Merci aux personnes à qui je ne peux pas répondre en privé (lulu, Laurie, mallowenn et Guest²) pour vos reviews, ça fait toujours super plaisir, sachez-le ! :3
(Ne vous habituez pas trop à des publications si rapprochées, je vais être bien plus occupée à partir d'aujourd'hui donc j'aurais beaucoup moins de temps pour écrire quoi que ce soit.)
(Et ne m'en voulez pas pour ce qui va suivre, non plus…)
Quand elle se réveilla le lendemain, Emma était seule dans le petit lit, et dans la cabine du Joyau. Il lui fallut plusieurs secondes pour se rappeler d'où elle se trouvait et pourquoi, mais les souvenirs de la fin de soirée qu'elle avait passée en compagnie de son meilleur ami lui revinrent rapidement en tête.
Même si la lumière qui émanait au travers du hublot qui ornait la pièce était une bonne indication de l'heure avancée de la matinée qu'il devait être, elle attrapa tout de même son téléphone pour la regarder (elle put alors s'apercevoir qu'il était dix heures), et laissa un juron horrifié s'échapper de sa bouche quand elle vit les cinq messages non lus et trois appels manqués provenant tous de la même personne : Walsh.
Elle avait complètement oublié son compagnon, et sa promesse de rentrer chez lui après la fête.
D'un geste rapide, elle sortit de sous les couvertures et rassembla ses quelques affaires, déjà habillée puisqu'elle s'était endormie ainsi et se hâta vers la porte qui menait à l'extérieur. Ses yeux se posèrent un instant sur la table mise devant elle et les quelques mets qui se trouvaient dessus – elle hésita à s'asseoir pour déjeuner, mais se ravisa finalement ; elle n'en avait pas le temps.
Un sourire se dessina tout de même sur ses lèvres devant la gentille attention de son ami, qui, le connaissant, devant être debout depuis l'aube, et elle vola un pancake pour la route.
Elle se précipita ensuite hors des lieux, à la recherche du jeune homme pour le prévenir de son départ et le remercier de l'agréable moment qu'elle avait passé grâce à lui. Elle le trouva accoudé contre le bord de son bateau à contempler l'horizon et elle prit place à ses côtés.
Même si elle était pressée, elle resta ainsi à admirer l'étendue d'eau face à elle, ce qui l'apaisa légèrement et lui permit de reprendre son souffle.
L'anglais n'avait pas bougé, ni prononcé le moindre mot à son arrivée, bien trop perdu dans ses pensées. Emma fut donc celle qui brisa le silence qui régnait entre eux quand elle commença à lui faire ses aux revoir, mais une question qui lui brûlait les lèvres depuis leurs retrouvailles la coupa dans ses dires :
– Pourquoi est-ce que tu m'as embrassé ?
L'espace d'un instant, la blonde sentit une panique indescriptible s'emparer d'elle alors qu'elle imaginait qu'il faisait référence à quelque chose qui se serrait passé la veille au soir. Elle n'avait pourtant pas eu l'impression de boire tant que cela ; pas au point de ne pas se souvenir d'un tel geste de sa part, du moins.
– Euh… j'étais si bourrée que ça ? demanda-t-elle confirmation, d'un ton qui se voulait amusé, alors qu'au fond elle, elle appréhendait ce qu'il pourrait lui révéler. Parce que je ne me rappelle pas du tout t'avoir embrassé… Et pourquoi est-ce que tu m'as laissée faire ?!
Killian se tourna enfin dans sa direction, et la dévisagea de ses irises océan, un doux rictus au bord des lèvres. Il précisa ensuite :
– Pas hier. Il y a trois ans. On n'a jamais eu l'occasion d'en parler, puisque tu n'es jamais venue me voir à l'aéroport.
– Ah, ça… poussa un soupir de soulagement la jeune femme. A dire vrai, je ne sais pas. Parce que je le sentais bien, tout simplement ? Parce que j'avais trop bu et que j'étais triste, alors je n'ai pas réfléchi à ce que je faisais ? Après tout, c'était juste un baiser. Ce n'est pas comme si c'était la première fois. J'avais déjà oublié.
Le brun se sentit terriblement heurté par ces mots. Effectivement, ce n'était pas la première fois. Du moins, si un jeu stupide auquel ils avaient participé adolescents pouvait être considéré comme une première fois. Mais de là à lui asséner qu'elle l'avait déjà oublié, et que c'était juste un baiser…
C'était plutôt vexant, surtout quand, pour lui, cela avait clairement signifié bien plus que juste un baiser – c'était tout ce qu'il avait espéré.
