Je remercie Tatchou pour ses relectures au milieu des cartons.

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Chapitre XVI


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« Madame Marchmont ? »

Root abandonna à regret les yeux de Shaw et se tourna vers le pilote.

« Je suis désolé, mais nous avons un contre-temps. Le contrôle aérien m'a contacté et notre vol est détourné vers l'aéroport Trenton-Mercer.

- Comment ça détourné ? intervint Shaw.

- Nous n'avons pas eu d'explications claires malgré notre demande. Il semble qu'il y ait un problème de disponibilité des pistes. Nous pouvons atterrir à Trenton-Mercer, c'est à seulement une heure et demie de route de New-York. Nous pourrons vous appeler une voiture ou si vous préférez, vous pouvez passer la nuit à Trenton et nous repartirons demain pour La Guardia. Je peux aussi, si cela vous arrange, demander d'être détourné sur un autre aéroport.

- Root ?

- Attends, Sameen. N'entamez pas de descente pour l'instant, demanda Root au pilote. Mettez-vous en attente. Il faut que je prenne des dispositions et que je voie quelle est la solution la plus adaptée. Je vous préviens rapidement.

- Bien, Madame, mais ne tardez pas trop, il m'est difficile de rester sans plan de vol.

- Ne vous inquiétez pas, ce sera rapide. »

Le pilote la salua poliment et repartit vers le cockpit. Shaw ouvrit la bouche, Root lui fit signe de se taire d'un geste de la main. La Machine lui donnait des instructions ou bien des renseignements.

« Bon d'accord. Sam, toutes nos armes ont bien été récupérées ?

- Oui, bien sûr.

- On risque d'en avoir besoin. Tu peux me charger mes Glock et me préparer des chargeurs de rechange ? lui demanda Root en lui tendant ses armes. Sors au moins un Herstal pour toi.

- Root, qu'est-ce qu'il se passe ?

- Je crains qu'on nous ait réservé un petit comité d'accueil. L'aéroport où nous sommes détournés est peu fréquenté en fin de journée.

- Samaritain ?

- Hum, il y a des chances.

- Root, on ne peut pas se poser là-bas. Qu'est-ce qu'on va faire à deux, si on se retrouve avec des tas de types qui nous attendent ? Nous sommes trop vulnérables dans un avion et on se retrouve avec quatre personnes non armées à protéger, ce n'est pas gérable. Ils vont nous balancer une roquette et tes Glock n'y pourront rien.

- Oui, tu as raison, c'est stupide.

- Qu'est-ce qu'on fait alors ?

- Euh… D'abord, pourrais-je emprunter tes bottines ?

- Quoi ? Mais, euh… »

Root la supplia du regard. Shaw écarta les mains en signe capitulation. Root sourit aux anges et Shaw maudit la nature de l'avoir pourvue d'une pointure que la terre entière semblait vouloir partager avec elle. Elle se retrouvait une fois de plus pieds nus. De Maria Alvarez, ses chaussures allaient maintenant passer aux pieds de Root, c'était bien la peine de posséder une belle paire de bottines, si elle ne pouvait jamais les mettre.

« Ne sois pas chagrinée, mon cœur, je ne te les abîmerai pas et je te les rendrai, promis.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Prendre les commandes de l'appareil, bien sûr ! déclara-t-elle comme si c'était une évidence.

- …

- Prépare les armes, Sam, va voir si Maria est prête, demande à l'hôtesse de rester avec elle et de ne pas la quitter d'une semelle quoiqu'il arrive. Et vérifie au passage si elle ne sait pas se servir d'une arme, on ne sait jamais. »

Root enfila des chaussettes, chaussa les bottines de Shaw, releva la tête, vit l'air désolé de Shaw posé sur ses chaussures, lui attrapa vivement la tête entre ses mains et lui plaqua un baiser sur la bouche.

« Je t'adore, Sameen !

- Root ! protesta Shaw prise au dépourvu. Merde, t'es… »

Root lui ferma la bouche avec un nouveau baiser avant qu'elle ne sorte une nouvelle grossièreté et s'enfuit tout sourire dehors poursuivie par des grommellements irrités.

La jeune femme s'introduisit dans le cockpit et demanda abruptement au pilote de lui céder les commandes de l'appareil. Il refusa. Elle le menaça, il resta campé fermement sur sa position.

« Dégagez de là, où je vous bute ! »

Shaw et sa délicatesse habituelle ! Mais Root reconnut qu'elle avait l'art de tomber à pic quand on avait besoin d'aide. Elle semblait avoir surgi de nulle part. Son couteau était placé sous la gorge du pilote qu'elle immobilisait avec son avant-bras contre son siège, du sang perlait déjà sous la lame. De son autre main, elle menaçait le co-pilote avec son Glock.

« Il n'est peut-être pas nécessaire d'en arriver à ces extrémités. Écoutez, j'ai un brevet de pilote, de nombreuses heures de vol à mon actif, je suis parfaitement qualifiée pour piloter cet appareil. Notre passagère est sous le coup d'un contrat lancé sur elle par un Cartel mexicain. Il n'est pas possible de nous poser à Trenton-Mercer. Je vais nous poser ailleurs et avant ça disparaître des radars. Il ne vous arrivera rien, ni à vous ni à votre équipage et nous serons tous à New-York ce soir. Par contre si nous atterrissons à Trenton-Mercer vous êtes tous morts.

- Tu bavasses trop, Root, lui reprocha Shaw.

- Sam, s'il te plaît, la supplia Root. Et tu peux éloigner ton couteau de la gorge de notre aimable pilote ?

- Pff…

- Sam…

- Bon, okay.

- Merci, Sameen. »

Shaw lui adressa une grimace, le pilote soupira d'aise.

« Bon, alors vous me laissez la place ?

- Allez-y.

- L'un d'entre vous sait se servir d'une arme à feu ? demanda Root aux pilotes.

- Je suis sous-lieutenant dans la 42 ème division d'infanterie de la Garde Nationale, annonça le co-pilote.

- Parfait allez avec…Euh, Miss Harper, ordonna-t-elle au co-pilote. Vous commandant, prenez sa place, vous me servirez de co-pilote. Sam, arme le co-pilote et soyez tous sanglés derrière, ça risque de secouer un peu. »

Root vérifia la position de l'appareil, ils survolait le Kentucky. La Machine lui indiqua le petit aéroport d'Alexandria Field, situé un peu plus au Nord-Est de celui de Trenton-Mercer.

Il ne restait plus qu'à disparaître des radars. Elle brancha le micro de l'interphone, pour prévenir ses passagers qu'elle allait plonger et qu'il ne fallait pas qu'ils s'inquiètent, juste qu'ils s'accrochent et qu'ils renoncent à prendre un verre ou à se promener dans la coursive.

Shaw accompagnée du co-pilote était d'abord allée récupérer le sac dans lequel leur arsenal était rangé. Le co-pilote ne put réprimer un sifflement d'admiration en découvrant les armes. Shaw lui demanda s'il savait se servir d'un Herstal, il hocha la tête et elle lui en tendit un. Elle regarda ce qu'elle comptait comme armes de poing. Il restait deux Taurus et deux Glock qu'elle et Alvarez avaient rapportés de l'hacienda, et elle découvrit en souriant un Serdyukov que Matveïtch ou un autre Russe avait dû glisser dans le sac, accompagné d'un pack de quatre chargeurs et de deux boîtes de munitions. Un cadeau qu'ils lui avaient destiné. Elle apprécia l'attention et la discrétion qu'ils avait mis pour le lui offrir. Elle vérifia les chargeurs de toutes les armes et donna un Taurus et trois chargeurs au co-pilote.

- Vous vous appelez comment ?

- William Findlater.

- Okay, Findlater, allez vous asseoir et ensuite, quoi qu'il arrive vous suivez mes instructions. Ne vous amusez pas à jouer au héros ou c'est moi qui vous descendrai, compris ?

- Euh, oui.

- Bon, allez-y et appelez l'hôtesse, comment elle s'appelle ?

- Allyson Lurgan.

- Allez, dégagez. »

Shaw s'équipa du SRS qu'elle avait offert à Root, du deuxième Herstal, passa le Serdyukov à sa ceinture et glissa des chargeurs dans ses poches. Elle se retourna vers l'hôtesse qui attendait debout derrière elle, et lui demanda si elle savait tirer. L'hôtesse pratiquait le tir sportif. Shaw lui confia un Taurus et un Glock, lui précisant qu'elle n'aurait sans doute pas à s'en servir, mais qu'il valait mieux être prudent. L'hôtesse la fixa sans comprendre. Shaw se souvint qu'elle n'était pas présente quand Root avait expliqué aux pilotes la raison de leur détournement. Elle lui dressa un rapide compte-rendu de la situation et lui demanda de veiller sur Maria Alvarez.

L'hôtesse hocha la tête, elle avait remarqué que la jeune femme invitée sur le vol au retour était sérieusement blessée. Son métier demandait de la discrétion, particulièrement sur des vols privés. Elle avait déjà embarqué avec toutes sortes de gens, des célébrités, des milliardaires, des gens honnêtes ou pas. Son rôle était de leur fournir tout ce qu'ils pouvaient désirer pendant leur vol, de faire respecter les consignes de sécurité autant qu'elle le pouvait et de ne poser aucune question, de ne divulguer aucune information sur ses passagers à qui que ce soit. Son salaire était à la hauteur de ces exigences et aucun comportement, aucune conversation aussi répréhensible qu'elle puisse être, ne l'aurait jamais conduite dans un poste de police. Ses passagères sur ce vol s'étaient montrées courtoises et agréables, l'idée de sauver une députée exaltante, un peu étrange, mais tout le monde semblait confiant, William enthousiaste, elle n'allait pas venir gâcher l'ambiance.

Shaw referma le sac et le porta jusqu'à sa place, posa sur un siège le SRS et le Herstal.. Elle se rendit ensuite près de Maria Alvarez qui l'apostropha dès qu'elle approcha.

- Que se passe-t-il ? Pourquoi le co-pilote n'était-il pas aux commandes de l'appareil ? Pourquoi les avez-vous armés ? Pour…

- Hey, calmez-vous, si vous n'arrêtez pas de parler je ne pourrais pas répondre à une seule de vos questions. »

Shaw lui expliqua la situation.

« Donnez-moi une arme, exigea Maria Alvarez dès que Shaw eut fini de parler.

