Draco s'était tout d'abord laissé aller puis, fermant les yeux, revisionnant l'agression qu'avait subit l'adolescente, il lui prit les poignets et se força à reculer. Non, il ne pouvait pas. Ça la mettrait en danger. Il ne pouvait pas.

Niant son refus, l'adolescente se pencha à nouveau sur lui et l'embrassa plus tendrement.

- Luna, non, on ne peut pas… souffla Draco, ses yeux dans ceux de son amie.

Il ne voulait pas lui faire du mal. Que dirait-il le jour où les Serpentards mettraient fin à sa vie? Qu'il ne voulait pas que ça se passe comme ça ? Qu'il était désolé ? Non, si Luna venait à disparaitre, il mettrait fin lui-même à ses jours et ces salauds auraient gagné. Il ne pouvait pas. Il n'y avait qu'une seule option.

- Non. Je ne t'aime pas Luna. Je ne veux pas de ça.

La jeune fille lui rendit un sourire. Elle comprenait, elle savait. C'est pourquoi, quand elle le vit sur le point de s'enfuir, elle le retint par le bras et l'attira à elle, le gardant tremblotant dans ses bras.

- Draco…

- Je ne veux pas… Je ne veux pas qu'on te blesse toi aussi… S'il te plait…

Mais Luna démontra à quel point elle pouvait être têtue et refusa de le lâcher. Il finirait bien par comprendre qu'elle était là pour lui et qu'être sans lui, c'était tout bonnement impossible.

- Tu ne comprends pas ! Je dois rester avec toi ! Pour que tu ailles mieux !

Le Serpentard déchu s'était figé. Comment ça, pour qu'il aille mieux? Il jeta un œil à l'adolescente, cherchant un mensonge dans ses pupilles mais ne le vit pas.

Il resongea ensuite aux discussions que son parrain et Luna avaient eu ensemble quand il n'était pas là. Elle avait parlé de soutiens pour les potions mais il comprenait à présent. Tout n'était que mensonge. Elle était restée parce que Severus le lui avait demandé ! Elle était restée pour que Severus cesse de s'inquiéter !

Draco avait braqué sur elle un regard non pas de fureur mais de peine. Il avait été trahi. Une fois de plus. Son bonheur disparaissait alors qu'il prenait conscience que ces derniers mois qu'ils avaient passés ensemble n'étaient que des mensonges. Rien que des mensonges. Encore et toujours des mensonges. Juste pour qu'il vive. Puis Draco était parti.

Furieux, en peine, en larmes, il avait parcouru les couloirs jusqu'à frapper à la porte de son parrain. Qu'était-il venu faire là? Ne devait-il pas mettre fin à ses jours ? Même son parrain qui avait promis de ne jamais lui mentir l'avait trahi. Pire que ça : il l'avait manipulé en faisant de lui le professeur particulier de Luna. Il savait ce qu'il faisait.

Il n'eut pas le temps de fuir que Severus ouvrait déjà la porte, surprenant son filleul qui le dévisageait alors que les larmes coulaient encore de ses yeux rageurs.

- Tu as tout découvert… souffla l'homme, ennuyé.

Que s'était-il passé au juste ? Luna lui avait-elle dit la vérité ou l'avait-il deviné ?

- Pourquoi? Pourquoi Sev? Pourquoi tu as fait ça? Tu voulais que j'aille mieux? Mais pourquoi tu m'as pas laissé comme j'étais, merde ?! dit-il en l'empoignant par la m'as trahis !

L'homme n'avait pas eu le temps de dire quoi que ce soit que déjà, Draco l'avait relâché et quittait prestement le couloir en courant. Ses poumons étaient en feu mais qu'importe puisque bientôt, il ne tiendrait plus. Plus après ce sentiment de joie qui renaissait en lui et qui avait été arraché, remplacé par des mensonges.

Même si c'était pour son bien, Draco ne pouvait s'empêcher d'être en colère. Le seul homme en qui il pouvait encore avoir confiance… Son parrain… Il n'avait plus personne désormais. Il pouvait mourir là que ça ne gênerait personne. Il en était sûr.

- Malfoy !

L'adolescent se crispa. Sans s'en rendre compte, il avait quitté les couloirs de l'école pour se précipiter dehors, à l'orée de la forêt interdite, là où il était persuadé que personne ne le suivrait. Mais lui pouvait le faire, évidemment. Potter. Fichu Potter.

- Malfoy ! Hey, tu m'entends ?

Pour toute réponse, Harry reçu un regard noir.

- Hey, du calme mec. Luna est sortie de l'infirmerie en trombe. J'ai rien compris. Elle disait juste ton nom.

