Sachez que je suis quelqu'un de très indécise. Tellement indécise, même, qu'il ne m'aura fallu qu'une nuit pour changer d'avis et décider de ne finalement pas abandonner cette histoire.
J'ai donc repris le chapitre 6 que j'avais déjà posté hier soir pour le réécrire et y ajouter des détails/changer certaines choses (notamment l'un des passages CS de la fin, pour ceux qui ont lu la première version, qui est beaucoup plus long et différent), ce qui fait qu'il sera coupé en deux chapitres, celui-ci et le prochain. Il y en aura peut-être aussi un troisième avec des événements dont je n'ai pas encore parlé si j'arrive à les ajouter + l'épilogue. Et enfin cette fois ce sera bel et bien terminé.
Je suis désolée pour tous ces changements de derrière minute, mais ça me faisait un peu de peine de bâcler cette fiction, même si elle est loin de faire partie de celles dont je suis le plus fière. J'espère donc que ça vous plaira malgré tout, et à la prochaine pour la suite :)
– Je ne peux pas t'épouser.
Après avoir quitté à toute vitesse celui de Liam, Emma entra en trombe dans l'appartement de Walsh, qui était en train de terminer de faire la vaisselle. Elle ne lui laissa pas le temps de poser la moindre question sur sa présence qu'elle lui fit part de cet aveu qu'elle gardait en elle depuis bien trop longtemps. Elle lui devait la vérité, tout de suite, avant qu'elle ne perde à nouveau le courage de se dévoiler ainsi et de lui expliquer son problème d'engagement.
(Les reproches qu'elle avait à lui faire à propos de son mensonge sur la soi-disant future fiancée de Killian viendraient plus tard ; ils auraient tout le temps d'en parler ensuite. De toute façon, elle avait déjà une bonne idée du pourquoi il l'avait fait – par pure jalousie envers le brun, évidemment)
Sauf qu'il ne prit pas bien cette révélation. Pas bien du tout, même.
En effet, dès lors qu'il entendit ces mots, la lueur dans son regard changea subitement, se transformant en quelque chose de beaucoup plus dur, et il fit valser la chaise qui se trouvait juste devant lui en laissant s'échapper un sonore « putain ! » de sa bouche, rapidement suivi par d'autres injures. Il se mettait dans un état de colère dans lequel la jeune femme ne l'avait jamais vu en huit mois de vie commune, lui qui d'habitude paraissait si calme et compréhensif.
Il devenait fou, totalement, comme si tout ce qu'il avait pu contenir ces derniers temps – depuis le début de leur relation ? – explosait enfin.
A tel point que, lorsqu'elle tenta de poser une main sur son bras dans l'espoir de le calmer, et lui faire comprendre que ne pas souhaiter l'épouser maintenant ne voulait en aucun cas dire qu'elle ne le ferait jamais, ni qu'elle ne l'aimait pas – ne l'aimait plus – ou qu'un événement avait eu lieu depuis qu'elle avait d'abord accepté sa demande pour lui faire changer d'avis, il attrapa son poignet si fort qu'il en laissa des marques, et la plaqua contre le mur le plus proche derrière eux.
– Arrête avec tes conneries ! lui asséna-t-il froidement en retour, ses irises noires plantées si proches dans celles complètement décontenancées de la blonde. Je sais très bien pourquoi tu ne peux pas m'épouser maintenant, ni même jamais, d'ailleurs !
– Et pourquoi est-ce que je ne le pourrais pas ? voulut savoir l'intéressée tout en se détachant de la douloureuse emprise de l'homme qui la retenait en le repoussant loin d'elle avec rage, à son tour mise sur les nerfs devant cette démonstration du véritable caractère de celui qu'elle croyait pourtant connaître.
– Comme si tu n'avais pas idée de la raison…
– Non, je n'en ai aucune, s'énerva un peu plus Emma.
– C'est Killian ! cracha alors le nom de l'anglais son interlocuteur. C'est à cause de Killian !
