11.

En dépit du tour définitivement heureux pris par sa vie, Anthénor était pourtant plus que jamais assailli de cauchemars.

S'agitant dans son lit, le jeune homme se rêvait sur la Passerelle de son Magnificent. Mais le cuirassé de la Flotte de Prian avait perdu de sa superbe : une coulée de lave l'avait entraîné à flanc de montagne et l'avait emprisonné. Le cratère ne crachait heureusement plus que de la fumée, mais la situation n'en demeurait pas moins préoccupante !

- Que fait-on, Capitaine ? interrogea Lothan.

- On va voir dans le cratère !

- Mais c'est sûrement encore en fusion !

Anthénor ricana.

- Tu es conçu pour résister aux plus grands froids et hautes températures, non ?

- Pas de la lave, je ne suis pas fait des coques externes de notre bâtiment !

- C'est mon rêve, tout se passera bien. Et même si ça tournait au vinaigre, je me réveillerai à temps et en sécurité !

- Un rêve ? Non, tout est bien réel ! se récria le Mécanoïde.

- Tu verras. Bon, tu me prends sur tes épaules et tu m'emmènes au cratère !

- A tes ordres, fit le Second du Magnificent. J'espère que personne ne nous surprendra dans cette position car ce serait gênant pour nous deux !

Alérian rit, se levant de son fauteuil noir de commandement, se frottant les mains.

Quelques minutes plus tard, trottinant sur un rythme régulier, Lothan se dirigeait droit vers le cratère, un passager sur ses épaules.

La croûte de lave fraîche ayant cédé, Anthénor s'était retrouvé dans une sorte de cave, Lothan ayant disparu de son rêve.

Mais ce qui s'offrait à présent à sa vue n'avait rien de réjouissant.

Plus qu'une cave, ou même une caverne, c'était une sorte de cité souterraine de roc et de bois, où grouillaient des êtres évoquant les ogres des contes de fée effrayants de l'enfance, chauves, nus hormis le pagne, mais les doigts et les orteils dotés de griffes plutôt que d'ongles, et quand ils ouvraient leurs bouches sans lèvres, elles dévoilaient des dents limées et tout aussi acérées !

- Mais ce sont qui ces êtres ? Ils semblent tout droit sortis de l'âge de pierre, mais avec leurs chaudrons et autres morceaux de charbon on dirait bien qu'ils construisent… un vaisseau spatial !

Une voix rugit.

- Tu es qui toi, nain Humain ? fit un « ogre » au regard bleu azur alors que les autres les avaient d'un noir de suie. Tu es bien un Humain, et tu n'aurais pas dû nous découvrir, pas si tôt !

- Tu ne peux me voir, vraiment… C'est mon rêve !

- Et mes trois cerveaux peuvent percer tout esprit face à moi ! Mes Ryordans et moi userons de notre puissance mentale pour asservir tes mondes ! A bientôt, un de ces jours, Capitaine Xendris ! Ici, ce fut un rêve de retour dans le passé, très lointain. Aujourd'hui, nous sommes prêts. Et on a presque failli réussir à se débarrasser du Karyu !

- Warius avait raison. Les astéroïdes, ce n'était pas naturel… Oh, par les dieux, votre puissance est incommensurable…

- Et on va tous vous asservir !

- Commet c'est original ! J'ai passé vingt-quatre ans de ma vie quasi à voir ce genre de films, et – enfin très souvent du moins – les méchants avalaient leur queue. Et vous avez une queue, je n'avais pas vu au premier regard !

Anthénor fronça les sourcils.

- Vous avez dit Capitaine Anthénor… Ça c'est de mon temps et non le passé évoqué…

- Parce que je te perçois parfaitement ! Un rêve, non une vision maléfique de tes pressentiments !

Anthénor serra les poings, yeux clos, lèvres serrées.

- Je vais me réveiller. Je dois me réveiller !


Dans un hurlement, Anthénor rouvrit les yeux.

- Maman…

- Je t'entendais gémir. Je me suis levée et je suis venue, m'ais je n'arrivais pas à te réveiller, à te sortir de ce cauchemar ! Ça va, maintenant ?

- Oui, juste un cauchemar, comme tu dis… Mais ça m'a mis bien à mal. Je suffoque et j'ai tellement transpiré que j'ai trempé mon pyjama et mon lit. Je vais aller me rafraîchir puis finir la nuit sur le lit-banquette de ma chambre. Je ferai la lessive des draps demain matin. Désolé de t'avoir tirée du sommeil, maman !

- J'ai toujours veillé sur tes rêves. Cela ne changera jamais, mon enfant !

- Mais les rêves sont pires et certains deviennent réels… Mais je ramènerai la lumière sur tous les mondes ! Je suis fatigué, je ne vais pas tarder à me rendormir, fais de même, maman. Tu as une journée fatigante qui t'attend, et moi je repartirai sous peu en Mission !

Unis par un lien indéfectible, Anthénor et sa mère s'étreignirent.