- Vous êtes blessée, c'est non.

- Vous êtes vraiment stupide ! décréta Maria Alvarez d'un ton méprisant.

- Pardon ?

- Je suis droitière !

- Et alors ?

- Donnez moi une arme ! ordonna la jeune députée.

- Non, s'obstina Shaw.

- Mais c'est pas possible ! cria Maria Alvarez excédée

- Écoutez-moi bien, Alvarez... la menaça Shaw froidement. »

Elle lui appliqua son index à la pointe du départ de sa cage thoracique, et l'enfonça doucement, douloureusement dans sa trachée au fur et mesure qu'elle prononça sa mise en garde.

« Si vous ne la fermez pas, je vous assomme et que vous soyez droitière ou gauchère ça ne fera plus aucune différence.

- Mais pourquoi êtes-vous aussi désagréable ? demanda la jeune femme furieuse, une grimace de douleur lui déformant la bouche. Qu'est-ce que... »

Leur querelle fut interrompue par la mise en garde de Root. Shaw retira son doigt, Maria Alvarez toussa, le doigt dur de Shaw lui avait écrasé la trachée et laissé un point douloureux en se retirant. Shaw se redressa et ordonna à tout le monde de se boucler dans sa ceinture. Elle se chargea elle-même de relever le siège de Maria Alvarez et lui serra étroitement sa ceinture à la taille. Elle se pencha alors un peu plus sur elle.

« Si vous faites encore une connerie, vous le regretterez, lui murmura-t-elle menaçante dans l'oreille. »

Elle ignora le regard noir que lui lança en réponse la jeune députée et s'assit sur le siège à côté d'elle de l'autre côté de la coursive.

L'avion plongea. Root le stabilisa à basse altitude. Très basse altitude. Elle suivit autant que possible un trajet qui lui évitait de survoler les agglomérations. Jusqu'à Alexandria Field, ils traversèrent des zones boisées, parfois montagneuses. Root volait en épousant le relief. Le vol s'apparentait plus à un voyage dans un wagon lancé sur un manège géant de montagnes russes, qu'à un vol tranquille en jet privé. C'est ainsi qu'elle arriva à pleine vitesse sur Spuce Knob. Une barre de montagnes se dressa devant l'appareil, elle tira sur le manche, le nez du jet se releva pratiquement à la verticale, l'appareil monta en flèche, elle replongea derrière les collines, à la limite du décrochage, frôla un sommet qu'elle évita en basculant l'avion sur la gauche, redressa, heureuse de sa manœuvre.

Le pilote s'était agrippé à son siège. Root lui sourit innocemment.

« Vous n'avez jamais essayé la voltige ? lui demanda-t-elle benoîtement.

- N… non.

- Vous devriez, c'est très amusant. »

Ils arrivèrent enfin en vue du petit aéroport que lui avait indiqué La Machine. La piste était dégagée, Root la savait un peu trop courte pour le jet, Alexandria Field n'accueillait que des petits avions de tourisme, des hélicoptères, mais elle négocia son atterrissage avec maestria, secondée efficacement par le pilote qui avait retrouvé son sang-froid à l'approche de cet atterrissage aventureux. Elle réduisit d'abord au maximum la vitesse de l'appareil, sortit le train d'atterrissage, déploya les spoilers externes. La vitesse du jet diminua, elle calcula sa trajectoire avec précision et se posa à l'extrême début de la piste, les spoilers internes sortirent et elle enclencha les inverseurs de poussée. À fond. Tant pis si elle bousillait les réacteurs. Elle n'était de tout façon pas très sûre que le jet sorte indemne de cette journée. Le fuselage protesta, les moteurs hurlèrent, l'appareil ralentit et ne mordit finalement que de quelques mètres le terrain prolongeant la piste. L'avion tressauta sur l'herbe, avant de s'immobiliser définitivement.

« C'est à ce moment en général, que les passagers applaudissent, déclara le pilote en soupirant de soulagement. »

Un sourire éclatant de fierté fleurit sur les lèvres de Root. Elle se leva de son siège, adressa un signe au pilote pour qu'il la suive et gagna la cabine passagers.

L'hôtesse et le co-pilote avaient blêmi en voyant l'appareil se précipiter vers le sol et les acrobaties qui avaient tant amusé Root les firent s'agripper de terreur aux accoudoirs de leur siège. Le cœur de Maria Alvarez lui remonta aux bords des lèvres, elle se crispa et grimaça de douleur, son bras exigeait d'elle qu'elle soit détendue, pas qu'elle soit contractée les poings refermés sur les pouces.

Elle tourna son regard vers Shaw et la surprit les yeux brillant de plaisir, un sourire amusé aux lèvres. La jeune députée n'eut plus aucun doute sur l'identité de la personne actuellement aux commandes de l'appareil. Elle découvrit aussi que Shaw pouvait dégager beaucoup de charme et paraître nettement plus sympathique quand elle abandonnait son air revêche et relâchait la tension qui semblait l'habiter vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle comprenait mieux qu'on puisse tomber amoureuse d'elle, ou juste qu'on puisse chercher à gagner son amitié, son estime. La jeune femme s'aperçut en soupirant qu'elle était tombée à pieds joints dans le piège. Elle aspirait à l'estime de Shaw. Elle réfléchit, analysa honnêtement ses sentiments, redoutant de découvrir qu'elle avait succombé au magnétisme que Shaw dégageait, qu'elle était stupidement tombée amoureuse d'elle.

Oui ?

Non. Son attirance pour elle était manifeste, mais pas de cet ordre. Elle s'en voulait d'autant plus d'avoir cherché à la séduire, de l'avoir draguée. Elle s'était amusée au départ, elle avait remarqué sa gêne à la piscine, son incapacité à réagir à ses allusions lascives, compris rapidement, dès la réception à Chihuahua, qu'une relation plus que professionnelle la liait à celle qu'elle croyait alors être sa patronne. Cela l'avait amusée et le soir dans le jardin… Maria Alvarez se mordit les lèvres, elle s'était comportée comme une véritable allumeuse, elle avait prononcé des paroles qui lui faisaient maintenant honte, quant à la suite... pour le peu qu'elle s'en souvenait... Elle rougit et sentit son estomac se contracter. Elle ne pouvait rien effacer. Comment avait-elle pu se retrouver dans cette situation ? Elle savait évaluer les gens qu'elle rencontrait, puis s'adapter à leur caractère, leur personnalité, les mettre à l'aise quand elle le voulait. Elle possédait un jugement sûr qui lui permettait sans jamais se tromper, de savoir de ce qu'elle pouvait obtenir de la part des autres. Cette qualité lui avait ouvert beaucoup de portes et permit de briller d'abord comme avocate, puis en politique quand elle s'y était lancée et enfin dans ses fonctions au service de l'État. Avec ces deux femmes, elle s'était complètement fourvoyée. La première ne lui en tenait pas rigueur, mais Shaw… Si seulement le désir n'était pas venu brouiller leur relation. Maria s'avoua qu'elle aimait Shaw, pas qu'elle en était amoureuse, mais qu'elle éprouvait une profonde affection pour elle, sans trop savoir pourquoi d'ailleurs, et qu'elle désirait que ce soit réciproque. Ses yeux la piquaient, elle les essuya rageusement de la main droite, se reprochant d'avoir été assez stupide pour s'attirer le mépris d'une personne qu'elle respectait, qui l'émouvait et dont elle désirait être estimée, appréciée et aimée.

L'avion se posa, les moteurs hurlèrent et l'hôtesse ne put retenir un cri quand elle vit le bout de la piste se précipiter vers elle à grande vitesse. Le jet s'arrêta pourtant presque en douceur, sans avoir dérapé, ni s'être retourné comme un jouet dans un froissement d'ailes. Dès qu'il s'immobilisa, Root apparut et Shaw se leva pour lui apporter ses deux Glock et cinq chargeurs. Root la remercia d'une grimace, glissa les deux Glock à l'arrière de sa ceinture de pantalon, les chargeurs dans ses poches, deux à l'avant, trois à l'arrière.

« Bon, c'est le moment d'y aller, n'oubliez pas de descendre tous les bagages, on ne doit laisser aucun objet personnel dans l'appareil. Dites, Mademoiselle, demanda-t-elle à l'hôtesse en jaugeant ses mensurations, vous n'auriez pas un uniforme de rechange ?

- Euh, si.

- Pourriez-vous me l'apporter ? Je vais en avoir besoin.

- Oui, bien sûr, je vais vous le chercher. »

L'hôtesse disparut vers son compartiment et revint avec une petite valise et un uniforme à la main qu'elle tendit à Root.

« Je vous remercie. Laissez-moi votre valise aussi, je vous la rapporterai. Sam, tu as toujours ton oreillette ?

- Oui.

- Bon, tu emmènes tout le monde. Il y a une maison sur le terrain à droite. À cent cinquante mètres au sud, derrière le bâtiment du club de Montgolfière. Traverse le bois, il n'y a pas de chemin, mais ce sera plus discret. Elle est vide, tu mets tout le monde à l'abri dedans et tu prends toutes les précautions que tu juges utiles pour assurer leur sécurité, je te fais confiance. Tu y vas tout de suite.

- Et toi ?

- Je vais déplacer l'appareil et moi et le Commandant de bord, allons juste rassurer le personnel de l'aéroport.

- Root, c'est quoi ton idée là ?

- Fais-moi confiance, Sam, emmène tout le monde et prépare un petit comité d'accueil.

- D'accueil pour qui ?

- Sam ! la morigéna Root. Tu le sauras bien assez tôt. Allez, dépêche-toi.

- Bon, d'accord. Allez, on se bouge ! cria -t-elle aux trois personnes dont elle avait la garde.

- Attends... Juste un instant, l'arrêta Root. Maria ?

- Oui. »

Maria Alvarez que l'hôtesse avait aidée à se lever, se retourna. Root se rapprocha d'elle, écartant Shaw sur son passage. Elle sortit un de ses Glock de derrière son dos et deux des chargeurs que lui avait préparé Shaw.

« Tenez, lui dit-elle en lui tendant le Glock. Prenez-en soin, c'est l'une de mes armes fétiches.

- Root ! protesta Shaw.