Puis, sans laisser le temps à son (ex ?)-petite-amie de réagir de quelque façon que ce soit à cette explication, il la poussa hors de chez lui, et fit claquer la porte dans son dos qu'il referma à clefs, laissant la jeune femme seule dans le silence du couloir de l'immeuble, interloquée. Tellement interloquée, même, qu'elle fut incapable de bouger ni de se rendre nulle part. C'est pourquoi elle se laissa tomber au sol et se recroquevilla sur elle-même, cachant sa tête entre ses genoux pour ne plus avoir à regarder le monde autour d'elle.
De pleurs se mirent alors à rouler le long de ses joues rosies sans même qu'elle ne s'en rende compte, la pression redescendant peit à petit alors qu'elle prenait conscience de ce qui venait de se passer avec Walsh, leur dispute dont son indécision avait encore été à l'origine, comme bien souvent c'était le cas avec qui que ce soit, et ses mots à lui…
C'est à cause de Killian !
Venait-il vraiment d'insinuer une nouvelle fois, après tout ce qu'elle avait tenté de faire pour qu'il comprenne qu'il n'avait pas à être jaloux de lui, en venant même à lui raconter son passé d'orpheline pourtant si douloureux à partager, qu'elle était amoureuse de son meilleur ami ? Elle pensait sincèrement avoir réussi à effacer ses suspicions. Ses inventions auraient pourtant dû lui faire comprendre que ce n'était pas le cas…
Et, à son tour, il lui mettait le doute, l'imbécile, avec ses paroles.
(Comme si elle ne doutait pas déjà avant… Si elle devait être honnête avec elle-même, il n'avait fait que mettre le doigt sur ce qu'elle essayait de refouler depuis bien trop longtemps.
Depuis plus de trois ans.)
(C'était lui, l'homme de sa vie, et personne d'autre. Il faudrait qu'elle finisse par l'accepter, si elle voulait arrêter de souffrir et surtout, de faire souffrir les autres avec son déni.)
– Vous allez bien, mademoiselle ? fut-elle toutefois coupée dans ses interrogations internes par une voix qui l'interpella.
C'était la voisine de palier qui, après avoir entendu des cris et des pleurs étouffés, était venue pour ce qui se passait, si quelqu'un avait besin d'aide.
– Tout va très bien, mentit l'intéressée en relevant la tête et forçant un sourire vers celle qui venait de parler, une femme d'un certain âge dont le visage était familier à Emma, même si elle avait du mal à se rappeler d'où elle pouvait la connaître.
Cependant ses yeux rougies, et son rictus qui sonnait faux la trahirent tout de suite.
– Excusez-moi d'insister, répliqua donc son interlocutrice, mais j'ai entendu ce qui s'est passé, et vous n'avez pas l'air en grande forme… Vous êtes sûre que vous n'avez rien ?
La blonde nia de la tête pour toute réponse. Et elle failli s'en sortir ainsi ; après tout, si on ne voulait pas de son aide, la voisine ne pouvait forcer personne.
Du moins, ce fut le cas jusqu'à ce qu'elle aperçoive les bras meurtris d'Emma juste avant qu'elle ne se retourne pour rentrer chez elle. Elle s'écria alors, horrifée :
– Venez avec moi, il est hors de question que je vous laisse seule comme ça !
L'intéressée soupira de mécontentement, mais elle se laissa faire, malgré son envie de solitude. Elle se sentait incapable de lui tenir tête et refuser son offre, de toute façon.
Qu'une inconnue, qui ne la jugerait donc pas, s'occupe d'elle lui ferait peut-être du bien.
– Vous avez eu des nouvelles d'Emma récemment ?
Ruby, qui tenait son portable entre ses mains, releva la tête de ce dernier pour planter ses irises interrogatrices dans celles de sa colocataire et de leur amie Elsa, en compagnie de qui elles se trouvaient présentement à l'appartement. Aucune d'entre elles n'avait vu, ni parlé à leur amie depuis plusieurs jours. Depuis qu'elle avait accepté la demande en mariage de Walsh, en fait.
Et elle ne leur en avait même pas encore parlé d'elle-même, trois jours plus tard.
