Depuis quelques semaines, il déambulait souvent seul, ruminant ses pensées. Il ne passait pas une seconde de plus que nécessaire dans les couloirs et ses salles de classe. Même dans le dortoir, il n'était pas à l'aise. Oh, bien sur, Albus lui avait fourni une chambre à l'écart de certains de ses camarades serpentards qui lui en voulaient beaucoup d'avoir voulu sauver sa peau plutôt que d'aider Voldemort à vaincre.
Le seul domaine où le blond s'en sortait, c'était pendant les cours. Il n'avait pas le choix, il se devait d'exceller pour réussir dans toutes les matières. Le nom des Malfoy serait déjà un problème de poids pour se dégoter un travail.
Quand il était petit, il avait toujours été passionné par la médecine. Il avait souvent vu son parrain, Severus Snape, le soigner quand ses parents se défoulaient sur lui quand il n'était pas obéissant. C'était sa charmante petite famille qui lui avait appris à garder ce masque de froideur et à être impassible quoi qu'il arrive.
Heureusement, la seule chose qu'il avait réussi à garder intacte tout au long de son enfance, c'était son émerveillement pour la magie médicale. Il avait de bonnes notes. Il voulait devenir médicomage, mais ses parents en avaient fait un mangemort contre son gré. Ils continuaient de lui gâcher la vie, même en prison.
Le seul soutien qu'il pouvait encore avoir, c'était Severus. Son parrain avait survécu à la morsure de Nagini, sauvé de justesse par l'infirmière du château. C'était lui qui l'avait trouvé, gisant sur le sol, et qui avait été chercher la vieille femme. Après de longs jours de soins minutieux, l'homme avait regagné ses forces et avait repris son poste de professeur de potions et de défense contre les forces du mal, Slughorn n'enseignant plus.
Parfois, le préfet-en-chef allait rendre visite à Severus dans ses appartements. C'était souvent pour parler du passé et il n'était pas rare que Draco s'isole encore plus et ne se rende malade à cause des images qui envahissaient son esprit.
La vie n'avait plus aucun sens pour lui. Il n'avait ni famille, ni amis et n'aurait certainement plus . Plus aucun avenir. A quoi bon tenter de vivre une scolarité normale? Il ne le savait pas. Sa vie était vide. Il n'avait plus aucun intérêt pour quoi que ce soit.
Manger n'avait plus d'intérêt, les sorties à Pré-au-lard, n'avaient plus d'intérêt. Le seul point positif, c'était que pendant que tous trainaient dans la grande salle ou dans le petit village sorcier, lui, il pouvait se balader sereinement ou s'enfermer chez lui et respirer. Ce qu'il faisait en ce moment même. Tous les élèves étaient partis se promener dans le village sorcier, mais lui, n'avait pas eu envie d'y aller.
Il préférait déambuler dans le parc de Poudlard, longeant le lac gelé dans l'espoir d'y tomber et de s'y noyer. Mais Severus ne le laisserait jamais mourir.
Non. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais c'est comme si l'homme lui avait lancé un sort qui lui permettait de savoir à chaque instant ce qu'il faisait. Et ça, ça le mettait en rogne. Ne pouvait-il pas le laisser mourir tranquillement? A quoi bon vivre s'il n'avait plus d'avenir pour lui? Le nom des Malfoy avait été trainé dans la boue. Tous ses amis et toutes ses connaissances lui avaient tourné le dos. Alors à quoi bon? Personne ne remarquerait et ne songerait à pleurer la mort d'un mangemort. Personne. Il subissait l'existence pour rien. A croire que l'existence même existait sans lui. Comme s'il ne faisait tout simplement pas partie du monde.
Déambulant toujours, il vit un petit banc. Ce petit banc sur lequel il avait l'habitude de s'asseoir le soir pour pleurer quand il n'en pouvait plus. Quand il n'en pouvait plus d'exister. Déjà à cet instant il aurait voulu disparaitre pour ne pas avoir à vivre tout cela. Soupirant, il caressa doucement le bois, le débarrassa de la neige qui le recouvrait et s'y assis. Comme bien souvent depuis qu'il était seul, il se plongeait dans ses cours et cette journée ne ferait pas exception.
Avec un profond soupire, il ouvrit son livre de métamorphose et l'ouvrit à la page qu'il avait cornée pour continuer à lire. La lecture. Il n'y avait plus que dans les livres qu'il arrivait à chasser tous ces souvenirs sur la guerre qui l'envahissaient dès qu'il était seul. Non, il ne voulait plus y réfléchir. Il ne voulait plus penser à ses parents qui l'avaient entrainé à être parfait pour servir Voldemort. Il ne voulait plus penser à la douleur qui l'avait envahi quand, marqué, il avait cherché du réconfort auprès de ses parents qui l'avaient rejeté. Il ne voulait plus y penser mais il n'oubliait pas et n'oublierait probablement jamais. Comme un fer chauffé à blanc sur son coeur, leur rejet lui avait fait mal.