Toutefois, il fut bien vite rassuré quand il croisa son regard, qui était fuyant. Elle lui mentait, il en était certain. Elle lui cachait quelque chose à propos de ce baiser, quelque chose de bien plus profond qu'un simple « je le sentais bien ». Il avait une véritable signification pour elle aussi.
Il ne put malheureusement pas la questionner davantage, puisqu'elle s'excusa auprès de lui.
– Je suis désolée, lui fit-elle, mais Walsh m'attend. On se recroisera avant ton départ, j'espère. Et merci encore pour la surprise !
Puis, à ces mots, elle quitta le navire, laissant Killian seul avec son cœur qui s'était serré suite à l'entente du prénom du petit-ami de la blonde. Il tenta alors de calmer les battements de son organe vital en reportant son attention sur l'océan.
Quand il se sentit davantage apaisé, et que l'image d'Emma et Walsh ensemble fut totalement effacée de son esprit, il décida à son tour de rentrer chez son frère.
– Emma ! Où étais-tu passée ?! Tu ne répondais pas à ton téléphone et je t'ai cherchée partout, j'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose, moi ! Même tes amis n'ont pas été capables de me répondre lorsque je leur ai demandé s'ils avaient la moindre idée d'où tu pouvais te trouver. Ne me refais plus jamais une peur pareille !
L'intéressée, qui venait de passer la porte de l'appartement de son compagnon, baissa le regard alors qu'il laissait toute son inquiétude se déverser sur elle. Elle l'avait bien mérité, après tout.
Elle ne l'avait même pas prévenu lorsqu'elle avait suivi son ami hors du bar…
Cependant, entre autre culpabilité, elle ne put s'empêcher de remercier intérieurement ses camarades de l'avoir couverte quand elle entendit le châtain les évoquer. Il était évident qu'ils avaient tous une très bonne idée d'où elle pouvait être si personne ne pouvait la joindre. Et elle n'imaginait pas le scandale qu'aurait fait Walsh s'il l'avait aperçue blottie dans les bras de Killian, tous deux allongés dans un même petit lit une place ; même si, bien entendu, il ne fallait voir aucune ambiguïté à cette posture.
Ils lui avaient donc permis d'éviter le pire, et de pouvoir s'expliquer calmement avec lui. C'est pourquoi elle avoua, ne cherchant pas le moins du monde à lui mentir :
– J'étais avec Killian. Il m'a invitée sur son bateau.
Les yeux du jeune homme s'ouvrirent en grand, et il resta muet pendant de longues secondes qui parurent interminables à Emma, qui avait vu ses mains se refermer en un poing à la découverte de cette explication. Elle s'attendait donc au pire, à ce qu'il lui hurle dessus.
– Qu'est-ce que tu foutais avec lui ? explosa-t-il finalement, malgré ses tentatives de rester serein en poussant de longues inspirations. Et vous avez passé la nuit ensemble, aussi, je suppose ? C'est pour ça que tu m'as demandé du temps pour réfléchir, en fait… Parce que tu l'aimes et que tu voulais savoir si c'était réciproque avant de me donner ta réponse, comme ça tu avais toujours quelqu'un sous le coude au cas où ce n'était pas le cas ? Et maintenant tu viens me dire que tu ne peux plus m'épouser, j'imagine ? C'est ça ?!
Ces terribles accusations blessèrent Emma de plein fouet. A tel point qu'elle ne répliqua rien pendant de longues secondes, sous le choc de ce qu'elle venait d'entendre, avant que, à cause de la panique et de la colère que cet homme qui disait l'aimer la pense capable de telles choses, elle ne se mette à lui hurler dessus :
– Tu n'es qu'un con, Walsh ! Oui, on a dormi ensemble, mais non, il ne s'est rien passé. C'est beau l'image que tu as de moi, et la confiance que tu as en moi. Parce que tu sais quoi ? J'étais justement venue te dire que j'acceptais de t'épouser, et ça n'a rien à voir avec le fait que Killian ne veut pas de moi ou pas, parce que de toute façon moi, je ne veux pas de lui !
La jeune femme regretta ses paroles à l'instant même où elle les prononça. Elle n'avait clairement pas envisagé que ses propos déviraient à ce point alors qu'elle ne réfléchissait pas à ce qu'elle disait.
