12.

En futurs beaux-parents attentionnés, Sylpho et Tod Lumens avaient reçu les fiancés pour le week-end, cependant pas à leur propriété habituelle du quartier huppé de Sherk mais à leur domaine de campagne en bordure du lac de Myori.

Déjà plus qu'impressionné par la villa de la galactopole-capitale, Anthénor avait proprement été ébahi par l'immense manoir que jouxtait les écuries d'un haras.

- C'est quoi ça ?

Valandra rit doucement.

- « ça » ce sont des chevaux, grand bêta ! Tu en as déjà vus quand même ?

- Oui, en images. Jamais en vrai…

- Là, il faudra t'y habituer. D'ailleurs le maître-écuyer te donnera ta première leçon d'équitation dès demain !

- Je vais me rompre le cou…

- Possible !

Peu charitablement, la jeune femme éclata de rire.

Toujours aussi prévenants, les parents de Valandra avaient fait de leur mieux pour que leur invité soit à l'aise., l'accueillant et le conduisant dans l'une des serres où l'apéritif serait servi.

Anthénor avait continué d'être ébloui par la splendeur des lieux, autant pour l'architecture que pour la décoration des lieux majestueux. Et il s'était tout petit dans la serre trois fois plus grande que le propre appartement de sa jeunesse ! Mais la chaleur de ses futurs beaux-parents valaient bien la tendresse de sa mère.

Le quatuor était en pleine discussion, tous sujets confondus, mais tournant principalement autour de la carrière et du futur des deux jeunes gens.

A un moment donné, un grelot discret avait indiqué que quelqu'un de non attendu s'était présenté aux grilles de la propriété.

Peu après, le majordome était venu se présenter.

- Qui est le visiteur ? interrogea Sylpho.

- Le Comte Ulrik von Everstheim demande à vous voir.

- Mais nous n'avons j'avons entendu parler de lui, rétorqua Tod.

- Il a ajouté que vous le connaissiez mieux sous le nom d'Albator et sa qualité de père de M. Anthénor.

- De quoi ? s'étrangla le jeune homme. C'est une blague où quoi ?


Cela avait dans la bibliothèque qu'Anthénor avait pu s'entretenir en tête-à-tête avec son père qui portait une tenue civile où rien n'évoquait le Pirate.

- Je ne comprends pas pourquoi tu t'es présenté ainsi… murmura le jeune homme un peu pâle, redoutant que Sylpho et Tod n'aient mal pris cette entrée en matière !

Albator haussa son sourcil.

- Mais c'est parce que c'est ma véritable identité ! rétorqua-t-il, une main sur l'épaule de son fils, pour le rassurer. Tu ne pensais tout de même pas que j'étais né « Albator » ? ! Everstheim est ce qu'on pourrait appeler de façon non-officielle un sous-comté du länder.

- Et tu portes vraiment ce titre ?

- Celui-là, oui, je suis né avec ! Mais inutile de te bercer d'illusions, cela ne représente plus rien de très concret depuis longtemps. Le château est à l'abandon depuis longtemps au sein d'un domaine qui doit être devenu une forêt vierge et ton père est juste un Comte désargenté.

L'œil marron d'Albator pétilla.

- Mais pour ceux de ce Gotha – qui n'a rien à envier à tous ceux de tous les autres univers – et qui n'ont pas la classe naturelle des Lumens, le seul terme de « comte » va te conférer une légitimité à laquelle ils ne s'attendent pas. Enfin, j'espère !

Anthénor tressaillit, comprenant enfin la véritable raison de la venue de son père.

- Tu voulais donc juste me donner un passé ? Je n'avais absolument pas honte de ma seule mère !

- Mais je le sais parfaitement, Anthie ! Ta mère est la personne la plus méritante de la mer d'étoiles, jamais je n'aurais pu épouser une autre femme. Cependant, cela aussi ne doit pas s'ébruiter. Car bien que mon nom « albator » ou « everstheim » ne soit pas sur ton acte de naissance, tu as pu sans doute constater que tu n'étais pas « de père inconnu » ! ?

- Oui, je n'avais jamais compris, jusqu'à ce moment ! Oh mon papa !

Ce fut au tour des prunelles grises de s'illuminer.

- Tu m'emmèneras un jour voir ce domaine à côté d'Heiligenstadt ?

- Promis.

- Tu restes ?

- Non. Je ne suis pas invité. Et tu es juste fiancé – et cela n'a pas été publié - tu n'as pas encore le droit d'imposer un convive à tes futurs beaux-parents. Tod a cependant demandé à s'entretenir aussi avec moi. Ensuite je filerai discrètement. A bientôt, mon enfant, dans la mer d'étoiles !

Le fils et le père se sourirent, plus unis et complices que jamais.