– Non, et je t'avoue que ça commence à m'inquiéter sérieusement, fut la première à lui répondre la blonde du groupe. Elle n'a pas répondu au message que je lui ai envoyé la dernière fois pour qu'on prenne un verre ensemble ; ce n'est pas son genre, pourtant. J'ai la forte impression qu'elle cherche à nous éviter, en ce moment…
– Ah, on est d'accord alors, je ne m'imagine pas des choses ?! rétorqua immédiatement l'autre jeune femme, soulagée de ne pas être la seule à s'en être rendu compte. C'est cette impression que j'ai moi aussi, alors que je pensais qu'on allait tous se voir souvent cette semaine pour profiter du court retour de Killian parmi nous. Même lui n'a pas de nouvelles, paraît-il, et il n'a pas voulu me raconter ce qui s'est passé la dernière fois qu'ils se sont vus – je crois que ça s'est mal passé. C'est étrange, quand même.
Son interlocutrice acquiesça d'un signe de tête, soucieuse. Elle faisait partie de ceux qui connaissaient Emma mieux que personne, et n'avait donc pas besoin de l'avoir devant elle pour comprendre que quelque chose clochait. Surtout lorsque le début de son silence coïncidait parfaitement avec ces fameuses épousailles qu'elle avait acceptées sans en parler, ni le fêter avec personne – ou presque.
Sauf qu'elle savait aussi que si elle ne souhaitait pas partager ses soucis, elle ne les partagerait pas, avec qui que ce soit. Et que si elle ne voulait pas voir ses camarades, elle ne les verrait pas non plus, malgré toutes leurs bonnes intentions pour lui venir en aide. Il ne servait à rien de la forcer à accepter qu'elle allait mal, au risque qu'elle se braque davantage et ne se cache encore un peu plus derrière ses hauts murs.
– Ne soyez pas paranos, fut-elle toutefois sortie de ses réflexions par la voix de leur troisième acolyte, qui ne semblait visiblement pas d'accord avec elle au vu de son ton. Elle vient de se fiancer, c'est normal qu'elle veuille passer du temps seule avec lui après ça, non ?
– Certes… Mais elle pourrait au moins nous prévenir alors, non ? rétorqua la serveuse, toujours campée sur sa position. Parce qu'elle nous a promis qu'elle serait là aujourd'hui pour qu'on aille faire les courses pour notre fête d'Halloween, sauf qu'il est presque midi et on ne sait toujours pas quand – et surtout, si – elle a prévu de nous rejoindre ici.
– En même temps on y va dans l'après-midi, elle a tout le temps d'arriver quand elle le voudra, toi-même tu vas t'absenter un moment avant qu'on s'en rende, s'entêta la brune aux cheveux courts, certaine qu'il n'y avait pas de quoi s'alarmer et qu'il existait une explication rationnelle à tout – elle était du genre à toujours tout positiver.
La discussion continua ainsi pendant un certain temps, durant lequel Mary-Margaret tenta en vain de rassurer ses amies et de leur prouver que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Emma. Elle fut interrompue dans son discours par l'arrivée de Dorothy, la petite-amie de Ruby, venue la chercher pour se rendre chez la tante de cette dernière pour manger.
Avant de partir, elles burent un verre toutes ensemble, accompagné de conversations plus légères cette fois, avant que le couple ne quitte enfin leurs camarades et ne prenne main dans la main la direction de l'immeuble où elles avaient rendez-vous.
– Tante Em ! la salua sa nièce tout en la prenant dans ses bras lorsque la vieille femme leur ouvrit la porte une fois arrivées à destination.
Cette dernière, très attachée à ce membre de sa famille, répondit chaleureusement à son étreinte, avant d'en offrir une à Ruby, qu'elle appréciait elle aussi beaucoup et qu'elle avait immédiatement adoptée lorsque Dorothy la lui avait présenté. Mais, alors qu'elle se laissait aller entre ces bras réconfortants, la serveuse aperçut une masse de cheveux blonds qui dépassait du canapé face à elle, et qui l'intriguèrent fortement – elle crut bizarrement reconnaître la coupe de sa colocataire.