Elle n'avait clairement pas envisagé qu'elle accepterait la demande en mariage de son petit-ami sur un tel coup de tête. Mais elle venait de le faire, malgré elle, poussée à bout.
Elle pria pour qu'il n'ait pas retenu cette phrase au milieu de ses accusations, mais un seul regard en direction de ce dernier lui confirma qu'il ne l'avait pas ratée. Toute trace d'énervement avait disparu de son visage, et énorme sourire s'était à présent formé sur ses lèvres.
Il était trop tard. Elle ne pouvait plus faire marche arrière…
Doucement il s'approcha d'elle et prit ses mains dans les siennes.
– C'est… c'est vrai ? l'interrogea-t-il, des étoiles plein les yeux. Tu veux vraiment m'épouser ?
Emma tenta de fausser un rictus, avec grand mal. Elle déglutit et affirma sans assurance aucune, incapable de soutenir les irises de son vis-à-vis :
– Oui ?
Il n'en fallut pas davantage pour que Walsh la prenne dans ses bras, et ne la couvre de baisers, visiblement le plus heureux des hommes. La blonde essaya de partager sa joie, mais elle ne pouvait définitivement pas se montrer si enthousiaste. Au contraire, elle n'avait qu'une envie, comme bien souvent : fuir, pour se sortir de cette situation gênante.
(Pourquoi le prenait-elle ainsi ? Elle l'aimait, après tout, non ? N'était-ce pas suffisant ?)
(Sûrement était-elle effrayée à l'idée de s'engager, que tout devienne réel, rien de plus. Cela finirait par passer, et elle se rendrait compte qu'elle avait pris la bonne décision…)
(Elle l'espérait, en tout cas. Parce qu'elle ne se sentait pas de revenir sur sa décision, et de blesser Walsh en le faisant.)
Une fois son euphorie quelque peu passée, le châtain entraîna sa fiancée – que ce mot sonnait bien à ses oreilles – par le bras, et l'installa sur le canapé à ses côtés. Puis, d'un sourire bienveillant, il lui demanda :
– Si tu dois être ma femme, je veux connaître tous tes secrets. Est-ce que tu voudrais bien me raconter ta rencontre avec Killian ?
Penser à son meilleur ami dans un tel moment était bien le dernier souhait de la blonde, mais face au regard suppliant du jeune homme, elle se vit forcée de dire oui. Elle prit une grande inspiration, prête à révéler à celui qui allait être son avenir une bonne partie de son passé, et débuta son récit :
– J'avais six ans quand il est arrivé à l'orphelinat, quelques jours avant que je n'y sois moi-même renvoyée parce que ma famille d'accueil ne voulait visiblement plus de moi…
19 ans plus tôt…
– Rends-moi ça !
Un petit brun courrait derrière un autre, plus âgé que lui d'au moins cinq ans. Ce dernier tenait dans ses mains un magnifique bateau en bois sculpté, qu'il semblait avoir volé au plus jeune, puisqu'il tentait de le récupérer en sautillant, sans grand résultat.
Autour d'eux, personne ne réagissait à la scène, bien trop occupé dans ses propres affaires pour s'inquiéter d'un cas qui n'était pas nouveau dans l'établissement. Les vols entre enfants étaient fréquents, et il était difficile de les éviter.
– Vas-y, prends-le, si tu y arrives ! se moquait l'autre, à gorge déployée.
Il était évident que l'intéressé n'était pas assez grand pour y parvenir, et son bourreau semblait prendre un malin plaisir à le fatiguer pour rien, le faisant se déplacer dans tous les sens. Il était têtu, cependant, et ne s'arrêta que lorsqu'il tomba sur le sol, exténué par sa course, et en ayant marre de se battre. Il s'avoua alors vaincu.
Face à cette défaite, le plus vieux jubila, et abandonna le garçonnet à son sort, lui faisant un signe d'au revoir de sa main où il brandissait fièrement son jouet.
Le dernier souvenir que le brun gardait de son père.
Abattu, il se releva, avant de retourner s'asseoir contre un mur, dans un coin le plus reculé possible de la pièce pour éviter toute moquerie, et laissa pour la première fois depuis son arrivée trois jours plus tôt dans l'orphelinat ses larmes se déverser sur ses joues rosies.
– Tu ne devrais pas laisser Kevin gagner, l'interpella une voix à ses côtés.
Lui qui se croyait seul sursauta quand il se retourna et découvrit une petite blonde qui le fixait de son regard émeraude. Elle avait les yeux rouges ; signe qu'elle aussi avait pleuré.