- Tu n'as aucune pitié, Sam, la réprimanda Root. Et je compatis toujours, quand des gens que j'aime bien sont en butte à ton sale caractère. De plus, parce que tu ne m'as pas dit le contraire, je soupçonne Maria d'être une excellente tireuse et ce serait dommage de nous en priver.

- Merci, lui déclara celle-ci l'air radieux. »

Elle s'empara du Glock et des chargeurs et se pencha de côté pour regarder Shaw dissimulée derrière Root.

« Vous voyez, lui lança-t-elle avec insolence. Je l'ai eue mon arme, tout le monde n'est pas aussi bornée que vous.

- Pff ! souffla Shaw excédée. »

Elle lança un regard noir de reproche à Root qui lui dédia en retour un sourire candide et écarta les mains en signe d'impuissance.

Elle avait entendu leur altercation à propos des armes. Elle comprenait les arguments avancés par Shaw, mais cette idiote ne comprenait pas que la question d'avoir une arme ou pas était secondaire pour Maria Alvarez. Root les observa s'échanger des regards hostiles, prêtes à se colleter l'une avec l'autre. Root s'interrogeait, incapable de comprendre comment un médecin de génie, ex-Capitaine d'active dans l'USMC, ex-agent d'élite et une brillante jeune femme exerçant, jusqu'à hier, la fonction respectée de députée, pouvaient ensemble se comporter comme des adolescentes atteintes d'hyper-sensibilité. Leur attitude frisait le ridicule le plus complet.

« Bon, les enfants. Il faudrait y aller, là. »

Shaw furieuse fourra son Glock personnel dans la main de Root qui protesta sans succès.

« Root, tu fais pas chier, tu as l'habitude d'avoir deux armes avec toi, tu prends la mienne. Je ne te laisse pas derrière moi avec un seul Glock, Les Russes m'ont offert un Serdyukov et j'ai un autre Glock dans le sac. Tu fais ce que tu veux avec tes Glock et cette foutue Alvarez, et je fais ce que je veux avec le mien et toi.

- Ouuuuh, Sameen, déclara Root la tête penchée un petit sourire au coin des lèvres. Je ne te savais pas aussi... possessive.

- T'es vraiment trop con. »

Shaw lui tourna le dos, récupéra le SRS, le Herstal et le sac d'armes, et prit la tête de son petit groupe. L'hôtesse ouvrit le sas et actionna la commande du toboggan de secours. Shaw se pencha pour vérifier que la voie était libre. Des gens accouraient déjà au loin.

« Tu peux y aller, Sam. Dans cinq... quatre... trois... deux... un... maintenant ! Je m'occupe d'eux. On reste en contact et La Machine te préviendra si vous courez un danger.

- Okay, je t'attends là-bas.

- J'y serais sans faute, mon cœur.

- Pff... souffla Shaw, toujours aussi furieuse. »

Shaw enjoignit à l'hôtesse puis au co-pilote de glisser au bas de l'appareil. Elle leur envoya les valises, le sac contenant les armes, passa le SRS et le Herstal par dessus sa tête les laissa glisser sur le toboggan. Puis elle se retourna vers Maria Alvarez.

« Je vais descendre avec vous. »

Shaw s'assit sur le bord du toboggan et somma à la jeune députée de s'asseoir derrière elle.

« Passez votre bras autour de ma taille, collez-vous à moi. J'amortirai votre arrivée. »

Dans la cabine, Root sourit, voilà exactement le genre de comportement dont Shaw ne mesurait pas les conséquences, ignorant combien il pouvait s'avérer déstabilisant pour quelqu'un qu'elle impressionnait, qu'elle intimidait et qu'elle rabrouait sans cesse. Et évidemment, Maria Alvarez prit une mine empruntée et s'installa maladroitement derrière Shaw qui évidemment, se fendit sur un ton hargneux d'une remarque désobligeante. Elles disparurent toutes les deux. Root ne put s'empêcher de secouer la tête. Elle les avaient aidé une fois, peut-être pourrait-elle les aider une seconde fois qui sait.

Sans manifester le moindre signe de pudeur, elle se déshabilla rapidement devant les yeux éberlués du pilote, rangea ses vêtements dans la valise de l'hôtesse et enfila la tenue que celle-ci lui avait fournie.

« Venez vite. »

Ils glissèrent à leur tour sur le toboggan et se dirigèrent vers les personnes qui s'approchaient en courant. Il fallait détourner leur attention du petit groupe emmené par Shaw.

Le groupe de fuyards traversa la route, dépassa les deux petits bâtiments du club d'aérostat et s'enfonça dans le petit sous-bois. Shaw portait ses armes passées en travers des épaules, le sac qui contenait les munitions, quelques grenades et le dernier Glock, et traînait sans beaucoup d'égard une valise, celle de Root en l'occurrence, qu'elle avait arrachée à l'hôtesse en lui rappelant sèchement que son rôle était pour l'instant de s'occuper de la passagère blessée et de l'aider en toutes circonstances. Elle leur jeta un coup d'œil. Elle avait immobilisé le bras de la jeune députée et celle-ci marchait sans traîner même si elle s'appuyait de temps en temps sur le bras de l'hôtesse, Allyson Lurgan se souvint-elle, qui avançait en veillant attentivement sur elle. Shaw se félicita d'être tombée sur une hôtesse qui ne se contentait pas de savoir rouler des hanches et d'afficher un air de godiche à chaque fois qu'on lui adressait la parole, si en plus elle tirait bien, elle approcherait de la perfection. Le co-pilote William Findlater, traînait la valise de Shaw et la sienne. Ils débouchèrent hors du petit bois et atteignirent la maison dix minutes après avoir quitté le jet. Ils la contournèrent et Shaw crocheta rapidement la serrure de la porte d'entrée. Ils entrèrent. Shaw leur intima l'ordre de rester dans l'entrée et partit faire une reconnaissance rapide.

L'endroit ne lui plaisait pas. Si quelques fenêtres donnaient au sud-est sur la piste et un hangar, elle n'avait aucun visuel sur leur appareil, ni sur les principaux bâtiments de l'aéroport. Il y avait une terrasse, orientée Sud-Sud-Est, avec un visuel sur la route d'accès, incomplet évidemment. Qu'est-ce que c'était que ce lieu de merde ?! Elle se hissa de la terrasse sur la toiture. Elle avait de là, une meilleure vue sur la route, sur l'un des hangars devant lequel elle distinguait des avions stationnés, et sur une partie de la piste d'atterrissage. Sur une petite maison aussi, bâtie plus à l'Est. Elle hésita à laisser le SRS sur la terrasse, se rappela qu'il ne lui appartenait pas et le garda sur son dos. Elle passa le Herstal en bandoulière, si elle avait besoin du SRS, il ne la gênerait pas. Elle descendit retrouver sa petite équipe et les invita à entrer dans la grande salle de séjour qui donnait sur l'entrée où ils l'attendaient.

« Lurgan, aller dans la cuisine voir ce qu'il y a dans le réfrigérateur, Findlater accompagnez-la. Rapportez à boire pour tout le monde. De l'eau pour elle, précisa-t-elle en désignant Maria Alvarez. Ce que vous voulez pour vous, mais pas d'alcool.

- Et pour vous ?

- J'irai me servir après.

- Bon, d'accord.

- Alvarez, asseyez-vous. »

La jeune femme se dirigea vers un fauteuil.

« Par terre ! aboya Shaw. Mettez-vous ici, contre le mur. »

Elle avait remarqué la pâleur de la jeune députée. Sa blessure n'était très grave, mais en l'absence d'injection anti-douleur, elle souffrait beaucoup. Shaw voulait prévenir un évanouissement. Elle demanda à l'hôtesse quand elle revint, de rester avec Maria Alvarez et à Findlater de charger son Herstal et de s'assurer que la sécurité était en place. Elle partit dans la cuisine, fouilla le réfrigérateur et les placards, sortit un grand verre, du sucre et une bouteille de concentré de jus de citron. Aussi acide que la langue d'Alvarez ce serait parfait. Elle revint avec le tout, remplit le verre d'un quart de sucre qu'elle dilua avec le citron et de l'eau qu'avait apportée l'hôtesse et le co-pilote. Elle mélangea soigneusement le tout et le tendit à Maria Alvarez.

« Buvez. Vous vous sentirez mieux après. »

La main de la jeune femme trembla, Shaw retira le verre, soupira, s'accroupit à côté d'elle et approcha le verre de ses lèvres, Maria Alvarez tenta de protester, Shaw la menaça de lui maintenir la tête par les cheveux et de lui faire avaler la boisson de force. Elle s'affrontèrent du regard sous les yeux désolés de l'hôtesse et du co-pilote. La jeune députée capitula, elle baissa les yeux. Shaw approcha le verre et l'aida à boire sans la brusquer.

« Merci, murmura Maria Alvarez.

- Si ça ne va pas, dites-le. Lurgan... enfin, euh...

- Ally.

- Ouais c'est ça. Donc, Ally vous préparera un autre verre. Un quart de sucre, cinq centilitres de citron et de l'eau, expliqua-t-elle à l'hôtesse. Vous avez compris ? »

Les deux jeunes femmes hochèrent la tête.

« Ally, vous ne la quittez pas des yeux et vous l'empêchez de bouger. Si elle vous emmerde vous m'appelez. Vous savez siffler ?

- Euh, oui.

- Montrez- moi.

L'hôtesse glissa son pouce et son index en forme de boucle dans sa bouche et siffla.

« Bon, si vous avez un problème vous sifflez, une brève, une longue, trois fois de suite. Si vous détectez un danger vous sifflez sans discontinuer. Je peux vous faire confiance ?

- Oui.

- Alvarez, vous vous souvenez ce que je vous ai dit dans l'avion ? Ça tient toujours. Ne me foutez pas en rogne.

- Pourquoi ? Vous ne l'êtes pas déjà de toute façon ? »

À baffer ! Shaw se releva et lui tourna le dos, l'avoir devant elle, lui donnait des envies de meurtre.

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Une demi-douzaine de personnes accueillirent Root et le pilote avec de grands gestes et des exclamations de surprise. Les questions se bousculèrent et roulèrent les unes chevauchant les autres sans aucune logique. C'étaient un instructeur et un mécanicien qui travaillaient sur les réglages d'un moteur qui, les premiers, avaient entendu les moteurs du jet, puis avaient découvert avec stupeur que celui-ci avait l'intention de se poser sur la piste.

