Chapitre 4 : Ce 8 avril

Dans la journée, ils avaient libérés leurs pokémons pour faire les éclaireurs dans la forêt. Aurèle se sentit rapidement dépassés par les trois jeunes dresseurs de pokémons surentrainés qu'il devait guider dans les bois épais du Myruguay;

-on se sent vieux? Rigola Candela en lui donnant un léger coup d'épaule, les pouces sous les bretelles de son sac.

-Je dirais plus que je me sens en vie… Il y a trois jours j'étais à Bombai sur le point de vendre mon téléphone pour de la nourriture. J'étais paumé. Je me suis connecté dans un café internet par hasard et j'ai eu ce email. Nirvania a su réveillé mon intérêt. 20 minutes après avoir pris ma décision , j'avais 10 millions de roupies dans mon compte. J'ai pris mon passeport, mes pokéballs et j'ai pris l'avion pour le Myruguay sans y penser.

Candela regarda autour d'elle;

-On est au Myruguay? Rit-elle. J'imaginais de la neige à ce temps-ci de l'année…

-Le printemps est de plus en plus tôt…maudit réchauffement climatique…Répondit-il en donnant un coup de machette dans les arbrisseaux qui leur barraient le chemin.

Blanche marchait à côté de Spark en silence. Ils regardaient Aurèle et Candela s'acoquiner à une certaine distance. Elle sourit et Spark le remarqua;

-Qu'est-ce qu'il y a, ma belle… ?

-''ma belle'' Rit-elle.

Il regarda ses pieds en montant pardessus le rocher devant eux;

-Tu sais Blanche, pour moi rien n'a changé… Je sais que dès qu'on s'est fait embarqué par Niantic, tu n'y as jamais repensé mais moi…

Spark savait que cette discussion devait avoir lieu un jour. Il y sautait à pieds joints prêts à tout foirer ou tout gagner. Blanche s'arrêta;

-J'ai essayé Spark! J'ai tenté de m'échapper autant que toi! À chaque fois que je me rendais près de tes quartiers, ils me retrouvaient et après tout…tout ça… j'ai arrêté d'essayer!

Candela et Aurèle se retournèrent en les attendant hausser le ton. Ils se regardèrent et d'un regard complice décidèrent de prendre de l'avance pour les laisser tranquilles.

-Depuis quand ils sortent ensemble? Demanda l'aîné Spark.

-En fait… Je n'avais jamais remarqué… mais maintenant que je vois… Je crois que c'était bien avant…

10 mois avant cela au Niantic Labs

Quand Blanche avait visité sa ''cellule'' dite appartement ou quartier pour la première fois, elle avait demandé où les quartiers de Candela et Spark se trouvait. Elle n'avait pas encore tout compris de la situation mais elle avait bien hâte d'en parler avec sa camarade de classe et Spark;

-C'est confidentiel, Mademoiselle d'Autercaun. Avait répondu sa majordome en faisant baisser les rideaux avec sa tablette électronique.

-Quand pourrais-je les voir, alors? Demanda-t-elle en jetant un regard maussade vers la pièce.

-Je ne crois pas que vous alliez vous revoir bien, bien souvent, Mademoiselle.

Sa majordome, malgré un visage souriant et une attitude amical, n'était qu'un pantin d'observation engagé par Niantic pour assurer sa servitude;

-J'exige d'avoir un rendez-vous avec eux dans la journée. Avait-elle dit.

La majordome avait hoché la tête sur le côté et avait redirigé son regard vers la tablette;

-Vous n'êtes pas en position d'exiger quoique ce soit Mademoiselle d'Autercaun.

Dès cet instant, Blanche passait ses journées à noter ses observations dans un cahier. Elle savait depuis le premier jour, qu'elle était prisonnière de Niantic, malgré le luxe de ses quartiers et de ses repas équilibrés. Sa majordome, ses coachs, ses psy, son équipe médicale : tous des ennemis.