Pour en être certaine, cependant, ne voulant pas arriver à des conclusions hâtives, elle se détacha vivement de l'emprise de la propriétaire des lieux, et accourut vers le sofa pour faire face à personne qui se trouvait assise dessus.
– Emma ?! s'écria-t-elle quand elle se retrouva nez-à-nez avec l'intéressée, et qu'elle put donc se rendre compte qu'elle ne s'était pas trompée dans ses suspicions.
Son expression du visage d'abord surprise se transforma rapidement en quelque chose d'horrifié à la vue de l'état de la jeune femme : enroulée d'une grosse couverture, une tasse de chocolat chaud posé sur la table devant elle – son remède le plus efficace contre la déprime, avait appris à le reconnaître la brune –, ses prunelles étaient rougies par des larmes qui avaient trop coulé. La première réaction de la serveuse fut de se positionner aux côtés de son amie, et passer un bras autour de ses épaules pour la serrer fort contre elle, avant de reprendre la parole, choquée.
– Qu'est-ce que tu fais ici, que s'est-il passé ? la questionna-t-elle d'un ton qui se voulait le plus doux possible pour ne pas la brusquer et lui montrer son soutien.
– Rien, je… rien du tout, rétorqua son interlocutrice, dont le cœur avait raté un battement à la vue de sa camarade.
Elle qui ne voulait pas que ses proches soient mis au courant de quoi que ce soit pour l'instant, voilà qu'elle se retrouvait face à l'une d'entre eux. Et maintenant qu'elle se retrouvait ici en compagnie de Ruby, elle comprit aussitôt d'où elle connaissait celle qui l'avait hébergée : comment n'avait-elle pas pu reconnaître Emily Brown, la propriétaire du Auntie's, restaurant qui faisait concurrence directe au Granny's avec ses délicieuses gaufres ?
Afin de reprendre contenance, et avant d'avoir à affronter la serveuse – elle savait pertinemment que la réponse qu'elle lui avait donnée ne lui suffirait pas – Emma tendit le bras hors de son cocon pour attraper sa boisson et en boire une gorgée. Mauvaise idée. Car quand elle le sortit de sous les couvertures, son amie eut toute l'occasion de voir les bleus sur son poignet.
– C'est ça que tu appelles « rien » ? s'énerva-t-elle alors en attrapant son membre entre ses propres mains pour l'examiner de plus près, ce qui fit légèrement grimacer de douleur l'autre jeune femme au passage. Emma, on s'inquiète tous pour toi, tu es bizarre ces derniers jours, tu ne parles plus à personne, tu ne nous as même pas prévenu que tu avais accepté la demande en mariage de Walsh – n'en veux pas à Killian, il nous a appris la nouvelle en pensant qu'on le savait déjà. Alors sérieusement, qu'est-ce qui ne va pas ?
L'intéressée poussa un long soupir désespéré, une unique larme venant s'échapper de son œil, et elle rassembla tout ce qui lui restait de courage pour se livrer. Elle ne pouvait plus se cacher.
– Je crois que l'histoire ne date pas que de ces derniers jours. Je pense qu'elle commence il y a trois ans, quand Killian est parti, quand… quand on s'est embrassé pendant sa soirée.
C'était la première fois qu'elle révélait ce passage de sa vie à quelqu'un – même si Ruby était déjà au courant, via l'anglais. Et, une fois ce premier aveu fait, elle enchaîna sur sa lancée, racontant d'une traite, sans que sa colocataire ne l'interrompe jamais dans son récit, tout ce qui lui était arrivé, de la première crise de jalousie de son ex-fiancé suite au retour de son meilleur ami jusqu'à leur violente rupture le matin-même et sa rencontre avec la voisine de Walsh, qui se trouvait être par la même occasion la tante de Dorothy. Elle n'omit aucun détail, mais même ses rêves et autres doutes concernant ses sentiments envers l'un ou l'autre.