« Ils sont fous ! avait hurlé le mécanicien. La piste est trop courte, ils vont s'écraser ! »

Avant qu'ils n'aient même pensé à prévenir les secours, l'avion s'était posé dans un rugissement, leur était passé devant et s'était miraculeusement arrêté, sans dommage dans l'herbe un peu après la fin de la piste.

« Putain de pilote ! laissa échapper admiratif l'instructeur. »

Ils s'étaient précipités et avaient été rejoints par deux moniteurs de parachutisme quand ils passèrent en courant devant le SkyDive Jersey où ceux-ci travaillaient. Pendant leur course l'avion disparut un instant caché par les bâtiments construits après le club de parachutisme, ce fut le moment où Shaw et son équipe quittèrent l'appareil. Personne ne les avait remarqués. Un coup de chance ? Peu probable. C'était Root qui avait donné le signal du départ, décompté les secondes, ne laissant rien au hasard, à l'écoute de sa Déesse. Quand les quatre coureurs arrivèrent en vue du jet, le pilote et Root venaient à leur rencontre. Les propriétaires de l'aéroport Bill Fritsche Jr et sa sœur sortaient du bureau d'accueil.

« Ne parlez pas de nos passagers, ni de vos collègues. Tout le monde doit être persuadé que nous étions seuls à bord, c'est important. Compris ?

- Oui, d'accord.

- Houa, vous êtes un véritable as ! le félicita l'instructeur de vol en arrivant près d'eux.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Linda Fritsche Castner.

- Vous êtes fou d'être venu vous poser ici avec un appareil comme le vôtre ! s'exclama son frère. »

Le pilote inventa un problème électronique, il avait été surpris et n'avait pas eu le temps de voler jusqu'à un autre aéroport, Alexandria était le premier qu'il avait vu, il avait tenté sa chance. L'instructeur voulut avoir des précisions sur l'avarie dont avait été victime le jet, Root feignit un malaise. Bill Fritsche Jr leur proposa de venir dans son bureau, les moniteurs de plutôt se rendre chez eux. Le club de parachutisme possédait un foyer. On y trouvait un bar et surtout une petite infirmerie, le malheureux équipage du jet y serait mieux reçu et la jeune hôtesse pourrait s'allonger sur le lit de l'infirmerie. Le directeur invoqua la distance, mais Root accueillit avec enthousiaste la proposition des deux parachutistes.

Le club se trouvait plus proche de la maison ou se dissimulait Shaw, une route reliait le club à la route d'accès à l'aéroport et passait devant la maison. Shaw n'apprécierait pas de ne pas avoir le club ou Root en visuel, mais c'était pour l'instant la meilleure option qui se présentait. Linda Frischte Castner lui prit sa valise et la mallette de soins de Shaw, et les deux moniteurs la soutinrent jusqu'au club. Le pilote racontait leur aventure, détaillait à l'instructeur admiratif comment il avait réussi à se poser. Il jetait des coups d'œil à Root, gêné de s'attribuer la gloire d'un atterrissage réussi en urgence alors qu'il y avait si peu participé. Il brodait sur les dysfonctionnements électroniques et inventa une histoire de défaillance des témoins de navigation. Root fut conduite à la petite infirmerie. Elle assura qu'elle avait seulement eu peur, qu'elle se sentait déjà mieux, et souhaitait juste se reposer un peu. Un moniteur lui apporta un verre d'eau et la laissa, refermant la porte doucement derrière lui. Elle le remercia. Une fois seule, elle contacta Shaw.

« Mon cœur ?

- Root ! Ne commence pas. Qu'est-ce que tu fous ? On fait quoi ?

- On attend.

- On attend quoi ?

- Sam, quelle est la situation de ton côté ?

- C'est pourri.

- Sam...

- J'ai un visuel restreint sur l'aéroport, je ne sais pas où tu es. Par contre, je couvre la route d'accès, du moins à l'ouest et au sud.

- Je suis au club de parachutisme au bout de la route qui passe devant la maison où tu te trouves.

- Merde Root ! Je te vois pas, je n'ai aucun visuel sur l'endroit où tu es, des arbres me bouchent la vue, même du toit.

- Et les autres ?

- Root, tu...

- Shaw, comment vont les autres ?

- J'ai envoyé Findlater en planque sur la terrasse. Il surveille la route. Alvarez et l'hôtesse sont ensemble dans le salon. J'ai demandé à l'hôtesse de surveiller l'Est et de garder un œil sur Alvarez. Je vais me poster sur le toit, mais ça ne sert à rien si je ne vois rien et que je ne sais même pas à quoi m'attendre. Je croyais qu'on devait rejoindre New-York.

- Il nous faut une voiture.

- On a qu'a en piquer une.

- Ils n'ont pas de belles voitures et tu sais que j'aime les belles voitures.

- Root !

- J'attends juste d'en avoir une qui me plaît. Sam, je pense que tes talents de tireuse vont m'être utile côté nord-ouest... ou sud-est, tiens-toi prête, mon cœur.

- Mais...

- Je te recontacte. »

Shaw soupira, elle détestait quand Root la laissait dans l'expectative, elle avait beau y être habituée, ne pas savoir à quoi s'attendre, ne pas pouvoir prévoir son prochain mouvement, l'agaçait. Ce genre de stratégie de la surprise amusait peut-être Root, elle soupçonnait que cette abrutie trouvait un surplus de plaisir à se faire surprendre et à devoir élaborer en urgence une réponse immédiate, beaucoup moins Shaw. Elle aimait les défis, savait s'adapter sur le terrain, mais partir comme le faisait Root en toute confiance, complètement aveugle ? Elle trouvait que ça frisait la démence la plus complète.

« Hé, la boîte de conserve ? Tu m'entends ?

- Affirmatif.

- Qu'est-ce que vous manigancez, Root et toi ? C'est quoi ce bordel ? Dis-moi ce qu'on attend.

- Une voiture. Root ne te l'a pas dit ? »

Shaw ne répondit rien, elles se foutaient de sa gueule, toutes les deux, l'une comme l'autre. Quand elle pensait qu'elle avait décidé de rester vivre avec elles... Samaritain avait dû lui griller la moitié des neurones pour accepter ça, qu'on la mène en bateau comme une enfant de cinq ans. Elle expira bruyamment, se résigna à son sort, sans renoncer à jurer entre ses dents pour exprimer son mécontentement, lança une dernière mise en garde à Maria Alvarez et à l'hôtesse et comme on l'attendait d'elle, partit prendre position sur le toit. Elle avait monté le SRS en configuration 338 Lapua Magnum, elle avait besoin d'un fusil de précision longue portée, si une confrontation devenait plus directe, elle avait le Herstal. Elle avait équipé le SRS d'une lunette de tir et ajouté un amplificateur de lumière. Allongée sur le toit, elle vérifia la netteté de sa vision. Faulkner avait vraiment bénéficié d'un super matériel. Le soir commençait à tomber et à travers la lunette, elle voyait aussi bien qu'en plein jour. Elle posa le fusil et se rapprocha de la bordure du toit pour rappeler à Findlater de ne pas relâcher sa surveillance et de la prévenir s'il voyait la moindre voiture arriver.

Ils n'attendirent longtemps, Findlater lui signala l'arrivée d'un véhicule. Shaw changea de position et visa la voiture à travers sa lunette. Un 4X4 blindé noir. Pas le genre de voiture utilisé par un pilote amateur ou un adepte du parachutisme même sportif. Elle contacta immédiatement Root.

« Root. Un 4x4 noir vient de se pointer sur la route.

- Stoppe-le.

- C'est notre voiture ?

- Non. Mais stoppe-la, Sameen. Tout de suite et définitivement.

- Je descends tout le monde ?

- Affirmatif. »

Claire. Nette. Mortelle. Le genre de mission qu'elle appréciait.

Le chauffeur d'abord. Shaw se concentra, des arbres se dressaient à plusieurs endroits entre elle et la route, elle devait anticiper la vitesse de la voiture et ne pas manquer son coup. La voiture allait certainement tourner pour emprunter la route qui passait devant la maison et menait au club de parachutisme ou continuer jusqu'aux hangars situés le long de la piste. Elle avait un angle de tir au croisement des deux routes, elle tirerait son premier coup à cet endroit. Elle ralentit sa respiration, l'arrêta, vit la voiture, attendit une fraction de seconde. La voiture tourna, cela lui facilitait la tâche, le chauffeur se retrouvait presque face à elle. Le coup partit. La voiture fit une embardée, sortit de la route, Shaw tira une seconde fois, réarma, tira une troisième fois. Merde, elle n'avait plus d'angle de tir et il restait encore deux personnes dans la voiture. Les trois autres étaient mortes. Elle s'avança pour parlez au co-pilote.

« Findlater, descendez redire à Ludman de rester vigilante et remontez. Vite ! »

Le co-pilote disparut en courant et revint trente secondes plus tard.

« Il reste deux types, faites gaffe, lui annonça Shaw quand il reprit sa place. »

Il avait entendu les coups de feu claquer, vu la voiture en perdition. Il ne comprenait plus trop ce qu'il se passait. Ce vol n'avait rien eu de particulier qui pût lui faire penser se retrouver sur une terrasse un Herstal à la main, en compagnie d'une passagère poursuivie par des tueurs, d'une présidente de société qui pilotait comme un as et... d'une tireuse d'élite qui semblait tout droit sortie d'un bouquin d'espionnage, sinon être un double féminin de Chris Kyle dont il avait lu l'autobiographie et vu le film. En 2004, il avait été envoyé en Irak et assigné à la protection de l'aéroport de Bagdad, puis il avait suivi son unité dans diverses opérations de guerre et participé à la formation des soldats de l'armée régulière irakienne. Il n'était pas resté longtemps en Irak, à peine un peu plus de deux ans, et il ne se considérait pas comme un véritable soldat de carrière, mais il savait reconnaître un gars bien entraîné. Il avait connu des tireurs d'élite, à Bagdad en particulier, et cette femme aurait très bien pu en faire partie. Il avait été soufflé par ses tirs, une voiture en mouvement, une lumière de fin de journée, des obstacles entre elle et sa cible, trois coups de feu, trois tirs au but. Impressionnant, jugea-t-il. Sauf qu'il restait des survivants.

.


.