Un matin, elle avait vu Spark dans le gym, poings gantés de cuir rouges, face à son Tygnon. Elle avait voulu croiser son regard mais…

-Quand je t'ai vu, j'ai vu ce qu'ils nous faisaient. Rajouta Blanche les yeux nimbés de larmes retenues. J'ai voulu te rejoindre. Il y avait dans tes yeux tout ce que je soupçonnais. Il y avait… Je ne sais pas… C'était irrationnel mais mon coach m'a pris par le bras et m'a tiré. Après ça, crois-moi…

Spark lui prit la main doucement. Elle était fiévreuse de rage, derrière son visage plat de Leader de la Sagesse. Elle vibrait presque sur place.

-Après ça…Essaya-t-elle encore

Elle commença à pleurer doucement. Elle répéta ''après ça''. Spark ne put résister et la prit dans ses bras. Il était juste assez grand pour accueillir son visage dans son cou. En dehors de toute attente, elle resta dans ses bras sans fuir comme à son habitude.

-Je sais, ils sont horribles… Sortit Spark comme si ça expliquait tout.

-Ce n'est pas tout… Exécuter Nirvania et te violenter, c'était horrible j'en conviens… mais ils m'ont torturé Spark, ils m'ont …

Il la laissa pleurer. Elle était en colère bien plus qu'elle était accablée.

Quand ils avaient remarqué qu'elle cherchait à s'enfuir, ils l'avaient drogué avec des addictifs puissants pour diminuer sa conscience et acérer son esprit. Ils l'avaient gardé réveillée jusqu'à un stade de délire debout, en diffusant sur des centaines d'écrans en même temps des statistiques, des discours sur répétitions sur la gloire et la victoire, des cauchemars en images, des reprises de ses erreurs de combat;

-Ils avaient tout pour me changer… Tu n'imagines pas comment ça été dur… Comment je m'étais perdue… Je savais ce qu'ils essayaient de me faire

-Avoir su… Répondit-il en déposant sa main sur ses cheveux.

-Avoir su, rigola-t-elle avec un onze de folie, avoir su je n'aurais pas étudié autant, je n'aurais pas mis tant d'efforts pour devenir la meilleure de la classe…

Il embrassa ses cheveux et sourit;

-Tu n'as jamais été meilleure de la classe d'Autercaun, je t'ai toujours laissé de la place sur mon podium…

Elle lui envoya un coup de poing dans les côtes. Comme s'il l'avait prédit, sa main l'attendait.

-Tu m'avais dit ça…Sourit-elle en séchant ses larmes. Le 8 avril…

-le 8 avril? Chercha-t-il.

-C'était la journée…dans l'écurie des Ponyta…

Elle releva la tête. Le 8 avril, se dit-il en souriant, . Il ne se souvenait pas de la date lui, mais il se souvenait de ce qui était arrivé.

C'était la journée où ils étaient en punition ensemble après s'avoir battu sur la place publique. Ils devaient laver l'écurie des ponyta de courses. Il l'avait appelé ''ma belle'' et elle lui avait envoyé le coup de poing du siècle sur le nez.

Candela les avait surpassé, surtout en dressage de combat et en activité physique. Blanche avait toujours entretenu une rivalité viscérale contre le jeune blond qui ne mettait aucun effort que du show off de talent. Probablement ,que le cours durant , elle s'était demandé pourquoi elle était sortie de ses gongs, elle avait sérieusement réfléchie. Cela faisait depuis l'académie que Max Spark était son principal rival mais… mais de là à lever la main contre lui pour une connerie?

Rendue dans l'écurie, le voyant câliner les flammes froides des pokémons autour de lui, elle s'était rendu compte qu'elle était, non seulement, particulièrement jalouse de sa réussite malgré son manque de méthode mais aussi fascinée par son don avec les pokémons. Elle l'admirait autant qu'elle le haïssait. En remémorant ses souvenirs, Blanche remit les pieds dans ses mémoires. Une toute autre Blanche, il y a, à peine dix mois de cela, le cœur encore pur et plein de haine innocente. Levant son capuchon d'imperméables d'uniforme, devant un Spark joyeux comme une révélation choc. Il avait mis un vieil ensemble de sport de l'académie qui avait des trous dans les genoux. Il ne portait qu'une camisole pour couvrir son torse : tout ce qu'il fallait tout émouvoir la puérile Blanche. Il avait toujours été un beau con.