D'un revers de la main, il essuya ses propres perles salées pour ne pas se montrer faible face à cette inconnue, et rétorqua :
– Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Il est plus grand et plus fort que moi !
Un court silence suivit cette constatation, auquel la fillette finit par mettre fin.
– Je peux t'aider, proposa-t-elle en lui tendant une main.
L'enfant hésita à la serrer. Il avait tellement été trahi ces derniers jours qu'il ne savait plus à qui il pouvait faire confiance ou non. Pourquoi serait-elle différente des autres, elle ?
Après tout, elle était peut-être amie avec ce fameux Kevin, et elle lui tendait un piège. Comment pouvait-il le savoir ? Il ne la connaissait pas, après tout.
Toutefois, il y avait quelque chose dans ses prunelles qui l'inspirait. Elle semblait sincère. Et s'il allait vouloir s'en sortir, il allait avoir besoin d'un ami.
Ou tout du moins d'un allier.
Il accepta donc finalement son offre en scellant ses doigts aux siens.
– C'est quoi ton plan ? demanda-t-il, toujours un peu sur la défensive malgré tout.
– Retrouve-moi ce soir devant la porte des dortoirs après le couvre-feu, je t'expliquerai. Et surtout, ne te fais remarquer par personne !
Puis, à ces mots, elle se leva d'un bond et disparut alors que l'on annonçait l'heure du repas. Elle fit néanmoins demi-tour pour prévenir le brun :
– Dépêche-toi, si tu veux avoir quelque chose de bon à manger, mieux vaut être dans les premiers !
Et elle repartit aussitôt en courant, bien vite suivi par l'autre enfant.
Il ne la revit que le soir, comme indiqué. Elle ne put retenir un petit rire quand elle aperçut le pyjama pirate du garçon qui répliqua en lui tirant la langue, et fit mine de bouder. Alors, pour se faire pardonner, elle lui montra ce qu'elle cachait dans sa paume :
– Kevin a peur des araignées, informa-t-elle son vis-à-vis. C'est une fausse, pour lui faire peur, quand il se réveillera.
Cette explication eut l'effet escompté, puisque l'intéressé esquissa un grand sourire en imaginant la scène. C'était une parfaite vengeance.
La blonde lui raconta ensuite qu'ils allaient se faufiler dans la chambre du plus vieux, maintenant qu'il dormait, pour récupérer le bateau sans qu'il ne se rende compte de rien. Après quelques préparatifs de dernière minute – la fillette semblait savoir parfaitement ce qu'elle faisait, comme si ce n'était pas la première fois – ils pénétrèrent dans la pièce, qu'ils éclairèrent avec la lampe de poche que les enfants avaient apportée avec eux.
Il ne leur fallut que peu de temps pour reconnaître l'objet de leurs recherches, posé fièrement sur la table de chevet aux côtés du lit du garçon. D'un pas léger la plus jeune s'en approcha et l'attrapa, avant de déposer l'araignée en plastique sur le ventre du voleur. Puis elle attrapa la main du brun et tous deux s'enfuirent des lieux sans tarder par peur de se faire remarquer.
Ils regagnèrent ensemble leur chambre en riant et, avant de se séparer, la fillette tendit son jouet au garçon.
– Tiens, lui fit-elle. Tu ferais mieux de le cacher, si tu ne veux pas qu'on te le vole encore.
– Merci, répliqua l'autre. C'était… c'était un cadeau de mon papa.
La blonde resta muette un instant à dévisager le bateau, envieuse. Elle n'avait jamais eu de parents pour lui offrir des présents, elle. Mais, après une courte divagation de ses pensées, elle se reprit :
– Au fait, je suis Emma.
– Et moi Killian, se présenta à son tour le garçon.
Une fois leurs noms donnés, Emma s'apprêta à rentrer dans sa chambre, mais fut coupée dans son élan par la voix de Killian qui l'appela. Elle se retourna donc dans sa direction et, une main perdue derrière son oreille, le teint empourpré par la gêne, il s'exprima :
– On est une bonne équipe, tous les deux, tu ne trouves pas ?
Pour toute réponse, la fillette lui offrit un grand sourire, et le quitta enfin une bonne fois pour toutes.
Suite à cette petite aventure, les deux enfants devinrent rapidement inséparables. Cette nouvelle amitié leur permit de mieux appréhender leur vie d'orphelins.