Root se leva et rejoignit le pilote et les six personnes qui les avaient si gentiment accueillis. Shaw ne semblait pas avoir beaucoup apprécié leur conversation, mais Root savait qu'elle ne lui tiendrait pas rigueur de ne pas lui avoir donné toutes les informations qu'elle attendait. Particulièrement, parce qu'implicitement l'assigner à une mission sans lui donner aucune précision, lui prouvait que La Machine ou elle-même savaient que Shaw la mènerait à bien, qu'elles avaient confiance en ses capacités. Ce qui était justifié et entièrement exact. Qu'elle le reconnaisse ou pas, Shaw le savait et appréciait qu'on ne remette pas en cause ses compétences. Et puis, c'était exactement ce qu'il lui fallait en ce moment, des preuves de confiance. La Machine prévint Root que le 4x4 dont Shaw lui avait signalé la venue n'était pas arrivé seul. Un autre véhicule l'accompagnait. Shaw ne l'avait pas repéré parce que les deux voitures s'étaient séparées. La deuxième arrivait par la piste, ses occupants avaient déjà dû voir le jet. Il leur faudrait à partir de maintenant aller très vite.

« Root, j'ai arrêté la voiture, trois agents sont à terre, mais deux se sont échappés, lui annonça Shaw.

- Je te rejoins le plus vite possible, répondit Root ennuyée.

- Root ? Ça va ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Shaw se montrait très perspicace pour une personne soi-disant atteinte de trouble de la personnalité, elle avait tout de suite détecté à sa voix que quelque chose la contrariait. Et ce n'était pas la première fois qu'elle lui manifestait ce genre d'attention.

« Chacun son job, Shaw, à toi la protection, à moi l'intendance.

- Root ! fulmina Shaw

- À tout suite, mon cœur. Et... Sameen, n'abandonne pas ton poste si ce n'est pas nécessaire, je vais avoir besoin de toi.

- Agent de Samaritain prêts au contact, lui annonça La Machine. »

La porte du club trembla sur ses gonds, six agents s'engouffrèrent dans le foyer des pistolets-mitrailleurs au poing, des MP 9 Brugger & Thomet, équipés de silencieux nota Root. À peine plus grands qu'un pistolet, facile à dissimuler, capable de tirer 900 balles par minutes. C'était curieux qu'ils soient munis de ce modèle peu populaire à travers le monde, elle croyait se souvenir que seules les armées suisses, portugaises et indiennes en étaient équipées. Samaritain faisait preuve d'ouverture d'esprit et d'originalité, une petite flamme de fantaisie dans un océan de ténèbres. Amusant.

« FBI ! Personne ne bouge ! »

« FBI ?! Mais bien sûr ! pensa Root. »

Exceptée Root, toutes les autres personnes présentes se figèrent. Les agents ordonnèrent à tout le monde de se mettre à genoux, mains sur la tête. Un des moniteurs de parachutisme fronça les sourcils, resta debout, il se retrouva immédiatement avec une arme braquée à trente centimètres de ses yeux.

« À genoux ! »

Le moniteur fixa l'agent. Le MP9, s'écarta et revint brusquement heurtant la tempe du moniteur qui à l'impact, fut projeté à terre.

« À genoux ! hurla l'homme qui l'avait frappé. »

Son camarade l'aida à se relever. Le propriétaire de l'aéroport soudain conscient de son statut, prit la parole.

« Messieurs, qu'est-ce qui vous prend ? Que signifie cette intrusion ? Je suis le propriétaire de cet aéroport, expliquez-nous ce que vous voulez.

- Ta gueu... »

Une femme fit un signe à l'homme qui s'apprêtait à jurer.

« Je vous prie de nous excuser cette irruption, mais nous recherchons de dangereux criminels. »

Root ne put s'empêcher d'avoir une pensée méprisante en entendant ce cliché éculé dit avec le plus grand sérieux, c'était à peine digne d'une série « z » policière. « dangereux criminels »... Quel ridicule !

« Ils ont passé sans autorisation la frontière mexicaine et sont sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

- Vous faites erreur, Madame, protesta le pilote. Notre plan de vol était tout à fait en règle.

- Que faites-vous ici alors ? demanda la femme au pilote.

- Une avarie électronique nous a forcé à nous poser. »

La femme sourit avec condescendance. Comme si elle allait croire à ce mensonge !

« Vous êtes le commandant de bord ?

- Oui.

- Et vous l'hôtesse ? demanda-t-elle en se tournant vers Root.

- Euh, oui, confirma Root en prenant une petite voix apeurée.

- Pas d'autre personnel de bord ?

- Non.

- Et où sont vos passagers ? Et votre co-pilote, William Findlater ?

- …

- Vous nous prenez pour des imbéciles ? Connely, où sont les autres ?

- Je ne sais pas, Madame, répondit l'un des agents. Nous avons perdu le contact en arrivant à l'aéroport. »

Root remercia en pensée La Machine, elle avait dû d'une façon ou d'une autre brouiller les communications, les agents qui avaient échappé aux balles de Shaw n'avaient pas pu annoncer qu'ils avaient été attaqués, leur donnant ainsi à elle et Shaw, un avantage.

« Pff... soupira contrariée la responsable. Bon, Commandant, ça suffit. J'ai assez perdu de temps. Dites-moi où sont vos passagers.

- Mais je ne sais pas.

- Comme vous voulez, dit-elle d'un ton tranchant. »

La femme s'approcha de Root. Une gifle retentissante envoya celle-ci à terre. Elle se mit aussitôt à sangloter.

« Je vous le redemande Commandant. Où - sont – vos - pa-ssa-gers ?

- Mais je ne sais pas ! cria le pilote affolé. Je vous le jure, ils sont partis avec mon co-pilote dès que le jet s'est arrêté. »

Le Commandant paniquait. La violence de l'intrusion, les coups donnés d'abord au moniteur puis à sa cliente lui avaient fait comprendre que ces gens n'avaient aucun rapport avec des agents du FBI. Il se rappela ce que lui avait raconté la jeune femme qui sanglotait avant de prendre les commandes du jet. Est-ce qu'elle sanglotait vraiment d'ailleurs ? Ça lui semblait improbable, pas après l'avoir vue piloter son avion comme elle l'avait fait. Son sang-froid l'avait impressionné, ses larmes lui paraissaient complètement irréelles. Il commença à trembler. Ces faux agents étaient des miliciens à la solde d'un Cartel mexicain, ils allaient tous mourir. Lui, elle, tous ces gens travaillant à l'aéroport. La femme s'approcha de Root , l'attrapa par les cheveux et la remit sur ses genoux. Elle lui tira la tête en arrière et lui cracha au visage.

« Et toi, la greluche ? Tu ne saurais pas où ils sont ? »

Root secoua la tête l'air terrorisée. La femme lui tira méchamment les cheveux, puis lui secoua violemment la tête de droite à gauche.

« Ah, vraiment, tu ne sais pas ? Et qu'est-ce que tu dirais si je te brisais le nez et que je te faisais sauter quatre ou cinq dents ? »

Une folle, une sous-Martine. Décidément, Samaritain affectionnait les sadiques. Root tenait à son nez et plus encore à ses dents.

« Je sais où ils sont... bafouilla-t-elle en pleurant. Je vais vous le dire... Ne me faites pas de mal, s'il vous plaît.

- Où sont-ils ?

- Dans une maison plus loin.

- Comment le sais-tu ?

- C'est, William... sanglota-t-elle. Le co-pilote, il... il m'a prévenue.

- Ah ! La greluche se tape le co-pilote. Comme c'est étonnant ! répliqua la femme d'un ton méprisant. Bon, Hunt, trouvez un endroit pour enfermer ces abrutis. »

Elle désigna les six pauvres personnes qui s'étaient montrées si attentionnées envers le supposé équipage, du supposé jet en perdition, venu se poser sur leur petit aéroport jusque-là si tranquille.

- Bien, Madame.

- Toi, la greluche et vous, Commandant, vous nous accompagnez. »

Les moniteurs, l'instructeur, le mécanicien, Bill Fritsche et sa sœur furent bousculés jusqu'à l'infirmerie dans laquelle Root avait été conduite un peu plus tôt. Les agents sortirent des menottes en plastique et leur lièrent les chevilles et les mains derrière le dos. Ils se retrouvèrent fouillés, délestés de leur téléphone, et enfermés. Root et le pilote furent de leur côté, conduits sans ménagement dans le 4x4 garé devant le club. Root se félicita de si facilement pouvoir passer pour une... Comment cette sadique l'avait-elle appelée ? Ah oui, une greluche. Elle lui ferait rentrer un peu plus tard l'appellation dans la gorge, se promit-elle. En attendant ces idiots ne l'avait pas fouillée. Elle était toujours armée. Mais ils étaient trop nombreux et elle ne voulait pas mettre la vie du pilote en danger. La sous-Martine intima à deux de ses hommes de les suivre à pied et monta avec les trois autres dans le 4x4. Root espérait que Shaw suivait les conversations. Il fallait d'abord absolument qu'elle s'occupe des deux agents qui arrivaient à pied. Shaw en avait déjà perdu deux dans la nature , deux autres ne devaient pas s'y ajouter. Il leur resterait quatre agents, mais elles connaîtrait leur position et si Root arrivait à mettre le pilote en sécurité, elle pourrait les effacer aussi facilement qu'une ligne de code mal rédigée.

Shaw avait écouté attentivement. Elle avait serré les mâchoires, marmonné des insultes à l'intention de La Machine. Elle ne comprenait pas qu'elle ait pu mettre au point un plan si nul et pire que Root ait pu y adhérer.

« C'est nul ! Merde.

- Sameen, c'était le seul moyen de neutraliser ce groupe d'agents. Si vous aviez volé une voiture comme tu en avais l'intention, vous auriez été interceptés en route. L'équipage et Maria Alvarez auraient été en danger. J'ai brouillé les communications et les agents sont isolés.

- T'es trop géniale, vraiment ! l'interrompit Shaw ironiquement.

- Tu as tort d'être contrariée. Une fois que les agents seront éliminés, un R.A.S pourra être envoyé en leur lieu et place. Votre trajet jusqu'à New- York sera sécurisé à 80%.

- C'est dangereux.

- J'ai effectué des simulations, le résultat de...

- Ferme-la, ne me parle pas de simulation. Jamais ! cria Shaw.

- Fais-moi confiance, alors.

- …

- Root me fait confiance.

- Normal, elle t'aime comme une tarée.