Il lui avait tendu la fourche pour la paille d'acier à étendre au fond des box;

-Ne t'inquiète pas, ma belle, j'ai presque fini…

-Ne m'appelle pas comme ça, Spark…

Il s'était approché d'elle en cachant la fourche derrière son dos;

-Quoi, tu as peur d'être à moi ou d'être belle? Rigola-t-il.

Elle piaffa en prenant une autre fourche sur le mur de l'écurie;

-Je suis autant à toi que cette fourche, Sparky boy…

-Ma famille possède 70% du campus de cette université… Bref… il y a 30% de toi qui n'est pas déjà mien? …Que dois-je faire pour m'acquérir du reste? Demanda-t-il en s'appuyant sur le manche de sa fourche.

Elle avait figée, abattue par un argument de cette taille et impétueux.

-Je ne suis pas un des autres jouets exotiques qu'on peut acheter avec un ''nom'' et une tonne de cash, Maximilien…

-Si tu serais achetable, tu ne serais même pas intéressante…

Elle s'était détournée de la conversation de plus en plus gênante à travers l'ouvrage;

-Je m'excuse de t'avoir frappé Spark, je ne recommencerais plus si tu arrêtes de te comporter comme un petit attardé roi du monde…

Elle commença à étendre la paille d'acier mais il s'accouda dans la porte du box. Sentant que son cul était admirée, elle se retourna en pointant sa fourche sans pour autant faire preuve de violence;

-Tu n'as pas quelque chose à faire, Spark?

-J'attends une réponse. Dit-il fermement.

Elle haussa un sourcil et se redressa;

-Si ton meilleur pokémon bats le mien sur la place de l'honneur ce midi, j'accepterais d'aller diner avec toi.

-Je n'ai pas de meilleurs pokémons… Je n'aime pas ce concept…

Il avait accepté le défi. Il avait gagné (d'ailleurs) devant tous les étudiants de l'Université qui adorait voir des conflits être officiellement réglé sur la place d'honneur.

-19hrs30, à la grille. Mets des bons souliers, on va sortir…Avait-il chuchoté à son oreille en partant à son prochain cours.

Elle avait rougie. À la fois intimidée et folle de rage d'avoir été battue par lui sur la place d'honneur, descendant derechef sa place dans les statistiques du semestre et l'obligeant par le code d'éthique des dresseurs de pokémons de respecter son serment.

Une fois son cours de géologie pokédique, dernier de la journée, fini, elle s'était rendue dans sa chambre au Bloc des filles. Elle ne savait pas quoi mettre. Elle se sentait stupide de stresser pour un rendez-vous acquis par gage d'honneur. Blanche n'avait pas de copines et elle n'aurait pas su quoi leur dire mais elle sentait ce vide dans sa vie. Elle aurait voulu avoir une fille de son âge avec qui parler de son cœur qui avait battu si vite quand il l'avait appelé ''ma belle''. Sa cochambreuse arriva et la trouva devant trois ensembles.

-On sort ? Avait demandé Kamy-Lia gentiment malgré qu'elle ne fût pas si proche d'elle au point de lui porter conseils.

-Oui, j'ai un meeting en ville…

Kamy-Lia avait été pour la première fois, plus qu'un mirage qui occupait de l'espace dans sa chambre.

-Ça m'énerve de stresser, ce n'est même pas comme si je voulais me mettre belle… Je ne voudrais pas envoyer un faux message.

-Un faux message? Demanda Kamy. C'est qui que tu vas voir?

Blanche lui raconta son défi à la place d'honneur.

-Ahah ce Spark! Il a tellement de front! Je serais flattée!