Bien vite, elle se rendit compte que parler lui faisait vraiment du bien, alors elle continua jusqu'à ce qu'elle n'ait plus rien à dire. Et, une fois le silence revenu dans la pièce, au lieu de paraître triste et désolée pour sa camarade, Ruby sembla davantage énervée que jamais. Ses poings s'étaient serrés durant l'écoute du discours de la blonde. Si bien que, après l'avoir tout de même prise contre elle et embrassé sa tempe en signe de réconfort, elle se leva d'un bond et, sans rien dire, sortit de l'appartement.
Elle fut suivie de près par les trois autres femmes, qui se demandaient bien ce qui lui prenait, ne comprenant pas son comportement. Elles purent alors la regarder, impuissantes, sonner chez le voisin, attendre que celui-ci ne sorte et le frapper en plein visage une fois retrouvée face à lui.
– Ne t'avise plus jamais de toucher à ma copine, ou à qui que ce soit d'autre, le menaça-t-elle d'un regard noir avant de refermer avec force la porte devant elle et de retourner chez sa belle-famille comme si de rien n'était.
Les autres demeurèrent là où elles se trouvaient, bouches-bée et choquées. Emma aurait pourtant dû se douter d'une telle réaction de la part de Ruby, qui pouvait facilement se montrer impulsive lorsqu'on s'en prenait à ceux qu'elle aimait. (Elle aussi aurait réagi de la même façon, à sa place, après tout.)
Finalement, elles se décidèrent à bouger et rentrèrent à leur tour dans l'appartement, où la blonde fut invitée à rester pour le repas, ce qui lui permit de retrouver légèrement le sourire, notamment grâce à sa camarade, qui fit tout son possible pour la mettre à l'aise et lui faire oublier sa rupture. Elles décidèrent ensuite de retourner chez elles ; des courses les attendaient, après tout, et l'organisation d'une fête ne pourrait que changer les idées de la jeune femme.
Du moins, Ruby l'espérait…
Après avoir passé l'après-midi sur leur bateau et dîné sur le pont de celui-ci, oubliant tout ce qui les préoccupait dernièrement le temps d'une journée passée entre frères, comme au bon vieux temps, Liam et Killian finirent par retourner au port au coucher du soleil. Et, alors qu'ils s'apprêtaient à descendre de leur navire pour rentrer à l'appartement du plus vieux d'entre eux, ils aperçurent au loin la silhouette d'une jeune femme qui s'approchait du Joyau du Royaume en titubant.
– Ce ne serait pas Emma qui arrive ? demanda le bouclé en fronçant des yeux pour mieux voir.
– Impossible, nia son cadet. Regarde cette femme, elle est complètement bourrée, et tu sais très bien qu'Emma ne boit jamais – ou du moins jamais à ce point.
C'était vrai. La blonde détestait l'alcool et ses effets, à cause desquels elle laissait plus facilement baisser sa garde, laissant tomber ses murs sans le vouloir vraiment.
Elle détestait ne pas avoir le total contrôle d'elle-même, ni être en mesure dire des choses qu'elle n'aurait certainement jamais révélées en étant sobre.
Pourtant, quand la personne se trouva à une distance suffisante pour être reconnue, l'anglais fut bel et bien forcée d'admettre que ce n'était autre que la blonde, qui se dirigeait droit sur eux, une bouteille de ce qui semblait être du champagne à la main. Il comprit tout de suite que quelque chose n'allait pas chez elle, et en eut bien vite la confirmation quand elle l'interpella une fois à la hauteur des deux hommes.
– Killian ! s'écria-t-elle d'un ton un peu trop enjoué. Ne t'en vas pas tout de suite, nous avons quelque chose à fêter ce soir. Je suis libre, enfin entièrement libre !
Puis, à ces mots, elle ne laissa pas le temps à l'intéressé de réagir de quelque façon que ce soit qu'elle se jeta à son cou – tomba à son cou, plutôt, aurait été le mot exact tant elle tenait à peine sur ses jambes. Celui-ci recula d'un pas sous ce poids inattendu, puis la retint fermement contre lui pour ne pas qu'elle chute. Après plusieurs secondes d'étreinte, il finit par la repousser légèrement afin de faire face à son visage.