- Elle ne m'aime pas plus qu'elle t'aime, toi.

- Pff ! Okay. Je te dirais vraiment ce que je pense de ton plan quand nous serons tous en sécurité. T'as intérêt à assurer.

- C'est toi et Root qui devez... « assurer ».

- Mouais, ça c'est pas un problème. Tu vois les agents ?

- Non, mais j'ai leur position par leur téléphone. Je te transmets ça sur le tien.

- Okay, super.

- Ta fenêtre de tir sera courte, la prévint La Machine.

- Tu me prends pour qui ? »

Shaw sortit son téléphone, la voiture était déjà en route, les deux agents arrivaient rapidement. Ouais, ça serait... sport.

« Madame ! cria Findlater. Il y a un gars qui arrive à... »

Le balcon essuya une pluie de balle.

« Merde ! Findlater ?

- C'est bon, je suis toujours là.

- Le deuxième vous l'avez vu ?

- Non.

- Fais chier ! Tirez n'importe comment, ce n'est pas grave. Arrangez-vous juste pour que le premier n'approche pas, mais ne vous faites pas descendre.

- Okay.

- Tu ne peux me donner sa position, toi ? demande Shaw à La Machine.

- Non.

- Trop génial, vraiment. »

La voiture transportant Root venait de passer en trombe et s'était arrêtée derrière un bosquet d'arbres. Les deux gars allaient bientôt rentrer dans sa fenêtre de tir. Shaw fit le vide dans son esprit, se focalisa sur son arme, ralentit sa respiration, les battements de son cœur, l'arme devint une partie d'elle-même. Cible en vue. Cible à terre. Deux fois. Elle ré-émergea immédiatement de sa transe, divers bruits lui heurtèrent les oreilles.

Des rafales de Herstal. Findlater qui tenait toujours en respect l'agent qui s'était échappé de la première voiture.

Des rafales de pistolets mitrailleurs venues de derrière le bosquet où se tenait l'homme avec qui Findlater échangeait des tirs.

Des Glock. Deux. Root.

Un Taurus. Un Taurus ? Dans la maison.

Shaw jura, passa le SRS par-dessus son épaule. Elle balança son Herstal et ses chargeurs à Findlater et lui ordonna de tenir sa position et de ne la lâcher sous aucun prétexte, d'y crever si nécessaire, il la salua brièvement. Cette fille avait dû servir dans l'armée, il comprenait mieux ses aptitudes de tireur. Shaw sauta du toit, elle se reçut sur les pieds et roula sur une épaule pour amortir l'impact au sol. Elle ne pouvait revenir sur l'avant de la maison, elle partit sur sa droite, passa les fenêtres pliée en deux. Après le salon, la porte-fenêtre d'une chambre ouvrait sur l'extérieur. Shaw crocheta la serrure et s'introduisit dans la maison, le Serdyukov à la main. Elle avança prudemment jusqu'au salon, vit une femme l'arme au poing, elle la mit en joue.

« Sameen, ne tire pas ! lui hurla La Machine dans l'oreille. »

Elle entra dans le salon. L'hôtesse gisait aux pieds de Maria Alvarez. Shaw n'arriva pas à déterminer de quoi elle souffrait, elle respirait toujours en tout cas, Shaw vit sa cage thoracique s'élever et s'abaisser. La jeune députée était toujours assise dos au mur près de la fenêtre ouest, elle n'avait pas bougé depuis que Shaw l'avait laissé. Elle était très pâle. Et trois agents la tenaient en joue. En position croisée. L'un était posté au seuil de l'entrée, un deuxième, une femme, en face de Maria Alvarez, c'était elle qu'avait failli descendre Shaw, le dernier était dos au mur juste sur sa droite. La femme la vit dès qu'elle entra et tourna immédiatement son arme vers elle.

« Posez votre arme, lui conseilla la femme. Vous n'avez aucune... Mais c'est pas vrai ! Regardez qui voilà ! »

Les deux autres agents tournèrent leur regard vers Shaw. Et instantanément, leur arme quittèrent Maria Alvarez et se pointèrent sur elle. L'homme sur le seuil s'avança dans le salon pour bénéficier d'une meilleure position.

« Sameen Shaw ! s'exclama l'un des hommes.

- On a touché le gros lot ! se félicita la femme. »

Maria Alvarez tourna la tête vers Shaw, elle la vit blêmir. Ses traits se durcirent et la jeune députée reconnut dans ses yeux l'éclat qui y avait brillé le jour précédent juste avant qu'elle ne se jette sur l'homme qu'elle avait tué à coups de poing, juste avant qu'elle ne sombre dans la folie. Qui étaient ces hommes ? Que leur voulaient-ils, que voulaient-ils à Shaw ?

Root arriva silencieusement jeta furtivement un œil dans le salon, son regard croisa celui de Maria Alvarez. Elle sut qu'elle devait agir maintenant, rapidement ou qu'elle le regretterait toute sa vie.

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Elle avait laissé le pilote à la voiture. Quand ils s'étaient arrêtés derrière le bosquet d'arbres, ils entendirent les coups de feu échangés entre Findlater et l'un des hommes de la première voiture. La femme en charge des opérations avait ordonné à deux de ses hommes de rester en arrière à surveiller Root et le Commandant de bord et s'était rapidement éloignée entraînant le dernier homme avec elle. Ils s'étaient dirigés en courant vers l'agent tenu en respect par le co-pilote, l'avaient rejoint. La femme lui avait demandé de s'expliquer sur la situation. Elle comprit que la maison était défendue au moins par un tireur, un bon tireur, un excellent tireur. Elle ordonna à l'homme de tenir sa position et de continuer à échanger des tirs avec le tireur installé sur la terrasse et de surtout de détourner son attention. Elle allait rejoindre la maison avec l'agent qui l'accompagnait et le tireur ne devait pas remarquer leur approche. L'homme hocha la tête et elle et son acolyte partirent passant d'arbres en bosquets. Findlater ne les vit pas arriver sur sa gauche et les deux agents s'introduisirent dans la maison. La femme passa par la porte d'entrée, l'homme força une fenêtre qui donnait accès à une chambre et s'introduisit dans la maison. Il s'avança dans le couloir et se tint en attente à l'entrée du salon. La femme avança prudemment et glissa un regard dans le salon. Une femme était assise par terre, les yeux fermés, une autre lui tournait le dos. Elle se tenait près d'une fenêtre, une arme de poing à la main et surveillait la prairie qui s'étalait entre la maison et la route devant elle. L'agent entra silencieusement et s'approcha des deux femmes, arrivée à deux mètres d'elles, la femme debout, prévenue par un obscur instinct de survie se retourna, ses yeux s'écarquillèrent, elle leva son arme, tira, mais l'agent avait été plus rapide, elle fit deux pas, attrapa le poignet de l'hôtesse... L'hôtesse ! Réalisa-t-elle alors qu'elle lui donnait un coup de crosse sur la tempe. Qui était l'autre alors ? L'hôtesse s'écroula dans un cri de douleur. Maria Alvarez ouvrit les yeux.

« Ne bougez pas où je vous descends. Montrez-moi vos mains. »

La jeune députée leva une main, l'agent vit que son autre bras était immobilisé.

« Euh... salut ! »

La femme se retourna vivement prête à faire feu.

« C'est moi, ne tirez pas, dit précipitamment le deuxième agent rescapé de la première voiture.

- Qu'est-ce que vous foutez là ? lui demanda-t-elle.

- Nous nous sommes faits canarder et...

- Je sais ça !

- Euh, je me suis planqué, et ensuite je vous ai vue. Je suis venu en renfort.

- Trop gentil. Restez où vous êtes, Hunt, dos au mur. Tenez-la en tir croisé.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il y a un problème. Parce qu'il y a deux hôtesses donc une de trop. Parce que celle-là, c'est la députée mexicaine qu'on nous a envoyé récupérer et parce qu'il manque au moins deux des personnes qui étaient sur ce vol. Le co-pilote et une autre, indéterminée. Que nous allons l'attendre. Et que la députée nous servira à lui faire rendre les armes. »

C'est à ce moment qu'elle avait vu Shaw.

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Root avait attendu que la femme et l'autre agent se soient éloignés pour évaluer la situation. En fait, il n'y avait rien à évaluer du tout. Les deux agents lui faisaient face, elle n'était pas attachée, ses deux Glock lui chatouillaient agréablement le dos. Elle s'installa plus confortablement sur son siège, s'allongeant en souriant. Elle s'étira en croisant bien haut les mains au dessus de sa tête, puis décolla son dos du siège et se cambra en passant les mains derrière son dos. Les agents ne la regardaient même pas, elle ressortit les mains armées de ses Glock. Les agents moururent sans même s'en rendre compte.

« Aaah, mais où donc ont-il pu être recrutés pour être si incompétents ! demanda-t-elle d'un ton faussement consterné au pilote. »

Celui-ci la bouche ouverte contemplait les deux cadavres, horrifié par la soudaineté des événements.

« Franck, vous vous appelez bien Franck, n'est-ce pas ?

- Euh, oui.

- Je dois vous laisser. Attendez-moi ici tranquillement. Si vous étiez gentil vous sortiriez ces deux messieurs de la voiture, c'est celle que nous prendrons pour rentrer à New-York. Je vous laisse, ne faites pas de bêtises surtout. »

Devant son air ébahi, Root l'embrassa gentiment sur la joue, ouvrit la portière et partit en courant.

« Qu'est-ce que je fais ? demanda-t-elle à La Machine.

- L'homme au sud d'abord.

- D'accord. »

Elle arriva sur sa position sans précaution et l'homme l'entendit, il se retourna, tira. Il ne sut jamais s'il avait atteint sa cible, une balle lui fracassa le crâne, deux autres se logèrent dans ses poumons. Root avait senti la rafale la frôler, mais aucune balle ne l'avait touchée, l'homme n'avait pas eu le temps de la viser avec précision et elle avait pris soin de rester en mouvement. Elle se signala à Findlater, il la reconnut et lui adressa un signe de la main. Elle fila tout droit vers la maison.

« Situation, s'il te plaît ?

- Situation critique.

- Comment ça ?

- Trois agents hostiles. Hôtesse à terre. Sameen en danger.

- Solution ?

- À toi de la trouver, je ne peux pas t'aider, élément imprévisible : Maria Alvarez.