Blanche réalisa en rougissant qu'elle était effectivement flattée, autant que son orgueil était offensée de pareil vaillance.

-En tout cas, s'il t'a dit de mettre des bonnes chaussures, pense que tu vas surement devoir marcher un brin!

La jeune tonkinoise avait alors mis ses écouteurs et commencer ses devoirs pour la soirée.

Elle avait finalement choisie une robe avec une veste sport et des jeans. Kamy avait tenu à lui faire un chignon à tresses avec un ruban assorti avec le fleuri de sa robe. Blanche ne se sentait pas à l'aise de se faire tordre les cheveux par des mains étrangères. Elle savait que le résultat allait valoir l'indisposition : Kamy avait toujours des coiffures spectaculaires.

Spark n'était pas à la grille. Elle l'allait surement pas attendre. 19h32, j'étais là, tant pis, se dit-elle en rebroussant chemin lorsqu'elle entendit un klaxon.

Stationné près de la grille, une magnifique moto japonaise avec des lumières de couleur lime, le moteur éteignit et le conducteur sortit sa tête du casque . Évidemment, il fallait que ça soit Spark. Il se leva en jetant sur elle un regard souriant et satisfait. Il se leva pour sortir un second casque du compartiment sous le siège;

-Tu embarques, ma belle?

Elle prit le casque et resta figée sur le côté du véhicule. Ça lui plaisait la moto. Elle en avait une à la maison au Danemark. Elle adorait l'idée théorique romanesque d'embarquer derrière la selle d'un motard séduisant mais fixant les quelques pouces de sièges dédiés à ses fesses. Elle savait … Elle savait qu'elle ne pourrait pas…

-Je…

-Ne me dis pas que la Grande hertuginde af Autercaün a peur de faire de la moto, j'ai mon permis pour une fois, tu peux me faire confiance! -Je …Commença-t-elle encore.

Comment pouvait-elle lui expliquer qu'elle entretenait un dédain viscérale envers les contacts humains … Comme tant d'autres fois dans sa vie, elle voyait une main tendue, si douce, si théoriquement accueillante et pourtant, son cerveau la voyait aussi repoussante que si elle était envahie de verrues poilues et de fientes de roucool.

Elle commença à stresser assez que Spark le remarqua;

-Si tu ne te sens pas assez bien, on peut y aller en voiture aussi… mais faudra marcher plus longtemps…

-Je n'ai pas de problèmes avec la marche, Sourit Blanche en se sentant sauvée.

Il rangea les deux casques dans l'imposante moto puis la prit par la taille pour la diriger. Électrifiée de malaise, elle gambada plus vite vers les voitures des étudiants :

-Qu'est-ce que tu fais? Dit-il en lui tournant le dos.

Évidemment, sa voiture devait être ailleurs. Il se rendit par-delà le stationnement des voitures des professeurs qui était presque vide à cette heure, il y avait un hangar. Blanche ne savait pas à quoi il servait et elle ne se souvenait pas avoir vu personne s'y rendre. Arrivés à la porte, Spark mit sa main sur le verrou biométrique;

-Bien-ve-nue, Maxi-milien-Spark. Dit une voix électronique en ouvrant toutes les lumières.

Il y avait là une cinquantaine de voitures. Blanche leva les yeux au ciel, désespérée et amusée de l'exagération du jeune homme;

-laquelle est à toi? Demanda Blanche .

Il y avait là que des modèles de luxe asiatiques et européens. Blanche avait le sentiment qu'elles étaient toutes à la famille Spark.

-Choisis…Demanda-t-il.

Elle se dirigea vers une Lexus argentée, un modèle simple et efficase. Une fois assise en route, elle ne voulait pas s'avouer impressionnée. Sa famille était de la noblesse danoise, elle avait côtoyé des gens riches et célèbres. Il y avait quelque chose dans la désinvolture charmante de Spark qui faisait fondre ses préjugés amèrement construits.

-Où va-t-on? Demanda-telle voyant qu'ils quittaient la bordure de la métropole.