– Que se passe-t-il, chérie ? Pourquoi dis-tu ça ? voulut-il savoir, inquiété par de telles paroles.
– Walsh… il m'a quittée ! chanta-t-elle, un grand sourire posté au bord de ses lèvres, comme si c'était la meilleure nouvelle de sa vie qu'elle annonçait là à son meilleur ami.
Il savait pourtant que c'était ce qu'elle avait bu qui la rendait ainsi euphorique et qu'au contraire de ce qu'elle voulait bien faire croire, elle était désespérée, au fond d'elle.
Et qu'elle allait finir par craquer, à un moment ou un autre, quand elle reprendrait conscience…
(Elle s'était comportée de la même manière, la première et unique fois où il l'avait vue à ce point ivre. Quand Neal, son premier amour, avait disparu du jour au lendemain alors qu'elle venait de lui faire part de ses doutes quant au fait qu'il l'aurait peut-être mise enceinte.)
(Apparemment, son après-midi entre filles ne l'avait pas aidée à se changer les idées.)
– Viens, on va parler à l'intérieur, on sera plus tranquilles, l'invita-t-il donc à rentrer dans le bateau tandis que Liam s'en allait pour les laisser seuls suite à la demande muette de son cadet.
Il savait comment gérer la situation.
Une fois rentrés dans les quartiers, il l'installa sur le petit lit, lui confisquant sa boisson malgré ses nombreuses protestations, puis il la pria de ne pas bouger pendant qu'il se versait un verre de rhum qu'il but d'une traite pour se donner la force d'affronter la longue nuit qui l'attendait. Il ne cessa pas de la surveiller durant tout le processus par peur qu'elle ne s'effondre ; mais elle n'en fit rien, caressant les draps du bout des doigts comme si elle repensait à quelque chose.
– Tu sais, finit-elle par prendre la parole sans pour autant lever le regard vers son interlocuteur, celui-ci toujours rivé vers le matelas, la dernière fois que je me suis retrouvée dans ce lit, c'était dans mon rêve d'hier soir. Tu y étais, toi aussi. Et on faisait l'amour toute la nuit…
Killian manqua de s'étouffer avec sa boisson à l'entente de cet aveu inattendu. Il préféra tout de même l'ignorer, sachant que la jeune femme ne se trouvait actuellement pas dans son état normal.
(Il ne put malgré tout pas empêcher son cœur de rater un battement. Elle avait rêvé de lui.)
Quand il vint prendre place à son tour sur le lit, la blonde laissa tomber sa tête contre son épaule, et poussa un soupir de contentement. Cela lui faisait du bien, de le sentir à ses côtés.
– Pourquoi est-ce qu'il t'a quitté ? reprit le cours de la conversation son camarade après quelques secondes d'un lourd silence entre eux.
– Parce que je lui ai enfin avoué que je ne pouvais pas l'épouser et il l'a très mal pris. D'après lui, si je ne le peux pas, et que je ne le pourrai jamais, c'est parce que je suis amoureuse de toi. Tu imagines, moi, être amoureuse de toi ?! se mit à rire de façon incontrôlable Emma.
Killian l'imita, mais d'un rire jaune, pour sa part. Était-ce vraiment à ce point stupide et ridicule de s'imaginer qu'elle pourrait avoir des sentiments pour son meilleur ami ? Son organe vital se serra fort dans sa poitrine, attristé par cette attitude de la jeune femme face à une telle possibilité.
– Le pire… finit-elle tout de même par se calmer. Le pire, c'est que je crois bien qu'il a raison, ce con… Je crois que je n'ai jamais réussi à tirer un trait sur mes sentiments pour toi.
Cette soirée commençait à devenir des montagnes russes, niveau émotions. Le brun se raidit tout à coup, le souffle court. Il avait peur d'avoir mal compris ce qu'elle venait de lui dire.
Pourtant, à la façon dont Emma s'approcha ensuite de lui, un petit sourire malicieux en coin, il ne put que reconnaître qu'il ne s'était pas trompé. Elle venait bien de lui révéler qu'elle l'aimait.