Du moins, ce fut le cas jusqu'au jour où, six mois plus tard, le drame se produisit : Killian fut adopté. Tous deux pleurèrent à chaudes larmes, suppliant et protestant pour qu'on ne les sépare pas, mais rien n'y fit. Le garçon fut enlevé à sa meilleure amie pour être placé en famille d'accueil.
Et, alors que ce dernier montait dans leur voiture, juste avant qu'on ne referme la portière qui allait le séparer d'Emma, il put entendre cette dernière lui crier de devant la porte de l'orphelinat :
– Killian, je te retrouverai ! Je te retrouverai toujours !
Il revint deux mois plus tard, au plus grand bonheur de la fillette – moins pour lui, qui se sentit à nouveau trahi, et abandonné, malgré sa joie de revoir la blonde. Cependant ce ne fut que le début d'une longue série de nombreuses séparations et retrouvailles, jusqu'à ce qu'ils aient enfin l'âge de quitter l'établissement, et qu'ils se promettent de ne plus jamais se quitter.
Promesse que le jeune homme finit par briser quand il l'informa de son départ pour l'Angleterre.
– Il est anglais, à la base, termina son explication auprès de son petit-ami Emma, qui revenait peu à peu à la réalité et se sortait de tous ces souvenirs, des pleurs roulant le long de ses joues sans même qu'elle ne s'en soit rendue compte. Son père a déménagé aux États-Unis après la mort de sa femme pour repartir sur de nouvelles bases, mais il n'a jamais réussi à se remettre de sa perte. Il a fini par abandonner son fils, incapable de s'en occuper, trop perdu dans son alcoolisme naissant. Paraît-il qu'il est mort quelques années après. Killian… Killian est parti parce qu'il voulait en connaître plus sur ses origines, savoir s'il lui restait de la famille là-bas, voir où il avait grandi. Trouver des réponses à ses questions.
Après l'avoir écoutée se dévoiler sans jamais la couper, Walsh contempla sa fiancée en silence un moment, une main posée sur sa cuisse qu'il serra légèrement pour lui faire part de sa présence dans ces rappels difficiles de son enfance. Maintenant qu'il connaissait toute l'histoire, il s'en voulait d'avoir été jaloux, et d'avoir réagi ainsi face au brun. Il comprenait ce qui les liait tous deux un lien spécial.
Mais surtout, un lien qui était tout sauf amoureux – fraternel, tout au plus.
(S'il savait, pour leur baiser, il penserait peut-être différemment…
Mais Emma s'était bien gardée de lui en parler. Elle s'était bien gardée d'en parler à qui que ce soit, pas même à Elsa, ou ses colocataires.)
C'est pourquoi, ayant une idée derrière la tête, quand il prit enfin la parole, ce fut pour poser une simple question qui, il l'espérait, allait enchanter la jeune femme :
– Et si on l'invitait à dîner ce soir, pour que j'apprenne à le connaître ?
Déjà qu'elle avait le teint pâle, cette proposition fit blêmir d'autant plus la blonde.
Killian pénétra dans l'appartement de Liam juste avant midi. Même s'il avait quitté son bateau peu après Emma, après avoir rangé le petit-déjeuner qu'il avait laissé en place pour elle mais auquel elle n'avait pas touché (à part un unique pancake), il s'était retrouvé à parcourir le port et les rues de Storybrooke, dont il connaissait les recoins par cœur, perdu dans ses pensées. Il n'arrivait pas à s'enlever la jeune femme de l'esprit, ainsi que leurs retrouvailles, et il ne pouvait s'empêcher de se demander s'ils allaient bel et bien arriver à regagner cette complicité d'antan.
Si elle allait vraiment garder contact avec lui, cette fois, quand il partirait à nouveau d'ici la fin du mois.
Dès lors qu'il passa le pas de la porte et que le bouclé l'entendit entrer, il lança un regard suspicieux à son cadet, et le questionna :
– Tu étais avec Emma cette nuit, n'est-ce pas ? Anna t'a vu sortir du bar avec elle, et son copain nous a demandé à tous si on ne savait pas où elle pouvait être… Paraît-il qu'ils étaient censés passer la nuit ensemble.
L'intéressé, malgré la situation, ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire à l'entente de ces mots. Elle avait préféré rester avec lui, plutôt que de rejoindre son petit-ami, comme convenu…
– Oui, on était ensemble, affirma-t-il tout de même. Mais pour ma défense, c'est elle qui m'a suivie alors que je me rendais au Joyau. On a simplement fini par s'endormir à force de trop parler, c'est tout.