-Au Parc National d'Otishi.

-Mais c'est interdit…

Il balança sa tête de gauche à droite;

-Ça dépend qui on est…

-C'est comme avoir un hangar plein de voitures…Répliqua-t-elle.

-En théorie, elles sont à mon père… Ça coutait trop cher pour les importer au Myruguay. Il les a entreposé quelque part. Il en a venu quelque une mais quand ma sœur a rentré à l'école, il les a gardé pour elle… et maintenant moi…

Arrivés là-bas, la grille s'ouvrit comme s'il était attendu et en plein milieux de la route, il y avait un panier de pique-nique. Il stationna la voiture et lança les clefs dedans comme s'il était chez lui;

-Tu n'as pas peur de te faire voler?

-Nous sommes dans un parc hanté de Funécire et Lugulabre… personne ne va venir me voler…

-Et toi, tu n'as pas peur? Demanda Blanche qui devait rationaliser pareille témérité.

- Ce sont mes funécires…

Il prit le panier et tendit la main pour la guider. Elle leva les yeux en gambadant vers le chemin : préférant un courage stupide à cette tentative de rapprochement.

Ils avancèrent dans les ténèbres et bientôt des petites lumières violettes, bleutées arrivèrent de partout. Les magnifiques petits Funécires, des pokémons si cruels et magnifiques, dansèrent autour d'eux. Blanche analysa leur comportement, en toute bonne étudiante qu'elle était, mais ne détectait aucune des attitudes subtiles de les emporter dans la perdition. Spark avait effectivement réussi à obtenir la maitrise d'une horde de Funécire.

-Mais comment… comment as-tu fait ça? Dit-elle fascinée par le comportement mignon des sinistres créatures.

-C'est écrit ''interdit de passer'' et '' pokémon dangereux'' sur la grille… Il ne fallait pas m'inviter de la sorte! Rit-il en ouvrant le panier.

Il lança dans le sous-bois de petites billes de lumières d'un violet dense. Blanche regarda dans le panier, c'était des petits fragments de pierre de nuit. Elle glissa sa main pour, elle aussi, ''nourrir'' les funécires mais croisa là une chaleur étrangère. Spark avait pris une poignée de petites roches mais l'avait déposé dans sa main voyant son malaise;

-Blanche…je sais que tu es là un peu par orgueil mais… est-ce que ça va?

Elle avait lancé les petites billes et sourit en voyant les funécires courir de façon désordonné pour les prendre avec leurs petites mains.

-on dirait qu'à chaque fois que je te frôle tu vas vomir…Finit Spark.

Blanche le regarda. Elle voulait sortir une de ses répliques punch comme '' tu ne sais pas comment tu as raison'' mais il n'y avait plus de condescendance dans son cœur. Elle sentait qu'une dure vérité fractionner son abdomen comme des éclats de verre. Elle ne voulait pas tout lui dire, elle ne voulait pas partir non plus. Malgré sa haine envers lui, elle ne voulait pas mentir comme elle l'avait fait toute sa vie, afin de faire fonctionner les prétextes les plus bidons pour éviter de toucher des gens.

-Si tu veux? Continua-t-il inquiet puis releva la tête : attends d'être en haut pour m'expliquer.

Il continua naïvement à lancer des petites pierres et arriva au sommet d'une colline qui perçait la forêt douillette. Sur le sommet, un Lugulabre l'attendait sur une table de pique-nique en ciment. Spark s'inclina devant le pokémon et les centaines de funécires firent un cercle autour de la table.

-C'est le Roi de la forêt… Expliqua Spark en sortant de sa poche une pokéball.

Pensant qu'il allait le capturer, Blanche recula inquiète des centaines de prédateurs potentiels autour d'eux . Spark la surprit en faisant sortir de la pokéball un autre Lugulabre.

Les deux pokémons tournèrent autour de l'autre en s'enlaçant de leur petits bras. C'était un couple de Lugulabre. C'était une famille de lugulabre!