Le premier réflexe du blond fut de s'inquiéter mais Potter ne l'aurait certainement pas laissée seule si elle paraissait affolée. Ce qu'il ne savait pas, c'était que la clique de Potter s'était mis à sa recherche pour elle. Pourquoi tenait-elle à le revoir ? C'était fini, non? La supercherie avait assez duré.

- Ah, tu es là Harry, dis-moi que tu l'as trouvé !

Draco se releva en entendant la voix de Ronald. Était-il si prévisible ?

- Je suis allé cherché Hermione et Luna nous a tout expliqué. Quand elle a su que tu avais disparu, 'Mione a pris ta carte Harry.

Le brun retint une claque mentale. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt? Il avait fait tous les endroits possibles, cherchant d'abord en haut de la tour d'Astronomie mais rien. Désespéré, il avait gagné la forêt pour demander à Hagrid s'il avait vu le Serpentard quand il avait aperçu des jambes dépassant d'un tronc d'arbre.

- Draco, Luna est folle d'inquiétude, dit Hermione en s'agenouillant devant lui, lui frottant les bras pour le réchauffer.

Draco n'y croyait pas. En fait, il refusait d'y croire.

- Luna nous a tout raconté, Malfoy ! dit Ronald. Tu l'as sauvée bordel ! Tu es même allé jusqu'à vouloir vous séparer pour la protéger alors pourquoi tu fuis comme un lâche ?

C'en fut trop pour le prince déchu qui se releva prestement, la baguette à la main. Si ce maudit rouquin ouvrait encore une fois la bouche, il ne répondrait de rien.

- Malf…

- Ta gueule ! Mais ta gueule, putain ! cria Draco alors que le désespoir perçait ses maigres barrières d'indifférence.

- Draco… Va la voir.

Hermione n'avait rien dit de plus. Elle avait même encaissé le regard noir du blond avant qu'il ne s'éloigne vers Poudlard.

- Au moins il va dans la bonne direction, murmura Ron. Vous pensez qu'il va la rejoindre?

- Je ne sais pas, répondit le brun en toute honnêteté mais je ne pensais pas que Malfoy aurait le cran de faire ce qu'il a fait…

Les trois adolescent soupirèrent avant de se mettre en route vers le château, espérant que Draco rejoindrait Luna.

- Luna…

- Draco… Je suis désolée, écoute je… J'étais inquiète tu sais… Je n'osais pas… tu sais, rester avec toi… mais quand le professeur Snape m'a dit qu'il ferait en sorte que ça se passe bien, je voulais essayer… essayer de rendre ta vie meilleure…

Il n'avait rien dit. Il l'avait juste écoutée. Elle savait pour ses vaines tentatives afin de mettre fin à ses jours, elle savait pour ces vils serpents qui le persécutaient dès qu'il était seul.

Elle savait et pourtant elle n'avait pu s'empêcher, malgré sa mission de s'attacher petit à petit au blond. Elle n'aurait jamais cru mais les moments qu'elle passait avec lui étaient les meilleurs. Elle avait l'impression d'exister enfin pour quelqu'un. Et il y avait eu ce maudit mensonge entre eux. Un non-dit qu'elle rêvait chaque jour de lui dire pour que ce sentiment de gêne disparaisse.

Fatiguée, apeurée, elle lui avait dévoilé la vérité mais il était hors de question qu'il parte sans savoir…

- C'est juste que… je me suis attachée à toi, c'est tout…

Sans rien dire, l'adolescent la regardait marcher vers lui. N'y tenant plus, elle l'attira à elle comme on attire un enfant doucement contre soi et l'avait serré dans ses bras.

Draco, lui, ne pouvait pas s'empêcher de ressasser ses émotions. Elles étaient si contradictoires et si rapprochées qu'il se sentait perdu.

Alors finalement elle n'était pas restée que parce que Severus le lui avait demandé ? Elle était restée pour lui? Que devait-il croire?

Doucement, il plongea son regard dans le sien et n'y perçut que de la bienveillance alors que, déjà, ses pupilles à lui dévoilaient autre chose. Un peu comme de la reconnaissance et un soupçon d'espoir.

Serait-il… amoureux ? L'avait-il trouvée, cette personne dont Severus lui avait parlé un jour?

- "C'est quelqu'un qui te soutiendra, quelqu'un qui voudra être avec toi, même dans les moments les plus noirs et tu verras, tu ne pourras empêcher ton coeur de battre plus fort pour cette personne".

Severus avait raison. Il l'avait trouvée. Elle. Sa bouée de sauvetage. Celle qui le sauverait de cette marée de douleur qui pesait sur lui depuis la fin de la guerre. Son élue.