13.

A moins de quinze jours de repartir en Mission, respectivement avec le Magnificent et le Suprême, Anthénor et Valandra s'apprêtaient à une épreuve qui menaçait de s'avérer pénible, enfin surtout pour le premier.

Au petit déjeuner, en l'absence de Sylpho et Tod à leurs occupations respectives, l'atmosphère avait d'ailleurs été électrique d'entrée.

- Mais c'est voué à l'échec, Val ! Comment seulement envisager de me faire rencontrer les Thorpe, les propres parents d'Erendal ! ? se récria le jeune homme.

- Erendal est un traître à la Flotte et à la Nation, gronda Valandra. Son opprobre est public, qui pourrait le nier ?

- Mais les parents d'Erendal justement ! protesta encore Anthénor. Ce sont ses parents, ils n'accepteront jamais une autre vérité que la leur : à savoir que l'aîné de leurs enfants a toujours été parfait et que leur tâche désormais est de laver son honneur !

- Tu n'exagères pas un peu, mon bel amour ? s'étonna sincèrement Valandra. C'est peut-être ainsi que l'on fait la vendetta chez toi ou les Pirates, mais pas…

- Ton monde n'est en rien différent du mien ! protesta Anthénor. Il fait juste plus de politesses avant d'ouvrir la trappe ou de te poignarder dans le dos !

- Ce n'est pas que je veuille m'aveugler, ou ne pas te croire, vu que tu connais ces deux mondes justement, mais je ne peux pas croire que les Thorpe soient capables d'une telle rancœur !

- J'aimerais partager ton avis. En tout cas, compte sur moi pour bien appliquer toutes les leçons de politesse que toi et tes parents m'avez déjà inculquées !

- Je n'en attendais pas moins de toi, Anthie !


L'annonce des fiançailles officielles depuis peu, les Lumens avaient organisé une réception pour présenter le fiancé aux amis de leur cercle. Nombreux avaient été ceux à répondre positivement, et parmi les plus jeunes par pure curiosité pour découvrir qui après Erendal Thorpe avait emporté un des partis les plus enviés de Prian.

En future petite épouse attentionnée, Valandra avait veillé à chaque détail de la tenue d'Anthénor : chemise et pantalons blancs, longue veste d'intérieur bleu pétrole.

- S'ils ne tombent pas sous ton charme, je les bouffe tous !

- Voilà qui est très civilisé pour une personne aussi respectable que toi !

- Je suis pleine de surprises, et tu n'as encore rien vu !

La politesse l'emportant sur tous les autres sentiments, et aucune des personne présente n'aurait voulu se lancer dans un scandale, ce qui en plus aurait pu froisser leurs coûteuses tenues !

Mais même si on percevait une légère tension dans l'air, elle disparaissait rapidement devant la majesté des lieux, l'accueil parfait des maîtres de maison, et le service impeccable du nombreux personnel.

Les quelques représentants de la bonne société de Prian avaient fait mine de faire connaissance avec le nouveau venu, eux aussi dans le respect absolu des convenances.

Un peu plus tard dans l'après-midi, alors qu'ils n'avaient fait que saluer froidement, Enk Thorpe et sa femme Jarès s'étaient dirigés vers Anthénor qui s'était retrouvé un peu isolé près d'une fontaine intérieure.

- Il semble que bien que rien ne vous prédestinait à commander un cuirassé, vous y êtes parvenu, remarqua Enk. Les félicitations sont d'autant plus de rigueur, mais vous comprendrez que ma femme et moi ne pouvons vous en faire aucun !

- Je comprends. Les aléas de la destinée sont autant dans la réussite d'un projet ou un changement de voie, répondit le jeune homme, soudain sur une extrême défensive, se sentant pris au piège.

- Fils de comte ou pas, vous ne serez jamais de ce monde, mais je sais que vous défendrez la nation, ajouta Enk avant de se diriger vers un serveur portant un plateau de flûtes de champagne.

Le regard azur de Jarès s'enflamma tandis qu'elle approchait ses lèvres carmin de l'oreille du jeune homme. Et si de loin son attitude pouvait paraître amicale, ses propos ne l'étaient nullement !

- Vous avez tué la carrière de l'aîné de mes fils. Aussi je vous promets que je me débarrasserai de vous si l'espace n'y parviens pas. J'aurai votre peau, même si je dois y consacrer tout le reste de ma vie !

- C'est de bonne guerre, murmura Anthénor avant que Valandra ne vienne enfin le tirer de ce mauvais pas, ayant été accaparée jusque-là par de vieilles amies.