-Je pense que j'ai fait au moins un heureux aujourd'hui! Sourit Spark en prenant siège sur la table en ciment. Il lança les quelques fragments qui restaient, délivrant le repas préparé à l'avance pour lui et son accompagnatrice. Les pokémons quittèrent lentement les lieux .

-Ils vont où? Demanda Blanche.

-Je ne parle par le pokémon-chandelle couramment mais j'ai l'impression qu'ils ont fini d'hanter le parc Otishi…

-Pourquoi? Comment as-tu su?

Spark s'esclaffa en ouvrant les petites boîtes de nourriture;

-Parce que j'essaye de comprendre les pokémons au lieu de vouloir qu'ils me comprennent… Un garçon en deuxième cycle a capturé la maman Lugulabre. Un coup de chance pour un dresseur de son âge, il l'avait fièrement dressé. Un pokémon rude et maléfique, presque immaitrisable. Quand j'ai commencé à amadouer les petits funécires, le Roi est venu les défendre… Alors j'ai défié le jeune en échange de son pokémon.

-Mais comment pouvais-tu savoir que c'était bien elle? Comment tu pouvais savoir? Demanda-t-elle officiellement renversée.

-Je ne sais pas… Je crois que les pokémons spectres ne hantent pas des lieux pour le plaisir… C'était un lieu symbolique. Les gens appellent les dresseurs pour qu'on les débarrassent du problème mais on ne règle pas le problème… C'est le lieu où leur femelle alpha étaient disparues… Ils ne hantaient pas, ils la cherchaient…ils l'attendaient…

Téméraire, condescendant, indiscipliné…mais une âme si magnifique, avait-pu constater Blanche.

-Parles-moi de ton truc alors? Dit-il pendant qu'elle s'assoyait devant lui.

Elle regarda la nourriture. Il y avait des petites portions de tous les mets typiques de l'île de Tansho comme un buffet pour emporter. C'était une magnifique intention pour un garçon qui devait avoir aucune idée ce qu'elle préférait manger.

-Quel truc ? Demanda-t-elle le regard fasciné.

Il déposa sa main fermement sur la sienne. Elle figea de malaise et elle le foudroya du regard. Elle voulut enlever sa main mais il la pressait avec force;

-Ça… Et ce n'est pas qu'avec moi…

Il la laissa partir. Elle se sentait nue, démasquée : il avait su décoder sa plus grande phobie. Son talent était agaçant de comprendre les choses instinctivement.

-Ça a commencé quand j'étais enfant… J'étais tellement dédaigneuse que mes parents ont du me faire suivre une thérapie pour que j'ose mettre un pied dehors de la maison. J'avais peur de la poussière, des microbes, du gazon, de la terre, des maladies, des inconnus, du noir… Ils ont essayé les groupes, des médicaments, des traitements par renforcement positifs et tout…mais la seule chose qui a vraiment fonctionner est la pokémonothérapie. Ils m'ont trouvé un jeune abra… et ça a marché tellement bien. Je n'avais plus peur des choses risibles comme la terre ou le noir. Mais je me suis mise à craindre les gens de plus en plus… Ça a passé quand ils m'ont mis en pensionnat de force…mais je n'ai jamais pu…je ne sais pas…

-Tu as peur des contacts ou ça te dégoute? Demanda Spark très intéressé.

Elle réfléchit;

-Mon psy pense que c'est une extension de ma phobie des microbes et aussi un manque de présence de mes parents quand j'étais enfant… mais … moi je pense que je suis maudite…

Spark rigola;

-non, mais je veux dire, Continua Blanche avec le sourire. J'ai un QI-T de 198 et je n'arrive pas à contrôler mon corps pour lui dire : arrête c'est juste une main, elle ne va pas te manger…

Ils rigolèrent et Blanche initia le repas. C'est à partir de ce moment-là que le sentiment de rivalité était éteint. Spark était devenu une vraie personne à ses yeux. Il était aussi devenu son seul ami.

