14.

Les départs en Mission des cuirassés étant échelonnés, le Général Mylon Desteyn tenait à recevoir chacun de leur commandant de bord pour un entretien privé avant un plus professionnel.

Cela avait donc été autour d'Anthénor de se présenter.

- Ainsi, me voilà dans l'obligation de dire Monsieur le Comte ? ironisa Mylon.

- Non, ça n'a jamais marché ainsi, Général. Mon père porte le titre. Je pourrai en hériter, s'il me le lègue ou s'il disparaît. Mais si la fortune familiale et le domaine avaient été conséquents, il aurait en créer un rien que pour moi ! Je suis le Capitaine Xendris et ça me convient parfaitement !

- Je suis ravi de l'entendre.

Anthénor hausse les sourcils, surpris.

- Quoi, tu pensais vraiment, Général, que d'être fiancé à la fine fleur des héritières du Gotha de Prian allait me tourner la tête ?

- Ça aurait pu… C'est déjà arrivé, fit Mylon, sérieux à présent. Ce qui peut, de façon infime, justifier la suspicion de ce petit monde fermé et doré envers les « intrus ». Le pouvoir, ou la bonne fortune, a fait perdre la tête à plus, dans bien des domaines. Cela m'aurait peiné que tu te détaches de ta modeste jeunesse pour les diamants des plus grands trésors.

- C'est bien dans ces années que je puise ma force, mon équilibre. Et mes convictions sont issues de ma mère !

Mylon sourit, rassuré.

- C'était tout ce que je voulais entendre. A présent, nous pouvons aborder des sujets plus agréables. Parle-moi de tes premiers préparatifs de mariage ! Anthénor ? Anthie !


Le monde des Ryordans s'était modifié depuis la première « téléportation » d'Anthénor.

Tout n'était plus qu'environnement de métal, menaçant presque d'imploser sous les multiples appareillages technologiques dont il regorgeait.

- Ça change vite chez les fous avides de conquêtes, grinça le jeune homme. Mais ce n'est pas un rêve, pas vraiment, j'ignore si je suis en sécurité. J'ai intérêt à ne pas me faire remarquer !

- Trop tard, Vermiceau. Nous sommes déjà partis en guerre.

- Contre Prian ?

- Contre ton monde et un max possible !

- Vous avez perdu la raison !

- Au contraire, c'est un projet de plusieurs siècles qui devient concret ! Et moi Lot-Shen-Rand, je les mènerai à la suprématie.

L'Ogre désigna un écran où Anthénor vit d'étranges vaisseaux organiques voler à travers les étoiles, se retrouver face à un cuirassé dont la forme évoquait une sorte de mille-pattes.

Le vaisseau Ryordien s'alluma comme une guirlande de fêtes, des particules parurent s'en dégager, pour s'accrocher aux coques du cuirassé, et le faire fondre comme du beurre !

- Notre première attaque, que les univers sachent que nous arrivons ! A bientôt dans ta mer d'étoiles, Capitaine Anthénor Xendris. Je sens qu'on va bien s'amuser !


Les prunelles grises d'Anthénor brillèrent.

- Quels sujets te seraient agréables, Mylon ?

- Ça va, tu as refait surface, Anthie ?

- De quoi ?

- Tu t'es figé. Tu n'avais aucune réaction. Voilà plusieurs minutes que j'essaye de te tirer même juste un battement de cil ou un frémissement de muscle !

- J'ai eu une autre vision, avec les Ryordans… Ils passaient à l'attaque, mais sous couvert de leurs pouvoirs télépathiques et télékinésistes ! Ça va faire mal…

- Tu peux m'en dire plus ?

- Non, ils se sont fait un plaisir de s'arrêter avant une révélation.

Anthénor finit son verre de vodka.

- On devait donc aborder des choses plus agréables. Mais ce sera à moi d'en lancer le premier.

- Je t'écoute.

- Au fait, tu m'as mené en bateau, tout à l'heure, Général. Tu savais pour la véritable identité de mon père ?

- Bien sûr puisque c'est ainsi qu'il a suivi sa formation à l'Académie d'Heiligenstadt. A l'époque, le domaine Comtal se réduisait à une sorte de grosse ferme, depuis, il ne doit plus rien rester !

- Aucune importance. J'ai tout ce dont j'ai besoin dans le cœur. Bien que j'apprécie de pouvoir gâter ma mère depuis mes premières soldes de Capitaine !

- Tu es vraiment un gamin selon mon cœur. A demain, pour que je te remette tes Ordres de Mission.

Anthénor se leva, salua, et se retira.