- Merde ! »

La porte principale de la maison était ouverte et elle se glissa dans l'entrée, évitant de se faire repérer par l'agent qui se tenait devant elle dans le salon.

.


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« Quel honneur de vous rencontrer, agent Shaw. Un avis de recherche prioritaire a été lancé contre vous et la récompense promise est au-delà de toute espérance. Je ne sais pas qui vous êtes, sinon que vous êtes fichée dangereuse et agent d'élite. Les consignes sont très claires à votre sujet. À arrêter absolument. À ramener en vie, qu'importe l'état. Et vous êtes à nous. En plus de celle-ci, conclut la femme heureuse en désignant Maria Alvarez toujours immobile assise par terre. »

Shaw se sentit prise au piège. Putain ! Son arme se mit à trembler au bout de son bras. Aucune échappatoire possible. Elle avait échoué. Elle regarda Maria Alvarez, croisa son regard. Elle décela de la peur, de la compréhension et une lueur de supplication qui ne cessa de grandir aussi longtemps que leurs yeux restèrent en contact. Pourquoi ? Elle l'avait trahie elle-aussi. Alvarez allait mourir ou bien deviendrait un jouet entre les mains de Samaritain. Un cobaye. Un de plus. Ses yeux la piquèrent, des larmes montèrent.

C'était trop tard. Trop tard pour elle. Trop tard pour Alvarez. Trop tard pour elle et Root.

Il fallait que ça se finisse maintenant. Shaw plaqua brusquement sur sa tempe, le canon de son arme. La meilleure des solutions, celle des lâches, celle de la fuite. Celle du désespoir. Elle avait cru un moment pouvoir s'échapper, repartir, vivre. Tout s'écroulait. Ses illusions. Ses rêves.

« Pardon, Root, murmura-t-elle. »

Elle appuya sur la détente.

« Non ! hurlèrent simultanément deux voix »

La femme qui voyait sa récompense s'envoler, une punition se profiler.

Root.

.


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Maria Alvarez avait été rattrapée par un cauchemar.

Tout s'était pourtant bien passé avant que ces trois tueurs n'entrent. Que l'hôtesse soit assommée. Que Shaw n'arrive. Qu'elle ait décidé de se faire sauter la cervelle.

Il y avait, quoi ? Dix minutes ? Quinze ? Elle entendait dehors le bruit d'une fusillade, mais l'intérieur de la maison était calme. L'hôtesse habituée aux situations délicates gardait un calme olympien et veillait avec attention sur elle. Elle lui avait même servi un deuxième verre de citronnade qu'elle avait préparé en suivant scrupuleusement la recette que lui avait donnée Shaw. La jeune députée se dit que Shaw aurait apprécié une telle obéissance.

« Merci, vous êtes gentille.

- Ça fait partie de mon métier d'être gentille avec les gens, de les rassurer, de les mettre à l'aise.

- Vous faites alors très bien votre métier. »

L'hôtesse laissa échapper un petit rire.

« Par contre je dois vous avouer que même si je trouve ça excitant, me retrouver avec une arme à la main à veiller sur une passagère poursuivie par un gang mexicain tandis que William serait en train de jouer au cow-boy…

- William ?

- Le co-pilote.

- Ah. »

Maria Alvarez grimaça, essaya de s'installer dans une position plus confortable, de soulager son épaule.

« Vous allez bien ? s'inquiéta l'hôtesse.

- Oui.

- Vous souffrez ?

- Un peu.

- Beaucoup plutôt, non ?

- Oui, c'est vrai.

- Pourquoi n'avez-vous pas demandé une injection au... médecin ?

- Elle ne veut pas m'en faire.

- Elle vous déteste tant que ça ?

- Je ne l'espère pas, mais même si c'est le cas, ce n'est pas pour ça, je suis enceinte.

- Oh ! De combien ?

- Quatre mois. »

L'hôtesse se mit à lui parler des enfants de sa sœur et à lui poser des questions sur la façon dont sa grossesse se passait. Maria Alvarez n'aimait pas vraiment parler couches et chiffons, mais l'hôtesse cherchait à la distraire et celle-ci s'apercevant vite que le sujet l'ennuyait, embraya sur le Mexique, l'interrogeant sur son travail. Elle était cultivée et la jeune députée se plut à discuter avec elle. L'hôtesse sut s'arrêter quand elle décela les premiers signes de fatigue chez son interlocutrice et laissa le silence s'installer. Elle ne quittait pas des yeux la prairie qui s'étendait derrière la fenêtre et quand elle jeta un coup d'œil à la jeune femme assise par terre, elle vit que celle-ci avait fermé les yeux, la tête renversée en arrière. Elle reporta son attention vers l'extérieur. Quand les agents entrèrent, elle réagit un temps trop tard.

Et avant que Maria Alvarez n'ait eu le temps d'esquisser un seul mouvement, elle se retrouva avec trois pistolets-mitrailleurs braqués sur elle.

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Elle lut avec horreur le désespoir dans les yeux de Shaw, son renoncement. L'angoisse lui tordit douloureusement l'estomac, elle chercha de l'air, redoutant l'issue dramatique qui s'annonçait. Shaw détourna ses yeux et c'est à ce moment que la jeune députée entrevit une ombre bouger sur sa droite. Les trois tueurs, toute leur attention fixée sur Shaw, ne la remarquèrent pas. Maria Alvarez reconnut Root. Elle ne se ferait jamais à cet étrange nom. Elles échangèrent un regard. La jeune députée baissa légèrement les paupières. Oui, elle avait toujours son arme. Oui, elle était prête à s'en servir. Root lui désigna l'homme qui se tenait contre le mur à la gauche de Maria. Celle-ci hocha brièvement la tête. Et puis tout s'enchaîna très vite.

Trois coups de feu retentirent. Deux cris prononçant le même « Non ! ». L'un de colère, l'autre désespéré. Un quatrième, un cinquième coup de feu une demi-seconde après les trois premiers. Un cri de douleur. Quatre corps qui tombent. Un bruit de pas précipités. Un sanglot.

« Sameen ! »

Maria Alvarez était figée son arme tremblante au bout de son bras devant elle. Elle n'avait pensé à rien. Au signal de Root, elle avait sorti son arme, tiré sur la cible qu'elle lui avait désigné, Shaw allait se tirer une balle dans la tête, la jeune députée avait tiré une deuxième balle sans viser, au jugé, par réflexe, avec l'espoir fou d'empêcher l'inévitable. Shaw avait basculé sous l'impact et s'était retrouvée à terre. Root s'était précipitée et Maria Alvarez n'avait plus rien vu.

Elle l'avait tuée. Qu'est-ce qu'elle avait fait ?

Root pleurait serrant le corps de Shaw contre elle. Elle se retourna vers la jeune députée tétanisée.

« Je vous aimerai jusqu'à la fin de mes jours, Maria. »

Un grand sourire naquit à travers ses larmes. Elle se releva et tendit une main que Shaw saisit pour se remettre sur pied. Maria laissa tomber son bras et adressa une prière de remerciement au ciel. Elle promit une neuvaine à La Vierge. Tous les jours, elle prierait un chapelet complet. En remerciement.

Sa balle avait tapé l'arme de Shaw, projetant son bras, puis tout son corps en arrière. Un coup miraculeux. Shaw n'eut ni le doigt, ni la main, ni le poignet cassé, et surtout... ni la balle qu'elle s'était destinée, ni celle d'Alvarez tirée au petit bonheur la chance ne lui avait fracassé la tête.

Shaw s'en tirait avec une épaule endolorie. Vivante.

Elle n'avait rien compris. Quand elle s'était tirée une balle dans la tête, elle avait subitement valsé, entendu des cris, d'autres coups de feu et s'était retrouvée emprisonnée presque dans la même seconde dans les bras de Root, le cou baigné de ses larmes. En se relevant, elle se retrouva face à Root. Elle ne l'avait jamais vue comme ça, même quand elle lui avait sauté dessus dix jours auparavant. Les émotions se télescopaient dans son esprit, Shaw essayait sans succès, de remettre en forme ce qui venait d'arriver. Elle regarda les corps des trois agents morts. Son épaule la lançait. Elle leva les yeux vers Root, perdue. Root sentit son désarroi, elle lui sourit, le cœur prêt à exploser. Elle lui expliquerait après ce qui s'était passé. Quand elle aurait le temps de la serrer dans ses bras, de la regarder, de se perdre dans son regard, dans ses bras, dans son silence.

« Shaw, occupe-toi d'Ally et de Maria, je vais chercher le co-pilote. »

Shaw la regardait sans bouger.

« Shaw ! Il faut qu'on évacue. Tu es opérationnelle, oui ou non ? »

Shaw fronça les sourcils comme si elle analysait ses fonctions cognitives, son intégrité physique. Root vit qu'elle était arrivée à un diagnostique. Positif.

« Oui. Opérationnelle à 100%.

- Tu ne peux savoir comme je suis contente que tu le sois, mon cœur. »

Root s'élança vers la terrasse. Shaw s'accroupit aux côté de l'hôtesse. Elle portait un hématome sur la tempe, Shaw le palpa doucement. L'hôtesse pourrait remercier qui elle voudrait, la chance, le destin, un Dieu quelconque, d'être encore en vie. Elle s'empara de la bouteille d'eau posée près de la fenêtre, défit le foulard que l'hôtesse portait autour du cou, le mouilla, le lui passa sur le visage et lui humidifia les lèvres.

« Comment vous sentez-vous ? »

N'obtenant pas de réponse, elle leva les yeux sur Maria Alvarez.

« Alvarez !

- Euh, c'est à moi que vous parlez ?

- À qui voulez-vous que ce soit ?

- Je... euh... Oui, ça va.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Quand ?

- Qui a tué les trois agents là ?

- Euh... votre... enfin...

- Root ?

- Oui, elle en a tué deux.

- Et l'autre ?

- J'ai tiré sur le troisième, celui qui était près de vous.

- Et... euh... Qui m'a tiré dessus ? On m'a bien tiré dessus, non ?

- O... Oui.

- Qui ?

- Moi. »

Shaw resta silencieuse, retournant dans sa tête ce que venait de lui dire la jeune femme.

« Vous aviez raison... finit-elle par dire. Root aussi.

- À propos de quoi ? osa demander Maria Alvarez.

