maintenant – le firent frissonner. Il dut rassembler toute sa volonté pour ne pas laisser ses yeux scruter ses lèvres, qu'il avait tant envie d'embrasser à nouveau – même après trois ans, il était encore hanté par leur baiser dont ils n'avaient jamais eu l'occasion de parler.
Mais il ne le pouvait décemment pas. Il se contenta alors de répondre d'un ton amusé, après s'être raclé la gorge pour ne pas être trahi par le son de sa voix en prenant la parole :
– Tu n'aimes pas ?
– Si, c'est juste que… ça te change, avoua-t-elle.
Il n'en fallut pas plus pour qu'il comprenne ce qui la tracassait tant, depuis qu'elle l'avait revu, sûrement. Il attrapa donc sa main dans la sienne, et confessa :
– Je n'ai pas changé, si c'est ça qui te fait peur.
Elle lui sourit en retour, un faible rictus, avant de baisser le regard.
– Tu sais, si je n'ai jamais répondu à tes messages, se dévoila-t-elle à lui, c'est parce que j'avais peur que notre amitié se dégrade avec la distance, et je voulais rester sur quelque chose de beau comme dernier souvenir, plutôt que de nous voir nous éloigner petit à petit jusqu'à ne plus se parler et ne me rappeler que de ça lorsque je repenserais à toi, à nous… C'est peut-être bête, je m'en rends compte maintenant que tu es là, à me prouver le contraire, mais j'avais tellement peur que tout change entre nous…
– Ça n'a jamais changé avant, pourquoi ça l'aurait été cette fois ? voulut savoir l'intéressé.
– Parce que c'était ton choix et pas une séparation qu'on ne pouvait pas éviter ? Je me suis sentie un peu trahie, je t'avoue, quand tu m'as dit vouloir partir alors qu'on s'était promis le contraire. Je pensais que je n'étais pas assez importante pour toi, d'où ma peur que tout change. Même si je te l'ai déjà dit, je comprends parfaitement tes motivations. Tu en es où de tes recherches, d'ailleurs ?
Le brun ressentit une vague de culpabilité s'emparer de son corps. Il savait que la jeune femme n'avait pas bien pris son départ, et il s'en était toujours voulu d'avoir eu à le lui faire subir (il s'en voulait encore d'avoir à le lui faire à nouveau subir d'ici quelques jours), mais l'entendre dit qu'elle avait imaginé qu'elle n'était pas assez importante pour lui… cela lui fendit le cœur.
– Je n'ai pas beaucoup avancé, l'informa-t-il après une courte réflexion. Mais ne crois plus jamais que tu n'es pas assez importante pour moi. C'est parce que tu es important pour moi que je suis là aujourd'hui. Et je te promets que choix ou pas, distance ou pas… jamais rien ne changera entre nous. Je tiens bien trop à toi pour ça, tu sais.
– Et je tiens trop à toi aussi…
Cet aveu réchauffa quelque peu l'organe vital de Killian, surtout lorsqu'il savait que la blonde n'était pas du genre à se déclarer souvent de la sorte. Il passa donc un bras autour de ses épaules pour l'attirer davantage à lui, et l'embrassa dans les cheveux qu'il caressa tendrement.
Ils discutèrent encore un certain temps de tout et de rien, comme avant, jusqu'à ce que, tous deux exténués, sans même s'en rendre compte, ils ne finissent par s'endormir ainsi.
(Emma avait complètement oublié qu'elle devait passer la nuit en compagnie de son petit-ami.)
Vous l'aurez peut-être reconnu, une bonne partie de la conversation entre Walsh et Emma est inspirée d'une de leurs scènes du 3x12.