Puis il avait tout abandonné, déshonorant ses parents auprès du Lord noir. Mais peu lui importait. Son père lui avait toujours appris à mépriser les moldus et les sangs-mêlés. Alors pourquoi s'était-il associé à un sang-mêlé tel que Voldemort? C'était une disgrâce pour une famille comme la leur mais qui s'en préoccupait à présent? Personne. Même plus lui.
Son nom n'était plus une fierté pour lui désormais. C'était devenu un fardeau, un réservoir d'insultes, de coups, de sorts jetés en douce, de mépris. C'était tout ce qu'il endurait, seul, sans rien dire à personne. Il avait tendance à se soigner seul quand il le pouvait, grâce aux livres sur la magie médicale qu'il avait emprunté à son parrain.
Avec les coups qu'il recevait assez souvent, même de la part de ses condisciples serpentards, il avait maintes fois eu l'occasion de tester la pratique sur lui-même. Heureusement, il était doué en sortilèges sinon il ne donnait pas cher de sa peau.
Le seul qui ne l'avait jamais dénigré, c'était Blaise Zabini. Le garçon était resté son ami car il n'avait rien contre lui. Il savait que Draco n'avait pas eu le choix d'être marqué. Il avait essayé de rester avec lui, mais le prince déchu des serpents l'avait renié. Il n'avait pas compris. Puis un soir, il avait rencontré son ami au détour d'un couloir.
- On ne doit pas nous voir ensembles. S'ils savaient, ils te feraient du mal à toi aussi. Je ne veux pas ça pour toi, Blaise, pas pour toi. Tu es mon meilleur ami.
Et les deux garçons ne s'étaient plus reparlé depuis. Draco avait fui et fuyait tout contact avec ses pairs. On ne le voyait que pendant les cours ou encore dans la grande salle quand il daignait s'y présenter pour manger.
Mais le serpentard n'était plus à l'aise au milieu des autres serpents. Depuis la guerre, il avait comme l'impression que là n'était plus sa place. Qu'il n'avait plus sa place nulle part. Alors, quand il se sentait suffisamment bien pour manger, il appelait un elfe et lui demandait à manger. Le reste du temps, il demandait une potion de nutrition à Severus.
Draco soupira. Malgré le froid il était bien décidé à terminer son chapitre de métamorphose et rédiger un compte rendu sur ce qu'il aurait lu à l'extérieur. Ce n'était pas un devoir imposé par le professeur, non, c'était ce qu'il s'imposait à lui-même pour s'empêcher de réfléchir et de penser au passé, à toutes les choses qu'il aurait pu faire s'il n'avait pas eu des parents adeptes de la magie noire.
Plongé dans sa lecture, il sursauta et manqua de faire tomber un livre quand il entendit un hennissement de sombral. Il pouvait enfin les voir depuis qu'il avait vu maintes fois la mort au sein de son propre manoir et ne pouvait s'empêcher de les trouver majestueux. Parfois, quand il faisait une pause entre deux chapitres, il les observait de loin trotter dans le vaste enclos qu'Haggrid avait reconstruit pour eux. Mais il ne s'en approchait jamais.
En général, c'étaient des créatures calmes. Il se demandait vaguement la raison de leur agitation et il bondit sur ses pieds quand l'un des sombrals hennit une deuxième fois. Que se passait-il?
Doucement, il se fraya un chemin jusqu'à l'enclos, prenant soin de ne pas se faire remarquer par les créatures agitées tant qu'il ne connaissait pas la nature de ce qui les avait troublé à ce point. Il ne s'en rendait pas compte, mais c'était la première fois qu'il les approchait d'aussi près.
Comme s'ils avaient compris que le serpentard ne leur voulait aucun mal, les sombrals s'écartèrent les uns des autres, dévoilant le corps de Luna Lovegood étendu sur la terre meuble.
- Lovegood? appela-t-il.
Que faisait-elle par terre? Confiant dans l'attitude des sombrals, il entra doucement dans l'enclos et s'agenouilla près de la blonde.
- Lovegood? appela-t-il une nouvelle fois en la secouant.
C'est là qu'il remarqua le sang qui coulait doucement dans ses cheveux blonds platines semblables aux siens. Elle était probablement tombée et s'était ouverte à la tête. Draco souffla. Il ne pouvait pas la déplacer, pas comme ça.
- Et merde !
Note d'auteur : Et voilà le tout premier chapitre de Beautiful Liar ! J'espère que ça vous plaira ! N'hésitez pas à me donner vos avis :) Allez, j'ai fait ma part de boulot ! C'est à votre tour maintenant! Alors... A vos claviers !