Rêver qu'ils partageaient une nuit ensemble était une chose… celle-ci en était une toute autre.
– Parce que bien sûr que même si je t'ai dit le contraire l'autre jour, continua-t-elle son explication tout en s'avançant toujours un peu plus proche vers lui, à tel point qu'elle se trouvait à présent presque assise à califourchon sur ses genoux, ses doigts venant caresser sa barbe, si je t'ai embrassé avant que tu partes il y a trois ans, ce n'était pas pour rien. C'était ma manière de te faire comprendre ce que je ressentais, ma façon d'essayer de te faire rester avec moi, parce que j'étais incapable de le faire avec des mots. Mais tu es parti quand même…
Ses irises plantées dans celles de son vis-à-vis, elles ne cessaient d'osciller entre celles-ci et ses lèvres. Elle avait envie d'enfin se laisser aller, maintenant que plus rien, ni personne, ne la retenait.
Elle voulait l'embrasser.
– Est-ce que… est-ce que tu penses que si j'essaie cette fois, ça marchera ? Tu comprendras, et tu resteras ? murmura-t-elle alors à son oreille.
L'anglais déglutit, incapable de prononcer le moindre mot en retour, ni de détacher son regard de la blonde. Il était partagé entre le bonheur d'apprendre que ses sentiments étaient réciproques, et cette voix dans sa tête qui ne cessait de lui répéter qu'elle était saoule, et donc pas dans son état normal. Qu'elle pourrait regretter tout ceci, et surtout le nier, une fois à nouveau sobre.
Pire, même, qu'elle pourrait le rejeter, et s'en éloigner, après lui avoir permis d'être si proche.
C'est pourquoi, lorsque, sans attendre de réponse, elle fit mine de mettre fin aux derniers millimètres qui les séparaient l'un de l'autre, il détourna la tête, bien qu'à contrecœur, pour que la course de son baiser vienne se terminer sur sa joue. Et, devant l'air choqué et déçu d'Emma, il lui expliqua simplement :
– Je t'aime aussi, Emma, plus que tu ne pourras certainement jamais l'imaginer, et ce depuis bien longtemps déjà, mais je ne veux pas que tu m'embrasses, pas comme ça. Pas quand tu es bourrée et que tu n'as pas la moindre conscience de ce que tu fais. Si demain tu le veux toujours, si ce n'est pas juste un besoin d'affection passager à cause de la tristesse et de l'alcool, alors il n'y aura aucun de soucis. Si demain tu veux encore que je reste, tu n'auras qu'à me le demander. En attendant, tu ferais mieux de rentrer chez toi et dormir, je vais te raccompagner…
Sauf que, contre toute attente, Emma perdit tout à coup sa joie, et des larmes se mirent à perler au coin de ses yeux, qu'elle n'arriva pas à contrôler. Devant un tel état de détresse, son ami fut bien obligé de revoir ses plans et de la garder près de lui, la prenant dans ses bras pour la réconforter comme il le pouvait.
– Ne m'abandonne pas, s'il-te-plaît, pas toi, sanglota-t-elle dans le creux de son cou. J'ai besoin de toi, j'ai perdu tous ceux que j'aimais… Je ne peux pas te perdre toi…
– Chut, la berça-t-il tendrement pour toute réponse, l'embrassant sur le front. Je te promets que je ne t'abandonnerai jamais. On s'est toujours dit qu'on se retrouverait toujours, après tout, n'est-ce pas ?
Elle acquiesça de la tête, bien que pas tout à fait convaincue. Il lui fallut encore un long moment avant de se calmer mais quand elle le fit, les paupières mi-closes, exténuée, prête à s'endormir, ce fut un doux sourire qu'elle offrit à son ami avant de le remercier et de sombrer dans le sommeil.
Killian la rejoint bien vite, leurs deux corps pressés l'un contre l'autre – Emma avait refusé de le lâcher. Il profita de cet instant de calme, sachant pertinemment que le lendemain serait difficile.