- Pour le Glock. »

Maria ne trouva rien à répondre, elle avait eu si peur, qu'elle sentait que le monde avait glissé loin d'elle, qu'elle se mouvait dans une pseudo-réalité et elle n'arrivait pas à reprendre pied dans la réalité. Root revint accompagnée du co-pilote.

« Mon Dieu ! s'exclama-t-il en entrant dans le salon. »

Il se précipita sur l'hôtesse à terre. Shaw le rassura, elle souffrait juste d'une commotion, ce n'était pas grave, mais il faudrait qu'il la porte.

« La voiture est à cent mètres, annonça Root. Maria, vous avez besoin d'aide ?

- Je m'en occupe, laissa tomber Shaw abruptement.

- Bien allons-y alors. N'oubliez pas les bagages. »

Le petit groupe partit clopin-clopant. Le pilote les attendait caché derrière des arbres, il s'avança dès qu'il les vit et se précipita pour aider Shaw. La jeune députée faiblissait, il la prit dans ses bras et la porta jusqu'à la voiture. Root le remercia chaleureusement en découvrant qu'il avait sorti les corps des deux agents morts hors de la voiture. Elle jeta un regard interrogatif à Shaw.

« Conduis, Root, je... j'ai...

- Okay, Sam. En voiture les enfants ! »

Tout le monde s'engouffra dans la voiture, Root derrière le volant, Shaw à ses côtés, le pilote aida Maria Alvarez à s'installer confortablement et s'assit à côté d'elle, William Findlater rentra avec l'hôtesse, l'allongea et se glissa près d'elle, souleva sa tête et la posa doucement sur ses cuisses. Root vérifia que tout le monde avait trouvé sa place et démarra. Une fois sortis de la zone de l'aéroport, un téléphone se mit à sonner. Shaw regarda Root curieuse, celle-ci sortit un portable de sa poche, elle l'avait récupéré sur la femme avant de quitter la maison. Elle décrocha.

« Rapport !

- Alexandria Field. R.A.S.

- Bien, rentrez. »

Root baissa sa vitre et jeta le téléphone par la fenêtre.

La route jusqu'à New-York ne leur réserva aucune mauvaise surprise. L'hôtesse se réveilla en chemin et se plaignit d'un horrible mal de tête. Shaw lui intima de rester allongée et conseilla à Findlater d'appeler les secours quand ils se sépareraient. Il serait plus prudent qu'elle subisse un examen et surtout qu'elle reste en observation au moins quarante-huit heures. Le coup avait été violent, il n'était pas impossible qu'elle souffre d'un traumatisme.

« Je vais vous conduire à La Guardia, leur annonça Root. Vous pourrez appeler les secours pour Ally, prévenir votre compagnie que vous êtes toujours en vie et que votre avion n'a pas explosé en vol. Par contre je suis désolée, mais vous allez devoir certainement répondre à des tas de questions.

- La police ? Qu'allons-nous leur raconter ? demanda Findlater.

- En tout cas, pas que vous avez joué au petit soldat armé d'un Herstal, tiré sur des tueurs, et manipulé des cadavres. Pour le reste racontez la vérité. Enfin... dites que je vous ai détourné, que nous avons été attaqués, que vous avez été emmenés dans la maison et que vous ne savez rien d'autre sinon que vos clientes vous ont aimablement ramenés à New-York. Ne vous emmêlez pas dans des mensonges, minimisez juste votre rôle.

- Mais qui étaient ces hommes ?

- Des gens dont il ne vaut mieux pas croiser le chemin. Ils sont tous morts, personne ne cherchera plus à vous faire du mal. Il n'y a aucun témoin de votre implication plus active dans cette histoire.

- Vous êtes sûre ? »

Root pencha la tête, avant de répondre une seconde plus tard.

« À 99,35%. Ce sera suffisant ?

- Mmm, acquiesça le pilote. »

Root les laissa à la dépose rapide de l'aéroport. Elle les remercia, s'excusa auprès de l'hôtesse de ne pas lui rendre son uniforme, mais qu'elle s'assurerait qu'un autre lui serait livré avec un petit cadeau en sus et leur déclara d'une voix précieuse, qu'elle avait été vraiment enchantée de faire leur connaissance et qu'elle n'hésiterait pas à faire appel encore à eux si elle avait encore besoin d'un jet pour un voyage privé. Ils sortirent du 4x4 un peu abasourdis par ses déclarations, pas très sûrs qu'elles soient rassurantes. Shaw ouvrit sa fenêtre.

« Findlater ? Lieutenant ?

- Oui ?

- Bon boulot. »

Un officier. Il l'avait bien jugée. Il sourit heureux. Il n'eut pas le temps de lui répondre, elle avait déjà refermé sa vitre et la voiture s'éloigna. Les trois membres d'équipage regardèrent le 4x4 disparaître dans la circulation. William Findlater passa son bras sous l'épaule d'Ally Lurgan, le pilote attrapa leur trois valises et ils entrèrent dans l'aéroport.

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« Et maintenant ? demanda Shaw

- Si nous allions dîner ?

- Ah ! Euh... Et... euh, avec Alvarez ?

- Tu ne crois pas qu'elle mérite un bon dîner ?

- Euh, si, si. Mais, euh... elle...

- Ah, le Docteur Shaw s'inquiète pour sa patiente. Je vais m'arrêter dans un endroit tranquille, les vitres sont teintées à l'arrière. Tu as tout ton matériel et si tu as besoin de... Bon, je vais aller garer sur Broadway, c'est à un quart d'ici. S'il te manque quoi que ce soit pour la soigner tu le trouveras bien à Helmhurst. Je suis même prête à aller faire les courses pour toi. Ça te va comme ça ?

- Ouais, c'est parfait. »

Root trouva une place presque devant l'une des entrées de l'hôpital. Shaw passa à l'arrière de la voiture, s'assit à côté de Maria Alvarez. Elle sortit une bouteille de désinfectant, s'en versa sur les mains et les frotta soigneusement. Ensuite, elle lui défit les écharpes, enleva le pansement. Elle grogna de contentement. Rien n'avait bougé, la plaie était propre. Elle tâta précautionneusement avec les doigts les bords de la blessure, Maria Alvarez se mordait les lèvres, mais s'efforçait de rester détendue. Shaw insista sur un point. La jeune députée lâcha un gémissement sourd et serra le poing droit.

« Excusez-moi, souffla Shaw.

- Parce que vous savez être polie ? lâcha sacarstique Maria Alvarez entre ses dents. »

Shaw ignora sa pique, mais ses mâchoires se contractèrent.

« Pardon, murmura la jeune députée. »

Shaw resta silencieuse et ne leva pas les yeux sur la jeune femme. Satisfaite de son examen, elle replaça un pansement propre sur la blessure et remit soigneusement en place les écharpes. Elle rassura la jeune députée sur son état et lui demanda si son bras n'était pas trop comprimé. Maria Alvarez secoua la tête. Shaw attrapa sa valise, l'ouvrit, fouilla dedans et sortit un sweat-shirt à capuche. Elle fit une moue contrariée, elle ne l'avait jamais vu, sans doute un achat de La Machine quand elle lui avait refait sa valise à Chihuahua. Un chouette sweat-shirt, il lui plaisait bien. Bon, tant pis.

« Il commence à faire frais le soir. De toute façon, il fait froid à New York, plus qu'au Mexique, il ne faut pas que vous preniez froid. Je vais vous aider à enfiler ça. »

Root les observait dans son rétroviseur. Elle était impressionnée. Shaw qui faisait des excuses. Shaw qui prenait soin d'un patient sans le molester. Shaw qui prêtait, donnait, un de ses vêtements qui, elle l'avait remarqué à son expression lui plaisait. Incroyable. Elle n'aurait pas si bien connu, ni Shaw, ni Maria, elle aurait été verte de jalousie. Maria ne mesurait certainement pas sa chance. Son âme se dilata. Elle adorait Shaw, vraiment. C'était … dingue comme sentiment. Génial.

Shaw repassa devant, remarqua le sourire béat d'adoration de Root.

« Root, pourquoi tu me regardes avec ce sourire idiot ?

- Parce que je t'aime, Sameen, minauda Root.

- Arrête de te foutre de ma gueule.

- Tu crois que je plaisante ? Tu penses vraiment que je ne t'aime pas ?

- Si. Euh... mais... Root, c'est pas ça que... euh...

- Qu'est-ce que tu veux me dire, Sameen ? insista Root taquine, amusée par l'embarras manifeste de Shaw.

- T'es chiante ! »

Root rit joyeusement, elle passa sa main derrière le cou de Shaw, la tira vers elle et lui plaqua un baiser sonore sur la joue. Shaw marmonna des sons inintelligibles. Root démarra, elle jeta un coup d'œil à Maria Alvarez, croisa son regard. Les yeux de Root brillaient illuminés par ce que Maria Alvarez identifia comme un bonheur sincère, profond, que Root désirait partager avec elle. La joie brute exprimée si ouvertement de la part de Root, la heurta de plein fouet, l'enveloppa. Elle se sentit happée, tirée de sa douleur, de ses angoisses. Cette femme était une sorcière, bénéfique, maléfique, qu'importait, sa joie était communicative. Root vit un sourire s'épanouir sur les lèvres de la jeune femme à qui elle souriait dans son rétroviseur. Elle lui dédia un clin d'œil et reporta son attention sur la route. Cette satanée députée lui avait donné des sueurs froides, mais elle lui devait de pouvoir continuer à rêver.

Le 4x4 était équipé d'une boîte automatique, Root saisit la main de Shaw, entrelaça ses doigts aux siens. Shaw ne réagit d'abord pas, puis ses doigts se refermèrent doucement sur la main qui la tenait. Root tourna la tête, Shaw regardait droit devant elle, les traits impassibles. Peu importait, Root sentait la chaleur de sa main dans la sienne, ses doigts entre les siens, la pulsation d'une de ses veines contre sa peau et cela suffisait amplement à son bonheur.

Shaw était vivante. Avec elle.

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NOTES DE FIN DE CHAPITRE :


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Spoiler ou en français destructeur de portance ou déporteur :

Ce sont des pièces rectangulaires mobiles qui se trouvent sur le bord extérieur arrière des ailes d'un avion et qui servent en se relevant, principalement d'aérofrein en vol ou au sol. Ils peuvent aussi servir de gouverne de gauchissement (pour effectuer un virage sans glisser) ou diminuer les effets des turbulences en vol.

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