– C'est tout ?! le réprimanda son frère, alors qu'il semblait prendre les choses un peu trop à la légère à son goût. N'oublie pas qu'elle est en couple, et que c'est sérieux – il l'a demandée en mariage, ce n'est pas rien ! Et n'oublie pas non plus que tu repars bientôt, ne la fais pas souffrir pour rien.
– Je sais. Mais on n'a rien fait de mal, si c'est ce dont tu as peur.
Puis il laissa un soupir s'échapper de sa bouche, fatigué de tous ces sentiments contradictoires qu'il pouvait ressentir, et partit s'asseoir sur le canapé, cachant sa tête entre ses mains. Liam vint le rejoindre rapidement, sentant que quelque chose n'allait pas chez son cadet – il le connaissait par cœur, après tout.
Alors, pour la première fois depuis l'événement trois ans plus tôt, il avoua ce secret qu'il n'en pouvait plus de garder :
– Elle m'a embrassée.
– QUOI ?! s'écria son vis-à-vis, incrédule. Et c'est ce que tu appelles « ne rien faire de mal », toi ?!
– Pas cette nuit, idiot, se reprit l'autre. A ma soirée de départ. Je sais ce que c'est que de sortir avec une femme mariée, je ne vais pas refaire la même erreur, surtout lorsque je suis au courant qu'elle n'est pas seule.
En effet, quelques années plus tôt, Killian avait fait la rencontre d'une certaine Milah Gold, une femme plus âgée que lui dont il était tombé éperdument amoureux, mais qui lui avait caché l'existence d'un mari… et d'un enfant. Autant dire que le retour à la réalité avait été rude pour lui qui aurait été prêt à tout donner pour quelqu'un qui s'était finalement joué de lui.
– Et puis Emma n'est pas comme ça, ajouta-t-il après un court silence durant lequel il se remémora cette douloureuse partie de son passé.
– En effet, elle ne l'est pas, confirma son aîné. Et pourquoi est-ce qu'elle t'a embrassé, ce soir-là, au juste ?
– Parce que, d'après elle, elle le « sentait bien ». Mais je suis sûr qu'elle ne m'a pas tout dit.
– Ou alors c'est juste qu'elle ne t'a pas dit ce que tu voulais entendre – qu'elle t'avait embrassé parce qu'elle était amoureuse de toi, elle aussi. Vraiment, Killian, si tu veux que votre amitié marche… il faut que tu acceptes qu'elle ne ressent pas la même chose que toi. Qu'elle n'a peut-être jamais ressenti la même chose que toi.
Liam savait bien que ce qu'il affirmait était faux – il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir l'amour que l'un et l'autre se portaient à l'époque – mais il préférait avancer de telles choses pour permettre à son cadet de se sortir la jeune femme de la tête, et accepter qu'il était maintenant trop tard. Elle avait quelqu'un d'autre dans sa vie à présent, et s'il voulait y rester lui aussi, il fallait qu'il soit prêt à n'être que son ami, et rien de plus.
Cette réponse ne fut donc clairement pas celle que le brun attendait, mais c'était celle qu'il devait entendre. Car son frère avait raison ; ils ne pourraient pas continuer à se côtoyer dans ces conditions.
Et s'il y avait une chose que Killian voulait, c'était que cela marche, cette fois. Qu'ils ne se perdent plus jamais de vue. Quel qu'en soit le prix à payer pour lui, ces visions à subir (mais il n'aurait pas à les subir longtemps, après tout, puisqu'il allait repartir) – cela en valait le coup.
Toutefois, quand il s'apprêta à répliquer quelque chose, il fut coupé dans son élan par son téléphone qui se mit à vibrer dans sa poche. Il l'attrapa, et un sourire radieux apparut sur son visage quand il vit le nom de la personne qui l'appelait apparaître à l'écran.
Il s'empressa alors de décrocher, curieux de savoir ce qu'on lui voulait, et perdit tout rictus après quelques minutes seulement de conversation. Lorsqu'il raccrocha, il arborait un air dépité.
A tel point que le bouclé, qui se trouvait toujours à ses côtés, le questionna, inquiet face à un tel changement d'attitude et pensant qu'il venait de recevoir une mauvaise nouvelle :
– C'était qui ?
– Emma, l'informa l'autre, livide.
– Et… qu'est-ce qu'elle voulait qui te mette dans un tel état ?
– Elle a… elle a accepté la demande en mariage de Walsh et… je suis invité chez eux ce soir pour fêter ça.