-Donc , combien de filles as-tu amené sur cette colline avec ta moto? Rigola-t-elle.

-Je ne te mentirais pas que j'avais planifié mon coup depuis un certain temps mais je ne savais pas avec qui partager ce moment…

-À ce que j'ai su par ma coloc, tu n'as pas de difficulté à te trouver des filles…

-Si tu ne repousserais pas les gens de ta vie comme une dryade glaciale, tu aurais aussi ta ''cour'' de prétendants… Rit-il. Je ne veux pas faire mon plus-cool-que-les-autres mais les gens sont attirés par les gens qui viennent de familles comme les nôtres, qui sont beaux et talentueux en plus même si ça ne définit absolument rien de notre personnalité.

-Une dryade glaciale? Sourit-elle.

Ils discutèrent ensemble honnêtement jusqu'à voir le souffle chaud de l'aube pointer son nez sur l'horizon.

Ils retournèrent en voiture à l'Université. C'était la seule heure calme sur le campus. À mi-chemin entre le Bloc des filles et le Bloc A où logeait Spark, Blanche avait glissé ses doigts dans la main de Max. Il avait mimé une absence de réaction puis cita le code des dresseurs de pokémons;

-Dressé, le pokémon heureux viendra à son maître sans qu'il ne le réclame…

Elle rigola en enlevant sa main pour se diriger vers le chemin de ciment vers son bloc :

-Statistiquement, je suis la meilleure dresseuse!

-Tu n'es la meilleure que parce que je t'ai laissé de la place sur mon podium…

C'était le 8 avril. Un jour plus tard, le Proviseur avait convoqué l'ensemble des futurs gradués de l'Université. Un jour plus tard, Niantic avait pris le dessus sur leur vie.

-je sais, ma belle, on dirait que ça fait des années de ça avec ce qu'on a enduré là-bas … pour moi, je suis toujours le 9 avril. Je me suis réveillé en me disant que j'allais t'agacer toutes la journée : Quitte à te battre à mort sur la place d'honneur pour un second rendez-vous! J'avais pensé tous le matin, bref, le matin à faire des recherches sur l'haptophobie. Je m'étais convaincu intérieurement que j'allais endurer un calvaire millénaire pour un jour te baiser et là! Bang! Niantic débarque et il faut sauver l'avenir de la pokédiversité à nous trois! Cria presque Spark en attirant ses pokémons relâchés autour de lui.

-Tu sais…j'ai frôlé l'insanité… mais ils m'en ont tellement fait que je ne sais même pas si je pourrais…Commença-t-elle les genoux tremblants.

Il lui prit avec confiance la mâchoire d'une main et la taille de l'autre et l'embrassa. Elle sentait son cœur battre de panique, sa respiration coupée par ses lèvres comme si elle allait s'asphyxier. Il s'éloigna d'un coup et parti;

-Je te demande pardon, Blanche…

Elle resta là un instant. Son armada de pokémon le suivit, inquiets du surplus d'émotions qui était rare chez leur maître.

COMMENTAIRE DE L'AUTEURE : J'écris cette fanfiction avec le sentiment que quelqu'un me dicte mes mots l'oreille. En me relisant je suis fascinée par la continuité de certains détails qui n'étaient pas prévus au début.

Qu'est-ce qu'on en pense?

2016-09-03 : je suis en train de réécouter la première saison de Pokémon en français de France ( un c'est affreux à mes oreilles québecoises ) et ça m'a fait remarquer que j'ai créé la personnalité de Spark un peu comme un Ash ( aka Sasha) de 20 ans. Brave, altruiste et peu intéressé par la victoire et un peu tarré sur les bords.

Fait comique : Je suis en train d'écrire une autre histoire. Je voulais appeler mon personnage (qui est ballerine) Misty, comme Misty Copeland ( une ballerine noire célèbre) mais j'ai préféré lui donner un nom à la française, soit Ondine. Et là… je viens d'écouter pokémon en français pour la première fois… Et Misty a été traduit Ondine… :O